SCENE PREMIERE
DENISE
Elle ne vaut pas la vôtre !
RAYMOND
Voici quelques années que je suis le bon ami de la maison et que vous m'en faites voir de raides, Jacques et vous ! Mais ceci, non ! c'est le bouquet ! (Furieux.) Rendezmoi mon chapeau I
DENISE
Rasseyez-vous oii je vous gifle!
RAYMOND Je me rassieds. (Demse prend uno potiche et la brise sur le tapis.)
Vous allez attraper congé du propriétaire. Il est défendu de faire de la musique après onze heures.
(Petit silence.) DENISE
A quoi rêvez-vous ?
RAYMOND
A ceci : que j'ai failli vous épouser et que vous auriez salement arrangé mon mobilier?
DENISE
Vous êtes une cruche !
RAYMOND
Je veux bien, si toutefois vous ne traitez pas les cruches comme les potiches.
DENISE
Causerons-nous sérieusement, oui ou non?
RAYMOND
Oui.
DENISE
Alors, taisez-vous l
Si c'est ça que vous appelez causer!
DEMSE
Ah! vous ne voyez donc pas que je suis dans une
colère !
RAYMOND
Non. Je ne m'en étais pas aperçu.
DENISE
Savez-vous pourquoi?
Pourquoi quoi ?
Pourquoi je suis en rage, en furie...
RAYMODD
Vous exagérez.
DENISE
En délire!
RAYMOND
C'est parce que je suis cocu?
DENISE
Vous l'avez dit, mon cher!
RAYMOND
Vous avez plus d'amour-propre que moi, voilà tout!
Qui vous parle de vous! Je m'en contre-moque un peu, de vous 1 Vous êtes cocu, et puis après! Vous n'étiez pas né pour autre chose !
RAYMOND
N'en croyez rien. Les choses se sont présentées ainsi, mais tout à fait par hasard. Au contraire, à dix-huit ans, une somnambule m'a prédit le plus bel avenir. « Jeune homme, s'est-elle écriée, vous êtes né sous Vénus... »
DENISE
C'est que Vénus n'avait pas mieux à se mettre dessous