‹ L'Inquiétude religieuseChapitre 56 sur 108 · Daniel Deronda, book II, ch. XVI · texte numérisé non relu

Daniel Deronda, book II, ch. XVI

une parole de lui que nous détachons que nous isolons comme une parcelle morte envoyée à l'analyse !

— Puisque j'ai voulu le tuer, dit Tina à M. GiKil, c'est aussi mal que si je l'avais tué en réalité.

— Non, ma petite, répondit Gilfil, lentement et en laissant un intervalle entre chaque phrase. 11 nous vient le désir de faire de vilaines choses que nous ne ferions jamais, tout comme nous rêvons de hauts faits dont nous ne sommes pas capables. Souvent nos pensées sont pires que nous, comme souvent elles sont meilleures. Dieu nous juge tout entiers et d'un regard, non i)as comme les hommes sur des sentiments ou des actes isolés. Nous ne sommes jamais justes les uns pour les autres. Éloges ou blâmes, nos jugements dépassent la mesure parce que nous prenons actions et paroles une à une comme nous les entendons ou les voyons. Nous ne voyons pas le tout d'une àme, mais Dieu sait que vous n'auriez pas commis ce crime ^ .

Le tout d'une âme, pour le bien tenir, il faut prendre aussi le tout d'une vie et noyer dans la splendeur des années, — peut-être dos journées, — meilleures, les tares qu'ont pu amener l'usure du temps et la souffrance. L'aubépine fleurit pendant de courtes semaines et pourtant, été comme hiver, son nom parle de blancheur. Ainsi, quand nous avons à nommer une âme, G. Eliot voudrait nous ramener au temps, souvent court et lointain, où cette âme a donné sa fleur. Ce vieux clergijman aux habits râpés, à la pipe indolente, si peu gentleman, si peu prêtre, chez qui vous cherchez en vain le je ne sais quoi qui sépare un homme de la foule, prenez garde, n'allez pas le juger, le condamner trop vite. Voyez plutôt.

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