AUBE
L'aube tremble aux frissons de la jeune lumière, Le ciel est tendre et bon dans son azur mouillé, On se figure un parc par l'automne rouillé Et des brumes de rêve errant sur la bruyère...
Sans fin, vibre le bois à l'écho de l'écho, Sous l'haleine du puits un léger saule bouge. Le coq jette son cri qu'on s'imagine rouge. Ce cri qui fait songer tant au coquelicot.
L'aurore danse au fond de l'atmosphère sombre, Et la soif des crapauds fait sonore l'étang, Dans l'espoir du soleille monde est palpitant. Le lac s'argente au bord de la robe de l'ombre...
Des teintes sur de l'or pâle voguent là-bas, De se lever la vie est rose, et mauve et douce. Le cœur du bois en pleurs filtre à travers la mousse Et le réveil me semble un bouquet de lilas.
«■ Je demande au matin le pain parfumé d'orge, Le bain clair et léger où rira le soleil, La gerbe du désir dans mon jardin vermeil, Du sang neuf pour ma lèvre, un soupir pour ma gorge.
Je demande d'aller pensivement m'asseoir Sur un banc où pleuvra le baume de la vigne. Je demande à quelque arbre une promesse, un signe Qui me fera pleurer en attendant le soir...
• sous* LA LAMPE
Parlez-moi du passé, des quenouilles, des lampes, Du silence léger tissant son réseau d*or, #De tout ce qui fut doux à mes mains, à mes tempes, Du cœur du clair de lune aspiré par le cor.
Parlez-moi de l'étang aux yeux de feuilles vertes, De la petite pluie au chagrin enfantin. Des portes que l'on voit sur des lis entr'ouvertes Et sur des papillons poursuivant le matin.
Parlez-moi de l'amour des roses et des mères, Des berceuses d'un luth, des larmes d'une sœur. Dites ce qu'un fuseau peut filer de chimères, Dites ce qu'un rouet peut chanter de bonheur.
Je suis enfant... Ma mère rit dans la soirée, De la lampe ses doigts baissent le voile bleu, Le thé souffle sans fin une tiédeur dorée, Les contes, les grillons parlent devant le feu.
Et
Je suis enfant... Ma robe est blanche sous mon livre, Et j'ai des yeux si beaux pour comprendre, pour voir... Contre mon cœur joyeux le chat blanc aime vivre, Le silence est rempli par le ronron du soir...
Oh I parlez-moi des choses chères qui sont mortes, Et que ma mère, un peu, dans la toile tissa... C'est loin. . . C'est doux. . . Je vois des enfants sur des portes Tandis que, dans le vent, le mois de Mai passa...
«ft
MÉLANCOLIE PRINTANIERE
Le soir sent la pluie et le mois de Mai, Les fenêtres sont, autour de moi, closes. Je n'ai pas d'espoir, pas d'or, pas de roses, Pas de Bien-aimé.
Je presse le pas vers quel but, quelle heure?... La longue avenue est pleine de vent, Je bois l'atmosphère et je vais rêvant Vers quelle demeure?...
Que l'air est léger, que mon' cœur est lourd I... Que la nuit est douce en son odeur verte I... Je voudrais marcher, dans l'ombre déserte, Vers un peu d'amour...
Jeunesse et printemps, quelle solitude 1... J'évoque un jeune homme au front grave et las Qui ferme, obsédé par tant de lilas, é Ses livres d'étude...
J'évoque l'amour qui ne viendra pas, Et pour m'enfoncer, avec plus d'ivresse, Plus avant dans l'ombre et dans la tristesse Je presse le pas...