CHAPITRE X
Exceptions et contradictions apparentes ramenées à la même loi et confirmant la théorie. — Instincts induits en erreur ou supprimés par une action exercée sur les organes des sens, etc. — "Variations provenant de la variété des circonstances qui influent sur l'organisme. — Les instincts de l’animal à l’état domestique et à l’état sauvage. — Rôle de l'hérédité dans les instincts.
Bien que les caractères que nous avons reconnus aux actes instinctifs et que nous avons essayé d'expliquer se retrouvent dans la généralité des cas, voyons cependant s’il n’existe pas des exceptions au moins apparentes, et demandons-nous si elles ne peuvent se ramener à la même loi.
L’un des caractères qui frappent le plus dans les instincts des animaux, c’est leur infaillibilité. Or, si cette infaillibilité provenait d’une sorte d'intuition ou de science infuse départie on ne sait comment à l’intelligence de l’animal, il semble quelle ne devrait jamais être mise en défaut. Si, au con-
traire, elle n’a pour cause que la perfection même de l'organisme, on conçoit que celui-ci, clans un petit nombre de circonstances, puisse égarer l’animal, quand une cause accidentelle est venue le troubler ou l'altérer, ou quand une ressemblance exceptionnelle et fortuite dérange la coïncidence ordinaire des sensations et des besoins.
Or, c’est là effectivement ce qui se produit. On pourrait en trouver chez les animaux supérieurs un très-grand nombre d’exemples. L’art de les prendre au piège ne suppose-t-il pas justement que leur instinct est guidé par des sensations particulières ? Provoquer par des moyens artificiels des sensations analogues à celles qui les attirent d’habitude, voilà, chacun le sait, en quoi cet art consiste. 11 est difficile à pratiquer sans doute, parce que les sens de l'animal ont une pénétration que nous ne pouvons pas toujours soupçonner, et qu’on ne s’adresse pas toujours au sens qui est le guide principal de l’espèce. Ainsi aucun changement de forme et de costume ne pourra tromper un animal qui est conduit par l'odorat ou par l’ouïe. Mais enfin l’art dont nous parlons existe, il réussit quelquefois; et la cause qui induit la bête en erreur se trouve être la même que celle qui, dans l'immense majorité des cas, la mène sûrement à son but.
« Il n’est pas difficile, » dit Dugès, « de donner le change à l’instinct, malgré ce qu’on a dit de la
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perspicacité et de l’espèce de divination qui l’accompagne. L’agneau, l’enfant nouveau-né sucent le doigt porté dans leur bouche. Un œuf de craie suffit peur décider une poule à couver. On trompe non moins lourdement une de ces araignées qui portent leurs œufs avec elles dans une coque de soie. Une boule de coton substituée à celle-ci devient l’objet de soins affectueux. Une chenille dont le corps vient d’être déchiré par des larves d'ichneumon , s’éprend pour elles d’une affection toute maternelle, et vient tendrement revêtir de ses fils les cocons dans lesquels se sont abrités les parasites près desquels elle meurt épuisée.
Qu’on altère ou qu’on mutile certains organes sensoriels , immédiatement l’instinct disparaît. Dugès prit un jour dans la campagne deux mâles du bombyx pavonia minor qui vinrent voltiger autour d’une femelle. Il leur coupa les antennes et les laissa libres, dans son cabinet, où il tenait aussi la femelle enfermée dans un cornet de papier imparfaitement clos. Ni l’un ni l’autre, durant les trois jours qu’il les conserva, ne vinrent à sa recherche. Une autre fois, il coupa les antennes à un assez grand nombre de mouches bleues qu’avait attirées l’odeur d’une viande en voie de putréfaction. Dès lors, aucune ne s’approcha de ce qui les avait attirées peut-être de fort loin. Enfin une grosse mouche vivipare, mise sous un verre avec un linge
ramenées a la même loi.
rempli de viande, y jette une douzaine de vers. Après la section des antennes, elle n’en jette plus * aucun, bien quelle en renferme encore une certain nombre prêts à naître.
Nous avons insisté sur la liaison de 1 odorat a\ec les fonctions génitales, l’accouplement, etc. Nous pouvons faire la contre-épreuve de cette observation. Le naturaliste Scarpa (1) assure que si, apiès avoir manié des grenouilles ou des crapauds femelles, on plonge les mains dans l’eau, les mâles qui s’y trouvent s’empressent d’accourir de loin pour les embrasser étroitement. C’est également l’odorat qui nous paraissait devoir expliquer 1 admirable instinct des nécrophores. Ces insectes n ont point connu leurs parents, ils ne connaîtront pas leurs petits. Bien souvent le régime des parents n’est pas le même que celui des petits : car ces animaux, herbivores à l’état adulte , sont carnivores à l’état de larve. Or, ils pondent précisément leurs œufs sur des chairs putréfiées, seul aliment qui puisse convenir à leur progéniture. C’est l’odorat qui les attire, disions-nous. Cela est si vrai que l’odorat quelquefois les trompe et que rien ne peut les soustraire à cette erreur. Tantôt ils vont s insinuer dans les linges qui enveloppent les cadavres, et pondent leurs œufs sur le tissu qui ne peut pas
(1) Cité par Longet, Physiologie, t. II, p. 13/.
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être traversé. Tantôt ils déposent ces œufs sur des plantes fétides comme les slapélias ou les arums, qui exalent une odeur toute pareille à celle de la viande pourrie, et les petits, quand ils éclosent, meurent d’inanition. Quelques-uns enfin les logent dans les tissus d’un animal vivant ; mais si ce dernier se trouve être un ver à soie, la larve parasite ne pourra sortir du cocon, et, à peine née, elle périra (1).
Il y a des cas plus mystérieux où il est aussi difficile d’expliquer la disparition des instincts qu'il peut l’être d’en expliquer la présence ordinaire. Mais le fait seul de la perte momentanée de cet instinct, dans des circonstances données, nous donne à supposer qu’il est dû à certaines conditions physiologiques momentanément disparues. La mère abeille, dans les dix premiers mois de l'année, produit indifféremment des œufs d’ouvrières et des œufs de mâles. Ni elle ni les ouvrières de la ruche ne les confondent; elles placent les œufs de femelles dans des cases spéciales où elles leur donnent une gelée qui doit les féconder : elles n'en portent pas aux œufs de mâles, malgré leurs soins. Elles ont donc alors l’instinct de distinguer les œufs marqués d'avance d’un caractère sexuel que l’œil de l'homme
(1) Dugès, Physiologie. — F. -A. Pouchet, l’Univers.
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armé du microscope ne peut découvrir (I). Eh bien ! quand la mère abeille devient incapable de produire autre chose que des œufs de mâles ou de faux-bourdons, soit naturellement au onzième mois, soit parce qu'on a provoqué cette demi-stérilité en la renfermant dans la ruche (car elle ne peut être fécondée que dans les hautes régions de l’atmosphère), elle et les ouvrières perdent leur instinct. Les œufs, tous mâles, sont indistinctement portés dans toutes les alvéoles. Les faux-bourdons futurs reçoivent la même alimentation que les futures reines : mais ils restent quand même et à jamais faux-bourdons. Lorsque les pontes ne sont pas normales, l'instinct de l’abeille est donc dévoyé.
L’instinct, avons-nous dit, s’explique par une impulsion qui part de l’organisme ; mais l’organisme lui-même subit l’action des circonstances extérieures avec lesquelles la conformation de l’espèce est généralement en harmonie. Il n’est pas étonnant dès lors que parfois, les circonstances n étant plus les mêmes, telle ou telle partie du mécanisme animal se trouve condamnée à l’inaction, soit parce qu’elle est gênée, soit parce qu’elle devient inutile et que l’attrait qui la mettait jadis en mouvement ne s’exerce plus. Sans doute, s’il s’agit d’un organe chargé dune fonction absolument nécessaire à la
(1) Costc, Revue des cours scientifiques , 11 juin 1864.
CONTRAT) ICTIONS AI» T'A R ENTES
vie de l’individu, nous pouvons être sûrs que l’animal tentera de l’employer, et s’il ne peut y parvenir, il périra. Mais si ce sont des organes qui, susceptibles d’usages divers, peuvent néanmoins, sans grand inconvénient, rester inactifs, jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi, on s’explique très-bien que ceux-là n’agissent qu’autant qu’une impression venue du dehors provoque l'individu. Or, cette impression tantôt se produira, tantôt ne se produira pas : l’instinct variera donc. Ainsi les castors, traqués et chassés, cessent de construire. Ainsi, Ei asme Darwin affirme que dans l'île de Gorée, les hirondelles avaient été vues restant toute l'année, parce que la chaleur du climat restait toujours à leur convenance et qu’elles y trouvaient leur nourriture en tout temps. Ainsi les oursins de la Méditerranée, quoique armés du même appareil de perforation que ceux de l'Océan, n’ont pas les mêmes habitudes perforantes. D'où vient cette différence? C’est que les oursins de l'Océan ont besoin de creuser des trous dans les pierres pour s'abriter contre les brisants des vagues. Ceux de la Méditerranée, vivant dans une mer sans marées, n’ont pas les mêmes nécessités (1). Chez un grand nombre d’espèces, le mode de construction du nid peut varier légèrement selon la situation particulière,
(1) Revue de zoologie, 2e série, t. IX.
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selon la nature du sol et la température de la contrée, où l’animal aura été amené et fixé par un attrait quel qu’il soit (1). En dehors de toute combinaison intelligente, la forme du nid ne peut-elle être modifiée par la forme même des lieux où il s’appuie (2)? Elle peut l’être encore par la nature des matériaux que l'oiseau trouve autour de lui. Si ces matériaux sont abondants, il prendra ceux qui l’attireront davantage par leur couleur ou par leur forme, ceux qu’il trouvera plus doux ou plus soyeux, plus faciles à tisser. S’ils sont plus rares, il se contentera de ceux qu’il aura. Ainsi un jour ou l’autre, un concours de causes auxquelles l’animal est étranger lui fait des conditions d’existence nouvelles, mais assez peu différentes de celles où se meut habituellement son espèce, pour qu’une adaptation nouvelle de ses moyens d’agir à ces conditions extérieures soit, pour ainsi dire, toute prête à se réaliser. Des abeilles trouveront dans le voisinage de leurs ruches des matières sucrées, comme on l’a vu dans quelque raffinerie d’un facile accès. Nul ne s’étonnera qu’elles délaissent un instant les fleurs : ce sont toujours des sensations analogues qui les attirent. Mais peut-être ce premier change-
(1) Audubon, cité par Darwin, p. 263.
(2) De même que le choix des lieux peut être imposé par mille circonstances, exposition, voisinage, etc.
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ment pourra-t-il amener, par un enchaînement insensible de besoins et d’attraits nouveaux, des actions inaccoutumées. Rien de tout cela ne sera contradictoire à l’instinct spécifique de l’abeille. 11 n'y aura là en réalité qu’une série de conséquences découlant de cet instinct primitif lui-même aussi fatalement les unes que les autres.
Les causes de variation peuvent encore être plus intimes et par conséquent plus puissantes. Il se produit évidemment (sous l’empire de quelles influences et dans quelles limites, peu nous importe), mais enfin il se produit dans les espèces de nombreuses variations portant soit sur les organes des
sens, sur leur acuité, leur portée soit sur les
organes intérieurs et les fonctions de la vie végétative. Comment n’entraîneraient-elles pas dans les instincts des variations correspondantes? Celte question nous amène tout naturellement à celle des milieux et des changements qu’ils produisent.
Tout est si bien ordonné dans la nature que les facultés physiques de l’animal et le milieu constant où il vit sont en parfait accord; et le fait de cet accord est si général que chaque région a ses genres et ses espèces; entre l’habitation et l'habitant l'harmonie est telle qu’on peut conclure de l’un à l’autre. « Qu’on me donne, » dit Audubon, « la nature d’un terrain quelconque, boisé ou découvert, haut ou bas, sec ou mouillé, en pente vers le nord
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ou vers le sud ; qu'on me dise quelle en est la végétation , grands arbres ou simples broussailles; d’après ces seules indications, je me fais fort de vous dire, presque à coup sûr, quelle est la nature de ses habitants. » enfin, le rapport entre la nature des animaux et celle du milieu est si étroit qu’on a cru pouvoir poser celte loi : « l'aire moyenne des espèces est d’autant plus petite que la classe dont elles font partie a une organisation plus complète, plus développée, ou, selon l’expression usitée, plus parfaite (1). »
« Toutefois, » dit un autre naturaliste, « si les êtres ont en quelque sorte un milieu absolu avec lequel ils sont en harmonie, ils trouvent aussi dans ce milieu des conditions v ariées et comme des milieux secondaires et relatifs. Dans ces conditions, l’espèce peut vivre en s’adaptant... et quoique les traits distinctifs de l’organisation demeurent, aucune vérité n’est mieux établie en histoire naturelle que l'influence du climat sur les caractères superficiels des espèces animales, la taille, la couleur, les formes, la nature des téguments, des poils qui les recouvrent, etc. (2). »
Qu'une même espèce ait ce qu’on appelle sa province zoologique, et que cette province soit très-
(t) De Quatrefages, Rapport sur les progrès de l'anthropologie. (2) E. Faivre , Delà variabilité des espèces, p. 29, 30.
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étendue, on trouvera aux deux extrémités deux races plus ou moins éloignées Tune de l’autre, et entre elles des races intermédiaires, dont toutes les diversités physiologiques répondront aux diversités du milieu. Si des représentants d'une même espèce sont transportés ou chassés d’un lieu dans un autre, il s’accomplit en eux des changements durables qui mettent leur organisation en harmonie avec les climats où ils sont désormais destinés à vivre. Encore une fois, il n’y a pas lieu de nous prononcer ici sur l’étendue de ces changements organiques: nous n’avons encore à prendre parti ni pour ni contre Lamarck et M. Darwin. Mais si les théories de la transformation des espèces sont attaquables, les faits sur lesquels elles se flattent de s’appuyer ne le sont pas tous. Des naturalistes distingués qui repoussent le système de Darwin prétendent avoir reconnu, même avant lui, l’action modificatrice du milieu et la sélection naturelle, et s’ils ne veulent pas voir dans ces phénomènes de quoi expliquer la formation des espèces, ils y trouvent de quoi expliquer l’apparition des races. M. de Quatrefages va même plus loin , dit-il, en un sens, que M. Darwin. Car pour lui , le milieu n’agit pas seulement sur les races par une élimination pure et simple des organismes qui ne peuvent se mettre en équilibre avec lui : il agit aussi directement sur ceux qui survivent, et après
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avoir réprimé ou suspendu en eux certaines énergies physiologiques, il en provoque certaines autres, développant des aptitudes et des puissances nouvelles et rétablissant ainsi l’harmonie (1). On prévoit aisément que les instincts doivent subir l’influence de ces modifications organiques ; et là seulement peut être l’explication d’apparentes anomalies qui, pour toute autre théorie, gardent leur
mystère.
Si nous cherchons les faits que fournit la science à l’appui des considérations qui précèdent, nous nous trouvons d’abord en face d’une loi digne d’être notée. Quand l’homme n’intervient pas, ces modifications sont beaucoup plus rares et de moindre importance ; « les races naturelles sont relativement peu nombreuses (%). » Quand l’animal au contraire se trouve en rapport avec l’homme, le milieu , c’est-à-dire l’ensemble des conditions d’existence variant davantage, l’organisation et les instincts s’altèrent plus profondément. Nous ne pouvons donc mieux faire, pour élucider ces questions, que de recueillir les principales comparaisons faites par les naturalistes entre l’état sauvage et l’éfat soit de domesticité soit de simple captivité.
(1) De Quatrefagcs, Rapport, p. 132.
(2) De Quatrefagcs , Rapport.
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De ces étals, quel est celui où l’animal manifeste le mieux et le plus complètement ses facultés et ses tendances? C’est un point sur lequel il est bon d’écouler en passant l’opinion d’un juge des plus compétents, Frédéric Cuvier. Les idées du dix-huitième siècle sur l’état de nature de l’humanité, sur les vertus des sauvages et la corruption de l'homme civilisé, avaient trouvé un écho, le croirait-on, jusque dans l’histoire naturelle. Des savants du plus grand mérite disaient, par exemple, avec un parfait sérieux : « L’homme n’est pas le seul être de la nature que l’esclavage dégrade et abrutisse. » L’esclavage change très-souvent le naturel des animaux, cela est vrai; nous allons bientôt le constater et l’expliquer. Mais F. Cuvier trouve avec raison qu’il serait absurde d’attribuer aux animaux une liberté semblable à la nôtre, et de croire que la domesticité gêne et entrave cette prétendue liberté. Pour lui, au contraire, c’est dans nos ménageries que nous pouvons le plus aisément connaître le naturel de ces animaux ; et voici les raisons qu’il en donne.
Dans leur indépendance naturelle, les animaux, dit-il, se trouvent sous l’empire de forcés prépondérantes. Ils peuvent bien alors nous apprendre quelle place ils occupent parmi les autres êtres soumis aux mêmes forces qu’eux, quels sont les rapports qu’ils ont avec ces êtres; mais, dans cet
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état, ils ne peuvent nous donner que des notions très-restreintes et toujours douteuses sur leurs facultés générales : car dans ce cas, il ne dépend pas de nous de les soumettre à des expériences pour confirmer nos conjectures. La captivité nous donne les moyens de les soustraire aux forces qui, dans l'état naturel, les contraignent et les dominent, puis de les soumettre à d’autres forces; elle nous permet d'en faire une étude plus complète et plus exacte.
Peut-être y aurait-il quelques réserves à opposer à cette théorie. Mais ce qui paraît en ressortir de vrai et d'important, c’est que les animaux, êtres purement sensibles, subissant passivement l'action constante ou passagère des causes extérieures, ne prennent, dans aucune circonstance, de libre initiative. On ne peut donc être étonné que certaines causes perturbatrices puissent , à travers l’organisation et la sensibilité, modifier les instincts de l’animal, sauvage ou domestique.
Ce qui d’abord est universellement admis, c’est que les instincts ne sont plus les mêmes quand l'animal devient domestique. Les instincts naturels se perdent souvent dans la domesticité: l’animal devient incapable de se suffire à lui-même. Tel oiseau en cage ne sait plus construire son nid. Le ver à soie ne peut plus se tenir sur les feuilles inclinées et mobiles du mûrier en plein air, agité par le
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vent. Il n’a plus l’adresse de se cacher sous les feuilles pour éviter l’ardeur du soleil et échapper à ses ennemis. Mais si la domesticité affaiblit souvent les instincts, parfois aussi elle les perfectionne et les développe. Ainsi, selon le grand-père de M. Darwin, le porc aurait beaucoup de sagacité, il surpasserait peut-être le chien lui-même, s il était élevé comme lui, tandis que les chiens nourris et engraissés comme provisions de bouche, dans quelques îles de l’Océanie, ne montrent pas, dit-il, plus d’intelligence que nos porcs.
À propos de faits de cette nature, M. Darwin demande si ce sont les habitudes qui changent d’abord et l’organisation ensuite , ou si de légères modifications de structure conduisent naturellement à des habitudes nouvelles. Il conclut en disant que le changement des unes et des autres est simultané. Ce qui paraît cependant résulter d'un grand nombre de faits et de ceux , entre autres, qu’il a cités, c’est que ces deux espèces de changements, s’ils sont durables, se supposent l'un l’autre, mais que c’est tantôt l’un, tantôt l'autre qui commence. Dans le canard domestique, les os de l’aile pèsent moins , les os des cuisses pèsent plus, relativement au poids entier du squelette, que dans le canard sauvage. On sait depuis longtemps que l’abondance du lait chez la vache et la chèvre vient de l'habitude que nous avons de les traire.
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Mais il n’est aucun organe sur lequel la domesticité laisse de plus fortes empreintes que les oreilles. Droites et érigées, toujours mobiles, à l’état sauvage, où des bruits soit inconnus, soit alarmants, mettent l'animal en éveil, elles deviennent pendantes à l’état domestique : on peut donc présumer qu’à un moment donné elles ne sauront plus transmettre à l’animal des avertissements aussi rapides et aussi sûrs.
Dans les cas que nous venons de rappeler, ce sont évidemment des habitudes imposées par l’homme qui fortifient ou affaiblissent certains organes par l'exercice ou l’inaction , et dès lors ces habitudes primitivement imposées deviennent naturelles ; elles rentrent ainsi complètement dans la sphère même de l’instinct.
11 semble d’autres fois que le milieu préparé par l’homme agit d'abord sur l’organisation. Ainsi, le fait seul de la captivité trouble gravement, s’il ne suspend tout à fait les fonctions de reproduction. Ainsi encore quelques modifications dans le traitement des ruches et dans le mode de nourriture donneront chez les abeilles des races récoltant le miel et des races essaimantes (I).
Pour vérifier ces résultats , voyons maintenant
(1) Darwin, De l’origine des espèces, p. 16, 17, 332. Cf. De la variation des animaux , p. 137, 317.
ISO
CONTn.vniCTIONS W’t’AHI N I i!S
ces animaux revenant à l’état sauvage, où ils reprennent à la fois et leurs formes organiques et leurs instincts.
Les habitudes d'indépendance amènent aussi leurs changements; et ces changements, en général, tendent à faire remonter les espèces domestiques vers les espèces sauvages qui en sout la souche (1).
Effectivement, la vie libre développe de nouveau dans l’animal cette pénétration el cette sûreté des sens dont font preuve, en maint endroit, les peuples de l’Afrique ou de l'Australie. Dans presque toutes les espèces affranchies de la domesticité, les oreilles se redressent : chez le porc , les défenses se prolongent , le crâne reprend sa forme primitive; eu un mot, le sanglier réapparaît. Chez d’au-
■> (1) Dans son savant mémoire, devenu si justement et si
promptement classique , sur les changements offerts par les espèces domestiques transportées dans le nouveau-monde,- M. Roui in a confirmé cette proposition par les faits les plus décisifs. « La nature. » dit-il, «ne compte pas seulement sur la prudence de l'homme pour la conservation des animaux transportés dans d’autres climats : elle développe encore des instincts conservateurs qui ne s'étaient pas manifestés jusque-là. Un cheval élevé à l’écurie, que l’on abandonnerait en hiver dans certains pays froids, mourrait certainement île faim. Mais le cheval repassé à l'état saurage écarte de son pied la neige aux endroits où elle est le moins épaisse et arrive aux herbes et aux lichens. D ailleurs, il sait où il trouvera plus facilement sa nourriture , et il s'y transporte en temps utile. »
RAMU.NKISS A LA Ml' ML LOI.
très, comme la chèvre, la taille diminue, les mamelles se resserrent et se tarissent; mais l’agilité revient , et avec elle le goût pour grimper. Quand ce sont des espèces que la domesticité perfectionnait, parce quelles étaient plus intimement mêlées à la vie du maître et plus constamment dressées à exécuter ses fantaisies, elles dégénèrent. Les chiens deviennent impropres à la chasse; mal nourris, ils se transforment naturellement en voleurs et en pillards. Si toutefois ils rencontrent un gibier nouveau qu'ils aient intérêt à chasser, les difficultés particulières de celte chasse, en leur imposant telles ou telles manœuvres, créeront en eux des instincts nouveaux (1).
Dans la plus grande partie des faits que nous venons de citer pour démontrer par les exceptions mêmes qu’une corrélation étroite existe toujours entre les organes et les instincts, on ne saurait, est-il besoin de le dire, faire abstraction du pouvoir de l’hérédité. Ces changements dont nous venons de parler ne peuvent être, ni à l’état domestique ni à l’état sauvage, brusques et soudains. Comme il faut souvent un certain temps et l’accumulation plus ou moins prolongée des mêmes caractères physiologiques pour imprimer à l’organisation des changements durables, de même « les
(1) Itoulin, mémoire cité, p. 02.
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inslincls qui s’affaiblissent ou se perdent par une suite de générations inactives se développent et se renforcent par une suite de générations actives (1). » M. Charles Marlins a reconnu, à Montpellier, qu’il fallait trois générations d’élevage en plein air pour que le ver à soie reprît la faculté de voler.
Ce pouvoir de l’hérédité suffit bien souvent à conserver dans certaines espèces des tendances et des mouvements dont nous ne comprenons plus l’utilité. Les circonstances nouvelles n’excitent plus le même besoin ni le même attrait que les circonstances d’autrefois ; mais si le besoin primitif n’existe plus, il en est un autre qui s’est peu à peu développé et fortifié : c’est le besoin des actes eux-mêmes dont l’organisme a pris l’habitude. Si donc rien dans l’état nouveau de l’animal n’y met un obstacle positif, chaque génération se transmet la même aptitude et le même penchant. Dans ce cas, les instincts paraissent au premier abord inexplicables : ni l’organisme ni le milieu ne les commandent, pourrait-on dire. Cela est vrai, eu un certain sens, des représentants actuels de l’espèce. C’est pourtant sous l’action des causes ordinaires que ces instincts se sont primitivement développés et que l’organisme s’y est plié; l’hérédité seule a fait le reste.
(1) Flourens.
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a Nous avons des raisons, » dit M. Darwin, « pour admettre une conservation assez durable d'habitudes primitives, même après une domestication prolongée. Ainsi , nous voyons comme trace de la vie originelle de l'âne dans le désert, la forte répugnance qu'il éprouve à traverser le plus petit courant d'eau et le plaisir avec lequel' il se roule dans la poussière. Le chameau, qui est cependant domestiqué depuis longtemps, éprouve la même répugnance à traverser des ruisseaux. Les jeunes porcs, quoique bien apprivoisés, se tapissent lorsqu’ils sont effrayés, et cherchent ainsi à se dissimuler même sur une place nue et découverte. Les jeunes dindons et même les poulets, lorsque la poule donne le signal du danger, se sauvent et cherchent à se cacher, comme font les jeunes perdrix et faisans, pour que la mère puisse prendre son vol, ce qu’à l’état domestique elle u’est pas capable de faire. Le canard musqué , dans son pays, perche souvent et niche sur les arbres, et nos canards musqués domestiques, quoique trèsindolents, aiment à se percher sur les murs, les granges, etc.; et si on les laisse libres de passer la nuit dans les poulaillers, les canes vont volontiers percher à côté des poules ; mais le canard mâle est trop lourd pour y monter facilement. Nous savons que quoique abondamment et régulièrement nourri, le chien enfouit souvent, comme le renard,
CONTtt A I J 1 C'I'KJ -N S A PI’AHKXTKK
la nourriture dont il n’a pas besoin; nous le voyons encore tourner longtemps sur lui-même sur un tapis, comme pour fouler l’herbe à la place où il veut se coucher; enfin, il gratte avec les pieds de derrière le pavé, comme pour recouvrir et cacher ses excréments... etc. (1). »
Artisi échappe à notre science une quantité considérable d’instincts perpétués par l’hérédité à travers des circonstances nouvelles qui nous les font paraître inutiles et par conséquent inexplicables. Si nous pouvions remonter de génération en génération , nous retrouverions , n’en doutons pas, les causes que nous avens analysées.
Mais il est des faits particuliers d'hérédité qui méritent d’être examinés à part et en eux-mêmes. Car si l’on peut affirmer comme indiscutable que tout ce qui se transmet par l'hérédité a une cause matérielle et organique, ces faits devront nécessairement jeter sur la question qui nous occupe un jour nouveau et plus éclatant.
On sait combien d’observalions signalent dans l’espèce humaine l’hérédité des gestes, de l’altitude et de la démarche. La pureté, l'éclat, l'étendue de la voix, les qualités et les défauts de l’intonation,
(1) Darwin, De la variation des animaux cl des piaules, I, IV, M. Roulin donne une explication tout à fait identique de certains instincts du babiroussa.
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le antipathies les plus bizarres pour des saveurs ou des odeurs, tous ces détails peuvent se transmettre des pères et mères aux enfants , et il n’est pour ainsi dire aucune qualité, aucun défaut de nos sens qui ne puissent être héréditaires. Les mêmes faits se retrouvent chez l'animal , mais sur une .plus large échelle et bien plus significatifs encore. Grâce aux mutuelles appropriations de toutes les parties de l’organisme, la moindre modification qu’elles reçoivent agit directement sur les habitudes et les instincts. De plus, nous ne trouvons pas chez lui toutes ces causes dont les effets font souvent croire dans l'espèce humaine à une transmission héréditaire au moins douteuse : influence de l'éducation et des souvenirs, milieu moral analogue, contagion de l’exemple, affection et admiration mutuelles portant à l imitation, etc. Voilà autant de faits qui ont disparu dans les animaux, et dont l’absence rend plus décisifs les faits d’hérédité que nous pouvons observer sur eux.
Comme les qualités, les moindres vices du mouvement se transmettent dans les produits d’un animal. Les tics sont héréditaires tout aussi bien que l’aptitude au trait ou à la course. Aussi les hommes compétents recommandent-ils de choisir avec discernement le mâle et la femelle, et de ne point accoupler, par exemple, une jument de selle avec un cheval de charrette ; et l'on sait avec quels soins
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minutieux les éleveurs choisissent leurs étalons, suivant les qualités qu'ils veulent retrouver, maintenues ou augmentées, dans leurs produits. Les poulains provenant de pères et mères bien dressés naissent souvent avec une aptitude marquée aux services du manège. Des écuyers ont même proposé de n’admettre à la reproduction , pour entretenir leurs écuries, que des sujets déjà exercés dans les cirques. Ce qui semble acquis , c'est que dans chaque race il faut s’attacher à prendre pour étalons ceux qui ont donné des preuves de leur aptitude aux différents travaux que leur conformation permet d’exiger d’eux. L’art de traîner avec sûreté la charrue sur les crêtes des rochers, au bord des précipices, est aussi un caractère héréditaire 1}.
Les instincts du chien courant et ceux du chien d’arrêt, qui s’excluent les uns les autres, ne peuvent évidemment avoir été les uns et les autres les instincts originaires de l’espèce. On sait que le chien, tel que nous l’avons auprès de nous, est tout entier notre œuvre, affermie par l'hérédité. C’est avec nous qu’il a appris à arrêter, à aboyer. Nous créons des races où, non-seulement le sauvetage, mais tel mode particulier de sauvetage est héréditaire (2).
(1) P. Lucas, I, 597; II, 483.
(2) Tous les auteurs qui se sont occupés de ces questions
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Si enfin l’appétit pour tel ou tel gibier se transmet par la génération, la crainte de certains ennemis, la crainte de l'homme, par exemple, se transmet également (I).
Mais jamais ces faits ne sont aussi curieux que dans les croisements. Tantôt l’un des petits a les caractères du [«ère ; un autre, de la même portée, a ceux de la mère. Tantôt le même individu présente en lui les caractères bien distincts et bien tranchés des deux races (2).
citent Knight qui ; par toute une vie d’études, a scientifiquement justifié jusque dans les moindres détails le proverbe si connu : bon cbren chasse de race. Il prenait ses précautions pour que les jeunes chiens menés pour la première fois à la chasse ne pussent être en rien dirigés ou entraînés par leurs aînés. Cependant, dès le premier jour, de ces débutants que nul n’avait pu instruire , l’un demeurait tremblant d’anxiété , les yeux fixes, les muscles tendus , devant les perdrix que ses pères avaient été élevés à arrêter ; un autre, conduit à la recherche des bécasses , ne se mettait en quête que sur des terrains non gelés, comme eût pu le faire le vieux chien le plus habitué à cette chasse spéciale ; un troisième, dont les ancêtres avaient été dressés à faire la chasse aux putois, donnait les signes d’une violente colère à là seule odeur de cet animal , qu’il ne voyait même pas, tandis que ses compagnons , de races différentes , ne manifestaient aucune émotion *.
(1) Darwin, De la variation, I, p. 22.
(2) Le porc a un goût très-prononcé pour l’orge ; le sanglier le dédaigne et se nourrit d’herbes et de feuilles : on a vu des
* Darwin. — Lacas. — De Quatrefages, Rapport. — Cf. IAoulin, Mémoire, p. 62.
CONTRADICTIONS APPARK NTKS
« Du reste, » dit M. Darwin, « les instincts domestiques, ainsi altérés par le croisement, ressemblent en cela aux instincts sauvages qui se mélangent de la même manière; de sorte que pendant une longue suite de générations, la variété croisée montre les traces héréditaires des instincts différents qu'elle tient des deux souches dont elle provient (1). »
Il est donc impossible de ne pas accepter que la plupart des penchants et des aptitudes caractéristiques des différentes races n'ont d’autre origine que l’hérédité des habitudes acquises par les premiers parents, et que les facultés et aptitudes reçues de l'éducation sont héréditaires comme les aptitudes et les facultés originelles elles-mêmes (2).
Enfin, il faut bien acquiescer à cette déclaration de M. Darwin : « On ne saurait trouver aucune différence entre ces divers actes héréditaires et
croisements de la truie domestique et du sanglier naître des petits qui avaient les uns l’aversion de l’orge comme le sanglier , les autres le goût do l’orge comme le porc. Un seul croisement avec un lévrier adonné à toute une famille de chiens de berger une disposition marquée à chasser les lièvres (Lucas , I, 388, 597, II. 484, 486).
(1) Darwin, De l'origine des espèces, p. 265.
(2) Il ne s’agit sans doute que des aptitudes durables engendrées par des modifications organiques, non des actions fortuites etdes tours d’adresse que le hasard ou la ruse de l’homme fait accomplir aux animaux en trompant leurs instincts.
RAMENÉES A LA MÊME LOI
ceux qu’accomplit le pur instinct à l’état sauvage. Chacun d’eux est accompli sans le secours de l’expérience, par les jeunes individus comme par les vieux, à peu près par tous de la même manière, et par tous avec passion. Bien plus, tous paraissent les accomplir sans avoir l’intelligence de leur fin; car le jeune chien ne sait pas plus qu’il arrête pour aider son maître que le papillon blanc ne sait pourquoi il dépose ses œufs sur les feuilles de chou. De tels actes sont donc bien évidemment instinctifs (1). »
A notre tour, que concluons-nous de tous ces faits? Il existe, il est vrai, de nombreuses modifications dans les instincts d’une même espèce. Tantôt un attrait particulier, momentanément senti par l'animal, qu’une circonstance quelconque a placé dans un milieu accidentel, détermine chez lui des actions fortuites , mais qui ont d’ailleurs tous les caractères de ses actions accoutumées. Tantôt ces actions, accidentelles d’abord, sont souvent répétées, elles plient peu à peu les organes à ce mode nouveau d’activité : c’est l’instinct primitif qui s’étend, s’altère, se perfectionne ou diminue; mais nous ne sortons pas en définitive du domaine propre de l'instinct. D'autres fois enfin, ce sont des organes que des causes extérieures inconnues de
(1) Darwin, De l’origine des espèces, p. 265.
l’animal modifient directement d’une façon durable : il en résulte des instincts correspondants qui viennent s’ajouter aux premiers. Toutes ces modifications prouvent bien que l’animal n’est pas plus capable par lui-même d’initiative que de résistance. Son organisme se plie ou ne se plie pas aux influences, tout est là.
Ces modifications rentrent donc dans la loi que nous avons posée, car elles ont toutes pour cause une modification plus ou moins profonde de telle ou telle partie de l'organisme.
Mais tous ces changements, quels qu’ils soient, accroissement, perfectionnement, diminution des instincts peuvent se transmettre par hérédité. Le fait prouve, une fois de plus , que ces modifications d’instinct ont une cause matérielle et organique. Il prouve aussi que les instincts dont nous ne pouvons constater l'origine, que les instincts naturels et primitifs, inhérents, non à la race mais à l’espèce, ont également dans l’organisation leur cause immédiate. Car si les uns et les autres offrent d'ailleurs de tous points les mêmes caractères, c’est qu’ils dépendent des mêmes conditions : les mêmes lois régissent évidemment les uns et les autres.