AVANT-PROPOS
« Jamais je n'ai assisté à une de ces cérémonies saintes, destinées à écarter les fléaux du ciel ou à solliciter des faveurs, sans me demander à moi-même avec une véritable terreur : An milieu de ces chants pompeux et de ces rites augustes, parmi cette foule d'hommes rassemblés, combien i) en a-t-it qui, par leur foi et par leurs œuvres, aient le droit de prier, et l'espérance fondée de prier avec efficacité. Combien y en a-t-il qui prient réellement ? »
Si l'on était maître de sa vie, j'aurais voulu que toute la mienne fût absorbée dans la poursuite d'une réponse à cette question de Joseph de Maistre, récompensée par une définition de la prière qui me permit d'étendre sans mesure le nombre de ceux « qui prient réellement ». En relisant divers essais parus dans le II 1
Correspondant, les Études, Demain, la Quinzaine, la Revue des Deux-Mondes et la Revue du clergé français, je m'aperçois qu'une même préoccupation hante ces diverses pages et qu'elles vont toutes par des chemins plus ou moins capricieux au môme but. Voici donc une seconde série de l Inquiétude religieuse, moins jeune de dix ans et par suite plus hésitante que la première, mais, j'espère, dans le fond^ aussi confiante.
Au comte que je viens de citer et qui, dans les Soirées, représente Joseph de Maistre lui-même,, le cAey«//er répondait allègrement : « Pour moi, je suis déjà sûr que, dans ces solennelles et pieuses réunions, il y avait certainement un homme qui ne priait pas... c'était vous, M. le Comte, qui vous occupiez de ces réflexions philosophiques au lieu de prier ». J'en suis moins sûr que le chevalier. Si Bossuet continue son oraison, quand il se lève « pendant la nuit avec David » pour contempler les étoiles, c'est prier encore que de rechercher ardemment dans l'inspiration, le cœur et l'esprit des hommes quelque trace de la présence et de l'action de Dieu.
Après un travail sur la conversion et la prière de Pascal^ on trouvera quelques études que j'ai groupées deux à deux à la façon des vies parallèles àe Plutarque.
Quand cela est nécessaire, de courts préludes