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DE L’EMOTION

« Un homme vigoureux et sain vient de faire un bon repas, au milieu de ce sentiment de bien-être que répand alors dans toute la machine la présence des aliments au sein de l'estomac, leur digestion s'exécute avec énergie et les sucs digestifs les dissolvent avec aisance et rapidité. Cet homme reçoit-il une mauvaise nouvelle, ou des passions tristes et funestes viennent-elles à s'élever tout à coup dans son âme, aussitôt son estomac et ses intestins cessent d'agir sur les aliments qu'ils renferment. Les sucs eux-méméês, par lesquels ces derniers étaient déjà presque dissous, demeurent comme frappés d'une mortelle stupeur et, tandis que l'influence nerveuse qui dé-

termine la digestion cesse entièrement, celle qui sollicite

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l'expulsion de ces résidus acquièrera une plus grande intensité, toutes les matières contenues dans le tube intestinal sont chassées au dehors en peu de moments. » (Cabanis).

Pourquoi telle nouvelle détermine-t-elle chez un la douleur morale, sentiment de faiblesse et d'épuisement, tel autre plaisir moral un sentiment de force, l'hyperactivité cérébrale ?

Pourquoi à la vue, à la pensée d'un être dégoûtant, désagréable nous sommes glacés ?

Pourquoi on est réjoui par un spectacle agréable ou par quelque succès ?

Pourquoi sent-on une douleur morale pour un insuccès, par la mort d'une personne aimé, par la ruine de sa

fortune ?

Pourquoi la colère nous bouleverse et la crainte nous inquiète ?

C'est parce qu'on est l’homme.

C'est parce qu'on est plus ou moins affectif.

C'est parce que tout le monde est plus ou moins émotif.

C'est parce qu'on est plus ou moins passionné.

Il y a donc un certain degré de l'influence morale.

D'après la psychologie rationnelle, l'homme est formé de deux substances absolument hétérogènes : le corps matériel et l’âme immatérielle, Ces deux substances sont unies de telle sorte que l'homme qui en est composé

dépend de leur réaction réciproque et harmonique. De

même son parfait développement dépend de leur réaction.

L'âme et le corps dépendent donc l’un de l’autre dans nos besoins, dans nos désirs, et jusque dans la moindre de nos émotions.

Par le mot d'affection on indique simplement un mode de sentir, une manière d'être quelconque de l'âme.

Les mots impression et sentiment désignent également l’action des objets sur l’âme. L'impression s'arrête aux sens, le sentiment va au cœur. Tous les deux déterminent en nous des ébranlements nerveux, des émotions de plaisir et de joie, de douleur et de tristesse, sources

premières de nos passions.

Kant, dans un passage de son Anthropologie, appelle les émotions des maladies de l’âme.

William James appelle l'émotion la conscience de l’expression, et par l'expression il entend surtout l’expression périphérique, les mouvements, les gesles, les attitudes.

M. Schadwarth H. Hodgson remarque que les émotions peuvent être considérées comme une espèce, un mode de sentiment, dépendant de la constitution et de l’opération du système nerveux.

L'émotion est le sentiment où l'élément organique s’exagère et qui tend à échapper ainsi à la direction de

l’idée. Elle est l'excitation plus ou moins vive de notre

sensibilité. Elle est le facteur le plus important de la vie individuelle et la force naturelle la plus puissante que nous connaissons. Elle règne en souveraine sans que les éléments intellectuels viennent s'y mêler ou les troubler.

« L'émotion, dit M. Th. Ribot dans son essai sur les passions, est un état primaire et brut, la passion est de formation secondaire et plus complexe. L'émotion est l'œuvre de la nature, le résultat immédiat de notre organisation ; la passion est en partie naturelle, en partie artificielle, étant l'œuvre de la pensée, de la réflexion appliquée à nos instincts et à nos tendances.

L'émotion s'oppose à la passion, comme en pathologie l’état aigu et l’état chronique. La passion comme la maladie chronique a des poussées imprévues qui la ramènent à la forme aigue ; c'est-à-dire au fracas de l'émotion ; une passion à longue durée est toujours traversée par des accès d'émotion. »

« Emotion est une modification brusque de l’affectivité. » (Babinski).

« D'après Dupré, l'émotion est un traumatisme d’origine interne, de source endogène, de nature psychique, consécutif à un choc moral ou à une série d’impressions affectives internes, dont l'irradiation centrifuge ébranle indirectement l’ensemble du système nerveux sympathique et cérébro-spinal. »

L'émotion à pour caractère de commencer par un choc, une rupture d'équilibre et se définit par deux ca-

ractères principaux : l'intensité et la brièveté.

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Spencer conçoit toutes les émotions sous la forme d'un choc, d’une décharge nerveuse. « Tout sentiment, écritil, périphérique ou central, sensation ou émotion est le simultané d’un ébranltement nerveux, et le résultat d'une décharge nerveuse qui a deux effets sur le corps, l’un général, l’autre particulier. »

« Les états affectifs, dit-il, comme l'amour, la haine, l'admiration, sont des systèmes complexes où les émoion comme la joie, la colère, la crainte peuvent entrer à titre d'éléments particuliers, tandis que ces éléments sont des phénomènes simples. »

Raymond et Janet disent que : « Chez l’homme normal, les émotions se présentent sous deux formes qu'il est important de séparer : tantôt on désigne sous le nom d'émotion une modification rapide, presque subite de l'état psychologique d'un individu, c'est l'émotion choc, tantôt on désigne sous le nom d'émotion un état psychologique plus ou moins permanent, c'est l'émotion senüment. » .

L'émotion choc se produit la première après une nouvelle bonne ou mauvaise et se traduit par un ensemble plus ou moins cohérent de phénomènes psycho-moteurs.

L'émotion sentiment succède à l'émotion choc.

L'émotion choc se décompose en deux moments : un moment de surprise et un moment d'émotion spéciale et aigue : la joie, la colère, la tristesse, le désespoir, etc.

La surprise, dit M. Ribot, à un plus haut degré d'étonnement est un choc produit par ce qui est nouveau et

inattendu.

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Nous connaissons tous le plaisir et la douleur. Ils ne sont jamais confondus avec la pensée, ils mettent la volonté en jeu. Quelquefois nous sommes excilés ou réveillés, nous sentons quelque chose qui n'est ni plaisir

ni douleur. Tel est le choc de la surprise, telles sont aussi

les émotions qui accompagnent souvent la cessation de

l'état de plaisir et de douleur proprements dits.

Ribot réduit à deux groupes les phénomènes causés par l’ébranlement émotionnel : 1° modifications de l'innervation musculaire ; 2° modifications vaso-motrices.

Il décompose l’état émotionnel de la façon suivante :

1° Un état intellectuel, perception ou l'idée ; 2° Un état affectif, l'émotion ;

3° Les états organiques et les mouvements résultats de cette émotion.

« Les émotions, écrit Longe, sont des entités, des forces, des substances, des démons qui saisissent l'homme et déterminent chez lui des manifestations physiques ct mentales, la tristesse m'a saisi, une joie m'est venue, la colère me domine, l’effroi m'envahit. »

Elles provoquent et déterminent leurs expressions physiques, c’est-à-dire une sorte de réalisation physique.

Chaque émotion coïncide toujours avec les caractères physiques précis, elle a sa physionomie propre au point de vue mental et au point de vue organique.

Longe avait établi deux phénomènes primordiaux de

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