Voir la loi du 12 juillet 1875, en vingt-cinq articles
seront des adversaires, trouvent cette liberté vacante et inoccupée, ils n'hésiteront pas à la révoquer. S'ils se voient en face de faits accomplis, d'établissements légalement institués et déjà Avivants, on peut espérer qu'ils renonceront à les détruire. Pour que des Universités libres puissent subsister demain, il faut qu'elles commencent d'exister aujourd'hui (1). » Le conseil était bon. L'archevêque n'hésita pas à le suivre.
En même temps, l'opinion publique, par un mouvement spontané, désignait Paris comme le centre indispensable d'un établissement d'enseignement supérieur chrétien. Elle se retournait Aers les évèques, et, jugeant avec raison qu'ils étaient plus à même que personne de réunir, par un appel adressé à tous les catholiques, les ressources nécessaires, elle les invitait à prendre en main la direction de cette grande entreprise.
Un mois ne s'était pas encore écoulé que le vénérable cardinal Guibert, qui suivait d'un regard attentif ce courant de l'opinion, se plaçait résolument à la tète du mouvement. Le 11 août 1875, il réunissait chez lui les métropolitains des provinces contiguës h la sienne, les archevêques de Rouen, de Sens, de Reims et de Tours, auxquels s'adjoignaient les évèques de Meaux, d'Orléans, de Chartres, de Versailles et de Blois, suffragants de Paris, et il leur posait nettement les questions suivantes :
Devait-on créer une Université libre? Devait-on y travailler immédiatement? Et, dans ce cas, où convenait-il de l'établir ?
L'illustre évèque d'Orléans, Mgr Dupanloup, s'attacha à démontrer à. ses collègues, avec la chaleur communicative de ses convictions, qu'il n'y avait pas lieu d'hé-
1. Paguelle de Follenay, Vie du cardinal Guibert, t. II, p. 618, paroles citées de Mgr d'IIulst.
siter, que la création d'une Université libre s'imposait, qu'il n'y avait pas un instant à perdre, et que Paris était toul naturellement indiqué pour en être le siège. Déjà le nord de la France avait pris position; la création < l'une Université à Lille était décidée, et les ressources nécessaires en partie réunies. .Mais jamais cet établissement ne pourrait répondre aux exigences de la France centrale. C'était Paris qui en avait le plus besoin; c'est à Paris que l'on rencontrerait le plus de professeurs distingués, que l'on réunirait le plus d'étudiants, et que l'on recueillerait le plus d'argent (1).
L'éloquence du vaillant champion de la liberté entraîna l'assemblée. Il fut décidé à l'unanimité que l'on créerait immédiatement à Paris, non des Facultés isolées, mais une Université proprement dite, qui porterait dans tous les actes officiels le nom d'Université libre, conformément aux termes de la loi du 12 juillet. Un peu plus tard, le G octobre, il fut décidé, pour se mettre en harmonie avec l'opinion publique qui s'était déjà prononcée, qu'en dehors des actes officiels, elle s'appellerait Université catholique de Paris (2).
De l'aveu de tous les évoques réunis, l'enseignement le plus urgent à fonder, pour répondre à l'attente du public et aux besoins moraux et religieux de la société, celui qui avait surtout motivé, depuis si longtemps, la campagne en faveur de la liberté, était l'enseignement de la médecine. Mais l'avis unanime fut qu'en raison des difficultés que soulevait un tel projet, il était impossible d'y songer pour le présent, et qu'on ne pouvait qu'en préparer l'ouverture pour une époque rapprochée.
La création d'une Faculté de théologie, quoique jugée
1. Procès-verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du 11 août 187o.
2. Procès-verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du 6 octobre
très désirable, fut aussi ajournée. Celle que Mgr Pie, évoque de Poitiers, s'apprêtait à fonder, fut jugée devoir suffire aux besoins les plus pressants.
Comme il importait de bénéficier tout de suite du titre d'Université, que l'article 5 de la loi du 12 juillet n'accordait qu'au groupement d'au moins trois Facultés (1), l'assemblée décida que rouArerture des trois Facultés de lettres, de sciences et de droit, serait préparée pour la fin de 1875(2).
La question du local fut aussi résolue immédiatement et sans difficulté. Construire tout de suite des bâtiments neufs, on n'y pouvait songer; il fallait aller ATite, et le temps manquait. D'autre part, il importait de ne pas s'engager dans des frais trop considérables. Il fallait donc se borner aux locaux essentiels. On crut les trouver dans le vieux couvent des Carmes, propriété collée tive des séminaires diocésains, situé dans la rue de Vaugirard, où Mgr Affre avait déjà établi, en 1845, l'École des Hautes Études ecclésiastiques.
Les bâtiments de ce couvent étaient, par suite de leur ancienneté, en assez mauvais état; mais certaines parties plus rapprochées delà rue de Yaugirard et occupées à ce moment par l'École Bossuct, étant de construction plus récente, pouvaient se prêter à l'installation des cours. Un débris important de l'ancien enclos des Carmes offrait une précieuse ressource pour établir un jardin botanique. L'église, construite en 1613 et intéressante surtout par son dôme, se prêterait à merveille aux cérémonies religieuses d'une Université catholique. Enfin l'immeuble était assez rapproché du quartier des Ecoles
1. « Quand ils (les établissements (renseignement supérieur) réuniront trois Facultés, ils pourront prendre le nom d'Universités libres. » Art. 5.
2. Procès-verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du 11 août 1875.
pour permettre de recueillir le bénéfice de ce voisinage, et assez éloigné pour qu'on n'en ressentit pas les inconvénients.
Le cardinal Guibert l'ayant mis à la disposition de rétablissement projeté, les évêques acceptèrent cette offre avec empressement. L'Ecole Bossuet était, il est vrai, installée dans la partie antérieure des bâtiments ; on prendrait des mesures pour la transporter ailleurs (1).
L'Université ne songea tout d'abord qu'à s'installer dans ce vieux couvent, le moins mal possible et sans conditions; car tout le monde était convaincu, à ce moment, que de nouvelles constructions ne tarderaient pas à remplacer ces reliques d'un autre âge. Cet espoir se fût réalisé si les avis de Mgr Dupanloup avaient prévalu dans le conseil des évoques. Mais, plus tard, quand les circonstances critiques dont nous parlerons bientôt eurent fait ajourner indéfiniment la reconstruction, l'administration universitaire ne crut pas deAoir laisser l'Université dans une situation aussi précaire, qui ne lui garantissait pas de lendemain, et elle lui assura la jouissance de l'immeuble, avec toutes ses dépendances, bâtiments, chapelle et jardin, par un bail régulier, qui la mit à l'abri de toute tentative d'éviction.
Pour faire face à la dépense de premier établissement, l'assemblée décida d'ouvrir une souscription générale au moyen d'un appel collectif des évêques associés. Pour fournir aux frais d'entretien, elle arrêta qu'une quête annuelle aurait lieu dans toutes les églises des diocèses associés, et que des souscriptions particulières seraient recueillies dans tous les diocèses.
Enfin il fut bien arrêté que « l'Université serait l'cemTe de l'Episcopat » . Une partie sans doute de la gestion
1. L'École Bossuet fut transportée par M. Thénon, son fondateur, dans la rue Madame, tout proche du couvent des Carmes.
temporelle et la responsabilité légale seraient confiées à des administrateurs choisis par les évêques, conformément aux prescriptions de l'article 4 de la loi (1); mais les évêques garderaient pour eux l'autorité dirigeante et souveraine en matière d'enseignement, de discipline, de nomination et de révocation des professeurs.
Avant de se séparer, l'assemblée nomma une commission permanente pour préparer les solutions pratiques. Elle était composée de Mgr Richard, archevêque de Larisse, coadjuteur de Paris, de Mgr Dupanloup, évèque d'Orléans, et de Mgr Mabille, évoque de Versailles. M. l'abbé d'Hulst, vicaire général de Paris, en fut nommé secrétaire (2).
Les évêques, pour éclairer leur marche, s'entourèrent de tous les renseignements nécessaires. Ils firent appel aux lumières et a l'expérience des hommes les plus compétents et les plus dévoués, et consultèrent très particulièrement la Société générale d'éducation et d'enseignement, si habilement dirigée par M. Ghesnelong et M. Keller.
On avait peu de temps devant soi ; aussi ne perdit-on pas un instant.
Le 8 septembre paraissait une lettre collective des évêques annonçant au clergé et aux fidèles la création d'une Université libre à Paris, et l'ouverture d'une souscription destinée à couATir les frais de premier établissement.
Après avoir exposé, en termes clairs et précis, les graves motifs de cette entreprise, elle faisait un éloquent appel à la foi, au patriotisme et à la générosité des
1. « Les établissements libres d'enseignement supérieur devront être administrés par trois personnes au moins. » Loi du 12 juillet 1875, art. 4.
2. Procès- verbaux dos Assemblées épiscopales. Séance du 11 août 1875.
catholiques français, et réclamait lciu* participation morale et matérielle à cette œuvre de régénération.
« C'est pour vous, Parents chrétiens, leur disait-elle, que les évoques travaillaient en demandant la liberté de L'éducation; c'est encore pour vous qu'ils se dévoueront en mettant en exercice la liberté conquise. S'ils viennent maintenant réclamer votre concours, vous voudrez bien vous souvenir que l'œuvre pour laquelle ils le sollicitent est avant tout la Apôtre (1). »
L'élan du corps épiscopal allait croissant avec un admirable entrain. La lettre du 8 septembre était signée de vingt-quatre évoques. Chaque mois amenait de nouvelles adl lésions. Le nombre des associés s'éleva bientôt à vingt -neuf, et, avec les quelques adhésions qui vinrent un peu plus tard, la circonscription de l'Université de Paris se trouva composée de trente-deux diocèses, qui jusqu'aujourd'hui lui sont tous restés fidèlement attachés.
Des démarches faites en 1893, par Mgr Mathieu, près des évèques de Vannes, de Saint-Brieuc et de Quimper, pour obtenir le rattachement de ces diocèses bretons à l'Université d'Angers, échouèrent devant la ferme déclaration de Mgr Bécel, évoque de Vannes, qui affirma la nécessité de fortifier l'Université de Paris au lieu de l'affaiblir, et devant l'instance que firent auprès du nonce apostolique les évoques protecteurs de l'Université de Paris, pour qu'il ne fut pas donné suite à ce projet (2).
C'est un devoir de justice, autant que de gratitude, de conserver à la postérité les noms de ces vénérables évèques qui ont fondé l'Université de Paris et qui en ont été les pères et les premiers protecteurs.
Les voici donc énumérés par ordre de dignité hiérarchique et d'ancienneté de sacre :