‹ L'initiation; ou, La conaissance des mondes supe?rieursChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'illumination procède de causes très simples. Ici aussi, il s’agit d’éveiller des pensées et des sentiments qui sont assoupis dans l’homme, mais ces procédés si simples ont besoin d’être mis en œuvre avec une patience et une persévérances impeccables pour conduire le disciple à la perception de la « lumière intérieure ». Le début consiste à observer d’une façon tout particulière certains phénomènes et certains êtres naturels : Une pierre transparente aux belles facettescomme un cristal, puis une plante, puis un animal. Il faut tout d’abord appliquer toute son attention à une comparaison entre la pierre et l’animal. Les pensées que nous indiquons ci-après doivents’emparer l’âme tout en s’accompagnant de sentiments vivaces. Aucune autre pensée, aucun autre sen-

timent ne doit s'y mêler et troubler l'intensité de l'observation. On doitse dire : « La pierreaune forme, l'animal aussi a une forme. La pierre demeure immobile à sa place, l'animal change deplace. C'estledésirquipoussel’animalàchanger de place. C’est à l’accomplissement de ses désirs que sert la forme de l'animal. Mais ses organes et ses membres sont façonnés non par le désir, mais par des forces où le désir n’entre pas. »Si l’on se plonge intensément dans ces pensées et que l’on considère la pierre et l’animal avec une attention soutenue, on sent surgir dans l’âme deux modes de sentiments très différents. Le premier est issu de la pierre, le second de l'animal. La chose ne réussira vraisemblablement pas dès le commencement, mais peu à peu, par des exercices patients, ces deux sentiments prendront place dans l’âme. Il faut continuer l'exercice sans se lasser. Au début ces sentiments nepersisteront que pendant la durée de l'observation, plus tard, ils exerceront leur action au delà de cette durée et finalement ils se transformeronten quelque chose qui demeure, vivant dans l'âme.

L'homme n’a plus ensuite alors besoin que de réflexion pour que ces deux sentiments grandissent, même sans le secours de l'observation appliquée à des objets extérieurs.

Ces sentiments et les pensées qui les accompagnent servent à créer les organes de la clairvoyance.

Si l’on ajoute à cet exercice l’observation de la plante, on constatera que le sentiment provoqué par elle, par son caractère aussi bien que par son degré d'intensité, tient le milieu entre ceux que suggèrent la pierre et l’animal. Les organes qui se forment ainsi sont les yeux astrals. On apprend peu à peu à percevoir par eux les couleurs animiques (astrales) et spirituelles (men-

- tales). Aussi longtemps qu’on s’est contenté de s’assimiler ce que nous avons appelé « Préparation », aussi longtemps le monde occulte avec ses lignes et ses figures est demeuré obscur. Par l’illumination, la clarté y pénètre.

Mais il faut bien remarquer ici aussi que les mots « clair » et « obscur » ainsi que les autres expressions que nous avons employées n’expriment notre pensée que très approximativement. Mais du moment que l’on se sert de la langue commune, on ne saurait faire autrement. Et cette langue n’a été créée que pour les objets physiques. L’occultisme qualifie de « bleu » ou « bleu rouge » ce que les organes de la clairvoyance reçoivent de la pierre. Ce qu’ils perçoivent de l'animal s'appelle « rouge » ou

« rouge jaune ». En fait, les couleurs qui sont ainsi vues sont des couleurs d’ordre spirituel.

Celle qui sort de la plante est verte, car la plante parmi les êtres vivants est celui dont la constitution dans les mondes supérieurs rappelle le plus ses propriétés physiques. Il n’en est pas de même pour la pierre ou pour l'animal.

Il ne faut pas oublier que les couleurs indiquées plus haut désignent simplement la coloration générale, le ton fondamental des règnes minéral, animal et végétal. On trouve en réalité toutes les nuances intermédiaires. Chaque pierre, chaque plante, chaque animal possède sa nuance particulière. Il faut y ajouter les entités des mondes supérieurs qui n’occupent jamais un, corps physique, et qui offrent des couleurs parfois admirables, parfois aussi hideuses. En réalité, dans ces mondes supérieurs, la richesse des coloris est infiniment plus grande que dans notre monde physique.

Lorsque l’homme a atteint la faculté de voir avec les yeux animiques, il rencontre tôt ou tard des êtres, les uns plus hauts, les autres plus bas que lui et qui ne pénètrent jamais sur le plan physique.

Quand létudiant en est arrivé au point que nous venons de préciser, bien des routes s’ou-

vrent à lui, mais on ne saurait conseiller à personne d’aller plus loin sans un guide capable et, du reste, même pour les exercices précédents, cette direction d’un homme capable est bien préférable ; mais quand l’homme a en soi la force et la persévérance de franchir ainsi les premiers degrés de l’illumination, il ne manquera pas de chercher un guide et il le trouvera.

‘Une précaution est en tous cas nécessaire et celui

qui ne voudrait pas la prendre agirait au mieux en renonçant à tout progrès dans l’occultisme : il faut que l’homme qui devient un étudiant en occultisme ne perde rien de ses qualités de noblesse, de bonté et de sensibilité à l'égard de toutes Îles choses réelles; bien au contraire, sa force morale, sa joie intérieure, ses facultés d'observation doivent en recevoir un développement nouveau.

Par exemple, pendant les premiers exercices de l'illumination, il faut prendre garde de développer par tous les moyens sa compassion et sa sympathie vis-à-vis des animaux et des hommes, sa sensibilité pour les beautés de la nature. S'il n'en était pas ainsi, ces sentiments pourraient s’altérer ou s'émousser en nous, le cœur deviendrait dur, les sens grossiers et il pourrait en résulter des expériences dangereuses.

Comment se présente l’illumination? Comment, par la pierre, la plante et l'animal, montet-on jusqu’à l’homme et comment, après l’illumination, la main bienfaisante du Maître vous guide à travers tous les obstacles sur la route de l'initiation? c’est ce que nous allons exposer.

A notre époque beaucoup d'hommes cherchent le chemin de la vérité occulte et cela de bien des manières et trop souvent par des procédés dangereux ou mèmes répréhensibles. C’est pourquoi ceux qui connaissent la vérité sur ces choses ont donné la permission de révéler cette discipline occulte. Nous devons ici nous tenir dans les limites de cette permission.

[! est nécessaire que l’on sache quelque chose de la vérité pour empêcher que l'erreur ne cause un grand dommage. Par les moyens que nous indiquons ici, personne ne peut courir un danger s’il agit avec mesure, mais notons bien une chose, c’est que personne ne doit consacrer plus de temps et de force à de tels exercices que ses devoirs et sa situation dans la vie n’en laissent à sa disposition. Il ne faut pas que la discipline occulte vienne bouleverser les conditions d’une existence. Si l'on poursuit des résultats sérieux, il faut pouvoir après quelques minutes d'exercice s'interrompre et retourner tranquillement à

son travail coutumier, et il ne faut pas troubler ce travail par la pensée des exercices.

Celui qui n’a pas appris à attendre dans le vrai sens du mot, ne vaut rien comme disciple et ne parviendra jamais à des résultats d’une valeur appréciable.

Lorsqu'un homme cherche les chemins de la Science occulte par les procédés décrits dans les chapitres précédents, il est une pensée qui doit le fortifier sans cesse au cours de son travail. Il doit songer constamment qu’il peut avoir réalisé des progrès très sérieux sans que ces progrès soient visibles sous la forme qu’il attendait.

Si l’on ne tient pas compte de ce fait, on risque fort de perdre patience et d'abandonner au

- bout de quelque temps toute espèce de tentative. “ Les forces et les facultés qu’il s’agit de déve- “lopper sont dans les commencements de com- “plexion délicate et fragile ; et leur essence diffère de tout de que l’homme a pu se représenter auparavant. Il était accoutumé à n’avoir àffaire qu’au bmonde physique. Le spirituel et l’astral échap- | paient à son regard comme à ses conceptions. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu’il ne puisse | constater aisément les progrès des forces astrales bet mentales qui se développent actuellement en ui.

Il y a là un danger pour celui qui pénètre sur le sentier sans se laisser diriger par-un guide compétent. Le guide voit les progrès que l’étudiant a faits bien longtemps avant que celui-ci en ait conscience. Il voit se former les yeux spirituels dans leur structure délicate avant que l'élève en sache rien. Une des parties les plus importantes des devoirs du Maître consiste précisément à éviter que l'étudiant ne perde la confiance, la patience et la persévérance. Le Maître ne peut à vrai dire rien donner à son disciple que celui-ci ne possède déjà, au moins à l’état latent ; il ne peut que le guider vers l’éveil des facultés assoupies. Mais il est peut-être un appui pour celui qui veut passer de l’obscurité à la lumière.

Beaucoup de gens abandonnent les sentiers de l’occultisme après peu de temps, parce que leurs progrès ne sont pas dès l’abord remarquables. Et même, quand surviennent les premières expériences dont le disciple a conscience, il les considère souvent comme des illusions, parce qu'elles ne revêtent pas la forme à laquelle il s'était attendu. Il perd ainsi courage, soit parce qu'il considère ces premières expériences comme sans réalité, soit parce qu’elles sont trop peu apparentes pour qu'il s’imagine qu’elles puissent

conduire à un résultat sérieux. Courage et confiance en soi sont deux flambeaux qu’on ne doit pas laisser s'éteindre sur le sentier de l’occultisme. Si l’on ne peut prendre sur soi de répéter avec patience et sans se lasser un exercice qui a pu ne pas réussir un grand nombre de fois, on ne saurait compter sur des progrès réels.

Généralement, bien avant la perception nette des progrès accomplis, un sentiment confus avertit l’âme qu'elle est sur la bonne voie. Il faudrait nourrir et cultiver ce sentiment, car il peut devenir un guide sûr. Il faut avant tout abandonner l’idée que l'on re parvient à la connaissance supérieure qu à l’aide de procédés étranges, saugrenuset mystérieux et se persuader, au contraire, qu’il faut prendre pour point de départ les sentiments et les pensées qui alimentent la vie journalière, en se contentant de leur imprimer une direction nouvelle. Que chacun se dise ceci : Dans le cercle de mes sentiments et de mes idées se trouvent cachés les mystères les plus augustes ; mais jusqu'ici je n’ai pas su les percecevoir. Le problème est simple : l'homme porte partout avec lui son corps, son âme et son esprit, mais il n’est conscient que de son corps et non de son âme et de son esprit. Le disciple prend conscience de l’âme et de l'esprit, comme

l’homme ordinaire de son corps physique.

C'est pourquoi il importe d'orienter comme il convient les sentiments et les pensées. C’est ainsi que se développera la faculté de percevoir les choses invisibles aux hommes ordinaires.

Nous donnons ici l’un des moyens d'y parvenir. C’est de nouveau un moyen très simple comme tous ceux que nous avons décrits jusqu'ici, mais il produit les plus grands effets quand on le met en pratique avec persévérance et quand l'homme sait l'accompagner des dispositions intérieures nécessaires.

Placez devant vous une graine de plante: il s’agit que cet objet minime suscite en vous dans toute leur intensité les pensées nécessaires et que ces pensées à leur tour donnent naissance à certains sentiments. Représentez-vous d’abord avec clarté ce que vous voyez véritablement de vos yeux. Décrivez-vous à vous-même la forme, la couleur et tous les autres attributs de cette graine, et passez ensuite aux réflexions suivantes : De cette graine sortira lorganisme complet d’une plante si on la sème dans la terre. Représentez-vous cette plante et dessinez-la dans votre imagination, ensuite songez à ceci: ce que je dessine maintenant dans mon imagination, c'est ce que les forces de la

terre et de la lumière feront véritablement jaillir plus tard de la semence. Si j’avais devant moiun objet artificiel imitant à s'y méprendre cette graine au point que mes yeux ne puissent le discerner de la véritable graine, il n’existerait point de forces ni dans la terre ni dans la lumière capable d'en faire sortir une plante. Celui qui se représente cette pensée avec netteté, qui la réalise intérieurement sera capable de se pénétrer de la pensée suivante en l’accompagnant du sentiment approprié. Il se dira : dans cette graine existe déjà à l’état latent, à l’état de force, l'organisme qui en sortira plus tard. Dans l’imitation artificielle de la graine cette force n'existe pas et pourtant l’une et l’autre sont pareilles à mes yeux : il . y a donc dans la véritable graine quelque chose - d'invisible qui n'existe pas dans sa reproduction artificielle. C'est à cet invisible que doivent s’appliquer maintenant la pensée et le sentiment. Que lon se dise : c’est cet invisible qui, plus tard, se transformera en la plante visible dont je | pourrai contempler la forme et la couleur. Que l’on s’attache donc à cette pensée : l’invisible deviendra visible. Si je n’étais pas capable de penser, je ne pourrais dès maintenant prévoir kce qui ne sera visible que plus tard.

Il faut bien préciser un point: ce que l’on

pense doit être intensément senti. C’est dans le calme, sans se laisser troubler par aucune autre pensée, qu’il faut s’adonner à cet exercice de concentration, et il faut se laisser le temps nécessaire pour que la pensée et le sentiment qui s'y joint creusent dans l’âme une empreinte profonde. Si l’on procède comme il convient, on parviendra après un certain temps, après des essais peut-être très nombreux, à prendre conscience d’une force et cette force créera en nous un nouveau pouvoir de vision : la graine nous apparaîtra comme environnée d’un léger nuage lumineux au milieu duquel, par les sens spirituels nous percevrons une sorte de flamme. Cette flamme est teintée de lilas dans son milieu et de bleu sur ses bords. Alors apparaît ce que l’on n’a pas vu auparavant et que la force de la pensée et des sentiments éveillés en nous a créé. Une chose, invisible actuellement aux sens physiques et qui, à l’état de plante, devait leur apparaître plus tard, devient dès à présent spirituellement visible à l'étudiant.

Il est aisément compréhensible que la plupart des gens considèrent ces phénomènes comme une pure illusion. Beaucoup diront : Que veulent dire ces visions, ces apparitions ? Beaucoup se décourageront et ne poursuivront pas leur route. La difficulté est justement de traverser ces étapes

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si ardues de l'évolution humaine sans confondre Pimagination avec la réalité spirituelle, et, en outre, de ne pas perdre courage et de continuer sa marche en avant sans effroi et sans appréhension. D'autre part, il ne faut pas cesser un instant de faire appel au sens commun pour distinguer la vérité de l'illusion.

Pendant tous ces exercices l'homme ne doit pas perdre une seule minute la maîtrise consciente de soi-même. Il doit penser avec autant d'assurance que s'il s'agissait des choses et des événements de la vie journalière, il serait fâcheux qu'il tombât dans une rêverie voisine de l'hallucination. L’entendement doit rester clair, à l’abri de tout entraînement, et cela continuellement. Ce serait une grande faute si l’homme perdait par “ces exercices de son équilibre et s'ils l’empéchaient de juger aussi sainement les choses ordinaires qu'il l’a fait auparavant.

L'étudiant doit s'examiner consciencieusement lui-même pour vérifier si cet équilibre demeure intact et s’il reste bien le même homme au milieu des expériences nouvelles qui surviennent.

Un calme profond à l'intérieur, un sens pénétrant pour les choses extérieures, voilà ce qu'il faut savoir conserver. Certes, il faut prendre bien garde de ne pas s’abandonner indistinctement à

n'importe quelle réflexion et de ne pas se livrer aux premiers exercices venus.

Les directrices de la méditation que nous avons énoncées ici ont été éprouvées et pratiquées depuis la plus haute antiquité dans les écoles occultes, et nous n’en voulons pas mentionner d'autres. Celui qui voudrait en mettre d’autres en pratique qu’il se serait formées à lui-même de sa propre autorité ou dont il aurait vaguement entendu parler, tombera fatalement dans l'erreur et ne tardera pas à se laisser aller à des divagations à perte de vue.

À la suite de l’exercice que nous avons décrit plus haut, il sera bon de pratiquer le suivant : Il faut se placer devant une plante en état de plein épanouissement et se pénétrer de cette pensée qu’il viendra un temps où cette plante périra. « De ce que je vois devant moi, se dira-t-on, il n'existera un jour plus rien. Mais cette plante

aura évolué dans son organisme des graines

capables de donner la vie à des plantes nouvelles. Me voilà de nouveau arrivé à la constatation

qu'il existe dans ce que je vois quelque chose. de caché que je ne vois pas. Je remplirai mon.

esprit de la pensée que cette plante avec sa forme et ses couleurs mourra dans l'avenir, mais la représentation intense des graines qu’elle porte

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en elle m'enseigne qu’elle ne disparaîtra pas dans le néant. Ce quelque chose qui la préserve de Panéantissement demeure aussi invisible à mes yeux que l'était précédemment la plante en germe dans la graine. Il y a donc dans cette plante quelque chose que mes yeux ne sauraient voir. » Si je fais vivre en moi cette pensée en l’animant par le sentiment qu'elle éveillera naturellement, elle développera, après un temps, une force qui provoquera l’éveil d’une perception nouvelle. Je verrai sortir de la plante une sorte de flamme. Cette flamme est naturellement plus grande que celle que nous avons précédemment décrite, elle est verte en son milieu et jaune en sa bordure extérieure.

L Celui qui est parvenu à percevoir ces phénoimènes a fait un grand pas en avant, car les choses se révèlent à lui, non seulement telles qu'elles sont au moment présent, mais dans le mystère de leur croissance et de leur dépérissement.

Il commence à voir de toutes parts l'essence ca- Ichée dont les sens physiques ne savent rien et ainsi 1l a fait les premiers pas vers la comréhension de ce qui existe au delà de la naissance et de la mort. Les choses paraissent ainsi parce que les sens ne sauraient percevoir l'esprit, qui réside dans l’être. Pour l'esprit, la naissance et

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la mort ne sont qu’une transformation et c’est pour se rendre compte par soi-même de ces vérités qu'il faut travailler à l'éveil des sens supérieurs par les méthodes que nous avons indiquées.

Pour en finir tout de suite avec une objection qui pourrait être faite par des personnes douées de quelque expérience psychique, disons encore ceci: on ne saurait contester qu'il y ait des chemins plus courts et plus simples pour parvenir à connaître par la vision personnelle les phénomènes de la naissance et de la mort, sans passer par toutes les étapes intermédiaires que nous décrivons dans cet ouvrage. Il y a, en effet, des hommes qui possèdent naturellement des dispositions psychiques remarquables,auxquelles il suffit d’une légère poussée pour se développer, mais ce sont là des exceptions. Le chemin que nous indiquons ici est un chemin sûr et accessible à tous. Il n’est pas impossible non plus d'acquérir quelques connaissances de la chimie par des procédés exceptionnels, mais si l’on veut devenir un vrai chimiste, il faut passer par la route commune.

Ce serait une erreur grosse de conséquences que de se figurer qu’il serait plus commode de parvenir au but en se contentant de se représenter par l’imagination la graine ou la plante. Celui

qui procède ainsi peut aussi susciter une force par laquelle une perception nouvelle semblera s’éveiller, mais cette perception ne sera dans la plupart des cas qu'un mirage de l'imagination. Car il ne s’agit pas de me créer à moimême au gré de ma volonté des perceptions nouvelles, mais bien de laisser la réalité les créer en moi. La vérité doit bien jaillir des profondeurs de mon âme, mais ce n’est pas à mon moi ordinaire que revient le rôle du magicien qui évoquera cette vérité. Ce magicien, ce doivent être les êtres eux-mêmes dont je veux contempler la réalité spirituelle.

Lorsque l’homme par cette discipline a libéré en lui les rudiments de la perception spirituelle, il doit s'élever jusqu’à la contemplation de l’homme même, en choisissant tout d’abord les

. manifestations les plus simples de la vie humaine. Mais avant qu’on en vienne là, il est nécessaire d’avoir travaillé avec sérieux à la purification compiète de sa vie morale. Il ‘faut écarter toute pensée qui tendrait à nous faire voir dans l'acquisition de ces nouvelles connais- L sances une satisfaction de nos instincts égoistes. LIL faut s'être engagé vis-à-vis de soi-même à ne jamais utiliser dans le sens du mal la puissance que l’on pourrait acquérir sur ses semblables.

Aussi tous ceux qui cherchent à connaître par leur propre expérience les mystères de la nature humaine, doivent-ils observer la règle d’or du véritable occultisme. Cette règle est ainsi conçue : « Quand tu fais un pas en avant dans la connaissance des vérités occultes, fais-en trois dans le sens du perfectionnement moral. »

Celui qui observe cette règle peut se livrer à des exercices du genre de celui que nous allons décrire.

Il faut porter son attention sur un homme qui convoite la possession immédiate d’un obiet et concentrer son observation sur ce désir. IL est préférable de choisir le moment où le désir atteint son plus haut point d'intensité et où l’on ne peut encore décider si l’homme obtiendra effectivement l’objet convoité ou non. Et maintenant livrez-vous tout entier à la représentation éveillée en vous par ce que vous observez. Établissez en votre âme un calme aussi absolu que possible; essayez autant qu'il est en votre pouvoir d’être aveugle et sourd pour toutes les autres choses qui vous environnent, et laissez cette représentation susciter en Votre âme un sentiment. Ce sentiment doit monter en vous comme un nuage monte à l’horizon dans un ciel entièrement serein. Naturellement, en règle gé-

nérale Pobservation sera interrompue par ce fait que l'homme sur lequel vous dirigez votre attention ne demeurera pas assez longtemps dans l’état d'âme voulu. Il faudra recommencer cent fois cet essai, mais ne perdez pas patience, à la fin vous parviendrez à susciter en vous le sentiment nécessaire assez rapidement pour devancer la disparition de l'état d'âme voulu que vous observez. Ensuite, après quelque temps vous remarquerez que ce sentiment développe dans votre âme une force qui donnera naissance à la perception directe de l’état d’âme observé. Vous verrez dans le champ de la vue apparaître une image lumineuse, cette image lumineuse est la manifestation dans la substance astrale d’un état de désir. C'est de nouveau à une flamme que nous pouvons comparer cette image. Elle est rouge jaune dans le centre et rouge bleu ou lilas à la périphérie.

Il importe d'environner de précautions la production d’un phénomène aussi délicat que cette perception : le mieux est de n’en parler tout d’abord à personne qu’à son guide si l’on en possède un, car si l’on essaie de décrire maladroitement par le moyen des mots, un phénomène de ce genre, on devient souvent la proie de cruelles désillusions. On emploie des mots

habituels qui ne conviennent pas à de pareils sujets et qui sont pour eux trop grossiers et trop lourds. Par suite, en voulant ainsi tenter de décrire ses expériences, on laisse se glisser parmi les perceptions authentiques des mirages de toutes sortes, fruits de l’imagination. Une règle importante s'impose ici à l’occultiste : apprendre à garder le silence sur ses visions. Oui, il faut s'en taire jusque devant soi-même. Car, ce que l'esprit vous fait voir, il ne faut ni essayer de l'exprimer par des mots, ni tenter de l’interpréter par l’entendement. Abandonnez-vous sans prévention à l'observation astrale, et craignez de la troubler en y réfléchissant trop. Songez, en effet, que votre réflexion n'est, dans le début, nullement au niveau de vos facultés de percepception. Cette réflexion n’a été jusqu'ici alimentée que par des expériences bornées au monde physique. Or, vos expériences actuelles dépassent de beaucoup ses limites. Il serait donc illogique d'appliquer à ces expériences nouvelles et plus hautes un critérium adapté aux expériences anciennes. Il faut avoir déjà beaucoup de solidité et d'assurance dans l'expérience intérieure pour pouvoir en parler d’une manière profitable à ses semblables.

Un autre exercice doit venir compléter ceux

que nous avons décrits jusqu'ici. Il faut observer de la même manière un homme qui vient à l’instant de réaliser un de ses désirs, de remplir une de ses espérances. Si l’on observe les mêmes règles et les mêmes précautions que nous avons indiquées dans les cas précédents, on parviendra de même à une perception astrale. On verra apparaître un phénomène dans le genre d’une flamme jaune au centre et verte à la périphérie.

Par ces sortes d’observations appliquées à ses semblables, l'homme peut facilement tomber dans une erreur morale très grave, il peut devenir insensible. Évitez à tout prix qu’il en soit ainsi. À ce point d'évolution, il faut avoir acquis la certitude absolue que les pensées sont des formations réelles; en conséquence, on ne se permettra plus d’avoir au sujet de ses semblables des pensées qui ne seraient pas conciliables avec le respect le plus profond de la dignité et de la liberté humaines. L’idée qu’un homme pourrait n'être pour nous qu’un sujet d'expériences ne doit pas nous effleurer un instant. L’éducation morale de soi-même doit toujours marcher de pair avec l'observation occulte. Elle nous enseigne à regarder l'indépendance humaine comme intangible et sacrée et à considérer tout ce qui se passe en l’homme comme une chose sainte que

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nous devons respecter même en pensée. Il faut nous pénétrer d’un sentiment religieux vis-à-vis de tout ce qui est humain.

Il nous est impossible de donner ici autre chose que ces deux exemples des effets de l'illumination dans l’observationde la naturehumaine, mais ils suffisent à montrer la voie dans laquelle il faut marcher. Celui qui peut se créer le silence et le calme intérieur quisont indispensables pour ces exercices opérera par là même une grande transformation en lui. Cette transformation ira si loin que cet enrichissement de sa vie intérieure lui conférera du calme et de l'assurance jusque dans son maintien extérieur, et, à son tour cette modification de son extérieur agira par répercussion sur son âme,et cest ainsi quil avancera. Au fur et à mesure de ses progrès les chemins et les moyens se découvriront pour pénétrer toujours plus avant dans la connaissance de la nature humaine, et il deviendra un jour assez mûr pour pouvoir plonger ses regards jusque dans les rapports mystérieux qui mettent l'homme en harmonie avec l'Univers. Sur cette route l'homme s'approche toujours davantage du moment où il sera jugé digne de faire ses premiers pas dans l'initiation. Mais auparavant une chose est nécessaire, une chose dont l’étu-

diant comprendra mieux la nécessité plus tard. Une des qualités que doit présenter le candidat à l'initiation, c'est un courage, une intrépidité aussi accomplis que possible. L'étudiant doit rechercher les occasions favorables au développement de ces vertus. Elles sont systématiquement cultivées dans les écoles d’occultisme, mais la vie elle-même est pour cet objet une excellente école, peut-être la meilleure. Savoir regarder en face un danger, triompher sans trouble des difficultés, tels sont les devoirs de l’étudiant. Par exemple en face d’un danger, il doit immédiatement éprouver le sentiment suivant : mon * angoisse ne saurait m'être d'aucune utilité, je ne dois pas l’éprouver, je dois seulement penser à qu'il y a à faire. Il doit en arriver à ce que le fait | d’éprouver une appréhension ou de perdre cou- L rage soit pour lui une impossibilité. Par cette éducation du courage, l’homme évolue en lui certaines forces dont il a besoin s’il veut être initié à des mystères plus augustes. De même que l’homme physique a besoin de forces nerkveuses pour utiliser ses sens physiques, de même l’homme spirituel a besoin de cette force qui ne se développe que dans les natures intrépides et courageuses.

Celui qui pénètre dans les mystères de la na-

ture voit un certain nombre de choses, que les illusions des sens cachent à la vue de l’homme ordinaire, car si les sens physiques nous empêéchent de voir les vérités supérieures, ils sont par là même de grands bienfaiteurs de l'humanité. Grâce à eux restent cachées des choses capabies -de jeter dans un trouble indicible l’homme qui n'y est pas préparé et qui ne saurait en supporter la vue. L'étudiant doit être capable de supporter ces spectacles. Il perd un certain nombre d’appuis dans le monde extérieur. Il était justement redevable de ces appuis aux illusions qui l’'emprisonnaient. Les choses se passent réellement et littéralement comme si l’on signalait brusquement à quelqu'un un danger auquel il était exposé depuis longtemps déjà, mais sans le savoir. Il n’avait auparavant aucune anxiété, mais: maintenant qu'il sait, il est la proie de la terreur, bien que la connaissance qu'il a du danger n’aggrave en rien ce dernier. |

Les forces de l'univers détruisent et édifient," la destinée des formes est de naître et de disparaître. Le Voyant doit contempler l’action de ces* forces, le mouvement de cette destinée. Il faut pour cela qu'il écarte le voile qui obscurcit s vision spirituelle. Mais l’homme est lui-mêm soumis à l’action de ces forces et de cette des-

tinée. Ces forces constructives et destructives existent dans sa propre nature. En même temps que se dévoilent devant l’œil du Voyant les choses de l’Univers, en même temps se dévoile aussi sa propre âme. En face de cette connaissance de soi-même, l’étudiant ne doit pas perdre pied.Pour quele courage ne lui manque pas,ilfaut qu’il en ait surabondamment et pour y parvenir il doit apprendre à conserver le calme et la tranquillité intérieure dans les circonstances les plus difficiles de la vie. Il doit cultiver en lui-même une confiance inébranlable en la bonté universelle. Il faut qu'il s’attende à perdre un certain nombre des mobiles qui le faisaient agir jusqu'’alors. Il constatera que jusqu'alors il n’a bien souvent agi et pensé que par pure ignorance. Or, les mobiles qu'il avait auparavant lui sont retranchés. Il a par exemple souvent agi par vanité et par amour-propre, il verra que l’amour-propre est de valeur nulle pour celui qui sait. Il a sou-

| vent agi par avarice et par convoitise, il verra le

danger et le néant de tels désirs. Il lui faudra donc de nouveaux mobiles à ses actions comme à ses pensées et c’est à ce moment que doivent intervenir le courage et l’intrépidité.

Il sera excellent de développer ce courage et

L cette intrépidité jusque dans le tréfond de la vie

intérieure ; jamais un échec ne doit décourager l'étudiant. Chaque fois il doit être capable de ses dire : je veux oublier que souvent déjà j'ai échoué dans ces entreprises et recommencer ma tentative comme si c'était la première fois. Il conquiert ainsi la conviction que les sources de forces où il peut puiser dans l'univers sont toujours à sa portée. Il aspire au divin qui peut le relever et le porter, si nombreuses qu’'aient été les défaites et les faiblesses de son être terrestre. Il apprend à vivre dans l'avenir et à ne se laisser troubler par le souvenir d'aucune expérience passée.

Le Maître occultiste expérimentera avec la plus grande attention jusqu'à quel point son élève possède ces qualités lorsque celui-ci demandera à être initié aux mystères de l'être. Lorsqu'un homme a développé jusqu'à un certain degré les qualités que nous venons de décrire, il est mür pour entendre les vrais noms des choses qui sont la clef des savoirs supérieurs, car l'initiation consiste à connaître les êtres de l'univers sous les noms mêmes qui leur ont été. donnés par leurs divins formateurs. Ces noms renferment le secret des choses. C’est pourquoi les initiés parlent une autre langue que les profanes, parce qu'ils connaissent les dénomina=

tions des choses qui expliquent leur création.

Nous parlerons dans le prochain chapitre de l'initiation, sous les réserves qui nous sont imposées vis-à-vis du public.

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L'initiation est dans une discipline occulte le plus haut degré sur lequel il soit encore permis de donner des indications dans un écrit destiné à la publicité. Tout ce qui la dépasse est secret. . Mais on saura facilement en découvrir le chemin: si l’on a pénétré jusqu'aux mystères mineurs à. travers la Préparation, l'Ilumination et l’Initia-. tion. |

voie et sous une forme tout autre, le savoir et let pouvoir qu'elle lui confère. Ceux qu’on initie“ reçoivent un enseignement sur la nature des choses qu’ils n’auraient été appelés à connaître que plus tard, dans des circonstances tout autres.

Un homme ne doit connaître des mystères de

l'être que ce qui répond au degré de son évolution. C’est pour cette seule raison qu'il existe des obstacles sur la voie qui mène à la connaissance des vérités et des pouvoirs transcendants. On ne peut mettre une arme à feu entre les mains d’un homme que quand il a assez d'expérience pour pouvoir s’en servir sans causer un malheur.

Si l’on initiait aujourd’hui quelqu’un sans préparation suffisante, il lui manquerait l'expérience qu'il acquerra au cours de sesincarnations futures jusqu’au moment où par l'effet normal de l’évolution ces mystères lui seront dévoilés dans leur suite naturelle. C’est pourquoi à la porte de l’initiation, il faut que cette expérience soit remplacée “par quelque chose. Les premières instructions que reçoit donc le candidat à l'initiation sont destinées à compenser l’expérience que lui aurait donnée l'avenir. C'est ce qu’on appelle les « épreuves » qu'il lui faut traverser.

Des ouvrages accessibles au public font allu- Sion à ces épreuves, mais, comme on le pense bien, ces traités ne peuvent que donner une idée très inexacte de la réalité, car celui qui n’a pas passé par la préparation et l’illumination n'a jamais rien vu qui puisse l'éclairer sur ces épreuves, et par suite il est incapable d'en donner une description véridique. Devant les yeux du o

candidat doivent passer un certain nombre de choses et de phénomènes qui appartiennent au monde supérieur, mais il ne peut naturellement les voir et les entendre que s’il est capable de percevoir les figures, les couleurs et les sons dont nous avons ‘parlé en traitant la Préparation et l’Ilumination.

La première épreuve consiste à acquérir une perception plus adéquate des qualités matérielles des corps inanimés, puis successivement, des plantes, des animaux, de l'homme. Mais nous n'entendons pas par là ce qu'on appelle aujourd'hui connaissances scientifiques. Il ne s’agit pas de science mais de perception. En règle générale, il arrive qu'un initié fait voir au candidat comment les êtres animés et inanimés se manifestent à l'œil et à l'oreille spirituelle, de sorte que dans une certaine mesure ces phénomènes apparaissent à l’observateur dévoilés et comme nus. Les attri= buts que l’on perçoit ainsi échappent aux sens physiques, et sont pour ceux-ci comme enve“ loppés d’un voile. Ce voile tombe devant le candidat en vertu d’un procédé que l’on qualifie de. consomption par Île feu spirituel; c’est pourquoi l’on nomme cette première épreuve, l'épreuve du

feu.

Pour beaucoup d'hommes, la vie ellemêm

constitue dans son ensemble une initiation par le feu, plus ou moins consciente. Ce sont ceux dont l'âme est enrichie de nombreuses expériences, grâce auxquelles ils ont vu croître dans le bon sens leur confiance en soi, leur courage et leur fermeté, et qui, par suite, supportent la douleur, les déceptions et les échecs avec grandeur d’âme et avec un calme que soutient une force inébranlable.

Celui qui a passé par de telles expériences est souvent sans le savoir un initié. [l faut un rien pour ouvrir ses yeux et ses oreilles et faire de lui + un clairvoyant, car il ne faut pas oublier que “ cette épreuve du feu n’a pas pour butde satisfaire » la curiosité du candidat. Certes, il apprend à con- naître des vérités extraordinaires dont l’homme n’a d'habitude aucune idée. Mais cette connaissance n’est pas le but, elle est le moyen qui conduit au but. Le but consiste pour le candidat à acquérir par cette connaissance des mondes supérieurs une confiance en soi plus profonde, un courage plus noble, une grandeur d'âme et une persévérance tout autres, en un mot des qualités qu’on ne saurait acquérir au même degré dans le monde inférieur.

Après l'épreuve du feu le candidat a le droit de retourner en arrière. Il continuera son exis-

Ki

tence fortifié tant physiquement que moralement et ne poursuivra son initiation que dans sa prochaine incarnation. Mais dans son incarnation présente, il sera un membre plus utile de lasociété humaine qu’il ne l'était auparavant. Quelle que soit la situation où il se trouve, sa fermeté, sa prudence et son influence bienfaisante sur ses semblables aussi bien que sa décision auront fait de notables progrès.

Mais si le candidat après l’épreuve du feu veut poursuivre ses progrès dans l’occultisme, il doit recevoir des leçons qui lui enseigneront le sys-

tème d'écriture en usage dans les écoles secrètes.

La véritable doctrine occulte est rédigée dans cette écriture, car ce qui dans les choses constitue leur caractère secret ou occulte est par définition impossible à exprimer, soit par les mots de la langue commune, soit par les caractères de l'écriture courante, et ceux qui ont reçu l’enseignement des initiés traduisent de leur mieux en langue commune les leçons de la sagesse.

Les signes de l’écriture occulte ne sont ni arbitraires ni artificiels, mais ils répondent aux forces qui agissent dans l’univers. On apprend par eux le langage des choses. Le candidat constate bientôt que les signes qu'il apprend à con-

ne RE Se à in.

naître correspondent aux figures, aux couleurs *

et aux sons qu'il est devenu capable de percevoir au cours de la préparation et de l’illumination. Il voit que ses connaissances antérieures n'étaient que VA B C de la science occulte. C’est maintenant seulement qu’il commence à savoir lire dans les mondes supérieurs, il voit les rapports et les enchaînements de tout ce qui ne lui apparaissait auparavant que comme des phénomènes isolés. C’est maintenant seulement que ces observations présentent toute la sûreté désirable. Auparavant il ne pouvait jamais affirmer qu’il avait bien vu les choses qu’il avait vues. C’est maintenant seulement qu’il peut exister une entente régulière et réciproque entre le Candidat et l’Initié dans le domaine des mondes supérieurs, car, quelles que soient les relations d'un initié et d'un autre homme, l’initié ne saurait véritablement communiquer sa science transcendante sous sa forme immédiate et spontanée qu’en se servant de cette langue des signes.

Par le moyen de cette langue, le candidat arrive à connaître un certain nombre de règles de conduite, certains devoirs dont il n’avait aucune idée auparavant et quand il sait mettre en pratique ces règles de conduite, il peut accomplir des actions d’une importance telle qu’elles dépassent de beaucoup les actions d’un homme

qui ne serait pas initié. Il agit du haut des plans supérieurs. Les instructions qui visent ses actions ne peuvent être saisies que dans la langue occulte.

Remarquons pourtant qu'il existe des hommes qui ont le pouvoir d'accomplir inconsciemment de telles actions, bien qu’ils n'aient jamais pratiqué l’occultisme. Ces aides de l'humanité et de l'univers traversent la vie en répandant la bénédiction et les bienfaits. Par des raisons que nous ne pouvons expliquer ici, ils ont reçu des dons qui paraissent surnaturels. La seule chose qui les distingue de l'étudiant occultiste, c’est que ce dernier agit en pleine conscience et avec une vue claire de l’ensemble; il conquiert, en effet, par une discipline ce que ces hommes ont reçu à titre de présent des puissances supérieures pour le bien du monde. Ces hommes bénis de Dieu méritent un sincère respect, mais ce nest pas une raison pour considérer le travail occulte comme superflu.

Lorsque l'étudiant a appris la langue secrète, il lui faut aborder une autre épreuve. Cette épreuve doit prouver s’il peut évoluer en toute liberté et avec une entière sécurité dans les mondes supérieurs. Dans la vie ordinaire, l’homme est poussé à l’action par des impulsions « extérieures, il accomplit telle ou telle besogne «

ee

parce que les circonstances lui imposent tel ou tel devoir. — Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que l'étudiant ne doit abandonner aucun de ses devoirs quotidiens sous prétexte qu'il participe à une vie supérieure. Il n'existe pas de devoirs dans les mondes supérieurs qui forcent quelqu'un à négliger une seule de ses obligations dans la vie. Le père de famille demeure un aussi bon père de famille, la mère une aussi bonne mère; de même ni le fonctionnaire, ni le soldat, ni aucun citoyen n'est détourné d'aucun de ses devoirs par la pratique de l’occultisme, au contraire. Toutes les qualités qui font la valeur d’un homme dans la vie doivent progresser chez l’étudiant dans une mesure dont le profane ne saurait se faire une idée, et si les profanes ont parfois une autre impression, chose rare, cela vient de ce qu'ils ne sont pas capables de juger équitablement l'initié. Ce que fait ce dernier est souvent malaisément compréhensible pour les autres, mais cela n’arrive que dans des cas particuliers. Pour celui qui est arrivé au degré précité de l'initiation, il existe des devoirs qui ne sont déterminés par aucun mobile extérieur. Ce ne sont pas des circonstances extérieures qui le guident dans ce domaine, mais bien les règles de conduite qui lui

ont été communiquées par la langue occulte. Par la deuxième épreuve, il doit prouver que, sans autre lumière qu’une de ces règles, il peut agir aussi sûrement et avec autant de fermeté que peut le faire un employé qui accomplit une partie de son travail accoutumé. Pour cet objet, l’instructeur fixe au candidat un certain travail à accomplir. Il doit s’aider au cours de ce travail de constatations effectuées grâce aux facultés qu'il a acquises pendant la période de Préparation et d'Illumination, et quant au plan même de son travail, il lui est communiqué dans cette langue secrète qu’il a dû s’assimiler auparavant. S’il sait reconnaître son devoir et agir en conséquence, il a subi victorieusement l'épreuve. On reconnaît le succès de son action au changement qu’elle amène dans les figures, les couleurs et les sons que perçoivent les sens spirituels. L’instructeur précise exactement l’aspect que doivent revêtir ces figures, couleurs, etc., après l’action du candidat et ce dernier doit savoir comment il peut amener ce changement. On appelle cette épreuve épreuve de l'eau parce que l'activité humaine dans ces domaines supérieurs se trouve privée des bases que lui procurent les événements extérieurs, de même que tout appui fait défaut à celui qui se meut dans une eau pro-

fonde. La procédure doit être renouvelée jusqu’à ce que le candidat ait conquis une parfaite assurance. Il s’agit par cette épreuve d’acquérir une qualité nouvelle et par ces expériences dans les mondes supérieurs, l’homme arrive à évoluer cette qualité en peu de temps jusqu’à un degré qu'il n'aurait atteint normalement qu'après de nombreuses incarnations.

Le point essentiel est le suivant: Le candidat ne doit pour produire le changement voulu dans l'essence des plans supérieurs, suivre aucune autre indication que sa perception spirituelle et les instructions qu’il a déchiffrées dans la langue secrète.

Si, au cours de l’épreuve, ses désirs, ses opinions exerçaient sur lui la moindre influence et qu'il oubliait un seul moment de se conformer aux lois qu’il a reconnues pour vraies pour suivre sa volonté personnelle, alors il se produirait un résultat tout autre que le résultat attendu et dans ce cas le candidat perdrait aussitôt sa direction et son but et serait entraîné dans de graves erreurs. Aussi l’homme a-t-il, par cette épreuve, une occasion exceptionnelle de développer sa maîtrise de soi-même et c'est de cela qu'il s’agit.

Ici aussi, on peut subir plus aisément cette

épreuve si, avant l’[nitiation on a passé par une existence capable de fortifier cette maîtrise de soi-même. Celui qui a le pouvoir d'oublier ses caprices et ses volontés personnelles pour servir des principes et un idéal élevé, celui qui sait remplir son devoir, même lorsque ses inclinations et ses sympathies l’en détournent, celui-là est déjà dans la vie un initié et il ne faut plus que peu de chose pour qu'il puisse subir l'épreuve que nous av. ns décrite. Nous dirons mème, qu'il est indispensable d’avoir acquis dans l’existence un certain degré d'initiation insconsciente pour affronter la deuxième épreuve. Les gens qui n'ont pas appris dès leur jeunesse à écrire, éprouvent de grandes difficultés à le faire dans leur âge mûr.

De même, il sera difficile de développer sur les : plans supérieurs la maîtrise nécessaire si l’on n’a»

pas déjà travaillé à acquérir cette faculté dans

l'existence. Les choses du plan physique restent «

immuables et n’obéissent ni à nos désirs ni à nos inclinations, mais dans les mondes supérieurs,

nos désirs, nos passions et nos inclinations exer-

cent une action sur la réalité et si nous voulons produire dans ces domaines un effet prémédité, il faut que nous nous tenions nous-mêmes entièrement en main en suivant uniquement les règles

appropriées et sans jamais obéir à notre fantaisie.

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Une des qualités les plus précieuses à ce degré d'initiation est, sans contredit, la force et la droiture du jugement. Il faut avoir travaillé à le développer dans les phases précédentes, mais c’est à ce moment-là que le candidat doit prouver si, réellement, il en est assez maître pour avancer davantage sur le sentier occulte. Il ne saurait y progresser que s'il sait discerner avec assurance de la vraie réalité tout ce qui est imagination, illusion, superstition ou mirage, et dans les densités supérieures de l'être ce discernement est plus difficile que dans le monde physique. Tout préjugé, toute préférence doit disparaître au sujet des objets auxquels on a affaire, l'unique vérité doit servir de directrice. On doit être entièrement préparé à abandonner immédiatement toute pensée, toute opinion, toute inclination aussitôt que la logique le réclame, car on ne peut acquérir des certitudes dans le monde supérieur qu’en cessant de tenir compte de sa propre mentalité.

Les hommes qui penchent à la rêverie et à la supérstition ne peuvent faire aucun progrès dans le sentier. Le disciple doit acquérir le plus précieux des biens : la certitude. Tous les doutes sur les mondes supérieurs disparaissent pour lui et les choses se révèlent dans leur essence et dans leurs lois, mais il ne peut conquérir ce bien

aussi longtemps qu'il est le jouet de mirages et d'illusions. Il serait dangereux pour lui que son imagination et ses préjugés exerçassent une influence sur sa raison. Les rêveurs et les fantasques sont aussi peu faits pour l’occultisme que les gens superstitieux. On ne saurait le répéter assez, car c’est par la rêverie et la superstition que les pires ennemis du disciple le guetteront sur les sentiers de la connaissance. Mais ne vous figurez pas que le disciple se trouve privé de poésie et d'enthousiasme parce qu'il aura lu sur la porte qui mène à la deuxième initiation ces mots : « Abandonne toute idée préconçue », et sur la porte qui conduit à la première épreuve cette phrase : « Sans bonsens, tes pas sont vains. »

Lorsque le candidat a suffisamment progressé en ce sens, la troisième épreuve l'attend. Là, on ne lui fixe plus aucun but, tout dépend de lui et de son initiative. [Il se trouve dans une situation où rien ne le détermine à agir, c'est par luimême qu'il doit trouver sa route. Il n'existe autour de lui ni objet, ni personne qui puisse l'influencer. Il ne saurait puiser la force dont ik a besoin nulle part ailleurs qu’en lui-même. Si cette force lui faisait défaut, il se retrouverait aussitôt à la même place qu'auparavant. Mais il faut dire que bien peu parmi ceux qui ont réussi

dans les précédentes épreuves se trouveront ici dépourvus de la force nécessaire.Ou bienl’onreste en route à une des étapes précédentes ou bien l’on triomphe ici encore. La seule chose importante est de savoir se déterminer avec promptitude, car il faut faire appel au soi supérieur dans le vrai sens du mot. Il faut savoir se décider rapidement etécouter les impulsions de l’espriten toute chose. On n’a plus le temps de délibérer ou de réfléchir. Une minute d’hésitation prouverait que l’on n'est pas encore mûr. Tout obstacle qui empêche de prêter l'oreille aux avis de l’esprit doit être surmonté avec audace. La qualité qu’il faut prouver, c’est la présence d’esprit et c’est aussi la qualité qu'il s’agit dans cette phase de l’évolution de perfectionner définitivement. Tous les mobiles d'action ou de pensée qu'un homme a pu avoir auparavant disparaissent. Pour ne pas rester inactif, l’homme doit trouver dans son soi supérieur, une raison d'agir, car c'est le seul appui dont il dispose, s’il ne veut pas perdre pied. Aucun de ceux qui lisent ces lignes sans être familiarisés avec ces sujets ne doit éprouver d'’éloignement pour cette obligation imposée à l'homme de se confiner ainsi en soi-même. Car l’homme qui a subi avec succès cette troisième épreuve jouit de la félicité la plus parfaite.

Et, comme dans les autres cas, la vie ordinaire est ici pour bien des hommes une vraie discipline occulte. Pour les personnes qui, dans la vie, se sont accoutumées à prendre sans hésiter une prompte décision devant les devoirs qui leur sont imposés à l’improviste, l’existence a déjà servi d'école. Les situations les plus favorables sont celles où le succès dépend uniquement de la promptitude à agir. Si, dans un cas où une minute d’hésitation causerait un malheur vous êtes à même de vous décider sur le champ et de le prévenir ainsi et si cette décision est devenue partie intégrante de votre nature, Vous avez déjà inconsciemment acquis la maturité nêcessaire pour subir la troisième épreuve, car elle est destinée à perfectionner la présence d'esprit.

On la nomme dans les écoles occultes l'épreuve de l'air, parce que le candidat se trouve privé aussi bien de l’appui extérieur des impulsions venues du monde physique que de l’aide des perceptions spirituelles, grâce auxquelles il aurait pu se déterminer. Il est réduit strictement à ses propres forces.

Lorsque le disciple a réussi dans cette dernière épreuve, il possède le droit de pénétrer dans le « Temple de la connaissance supérieure ». Au sujet des événements qui suivent, nous ne pou-

vons faire que des allusions très discrètes. Ce qui attend le disciple a été représenté comme une sorte de « serment » qu’il doit prêter, un serment de ne pas trahir les secrets de l’occultisme. Mais les expressions de serment et de trahison ne sont aucunement appropriées à leur objet, au contraire, elles sont de nature à induire en erreur : car il ne s’agit nullement d’unserment au sens ordinaire du mot : c’est bien plutôt une expérience qui vous est conférée dans cette phase de l’évolution. On apprend à mettre en pratique l’occultisme et à l'appliquer au service de l'humanité. On commence alors seulement à comprendre la vraie signification de l'univers. Ce n’est pas de taire les vérités supérieures qu'il s'agit, mais au contraire de savoir les défendre d'une manière judicieuse et les répandre avec tout le tact nécessaire. On s’assimile cette qualité transcendante tout particulièrement en ce qui concerne les choses dont on a auparavant parlé et la manière dont on en a parlé. Ceseraitun mauvais initié que celui qui n’emploierait pas ses connaissances occultes au service de l’humanité dans la plus large mesure possible, Il n’y a d'autre obstacle aux communications que l’on

peut faire dans ce domaine quel’incompréhension de celui auquel on s'adresse. Assurément les mys-

tères que connaît l'initié se prêtent mal à être traités dans une conversation quelconque, mais il n'existe point de défense qui empêche de parler celui qui s’est élevé à ce degré de l’évolution. Aucun homme ne lui impose dans ce sens un serment. Il est personnellement responsable de cequ'ildoitfaire ; ce qu’il apprend, c’est à savoir en toute situation décider uniquement par luimême ce qu'il a à faire, et le mot de serment signifie simplement qu’il a été jugé capable d’assumer cette responsabilité.

Lorsque le candidat a été jugé digne de cette confiance, il reçoit ce que l’on appelle symboliquement la boisson d’oubli, c’est-à-dire qu'on lui communique le secret grâce auquel il pourra agir sans être à tout instant encombré et troublé par la mémoire inférieure, ce pouvoir est indispensable à l’initié, car il faut qu'il puisseconsidérer avec une confiance entière la réalité immédiatement présente. Il doit pouvoir détruire ces voiles du souvenir qui enveloppent l'homme et obscurcissent sa vue. Si je juge ce quise présente à moi aujourd’hui d’après ce que j’ai expérimenté hier, je m'expose à des erreurs multiples; naturellement, nous ne voulons pas dire par là qu’il faille renoncer à l'expérience acquise dans l'existence ; il faut l’avoir toujours présente, le cas échéant.

PAR

Mais en tant qu’initié, il est indispensabled'acquérir la faculté de juger chaque événement en soi, et de le laisser agir librement sur l’esprit, sans se laisser troubler par les souvenirs du passé. Il faut qu’à,chaque instant je m’attende à recevoir d’une chose ou d’un être une révélation entièrement neuve. Si je juge le nouveau d’après l’ancien, je suis sujet à l’erreur. Le souvenir des expériences anciennes m'est d’une extrême utilité en ce qu'il me permet de « voir » le nouveau. Si je n'avais pas une connaissance antérieure des choses, il est probable que certaines qualités d’un objet ou d’un être qui se présentent à moi m'échapperaient entièrement. L'expérience doit précisément servir à voir le nouveau, mais non pas à juger le nouveau d’après l’ancien.

La deuxième boisson offerte à l’initié est la « boisson du souvenir ». Grâce à elle, il acquiert la possibilité d’avoir toujours présentes à l’esprit “les vérités supérieures. La mémoire ordinaire n'y suffirait pas. Il faut « devenir un » avec ces vérités d’ordre transcendant. Il ne suffit pas de les connaître, il faut qu’elles deviennent des par- | ties intégrantes de notre activité vitale, comme la nourriture ou la boisson pour l'homme physique. Elles doivent se transformer en caractères per- | manents, en formes de l’activité ou dela sensibi-

lité. On ne doit pas avoir besoin d’y réfléchir dans le sens ordinaire du mot. Elles doivent s'exprimer par l’homme même, circuler en lui et devenir comme les fonctions vitales de son organisme. Ainsi l’initié devient dans le royaume de l'esprit l'équivalent de ce que la nature l’a fait dans le monde physique.

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