‹ L'inquiétude religieuse. Deuxième sérieChapitre 105 sur 112 · Letters , p · texte numérisé non relu

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Sans doute intelligence et sensibilité religieuse restent très vives chez lui, et il entre pleinement dans l’âme de Cœdmon, d’Anselme, de Morus et des prédicateurs du premier « réveil * ». Son livre est même un de ceux où on peut le mieux suivre l’évolution du christianisme anglo-germanique, mais encore une fois cette histoire ne l’intéresse que par le fonds d’humanité plus tendre, plus exquise et plus exaltée qu’elle révèle et par ce que les compatriotes de Cœdmon, de Bunyan et de Wesley ajoutent de curieux et de pittoresque aux manifestations de la foi.

Il semble même — quoique à vrai dire, force nous soit ici de marcher en tâtonnant — il semble que Green ait poussé ce détachement, cette indifférence, plus loin que l’ensemble de ses amis de Y Église large. Chez lui, le divorce d’avec tout le passé anglican et biblique semble complet. Vous chercherez même en vain dans les lettres'de la seconde partie de sa vie, une trace de cette phraséologie religieuse qui survit si habituellement en Angleterre à la perte de la foi. Sans doute l’extrême logique le veut ainsi, mais on connaîtrait mal YÉglise large en se figurant qu’elle est toujours logique avec elle-même. Enfants du siècle, ils ont beau faire à l’incrédulité toutes les avances, ils n’en restent pas moins anglais, c’est-àdire hommes de tradition et de respect, hommes de fidélité aux habitudes anciennes, façonnés au mysticisme par une éducation biblique et par la plus abondante des littératures religieuses, gardant enfin au plus profond de leur être je ne sais quel attrait

1. Qu’on relise dans la Short History la jolie page sur Edmond Rich et ses fiançailles avec la Vierge, t. I, pp. 155) 150,

l’inouiétude religieuse

mystérieux, et quelle docilité curieuse et fervente à suivre la parole pour eux toujours nouvelle des pêcheurs de Galilée. Les plus avancés parmi les broadchurchmen , plusieurs du moins, gardent quelque chose de cette tendance en dépit des plus généreuses concessions au rationalisme. Le doyen Stanley a une piété à lui, élégante et pittoresque et un ancien de Balliol, M. Montefiore, écrivait, il y a quelques années, un article très documenté et très convaincu sur la vie et 1’influence religieuse de cet excellent Jowet qui n’aurait pas pu dire lui-même s’il croyait ou non à la divinité de Jésus-Christ. Rien de semblable chez Green. Il semble avoir tout laissé de la religion comme d’un vêtement d’enfance et la considérer dorénavant avec une curiosité respectueuse comme une relique et pn monument du passé. Il n’est pas téméraire pourtant de croire que s’il en avait eu le temps, cette première fougue de logique et d’indépendance tombée, il aurait retrouvé quelque chose de la facilité anglicane à accepter les demilumières et à se résigner aux compromis.

Je ne me tourmente plus, comme autrefois, de questions que je ne puis résoudre... Mais une vie nouvelle apporte avec elle de nouvelles espérances, de nouveaux désirs de foi, une foi nouvelle que nous arriverons à connaître la vérité. Espérances vagues et confuses, foi vague et confuse, mais maintenant je suis plus résigné que jadis dans le vague et le confus. Je vois maintenant que pour savoir il faut vivre, pour connaître la vérité, vivre la vérité *.

Cela a été écrit en mai 1877, au moment de son mariage. Vers ce même temps, en envoyant sa dé-

1, Lelters, p. 465,

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mission h l’archevêque de Canforbéry, il avouait que cependant un peu de sa foi perdue semblait revenir. « Bien que sur quelques points, disait-il encore, j’aie commencé à voir plus clair dans mes ténèbres, pourtant je ne crois pas qu’il me reste quelque possibilité de reprendre jamais ma vie cléricale b »

La mort vint interrompre ce travail intérieur que ralentissait le surmenage imposé par tant d’autres travaux, dans ces années pressées et fécondes. De sa religion ancienne Green ne gardait que cette élévation et intensité morale dont à aucun moment de sa vie nous ne le voyons se départir. Tout à l’heure nous l’entendions définir la religion : « Le lien moral qui donne à notre vie une unité d’action et de propos. » Pour un Broad-Churchman , la définition qui nous paraîtrait à nous si insuffisante est presque complète.

Morale et religion, ils ne s’inquiètent de savoir dans quelle mesure ces deux éléments d’une vie meilleure et pleinement humaine sont indépendants l’un de l’autre. Ils les mêlent et les confondent dans la théorie et dans l’action, voyant surtout dans les pratiques religieuses un cadre tout tracé et sûr de perfection morale et vivifiant la morale un peu froide des philosophes par toute la poésie de la religion.

Chez Green, bien que ce cadre religieux soit presque voilé tout entier, la conception du devoir n’a rien perdu de sa noblesse et de sa force. Dans ses livres, la préoccupation morale et sociale l'emporte sur toutes les autres ] et ses livres sont l’écho fidèle de toute sa vie. Écoutons-le encore une fois :

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