SCÈNE III
Les Mêmes, moins VALDON
GILEOUAIN
Quel impertinent personnagel
LA BERRONNIÈRE
N'y prenez pas garde. Au fond, c'est un fort brave homme. 11 n'a que le tort d'avoir un gendre qui titre six cents ans de noblesse et une femme qui a fini par croire que les parchemins leur appartenaient en commun. Très bon cœur, je vous assure. Il va s'acheter une automobile.
GILEOUAIN
Vous disiez donc?
LA BERRONNIÈnE
Je disais?... Ah!.., oui... Vous comprenez que d'Aiguerose ne pense pas du tout à s'en aller d'un pareil fromage. Il y est trop bien. Depuis huit ans qu'il s'y trouve, il n'a rien à se refuser, et il peut entretenir ses anciennes maîtresses...
GILEOUAIN
Il ne les entretenait donc pas avant?
Très peu.
GILEOUAIN
Je comprends. Il n'entretient pas. Il rembourse.
LA BERRONNIÈRE
A tempérament.
GILEOUAIN
Mais si tout cela est de notoriété publique, comment se fait-il qu'au Cercle?...
LA BERRONNIÈRF.
Eh! au Cercle, on en sait bien d'autres! On devine très bien, par exemple, que si d'Aiguerose, sous-lieutenant aux chasseurs d'Afrique, il y a quinze ans, a démissionné, ce n'est pas pour raison de santé, mais sur l'instante prière de son colonel...
GILEQUAIN
Non!
LA BERRONMÈRE
Une passion. Il aimait tant la Dame de pique, qu'il en avait toujours une dans la manche.
GILEQUAIN
Joli coco I
LA BERRONMÈRE
Coco vous-même! ô raffiné psychologue! Vous m'avez tout l'air de croire à la vertu.
C'est un genre que je prends. Ça finira par être bien porté. Et la marquise, qu'est-ce qu'elle dit de tout cela?
LA BERRONNIÈRE Rien. Elle se console.... (Mouvement do GUequain.) Oh ! paS
comme vous pensez ! C'est une très honnête femme !
GILEQUAIN
Vous voyez que vous aussi vous commencez à croire à la vertu.
LA BERRONNIÈRE Quand je l'éprouve. (Marthe entre doucement.) ÉprOUVCZ la
rtlarquise, amorcez-la comme nous avons coutume de lo faire chaque fois que nous sommes en présence de la femme d'un autre...