‹ L'inquisition aux Indes espagnoles: a la fin du dix-huitième siècleChapitre 7 sur 59 · Arch. hist. nat. Inquisition. Lima. Revenus · texte numérisé non relu

Arch. hist. nat. Inquisition. Lima. Revenus

Esiado gênerai de rentas y producios del Real fisco de este Santo Otîcio, Buenas Memorias, Capellanias colatîvas y legas, y de los patronaios de la administraciôn del recepior gênerai inlerino D. Francisco Garrido que ha producido en relacion y demostraciùn conforme d el mandato de este Tribunal.

l'inquisition aux INDES ESPAGNOLES ir

Confiscations. — Philippe II avait accordé au Saint-Office les biens dont il prononçait la confiscation. L'on pourrait. croire qu'il tirait de là d'opulentes sources de revenus ; lestextes prouvent le contraire. Pendant les trois années 1762, 1763, 1764, les confiscations ne rapportèrent au Tribunal de Lima qu'une somme de 1.736 pesos, soit une moyenne de 578 pesos par an. Le revenu total de tous les biens confisqués appartenant au Saint-Office atteignait 16,869 pesos et 2 réaux Il était ordinairement perçu sous forme de cens, mode d'administration extrêmement commode, maïs aussi désavantageux qu'il est possible de l'imaginer. Le cens était fixé une fois. pour toutes et devenait k jamais invariable : le paiement du cens était la seule obligation du preneur vis-à-vis du bailleur;. moyennant ce paiement, le censitaire se trouvait investi d'une quasi-propriété, pouvait exploiter le domaine comme il lui plaisait, l'hypothéquer, le céder, le donner, l'échanger, le vendre même, sans que le propriétaire eût licence de s'y opposer. Le droit du propriétaire ne reparaissait que le jour où le cens cessait d'être payé. Avec ce mode de tenure, les revenus n'augmentaient jamais et restaient, au contraire, susceptibles de diminution par l'effet des circonstances naturelles, ou de la négligence des censitaires. Le Pérou avait souffert d'un terrible tremblement de terre en 1746; beaucoup de fermes, beaucoup de maisons avaient été endommagées ou détruites, les censitaires n'avaient pas remis les terres en état, n'avaient pas réparé les maisons et s'étaient trouvés dans l'impossibilité de continuer à payer les cens. Le Saint-Office était bien rentré dans ses droits, mais ils ne reposaient plus que sur des terres dévastées ou sur des maisons démolies.

Aux mains des administrateurs médiocres qu'étaient les- Inquisiteurs, la régie directe ne donnait pas de bien meilleurs^ résultats. Il fallait compter avec les non-locations, avec les. réparations à exécuter aux immeubles. Les administrateurs les laissaient généralement à la charge des locataires, et les-

immeubles dépérissaient et tombaient en ruine. Les terres perdaient aussi de leur valeur par la mort des esclaves qui les cultivaient et par la perte des droits d'eau, que les administrateurs négligeaient de faire valoir, « Plusieurs des principaux domaines du Tribunal s'étaient ainsi complètement perdus, »

Fondations. — La piété des fidèles contribuait à l'enrichisseraent du Saint-Office comme à celui des Eglises et des monastères; on lui léguait par testament des capitaux, des terres, des maisons, dont le produit, parfois considérable, payait en 1792 les frais d'administration faits par lé Tribunal, les appointements de l'avocat, du procureur, du greffier, et le papier timbré employé dans les procès que le Saint -Office soutenait devant la justice royale. Les Offices demandés par les testateurs étaient chantés par des moines choisis par le tribunal, qui tenait à honneur d'y assister tout entier. Des gratifications, prévues par les fondateurs, étaient payées aux membres du Tribunal et aux subalternes. Le restant des revenus se dépensait en cire, vin et pain pour les aumônes. Le Saint- Office de Lima possédait en 1792 huit fondations de cette sorte'. La plus riche, celle qu'avait fondée Miguel de Ochoa représentait, un capital de 71.451 pesos et donnait 2.547 P^sos de revenu annuel ; la fondation Calderon représentait un capital initial de 10 000 pesos.

Chapellenies. — Les personnes pieuses témoignaient encore de leur affection pour le Saint-Office en créant à son profit des chapellenies ; le Tribunal en désignait lui-même les titulaires, qui y trouvaient un moyen d'existence, ou un supplément de traitement. Ces chapellenies, on le conçoit, étaient avidement recherchées L'inquisiteur fiscal Zaldequi, dont nous

1. Memorias de Miguel de Ochoa. — De Betancur. — De Castro. — De Castilia. — DeMartinez. — DeQueipo. — De Biuna. — De Calderon- <Arch. hist. nat., loc.cit., 1792.)

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connaissons les traverses, avait obtenu une chapellenie, mais elie lui avait été contestée, et la Suprême n'avait pas encore rendu son jugement en 1814.

Le nombre des chapellenies possédées en 1792 par le Saint-Office de Lima montait à 21 ', Les revenus des quinze premières étaient recouvrés par le receveur général du Saint- Office, ceux des six dernières par les titulaires eux-mêmes.

I. Chapelle de Saint'Pierre-Martyr, fondée au capital de 11.273 pesos, mais ruinée par le tremblemenl; de terre de 1746.

Grande chapelUnie, 417 pesos 6 réaux 17 maravédis de revenu.

Chapellenie de Nuestm SeAora de las Cabezas, fondée avec les biens réunis, de plusieurs veuves. — 573 pesos de revenu.

Chapellenie de D. Antonio de Viso. — 93 pesos 5 réaux et 17 maravédis

Chapellenie de Miguel de Ochoa. — 143 pesos de revenu. Autre ckapelUnie fondée par le mime. — çï pesos 6 réaux de revenu. Chapellenie léguée par D. Garcia Marlinez Givezas, à la nomination de l'Inquisiteur le plus ancien. — 396 pesos de revenu.

Oiapellenie de D. yuan Robles. — loi pesos 2 réaux 17 maravédis de

Chapellenie d* D. Felipe Perfecto del Castitlù. — 120 pesos de revenu.

Chapellenie de D. Luis de Belancourt y Pigueroa. — 140 pesos de revenu.

Chapellenie de D. Gaspar de la Lerna. — 400 pesos de revenu.

Autre chapellenie fondée par le tnéme. — 400 pesos de revenu.

Chapellenie de D. Antonio Giron de Bocanegra et de D. Juan de Contreras, — 4SO pesos de revenu (assez difficiles à recouvrer).

Chapellenie de D. Pedro Osorio de Lodio. — 120 pesos hypothéqués sur

Chapellenie de D. Ignacio de Oyanguren. — 116 pesos de revenu. Chapellenie de Doha Mencia de Vargas. — Pas de revenu indiqué. Chapellenie du capitaine Nuhez de Santiago. — 120 pesos de revenu. Chapellenie de D. yuan de Huerla. — 210 pesos de revenu. Autre chapellenie fondée par le mime. — 150 pesos de revenu. Chapellenie de D. yuan Bautista Moreno. — 150 pesos de revenu. Chapellenie de D. Antonio de Castro y de Castillo. — 44 pesos 5 réaux. 17 maravédis de revenu.

Chapellenie de D. Antonio Dominguez. — 80 pesos de revenu.

14 G. DESDEVISES DU HEZEKT

Patronages. — Il existait encore une autre forme de libéralité ; on pouvait léguer au Tribunal des droits de patronage sur des œu\Tes pieuses, garanties par un capital plus ou moins -considérable. Le Tribunal était considéré comme dépositaire des capitaux, les administrait sous le contrôle de la Suprême et employait les revenus sui^^ant les intentions des testateurs.

Le patronat fondé par Ordufiez de Villaquiran représentait «ncore en 1792 un capital de 109.933 pesœ 6 réaux 17 maravédis, hypothéqué sur des maisons et des domaines. Le revenu moyen atteignait 3.31 1 pesos 7 réaux. Le produit de la fondation avait été affecté par le testateur à un certain nombre de services, qui absorbaient, et au delà, les disponibilités. Xous avons là un exemple intéressant de l^[s ad pias causas qui nous montre comment on entendait la dévotion au Pérou. Villaquiran laisse 231 pesos pour les frais du culte à l'autel des Reliques de l'Eglise du Couvent des Augustins à Lima — 96 pesos au religieux prêtre qui remplit les fonctions de sacristain dans cette chapelle — 632 pesos pour la fête de la Toussaint — 918 pesos pour la chapellenie dont est pourvu l'Inquisiteur patron, avec charge de dire 269 messes pour le repos de l'âme du testateur — 900 pesos destinés à rétribuer -quatre autres chapellenies — 100 pesos à l'avocat du Saint- Office — 200 pesos à l'administrateur — 400 pesos pour doter une jeune fille noble, qui pourra à son gré se marier ou prendre le voile (para el estado que eligiere de religiosa ô casada) — 300 pesos pour habiller six prêtres séculiers, pau\Tes et vertueux, à charge par eux de dire quinze messes basses et de répondre autant de fois la messe à l'autel des reliques du Couvent des Augustins — 100 pesos pour vêtir quatre religieux de Saint-Augustin, choisis parmi les plus pauvres et les plus vertueux — 200 pesos pour aumônes à des veuves pauvTes — 100 pesos pour le rachat des captifs — 100 pesos pour les Saints-Lieux de Jérusalem — 300 pesos pour les monastères ■du Prado, Carmen-Alto, Descalzas, Santa Catalina — Santa

Clara — Trinidad — loo pesos pour les pauvres détenus dans les prisons de la ville — 50 pesos au prévôt de l'oratoire de Saint-Philippe Neri. Toutes ces sommes fonnaient un total de 4.727 pesos, très sensiblement supérieur aux revenus actuels ■de la fondation, l'inquisiteur patron faisait subir à chaque -chapitre une réduction proportionnelle.

Par une clause vraiment curieuse du testament, le fondateur avait déclaré laïques toutes ses chapellenies et œuvres pies, -et les avait soumises à l'unique patronage du doyen du Tribunal du Saint-Office. II déclarait que « si jamais un juge ■d'Église quelconque voulait se mêler de gérer ces œuvres ou d'interpréter ces clauses, il entendait révoquer entièrement sa fondation et lui donner une physionomie toute différente, que connaîtraient seuls les patrons successifs de l'œuvre. » Nous sommes donc en présence d'un homme qui s'est méfié des gens d'Église pour réaliser ses intentions charitables et qui ïi'a eu confiance à cet égard que dans le Tribunal du Saint- Office. Il y a là une marque non équivoque, et qui n'est pas isolée, de l'estime toute particulière oii étaient tenus les juges d'Inquisition'.

Les comptes de gestion de l'administrateur Juan Ignacio de Obiaga nous renseignent sur les vicissitudes subies par les revenus du patronat ViUaquiran pendant une période de sept ans (1759-1766). Pendant ce laps de temps, différents -débiteurs de l'œuvre s'acquittèrent et l'administrateur reçut ■de ce chef 14777 pesos, dont il dut assurer le remploi. Les revenus perçus pendant ces sept années montèrent à 22409 pesos 5 réaux 17 maravedis, donnant une moj'enne annuelle de 3 201 pesos seulement. Presque toutes les maisons

I. En Espagne, Philippe IV, tenant à prohiber absolument l'exportation des chevaux et se défiant de ses propies tribunaux, attribua au Saint-Office, comme au seul Tribunal incorruptible, la connaissance de

Ib G. DESDEVISES DU DEZERT

appartenant au patronat avaient été ruinées par le tremblement de terre de 1746. Le Tribunal se décida à vendre les emplacements des maisons et à en replacer le produit en cens. Personne ne semble avoir eu l'idée de reconstruire les maisons. Les dépenses effectuées pendant la même période montèrent à 32 999 pesos et 5 réaux, La Chapelle des Reliques avait été fournie d'huile et d'offrandes, le sacristain avait été payé, l'avocat avait reçu 100 pesos de gages annuels, l'administrateur avait touché 200 pesos, au lieu des 400 qui lui étaient attribués par le testament ; les Inquisiteurs Aniuzquivaret Grillo, successivement patrons de l'œuvre, avaient reçu 7810 pesos, à raison de loiS pesos par an, se décomposant ainsi qu'il suit : 900 pesos pour la chapellenie attaciiée au patronat, 100 pesos pour la distribution qui se faisait chaque année le 15 octobre et les iS derniers pesos pour les messes qu'ils devaient célébrer aux fêtes de Saint-Come et de Saint-Damien. Les quatre cliapelains avaient perçu 7216 pesos, à raison de 250 pesos l'an pour les deux premiers et de 200 pesos seulement pour les deux derniers. Il avait été dépensé I 669 pesos et 7 réaux pour les fêtes de la Toussaint à l'Eglise de Saint- Augustin. La coutume voulait que 20 Indiens y assistassent; on donnait à chacun 5 pesos et un cierge, de ceux de huit à la livre; on distribuait également ce jour-là 50 pesos à chaque inquisiteur, 2 pesos à chaque qualificateur, et 4 à chaque subalterne, à la condition, bien entendu, que tous eussent assisté à l'office. L'habillement des prêtres pauvres avait coûté 708 pesos 17 maravédis. Les dots aux religieuses avaient absorbé i 204 pesos. Les membres du Tribunal qui avaient contrôlé te compte de l'administrateur avaient retju "94 pesos 6 réaux 17 maravédis. En comptant quelques menues dépenses encore, l'administi'ateur inscrivait à son avoir une somme de (>i i pesos et préaux. Présenté au Tribunal le 21 octobre 17O7, le compte de l'administrateur fut renvoyé à l'économe du Saint-Office, qui lut son rapport le 9 novembiv

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■et, le 1 6 du môme mois, décharge fut donnée à l'administrateur

Le patronat de Villaquiran n'était pas le seul qui appartînt au Tribunal du Saint-Office de Lima. Le capitaine Miguel Nunez Santiago lui avait légué une somme de 25 707 pesos et une propriété située sur la place Saint -François à Lima. Les revenus devaient être capitalisés jusqu'au chiffre de 3 195 pesos et servir à doter une jeune fille pauvre et vertueuse, désireuse d'entrer au couvent ^ Si plusieurs candidates se présentaient, on tirait au sort le nom de la bénéficiaire de l'œuvre; elle devait entrer dans un Grand Couvent « qui ne fut pas de religieuses récollettes. »

Martin de Zelayeta n'avait pas les mêmes répugnances car il avait légué uii capital de 100 000 pesos dont les revenus, capitalisés jusqu'à 3455 pesos, devaient servir à doter une jeune fille noble, pauvre et vertueuse, et à faciliter son entrée dans un couvent de Récollettes.

Enfin, Feliciano Torrejon avait laissé au Saint-Office 10400 pesos pour en distribuer le revenu aux religieuses les plus pauvres et les moins valides des monastères de Lima.

Ces œuvres pies n'enrichissaient pas directement le Tribunal, mais fournissaient des indemnités et des suppléments de traitements à bon nombre de ses membres, ajoutaient à son lustre et aidaient puissamment à son influence.

1^8 canonicats, les biens confisqués, les fondations, les chapellenies, les œuvres pies constituaient à peu près toutes les ressources du Tribunal. Cependant, il faut encore mentionner un certain nombre de services annexes qui pouvaient ■être l'occasion de quelque avantage pour le Saint-Office.

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