Middlemarch, ch. XXI
siné avec autant d'amour et de pitié que Maggie et, bien loin de délester les Dodson, je suis moi-même désolée des vilains adjectifs qu'on leur prodigue^ »
Mais on n'arrive pas d'emblée à cette intelligence pourtant très simple des choses. Il y faut beaucoup de vertu et sans doute un peu plus que la durée d'une vie moyenne. En attendant, balbutions les rudiments qui veulent, eux aussi, des années d'apprentissage et, d'abord, essayons de nous convaincre qu'ici-bas chacun de nos compagnons de route mérite vraiment notre sympathie.
Car enfin il n'est personne qui n'ait reçu quelque parcelle de bonté. « Je n'ai pas d'autre désir, écrivait G. Eliot, que de faire passer au cœur de mes lecteurs un peu LVhumoiir aimante, de tendresse et de foi dans la bonté-. » Belief in goodness. Sous cette forme sa doctrine nous paraît moins décourageante, plus à la portée de notre faiblesse.
Croire à la bonté d'autrui, notre inclination naturelle ne se porte guère de ce côté, et si, d'aventure, nos instincts confiants menaçaient de nous entraîner, l'amour-propre aurait bientôt fait de nous rappeler que toute sévérité est perspicace, et que les naïfs sont toujours dupés. Mais G. Eliot ne veut pas qu'on écoute celte voix trop intéressée et pense, au contraire, qu'à tout prendre la sympathie voit plus clair que la défiance et que la froideur. Et d'abord que savons-nous du dernier secret d'une conscience? « Au fond de la plus entière confiance, même de celle qui peut exister entre mari et femme, se dérobe toujours un résidu qu'on ne peut dire, qu'on ne peut