O NUIT
0 nuit, je t'ai parlé tout bas et tu m'entends. Voudras-tu m'exaucer, nuit, au nom du printemps, Nuit de calme d'argent, de flamme bleue... Ivresse Des forêts et des mers, des astres et des cœm*s, Nuit qui mêles la lune avec l'ombre des fleurs, 0 nuit dont aurait pu se couronner le Grèce ?
Nuit, apporte ton souffle à sa porte et dis-lui :
« Assez un jeune amour vers ton visage a lui,
« Assez il a jeté vers toi son cri sonore...
« Voudras-tu d'un regard qui souff're et qui chérit,
« D'une bouche où passa l'âme du pré fleuri
« Et d'une nudité pure comme une amphore?...
« Une femme te veut... Nulle nuit ne l'endort, « Tu cours sous ses yeux clos ainsi qu'un fleuve d'or, « Elle a soif, et toi seul peux lui donner l'eau vive, « Elle pleure, et toi seul, cruel, peux l'apaiser, « Elle baisse les bras comme un arbre brisé, « Elle penche la tête ainsi qu'une captive...
« Ah ! qu'attends-tu?... Bientôt, il te faudra mourir, « Il faudra qu'elle meure... Et, pourtant, son désir « Se brise dans son jet comme Feau qui s'élance... « Il faudra que ses yeux, tes yeux oublient le jour... « Qu'il est trois fois amer, trois fois encor l'amour « Qui, sans un écho, meurt à travers le silence !... >
0 nuit, va l'étonner de toute ta beauté.
Montre-lui ma douleur, sœur de ma volupté.
Et mon rêve étoile dans son nocturne dôme.
Et ma chaste langueur qui se voile en riant.
Dis-lui que de chérir aussi fort l'Orient
Mon cœur verse à ses pieds sept fois son poids de baume.
Nuit, tu ne m'entends pas... L'aube vient d'arriver, Plus encor à mon front est le mal de rêver. Toujours flottent en moi les heures incertaines... Hélas ! souffrir encor par le soleil levant. Par les feuilles, le sol, l'aile prompte du vent Et par le goutte à goutte éternel des fontaines !...
Cfc,