CHAPITRE II
LA PRÉPARATION
La préparation consiste en une culture toute spéciale du sentiment et de la pensée. Par cette culture se développent dansles corps« animique» et « spirituel » des sens et des organes qui leur sont propres, de rnême que les forces de la nature tirent de la matière vivante, informe, les organes dont le corps physique est muni.
Avant tout, il faut diriger l’attèntion de l’âme sur certains phénomènes du monde extérieur.
Ces phénomènes sont, d’une part, ceux de la germination , de la croissance et de l’épanouissement d’autre part, ceux que présentent les organismes qui se fanent, se flétrissent et dépérissent.
Partout des phénomènes semblables se présentent aux regards de l’homme, partout ils éveillent tout naturellement dans l’âme humaine des
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sentiments et des pensées. Mais dans les circonstances ordinaires, l’homme ne se livre pas assez complètement à ses sentiments et à ses pensées, il en est empêché par sa recherche incessante des sensations nouvelles. Or, il s’agit de diriger son attention, consciemment et avec intensité sur ces phénomènes.
Partout où l’homme rencontre la croissance et la floraison sous une forme déterminée, il faut qu’il bannisse de son âme toute autre impression, et que pendant un temps il s’abandonne exclusivement à cette seule sensation. Bientôt il constatera qu’un sentiment qui, autrefois en pareil cas, ne faisait que traverser sa conscience, grandit maintenant et revêt une forme énergique et puissante. Il faut qu’il laisse cette nouvelle forme de sentiment résonner paisiblement en lui-même, dans le silence de sa vie intérieure. 11 s’abstraira de tous les autres phénomènes du monde extérieur pour suivre uniquement ce qui se passe en son âme en réponse aux phénomènes de la croissance et de l’épanouissement.
Mais ne croyez pas que ce soit un progrès ni un avantage que d’émousser ses sens à Tégard du monde extérieur. Au contraire, il faut d’abord considérer avec autant d’intensité et autant d’exactitude que possible l’objet extérieur, ensuite
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seulement on pourra se livrer aux sentiments qui s’éveillent, aux pensées nouvelles qui montenl: dans lame.
Il faut arriver à savoir concentrer son attention simultanément sur les deux choses, sur-le phénomène extérieur, et sur le phénomène inté* rieur, et cela dans un parfait équilibre des forces.
Si Ton trouve Je calme nécessaire et qu’on s’abandonne aux mouvements nouveaux de l’ame, on fera au bout d’un certain temps ^expérience suivante : On sentira germer tout un ordre nouveau de sentiments et de pensées que l’on n’avait pas connus auparavant, et plus on dirigera son attention^ tantôt sur les êtres en voie de croissance, de floraison et d’épanouissement, tantôt sur les choses qui se flétrissent et qui m|urent, plus aussi ces sentiments prendront de force et de vitalité. Or c’est grâce à ces sentiments et à ces pensées que s’édifient les organes de la clairvoyance, de même que les yeux et les oreilles du corps physique se construisent avec des matériaux vivants sous l’action des forces de la nature.
Des sentiments d’une forme particulière sont éveillés par la croissance et le devenir, d’autres sentiments non moins précis se rattachent à la décroissance et à la flétrissure, mais il faut pour
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cela que la culture de ces fuixes ait été poursuivie suivant les instructions qui précèdent. C’est seulement par approximation qu’il est possible de décrire la nature de ces sentiments. Pour en avoir une représentation complète, il faut avoir passé par ses expériences personnelles.
Si vous avez souvent appliqué votre attention aux phénomènes du devenir, de l’épanouissement et de la floraison, vous éprouverez quelque chose qui présente des analogies lointaines avec Fimpression que fait sur nous le lever du soleil. A la vue du défleurissement et du dépérissement, on éprouvera un sentiment qui rappelle la montée lente de la lune au-dessus de l’horizon. Ces deux sentiments sont deux forces qui, convenablement cultivées, peuvent produire les effets occultes les plus importants. Celui qui, régulièrement, méthodiquement, les développe en lui voit s’ouvrir un monde nouveau. Le mondeanimique, ce qu’on appelle le plan astral, commence à poindre comme une aurore. Croissance et décroissance sont pour lui, non plus des phénomènes, qui lui font une impression vague, mais des réalités qui s'expriment en lignes et en figures dont il n’avait jamais pressenti l’existence.
Ces lignes et ces figures diffèrent suivant les differents phénomènes. Une fleur épanouie sus-
cite une figure précise et spéciale, de même qu’un animal en voie de croissance, ou un arbre, en train de mourir.
Peu à peu le Plan astral se déroule lentement devant l’élève. Il n'y a dans ces lignes ou dans ces figures, rien d’arbitraire. Deux élèves, également développés, percevront les mêmes lignes et les mêmes figures pour le même phénomène.
Aussi sûrement que deux hommes dans la vie normale voient ronde une table ronde et que jamais l’un ne la voit ronde et l’autre carrée, aussi sûrement la même figure spirituelle apparaît à deux âmes qui contemplent une fleur épanouie.
De même que l’histoire naturelle ordinaire décrit les formes des plantes et des animaux, de même les maîtres des écoles occultes décrivent et dessinent les formes astrales des êtres en voie de croissance ou de dépérissement, en les rangeant par classes et par familles.
Lorsque l’élève est assez avancé pour voir ainsi sous leurs formes animiques des phénomènes également perceptibles à son œil physique, il n’est pas très éloigné de percevoir des choses qui n’ont plus aucune existence physique et qui, par suite, restent intégralement voilées à celui qui ignore la science occulte.
Mais il faut bien appuyer sur ce fait que l’inves-
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tigateur ne doit pas se perdre en réflexions sur ce que signifient ces choses. Ce travail intellectuel ne servirait qu’à l’écarter de son chemin.
Qu’ilobserve le mondesensiblesansprévention, avec bon sens, avec pénétration, et qu’il s’abandonne ensuite à ses propres sentiments. Quant à ce que signifient les choses, ce n’est pas par ses spéculations qu’il doit entreprendre de le deviner. Ces choses elles-mêmes sauront le lui apprendre.
Un autre point important, c’est ce que l’occultiste appelle « l’orientation » dans les mondes supérieurs. On y parvient en se pénétrant de la conviction que les sentiments et les pensées sont des réalités au même titre que les chaises ou les tables dans le monde physique.
Dans le monde de l’âme (ou plan astral), dans le monde de la pensée (ou plan mental), pensées ou sentiments agissent réciproquement les uns sur les autres comme les choses sensibles dans le monde physique. Aussi longtemps que l’on n’est pas pénétré de ces idées, on ne croira jamais qu’une pensée mauvaise peut exercer une influence aussi néfaste sur les autres pensées qui remplissent l’espace mental, qu’une balle tirée à l’aveuglette sur les objetsphysiquesqu’elleatteint. Bien des gens ne se permettront peut-être jamais
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d’accomplir une action visible qu’ils considèrent comme contraire à la raison, mais ils ne verront pas le danger de nourrir des sentiments ou des pensées déraisonnables, car ces derniers leur paraissent inoffensifs pour les autres êtres. On ne saurait progresser dans l’occultisme que si l’on prend garde à ses pensées et à ses sentiments avec autant de sévérité qu’à ses actions.
Si vous voyez un mur, vous n’essaierez pas d’aller droit devant vous au travers de ce mur, mais vous ferez un détour, pour vous conformer aux lois qui régissent le monde physique. Il existe de semblables lois dans les mondes animique et mental. Mais là, elles ne s’imposent pas à l’homme de l’extérieur, elles doivent dériver de la vie même de son âme. On parvient à les connaître en s’abstenant en tout temps de pensées ou de sentiments contraires à la raison.
Il faut s’interdire de la sorte toute rêverie arbitraire et vague, tout enfantillage, tout flux et reflux inconsidéré de sentiment. Loin de s’appauvrir par là, on constatera bientôt que l’on ne devient vraiment riche de sentiment et d’imagination qu’en contrôlant ainsi le cours de sa vie intérieure. A la place d’un sentimentalisme enfantin, et d’associations d’idées puériles arriveront des sentiments pleins de sens et des pensées
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fécondes, et ces sentiments et ces pensées disciplinés permettent à l’homme de s’orienter dans le monde supérieur. Il apprend à établir des rapports normaux entre lui et les objets animiques. — Cette discipline a pour l’etudiant dés conséquences précises. De même qu’il sait en tant qu’homme physique trouver son chemin à travers les choses physiques, de même son sentier le conduit maintenant parmi les phénomènes de la croissance et du dépérissement qu’il apprend à connaître par les voies que nous avons décrites plus haut. Il observera, grâce à cette orientation, tout ce qui pousse et s’épanouit, tout ce qui se flétrit et meurt de la manière la plus profitable à lui comme à l’univers.
Une autre discipline concerne les rapports avec le monde des sons. Il faut distinguer entre les sons dus à des objets inanimés (un corps qui tombe, une cloche ou un instrument de musique) et les sons issus d’êtres vivants (animaux ou hommes). Entendre une cloche, c’est uniquement percevoir le son et en éprouver un sentiment agréable; mais entendre le cri d’un animal, c’est, en plus de ce sentiment, percevoir au travers de ce son une impression vécue par l’animal, plaisir ou souffrance.
C est de cette dernière catégorie de sons que
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réiève doit s’occuper. Il doit appliquer toute son attention à recevoir du son une information sur un événement qui se passe en dehors de lui, il doit se plonger dans cette chose étrangère. Il doit s’unir par le sentiment à la douleur ou à la joie que ce son lui révèle, et oublier, s’il lui est agréable ou désagréable, plaisant ou déplaisant. Une seule chose doit occuper son âme, c’est ce qui se passe dans l’être qui a fait entendre ce son. En faisant ces expériences méthodiquement et après réflexion, on s’assimilera la faculté de vibrer pour ainsi dire à l’unisson d’un autre être. Un homme doué de sentiment musical trouvera cette culture plus aisée qu’un autre : mais il ne faudrait pas croire que le sens musical peut à lui seul remplacer cette discipline.
L’étudiant doit apprendre à éprouver de tels sentiments vis-à-vis de la nature tout entière. 11 plante ainsi des jalons dans les mondes animique et mental. La nature tout entière commence à lui révéler des mystères par l’intermédiaire des sons qu’elle lui fait entendre. Ce qui n’était auparavant pour son âme qu’un bruit dépourvu de sens, devient le langage intelligible des choses. Là où il n’a auparavant entendu qu’un son, dû au choc d’objets soi-disant inanimés, Aperçoit maintenant une nouvelle langue
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de l’âme et s’il progresse dans cette culture de ses sentiments, il constatera bientôt qu’il peut entendre certains sons qu’il n’avait pas soupçonnés auparavant. 11 commence à entendre avec l’âme.
Il faut qu’un autre exercice s’ajoute au précédent pour permettre à l’élève de parvenir au sommet le plus haut qui lui soit accessible dans ce domaine spécial. C’est une chose très importante pour lui que la manière dont il écoute la parole des autres hommes. Il doit s’accoutumer à le faire de telle sorte que le silence règne en lui-même. Par exemple : Si quelqu’un exprime une opinion et que vous l’écoutiez, il s’élèvera en vous d’une manière générale soit une approbation, soit une contradiction, et bien des hommes se considèrent comme obligés d’exprimer aussitôt leur approbation et principalement leur critique.
Il faut que l’étudiant parvienne à réduire au silence, à son gré, aussi bien cette approbation que cette désapprobation. Il ne s’agit pas naturellement de changer son existence tout d’un coup et de travailler continuellement à atteindre ce silence intérieur dans son intégrité. Il faudra commencer par le faire dans certains cas particuliers, choisis avec discernement. Alors peu à
peu, comme de soi-même, cette nouvelle manière d'écouter s’implantera en lui.
Dans les écoles d'occultisme, ces exercices sont pratiqués régulièrement. Les élèves sont obligés, en guise d’exercice, de prêter l'oreille aux pensées les plus contradictoires et de s’abstenir en les entendant de toute approbation et surtout de toute désapprobation intérieure. 11 ne faut pas seulement s’abstenir d’exprimer un jugement motivé, il faut réprimer toute impression de déplaisir, d’éloignement ou d'approbation. En particulier, rélève doit s'observer lui-même avec pénétration afin d’éviter que les tendances, peut-être disparues à la surface, ne persistent dans le tréfond de son âme.
Il devra, par exemple, écouter des hommes qui, sous un rapport quelconque, lui sont de beaucoup inférieurs et faire taire en les entendant tout sentiment de sa supériorité. Il est très utile d’écouter de cette manière parler les enfants, l'homme le plus sage peut apprendre infiniment de leurs bouches. Ainsi l'homme parvient à écouter avec un parfait détachement les paroles d’autrui en faisant totalement abstraction de sa propre personne, de ses opinions et de sa manière de sentir. S’il s’exerce ainsi à écouter sans esprit de critique, alors même que l’on exprime-
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rail les opinions les plus contraires aux siennes, alors même que les extravagances les plus déraisonnables se feraient jour devant lui, il apprendra peu à peu à se fondre avec l’individualité des autres êtres, à pénétrer profondément en eux. Au travers des mots, il entendra la voix intérieure de l’âme. Par des exercices prolongés de ce genre le son devient le meilleur moyen de percevoir l’âme et Tesprit. Il y faut assurément une haute maîtrise de soi-même, mais le but vers lequel elle nous conduit est un but grandiose. Lorsque ces exercices sont menés de front avec ceux précédemment décrits qui concernent l’art d’écouter le son dans la nature, de nouvelles facultés auditives s’éveillent dans Tâme. Elle devient capable d'entendre des communications qui viennent du monde animiqueet qui ne sauraient s’exprimer par les sons perceptibles à l’oreille physique. Le disciple entend alors « le Verbe intérieur » et des vérités d’origine spirituelle lui sont révélées. Il écoute en esprit. Toutes les vérités supérieures sont accessibles à ce Verbe intérieur, les enseignements de tout véritable occultiste lui ont été communiqués ainsi.
Cela ne veut pas dire qu’il soit inutile de s’adonner à la lecture des écrits mystiques ou occultes avant d’être à mêmedepercevoir le Verbe intérieur.
Au contraire, en lisant ces écrits, en écoutant renseignement des occultistes, onseprépareexcellemment aux expériences personnelles. Chaque vérité d’ordre occulte que l’homme entend est appelée à tourner son esprit vers le but qu’il doit atteindre s’il veut faire de réels progrès. A tout ce que nous avons dit doit donc s’ajouter l’étude zélée des ouvrages des occultistes. Dans toutes les écoles d’occultisme cette étude sert de préparation nécessaire, et l’on aurait beau employer tous les autres moyens que l’on ne parviendrait à rien si l’on n’accueillait les enseignements occultes. En effet, parce que ces leçons sont tirées du Verbe intérieur vivant, parce qu’elles sont puisées aux sources vivantes de la révélation mystique, elles possèdent elles-mêmes une vie spirituelle. Elles ne sont pas de simples mots, mais bien des forces vivantes. Pendant que vous écoutez les paroles d’un sage, pendant que vous lisez un livre qui renferme les résultats de véritables expériences occultes, des forces agissent en vous qui doivent vous rendre clairvoyant aussi sûrement que les forces de la nature physique ont créé vos yeux et vos oreilles en façonnant la substance vivante.