CÉCILE, THÉRÈSE
CÉCILE
Ah! toi!... Enfin 1.
THÉRÈSE, ôtant son chapeau, f
Je n'en puis plus. Ah! je t'en prie, évite-moi désormais ces scènes qui sont au-dessus de mes forces.
CÉCILE
Quelles scènes?
THÉRÈSE
Celles que tu devines?
CÉCILE, sur un ton singulier.
Tu semblés bien ^mue, en effet!
TlUvRÈSE
On le serait à moins.
Si l'heure que tu viens de passer était si pénible, pourquoi ne l'as-tu pas abrégée?
THÉRÈSE
Que veux-tu dire?
CÉCILE
Qu'au fond de cette peine-là... il devait y avoir quelque plaisir, caria mission dont je t'avais chargée n'exigeait pas tant de temps!
THÉRÈSE
Voyons, ce n'est pas possible!... C'est toi qui me parles ainsi!...
CÉCILE
Et pourquoi ne te parlerais-je pas ainsi? Il n'y a rien là qui puisse te blesser, je suppo.se? Mais c'est admirable, vraiment 1 Tq sais que j'attends le ré.sultat de ta démarche, nerveuse, oppressée, la mort dans l'âme, et tu t'éternises, tu t'éternises!... Parbleu, je sais que sa conversation n'est pas sans charme... le charme de la tristesse... ie charme des grands yeux clairs au fond desquels il y a... des désirs... et des larmes... Mais tu aurais pu choisir un
ACIE l'UEMlE» 217
autre momeni pour savourer ce charme-là, tu aurais pu, tu aurais dû penser à moi!
THÉRÈSE
De la jalousie! Ah! ma pauvre amie, tu vois bien que tu l'aimes!
cÉcaE
Et quand je l'aimerais! Mon droit va jusque-là, peutêtre?
THÉRÈSE
Il ne s'agit pas de ton droit, il s'agit de ton bonheur.
CÉCILE
Mon bonheur me regarde ! ^ '
TUÉRÈSE ^
Personne ne le conteste. Mais alors pourquoi cette comédie, dont je deviens inutilement la dupe? Pourquoi me charger d'interventions cruelles? Tu m'envoies lui démontrer sa folie, lui prouver que tu 'ne répondras jamais à un amour impossible, tu me charges de paroles douloureuses et décisives et ce sont autant de mensonges ! Je ne comprends plus. V 1 atJ^ a ' '
CÉCILE ^
Est-ce que je comprends, moi!... (Un temps.) A pein(; puis-je comprendre que je viens encore d'être injuste et. brutale. Pardonne-moi, Thérèse. (EUe fait des efforts surhumains pour retenir ses larmes.) Je suis eu cc moment irritable, exallée, à la merci de mes nerfs. Ce débat, qui se prolonge, finit par me déséquilibrer. Ma pitié...
THÉRÈSE, avec amerlumo.
Ta pitié!...
CÉCILE
Mais oui, ma pitié!... Ah! ne va pas croire au moins à ce que je t'ai dit tout à l'heure!... Ce n'est pas vrai, je ne l'aime pas, tu m'entends bien^ je ne l'aime pas. '
JH L'INSTINCT
'riU^HKSi;, avec un grand poste de découragemenL
Tu le dis!
CÉCILE, très troublée.
Je le crois! /Jn temps.) Alors? Que lui as-tu dit?
TIILRKSE
Taut ce qu'on dit en pareil cas... dos p.iroln.s imilih
CÉCILE
Et... lui?
TUÉRÈSE
Lui, toujours la même obstination inébranlable et douce. « Qu'elle vienne!... Qu'elle vienne!... Suppliez-la de venir!... Je veux la voir... Qu'elle me dise elle-même toutes les sentences de désespoir que vous m'apportez.. Je m'inclinerai. Mîiis qu'elle vienne! » Impossiblf do !.■ sortir de là.
CÉCILE
Le malheureux 1
THÉRÈSE
Ah! oui, u f^L liuniljle!... Et quelle passion dicuiin-idans le ton avec lequel ces mots sont prononcés : « Qu'elle vienne!... Je veux la voir! »
CÉCILE
Pourquoi cette brusque décision de ne plus venir luimême?
THÉRÈSE
La présence de ceux qui t'entourent lui est insupportable. Ton mari, ton beau-frère, moi aussi, je crois moi aussi, il nous exècre. 11 nous exècre comme il t'aiin' Ah! ces êtres qui souffrent ont une puissance de sensation, une énergie d'amour et de haine qui nous domptent./^ Tiens, voici ce qu'il m'a remis pour toi.
(liUle lui tend un billet.) CÉCILE, doucement.
Je t'avais recommandé de ne pas...