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DISTINCTION DES FORMES ET COULEURS COMBINÉES

La notion de la forme est une notion dérivée; elle n'est pas aussi simple que la sensation de lumière, de son, de chaleur, résultant de la fonction spécifique de tel ou tel nerf.

Elle résulte de l'association de plusieurs impressions sensorielles dont les plus fréquentes sont celles fournies par le sens articulo-musculaire, principalement de la main et des muscles oculaires, et par le sens visuel (couleur, lumière).

Ne nous arrêtons pas aux multiples considérations qui résultent de l'énoncé de ce principe; insistons uniquement sur l'importance qu'il y a à faire manier beaucoup l'enfant, pour lui donner sur les choses qui l'entourent des impressions sensorielles les plus complètes et les plus nombreuses possibles, afin que les notions de forme qu'il recueillera aient toute la précision désirable. Pour arriver à ce résultat, nous réunissons dans une caisse toutes sortes d'objets disparates, hors d'usage souvent. Cette caisse est mise à la disposition des enfants qui jouent librement, palpent, manient, examinent tout, et enregistrent quantité

d'impressions sensorielles qui viendront à la base des concepts de formes. Nous leur faisons également manier les mêmes objets les yeux bandes.

Ce n'est pas tout, l'enfant peut très bien reconnaître beaucoup de formes en nature, mais être incapable de reconnaître ces mêmes formes représentées abstraitement sur le papier. Le passage de la notion d'une forme sous ses trois dimensions, à la notion de la même forme représentée sous deux dimensions, par le dessin, n'est pas toujours aussi facile qu'on le pense et certains enfants ont une difficulté évidente à discerner les dessins. Aussi est-il d'une grande nécessité de représenter par l'image les formes naturelles connues sous les trois dimensions, afin de les familiariser avec ce langage, plus abstrait souvent qu'on ne pense, qu'est le dessin.

Pour être logique, dans cette étude de la forme, nous devrions placer d'abord les exercices sensoriels visuels moteurs ou moteurs purs, et passer ensuite aux exercices visuels se rapportant à la forme, ceux-ci étant, comme nous venons de le voir, plus abstraits que ceux-là.

Néanmoins nous donnerons d'abord les exercices visuels se rapportant à la forme pour compléter le chapitre des jeux visuels.

Formes et couleurs associées.

Les exercices combinant la forme et la couleur sont en général plus faciles que ceux qui portent uniquement sur la forme; en effet, les éléments de différenciation sont plus nombreux, et par là même l'objet est plus facile à déterminer.

*Jeu I. Les objets coloriés.

Il consiste dans la reconnaissance d'images simples à couleurs vives tels qu'on en trouve dans les livres illustrés des enfants. Sur deux cartons (28 sur 22 cm.) divisés en neuf cases l'enfant doit placer les divers petits cartons portant les mêmes dessins que ceux représentés sur les grands cartons.

Jeu IL Les scènes coloriées.

Ici ce sont de petites scènes : Nous choisissons des images genre Epinal reproduisant de petites scènes simples et compréhensibles pour l'enfant. Pour le reste, le jeu se pratique comme le précédent.

Jeu III. Jeux de patience.

Cette fois il s'agit de décomposer de petites scènes. Les dimensions dépendent un peu des

images que nous possédons et que nous prenons souvent dans les livres d'images peu coûteux. Nous prenons deux gravures semblables dont Tune reste entière, l'autre est coupée en deux, en quatre, en six ou en huit, etc. ; les fragments sont rectangulaires, ou carrés ou triangulaires ou losangiques.

D'autres cartons portent une image sur chaque face, ce qui augmente la difficulté et permet alors de passer au jeu de patience ordinaire avec des cubes à six faces. Pour varier l'exercice et former la représentation mentale de l'enfant, nous supprimons le carton modèle et l'enfant reconstitue seul la gravure.

Jeu IV. Jeux des sujets détachés.

Ce jeu se compose de six images représentant des scènes coloriées auxquelles manquent certains personnages ou objets dont on a tracé seulement le contour extérieur. De petits cartons séparés ayant la forme de ces personnages ou objets en portent le dessin complet et colorié. L'enfant les place sur les endroits laissés vides.

Après cette première série d'exercices en viennent d'autres destinés à amener l'enfant à faire l'analyse des objets qu'on lui met sous les yeux et à isoler la forme de la couleur. Le plus souvent,

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Fig. 5. - Jeu VI (p. 27).

les images fournies à l'enfant diffèrent à la fois par la forme et par la couleur en sorte que ces deux qualités contribuent à le faire distinguer.

Dans les jeux qui suivent, les objets représentés peuvent être semblables quant à la forme et différer par la couleur et vice versa. Ici, l'attention de l'enfant doit porter à la fois sur les deux qualités.

*Je« V. Les sabots.

Sur un carton on a représenté douze paires de sabots de teintes différentes. Les deux sabots de même teinte sont orientés l'un dans un sens, l'autre en sens inverse et ne sont pas placés l'un près de l'autre. Il faut donc faire attention non seulement à la couleur, mais aussi à l'orientation. Ce jeu pourrait entrer aussi dans la catégorie suivante des formes et des directions.

Jeu VI. Les pots. (Fig. 5).

Dans ce jeu on a représenté six pots à profil droit de six teintes différentes, et six à profil arrondi portant les mêmes couleurs que les précédents. L'exercice est identique à celui du jeu V.

Jeu VII. Classements combinés.

Ce jeu est constitué par deux groupes de seize

cartons de 5 cm. sur 8 : (nous nous servons de cartes à jouer recouvertes de papier blanc). Sur le premier groupe de ces seize cartons on a représenté quatre formes de vie en quatre couleurs : une chaise, une lampe, une robe, une cafetière : les quatre couleurs choisies sont : le jaune, le rouge, le vert, le bleu. On demande à l'enfant de classer ces cartes en quatre groupes suivant les teintes et suivant les formes.

Le second groupe comprend quatre formes géométriques de quatre teintes semblables à celles du premier groupe; les formes géométriques choisies sont : le carré, le triangle, le losange, et le cercle. Ce jeu a servi à Kuhlman x pour faire des expériences très intéressantes sur la rapidité de perception des enfants : ce psychologue cherchait au préalable la rapidité avec laquelle l'enfant faisait quatre tas sans classement aucun; puis, il faisait classer les cartes comme nous le disons plus haut. Il défalquait alors le temps mécanique de classement et obtenait ainsi le temps nécessaire à l'enfant pour discerner les formes et les couleurs.

Notons en passant que, d'après Kuhlman, les enfants mettent plus de temps à classer les formes géométriques que les formes de vie.

1 Kuhlman, American Journal of Psychology 1904, p. 391.

Fig. 6. - Jeu VIII (p. 31).

*Jeu VI IL Les objets manquants. (Fig. 6).

Il comprend trois cartons de six cases chacun ; dans chaque case se trouvent quatre des six objets suivants : une boîte, un encrier, une tasse, une balle, une toupie, un pot. Ces objets sont coloriés de la même manière dans toutes les cases et la couleur sert ici à faciliter un peu le travail. Dans chaque case, il manque donc deux des six objets. Deux des cases ne diffèrent parfois entre elles que par un seul objet. Ce, jeu nécessite une attention très soutenue.

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