‹ L'inquiétude religieuse. Deuxième sérieChapitre 102 sur 112 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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DE LA FOI AU DOUTE

qui active encore par l’impétuosité de son travail la courte flambée de sa propre vie.

Ces réserves faites, regardons maintenant avec quelle curiosité intense, avec quelle profondeur et universalité de sympathie, Green, juché sur l’histoire de son pays, regarde, pour ainsi dire, passer de veine en veine, de siècle en siècle, d’institution en institution, la brève et brusque étincelle qui s’éteint pour renaître sans cesse et qui est pour lui d’un prix infini. 11 faut avoir lu la Short History pour réaliser ce qu’est chez lui cette adoration de la vie. Écoutezle plutôt s’arrêtant avec complaisance devant l’œuvre de Chaucer et se présenter lui-même au naturel en glorifiant le poète auquel il ressemble par tant de points.

Jusque-là la littérature anglaise ne nous a montré que des types, des allégories ou des réminiscences du passé. Ici nous nous trouvons pour la première fois face à face avec des hommes vivants, des hommes différents de nature et de sentiments aussi bien que de figure, de costume ou de langage, et cette originalité de chaque personnage est maintenue à travers toute l’histoire et se révèle par mille nuances d’expression et d’action... C’est la vie dans sa plénitude, sa variété, sa complexité... C’est la vie qu’il aime; délicatesse de sentiments, libres plaisanteries, rires et larmes, tendresse de Grisélidis, ou aventures bouffonnes du meunier et de l’écolier, tout ce qui est vivant et humain lui plaît. C’est cette largeur de cœur, cette tolérance sans bornes qui rend Chaucer capable de comprendre l’homme à la façon de Shakespeare, et de le peindre avec une chaleur, une vivacité, une bienveillance, une fraîcheur et une gaîté que Shakespeare lui-même n’a pas surpassées1.

1. Histoire du peuple anglais. Traduction Auguste Monod Plon, 1888), t. I, pp. 252, 253.

l’inquiétude religieuse

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La vie î toujours la vie î D’elle vient aux pages de tous les livres de Green, leur couleur, leur bel entrain et leur constante allégresse : « Ce qui l’impressionnait — a dit de lui un autre grand historien que l’Angleterre vient de perdre * — ce qui l’impressionnait chez un personnage était que celui-ci avait réellement vécu, et par là, il réussissait à donner la sensation de la continuité vivante d’un siècle et d'un pays. » Les pierres mêmes s’animaient pour lui, une église, une ville avaient, à ses yeux, une existence personnelle. Quand Freeman et lui allaient ensemble à travers l’Europe, pendant que lui battait en tous sens les rues d’une vieille ville1 2, son compagnon ne voulait voir que le chepiin des archives où il allait, du matin au soir, éplucher toutes les chartes du pays. Peu à peu cependant, Freeman se laissa plus docilement conduire, et apprit de Green à entendre parler les vieilles maisons et les monuments du passé. « Et maintenant, ô Johnnie, lui dit-il longtemps après, en le remerciant d’un pareil service, j’ai vu des cités sans nombre, et à chaque tour que j’ai rencontrée, j’ai répété ce que je vous dois. Je l’ai bien mis dans une de mes préfaces, mais ma reconnaissance veut le redire à chaque nouveau voyage. C’est vous qui m’avez appris à regarder une ville comme un tout, distinct des églises et châteaux qui s’y trouvent, comme un organisme vivant 3. »

Il faut faire remonter à la même source la conception vraiment populaire de la Short History . « Je voudrais bien, écrivait Green à Freeman au sujet de

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