REMARQUES PRÉLIMINAIRES
L'homme possède seul une âme faite pour commander à ses organes : il a reçu une capacité d'intelligence qui lui permet de rapprocher ses idées, de les comparer entre elles et d'en tirer des conséquences qui, ellesmêmes, peuvent servir de base à d’autres raisonnements capables de l’élever.
La puissance des opérations intellectuelles et des passions sur les divers organes et sur les diverses fonctions du corps humain est incontestable.
« C’est une chose certaine que le corps s’altère et se change quand l'âme s’émeut et que celle-ci ne fait presque l’action qu’elle ne lui imprime les marques. »
L'influence du calme de l’âme sur le physique est un fait général. Les exemples le confirment chaque jour et tout homme qui sait s’okserver en retrouve les preuves en soimême.
Le calme considéré sous le double point de vue physiologique et philosophique est l'équilibre résultant des
forces morales et physiques. Il est un balancement doux et harmonieux qui contribue au bonheur de l'homme. « Pour le corps c'est la santé, pour l'âme c’est la vertu, pour l'esprit c’est la raison. » Au-dessus et au-dessous du calme commencent la maladie, la passion, la folie. » Procurer le calme moral c’est déjà quelque chose, c'est la première condition pour rassurer la foi, l'espérance. La nature semble en effet avoir attaché un sentiment délectable aux émotions qui résultent des vœux que nous
formons quand un grand espoir les accompagne.
L'homme, en effet, est le seul des êtres vivants qui soil heureux par ses espérances, qui les pleure quend il les a perdues, il est le seul qui s'énivre de joie en songeant aux causes que pourraient réaliser la possession d’un objet désiré. I suffit qu'il soit probable qu'un bien lui arrive pour que son esprit s'attache à ce bien, pour que son imagination se plaise à embellir tous les avantages qui en proviennent.
Ainsi donc notre âme se complait dans la poursuite du bien. C’est toujours dans l'avenir que nous posons le but de nos jouissances.
L'espérance met en jeu tous les ressorts du système sensible, elle entretient dans le sang une douce et vivifiante chaleur. C’est l’affection la plus favorable à l’équiübre, à l'harmonie des fonctions humaines.
Elle donne des émotions dont le cœur est avide, parce que l'âme chérit tout ce qui la met agréablement en action.
L'homme est presque toujours en facc du bien quil
espère ci du mal qu'il redoute. Les sentiments les plus contraires s'entremêlent, pour ainsi dire, dans son économie morale ; et tous les accidents heurcux et malheureux viennent successivement imprimer leur teinte sur les mouvements de son âme.
L'espérance en la guérison est d'eutant plus grande chez les malades que le médecin leur imprime plus de confiance et d'encouragement.
Ainsi voyons-nous tous les jours des affections graves et rebelles qui doivent en grande partie leur ferminaison heureuse à l'espoir qu'on a habilement fait naître, car l'espérance créc l'idée fixe, la concentration mentale.
L'imagination influe sur les espérances. Les hommes les plus grossiers et les plus crédules parlent eux-mêmes des effets de l'imagination sur les divers organes et sur les diverses fonctions du corps vivant, s'ils en sont plus souvent que d’autres les jouets et les victimes, ils savent du moins parfois les observer et les reconnaître chez d'autres.
L'imagination, en effet, ne se borne pas comme la mémoire à tenir registre des impressions reçues, elle les reproduit en les colorant, elle les combine à l'infini, et pour peu que son développement soit hors de proportion avec celui des autres facultés intellectuelles, elle nous trompe sur la valeur réelle des choses, fausse tout à fait notre jugement, jette notre esprit dans le vague et, nous abusant par des craintes ou des espérances chimériques, nous pousse aux actes les plus déraisonnables.
C’est en grossissant, en dénaturant les objets que l’ima-
gination enfante ces terreurs, ces paniques, ou qu'elle fait apparaître l’effroi dans les esprits faibles et crédules. Ainsi, sous l'influence d'une imagination lrop active et qu'on n'aurait pas le soin de régler. les individus se montreraient fort exaltés dans leurs sentiments. Pour des esprils inquiets et méfiants, elle est le plus grand
des maux, elle les mine.
L'imagination est souvent la cause des mouvements désordonnés de l'âme, qui sont aussi funestes que ceux du corps.
Mille faits prouvent tous les jours le rôle de l’imagination dans nos passions comme dans nos maladies, car elle influe particulièrement sur les craintes et sur les espérances, en augmentant les probabilités des biens et des maux de la vie.
Chez un malade son effet est d'autant plus grand qu'il à plus de calme dans l'âme, qu'il fait plus d'efforts de la volonté tendue vers l’idée de la guérison suggérée par des impressions psychiques. En orientant les forces intérieures vers la représentation du bien être on facilitera et hâtera le retour à l'état normal, car toute imagination renferme en elle-même un commencement de réalisa-
tion, elie est un commencement d'action.
Après ces remarques, on ne doit pas être surpris que les passions, les émotions et la volonté aient une très
grande influence sur le physique. Elles réunissent toutes
SE pt
les conditions pour que cette action soit la plus puissante et la plus étendue de toutes. Or, c'est 1à ce que nous devons entendre par linfluence du moral sur le physique.
Nous nous sommes efforcés de traiter de notre mieux possible un sujet qui par bien des points n’en reste pas moins obscur.
Sa première partie parle des passions en général et se termine par quelques passions particulièrement intéressantes.
Dans sa deuxième parlie c’est un bref exposé des émotions.
Dans sa troisième partie on trouvera quelques mots sur la volonté.
En terminant ce sujet nous en viendrons à conclure que la médecine morale joue un grand rôle dans les modifications de nos passions, de nos émotions et dans certains états maladifs ; et nous ajouterons que le médecin ne doit pas se contenter d'être un artiste sans âme, habile à faire taire la douleur physique mais qu'il doit
être capable de guérir les souffrances morales.
nn si Nu