Le dimanche 27 juin
celui de ses collègues que désignait l'opinion commune, M. l'abbé Joseph Bousquet, professeur de langue grecque. Brillant élève de l'Institut, reçu le premier à la licence es lettres devant la Faculté de Paris, et dans l'un des premiers rangs à l'agrégation des lettres, M. Bousquet était apprécié, non seulement pour sa parfaite connaissance de la langue et de la littérature grecques, mais encore pour un ensemble de qualités morales qui le prédisposaient aux délicates fonctions qui lui étaient confiées. Aussi les évoques n'hésitèrent pas à le nommer vice-recteur.
Après les premiers moments d'incertitude et de crainte qui avaient suivi la mort de Mgr d'Hulst, la confiance rentra peu à peu dans les cœurs qui avaient paru chanceler. Toutes les bonnes volontés s'unirent aATcc plus d'énergie que jamais dans la poursuite du môme but, et, de leur union, sortirent des résultats inespérés, dont bénéficia l'œuvre commune, et dans lesquels chacun a le droit de revendiquer sa part de mérite.
Déjà la plupart de ces heureux résultats ont été indiqués, chemin faisant, suivant les diverses catégories de faits auxquels ils appartiennent. Si nous croyons devoir en rappeler ici le simple souvenir dans un rapide aperçu, c'est que, de leur ensemble, se dégage nettement la preuve de la vitalité et des progrès incessants de l'Institut.
Ce fut vers le côté matériel que se portèrent les premiers efforts. Dès le mois de janvier 1897, parut un nouvel organe de l'Œuvre des Souscriptions : le Bulletin du Denier de l'Institut catholique, dont le titre était plus suggestif que celui du précédent. Par un tirage bimensuel, porté bientôt à 12.000 exemplaires, que des mains intelligentes répandirent aux quatre coins de la circonscription universitaire, il propagea partout la connaissance de l'Institut. V Œuvre du Denier fut officiel-
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lement organisée à Paris, et devint une œuvre diocésaine, au môme titre que celles de la Propagation de la Foi et de Saint-François de Sales (1).
Quelques diocèses imitèrent celui de Paris; d'autres autorisèrent au moins l'administration de l'Institut à implanter l'œuvre chez eux. Cette propagande, unie à certaines mesures administratives d'ordre intérieur, relatives surtout aux droits d'inscriptions, dont un trop grand nombre d'étudiants étaient exonérés, contribua efficacement à relever les ressources financières de l'établissement.
Presque en même temps, le dôme de l'église, avarié par le temps, fut remis à neuf, et, d'année en année, l'intérieur de l'édifice religieux reprit une nouvelle jeunesse. Le comble du premier bâtiment élevé sur la rue d'Àssas fut achevé. Bientôt une nouvelle tranche était construite, pour la somme de 300.000 francs.
La bibliothèque, dont la plus grande partie y fut transportée, s'augmenta rapidement de plus de 30.000 nouveaux volumes.
Les trois Facultés canoniques furent organisées conformément aux prescriptions de Rome.
La théologie s'accrut d'un cours de morale fondamentale, d'un cours de patrologie et d'un cours d'assyrien ; et la philosophie scolastique, d'un cours d'éthique naturelle. Presque tous les grands séminaires de la circonscription s'affilièrent à l'Institut pour la collation du baccalauréat. Le jeune clergé parisien obtint des arrangements qui lui facilitèrent la fréquentation des cours. Enfin, les étudiants laïques trouvèrent, dans l'organisation de l'enseignement supérieur de la religion, le secours religieux dont ils avaient besoin.
1. Lettres de S. Ém. le cardinal Richard, du 18 janvier et du lrr mars 1&9S.
La Faculté de droit s'enrichit d'un cours de législation et d'économie rurales et agricoles, d'un cours pratique de notariat, de conférences d'enregistrement, et d'une série annuelle de conférences hivernales sur l'agriculture. Elle noua des relations avec les autres Facultés libres de France, en vue d'établir des réunions périodiques entre les professeurs, et posa les bases d'un concours annuel entre les étudiants de ces diverses Facultés.
L'École des lettres ajouta à son enseignement une chaire de langue anglaise et une de langue allemande, pour la préparation à la licence de ces langues vivantes ; elle établit un concours annuel entre les élèves des établissements libres situés dans la circonscription de l'Institut, et elle institua un diplôme de grammaire en faveur des professeurs auxquels les circonstances ne permettent pas de prendre la licence.
L'École des sciences donna les mains, de son côté, aux concours entre établissements libres, augmenta notablement ses collections de géologie et de minéralogie, renouvela une partie de son matériel de physique, et eut l'honneur d'inaugurer, par l'enseignement de la géographie physique, une science nouvelle et de donner au monde la merveilleuse découverte delaradioconduction.
L'enseignement extérieur, destiné au grand public, prit, en quelques années, un brillant essor et forma tout un réseau autour de l'Institut : cours d'enseignement supérieur pour les jeunes filles, conférences, cours de religion, de philosophie, de musique, d'études sociales, de législation agricole attirèrent à l'Institut des foules qui, jusque-là, n'en connaissaient pas le chemin.
L'Institut vit, pendant la même période, l'éclosion de plusieurs publications importantes, inspirées ou dirigées par ses maîtres : la France chrétienne, Un Siècle, la collection des Grands Philosophes, la Revue de Philo-
sophie, la Bibliothèque de théologie historique, qui témoignent de la puissante vitalité de son corps professoral.
Il ouvrit aussi ses portes à plusieurs œuvres chrétiennes, heureuses d'y trouver asile et protection, telles que la Fête corporative des Industries du Livre, Y Association des Pères de famille chrétiens, les Journées des Patronages.
Le souci de l'assistance mutuelle qui préoccupe si vivement la société contemporaine, s'y est affirmé puissamment, soit par l'admission des employés subalternes au bénéfice de la caisse de retraite, soit par l'établissement d'un syndicat professionnel entre les maîtres de l'enseignement libre, secondaire et supérieur.
Le besoin d'union y a trouvé une autre expression non moins éloquente dans l'extension de l'Association des anciens élèves et dans la création d'une Association amicale entre les étudiants actuels.
Enfin, les nombreuses distinctions honorifiques accordées, dans ces dernières années, aux maîtres ecclésiastiques et laïques, attestent surabondamment en quelle estime l'Église tient leurs travaux et leur dévouement.
De ces divers accroissements, le plus considérable et le plus visiblement providentiel, fut l'ouverture d'un nouveau séminaire. Depuis quelques années, le nombre des élèves ecclésiastiques s'augmentait peu à peu ; le séminaire des Carmes, établi dans l'intérieur des bâtiments de l'Institut, ne suffisait plus à recevoir tous ceux qui se présentaient, et plusieurs étaient dans la nécessité de se loger à l'hôtel. Avertis de cet état de choses, les évoques déclarèrent qu'ils ne le pouvaient tolérer qu'à titre provisoire, et confièrent au recteur le soin de préparer l'ouverture d'une seconde maison ecclésiastique. A l'heure où il désespérait presque d'aboutir, la Providence dénoua elle-même la situation. Le
vénérable supérieur général de la Congrégation des Prêtres de la Mission, M. Fiat, consentit, dans un sentiment de dévouement au clergé et de parfaite bienveillance pour l'Institut, à ouvrir un second séminaire pour recevoir les élèves ecclésiastiques, dans les mêmes conditions vis-à-vis des évoques et de l'Institut catholique, et avec la même règle intérieure que le séminaire des Carmes.
Établi, au moins provisoirement, au n° 88 de la rue du Cherche-Midi, et placé sous la direction de M. l'abbé Portai, ancien supérieur du grand séminaire de Nice, assisté de M. l'abbé Vidal, le nouvel établissement prit le nom de Séminaire de Saint-Vincent de Paul.
Il s'ouvrit pour la rentrée du mois d'octobre 1899, et deux ans à peine s'étaient écoulés qu'il comptait déjà trente-cinq pensionnaires.
Enfin l'Exposition universelle de 1900 fut l'occasion de grands honneurs pour l'Institut catholique. Le recteur fut nommé membre des diverses commissions préparatoires et du Jury de l'enseignement supérieur ; et les professeurs reçurent, comme nous l'avons dit en sonlieu, les plus flatteuses récompenses pour leurs travaux et leurs découvertes.
Tandis que ces améliorations se réalisaient, insensiblement et sans éclat, comme les accroissements d'un arbre qui enfonce ses racines toujours plus profondément dans le sol nourricier, l'Institut catholique atteignit ses vingt-cinq ans d'existence.
Convenait-il de laisser passer cette date inaperçue? Les difficultés de la situation, l'incertitude du lendemain au milieu d'une atmosphère politique de plus en plus troublée pouvaient le conseiller. N'était-il pas, au contraire, préférable de souligner cette date, en reportant un instant ses regards vers le passé, pour mesurer la distance parcourue, les difficultés vaincues, les pro-
grès réalisés ; pour rendre grâce à la Providence dont l'action protectrice avait été si sensible ; pour remercier les bienfaiteurs et les amis de l'œuvre de leur sympathie et de leur concours ; et enfin pour fortifier les cœurs en vue des efforts et des combats de l'avenir? Ce fut le sentiment général de l'administration et du corps professoral.
Donc le 6 février 1901, l'Institut célébra ses Noces d'argent. Il le fit sans bruit ni ostentation, avec le sentiment de modestie qui lui convenait, mais aussi avec la conscience vraie de sa force. Par la haute dignité dont il entoura cette fête familiale, il se fit honneur à lui-même, réjouit le cœur de ses amis et s'imposa au respect de tous.
La première partie de la fête consista dans une soirée intime offerte la veille par l'Association des Etudiants aux professeurs et à leurs familles.
Le lendemain fut célébrée une messe solennelle d'actions de grâces. S. Ém. le cardinal Richard présidait la cérémonie; Mgr Dizien, évoque d'Amiens, officiait; Mgr de Pélacot, évoque de Troyes, assistait. Les Universités catholiques de Lille, Toulouse et Angers étaient représentées par MgrBaunard, Mgr Batiffolet M. l'abbé Delahaye. L'église était remplie par les administrateurs, les professeurs, les curés des paroisses de Paris, les supérieurs de congrégations et de collèges, les amis et les bienfaiteurs de l'Institut.
Les membres survivants de l'Assemblée nationale de 1875, qui avaient voté la loi de liberté, M. Wallon, M. le Adcomte de Meaux, M. Keller, M. Besson, M. Merveilleux du Yignaux y avaient une place d'honneur.
Du haut de la chaire, le recteur retraça à grands traits le passé de l'Institut, fit ressortir l'importance des services qu'il rend dans le présent, et exposa les motifs d'espérer dans l'avenir.
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Le soir, un joyeux banquet de deux cent quarante couverts groupa l'élite des amis de l'Institut. S. Em. le cardinal avait encore daigné le présider. Les toasts furent chaleureusement applaudis. Le recteur en ouvrit la série au nom de l'administration, M. Keller prit la parole au nom des survivants de l'Assemblée nationale, M. Dauvillier parla au nom de l'Association amicale des anciens élèves, et M. de Lapparent remercia au nom du corps professoral.
En quelques mots pleins de bonté, le cardinal exprima sa gratitude et sa confiance, et pour mettre le sceau à cette belle journée, il remit à MM. Lescœur, Alix et Guyot, professeurs de droit, le brevet de commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand que leur accordait le Souverain Pontife, et il nomma M. l'abbé Rousselot, chanoine honoraire de sa cathédrale.
Le lendemain, tout le monde était à son poste, reprenant la tâche commune avec une nouvelle ardeur.
Il est temps de conclure. Peut-être le lecteur, en parcourant ces pages parfois arides, s'est-il demandé si l'Institut catholique, créé sur les instances des catholiques français, a vraiment répondu, durant ces vingtcinq premières années de son existence, à la mission qui lui était confiée.
Maintenant qu'il a eu sous les yeux toutes les pièces du dossier, il nous semble que, pour lui, la question doit être résolue, et qu'il peut dire, s'il est un juge impartial : Oui, l'Institut a dignement répondu à sa mission.
Pour peu que l'on rapproche, en effet, les ressources dont il a disposé et les résultats auxquels il est parvenu, on conviendra sans peine que non seulement l'Institut catholique n'a point failli à sa tâche, mais qu'il a vail-
lammcnt conquis sa place devant le monde savant, qu'il s'est signalé sur plus d'un terrain, qu'il a même rendu d'importants services à la science, el qu'il a t'ait honneur h l'Eglise de France.
L'Institut catholique a tenu haut et ferme le drapeau de la liberté, ce qui n'est pas sans quelque mérite en un temps où le principe môme de la liberté est l'objet de tant d'injustes attaques; et, en usant fièrement de celle liberté, il a su donner, dans ses rapports avec la puissance publique, l'exemple du respect et de la modération.
Au moment où la théologie catholique cessait d'être officiellement enseignée dans les Facullés de l'État, l'Institut a relevé cet enseignement essentiel, arôme et couronnement nécessaire des connaissances humaines ; il a obtenu du Siège Apostolique en sa faveur les sanctions canoniques, et il a tracé pour le clergé français les cadres d'une culture intellectuelle, supérieure, que Home salue déjà avec les plus grandes espérances.
L'enseignement secondaire libre lui doit la formation dans l'ordre scientifique et dans l'ordre littéraire d'une légion de maîtres, qui ont imprimé aux études une puissante impulsion, qui sont en état de faire face désormais aux exigences, quelles qu'elles soient, de la législation, et sans lesquels il ne pourrait plus lui-même subsister aujourd'hui.
De ses amphithéâtres et de ses laboratoires sont sorties des initiatives et des découvertes sur la science géographique, sur la phonétique et sur l'électricité, qui suffiraient à elles seules à faire la gloire d'une Université.
Les sciences juridiques y ont trouvé non seulement de fidèles interprètes, mais de hardis initiateurs. Sous leur action persistante, un sens plus moral et plus chrétien a été infusé à l'économie politique, les droits
publics du citoyen, les libertés d'association et d'enseignement ont été hautement revendiqués, les églises et les congrégations religieuses défendues, et, par renseignement de l'histoire du droit et du droit international, les professeurs ont contribué au maintien et à la propagation, en France et à l'étranger, des saines doctrines sociales.
La plume de ses maîtres a produit toute une bibliothèque, où se donnent rendez-vous, dans une parfaite harmonie avec la foi chrétienne, presque tous les genres des connaissances humaines. L'autorité de leur savoir a été consacrée par l'Eglise, qui est venue prendre dans leurs rangs un nonce apostolique, par le gouvernement de la République, qui y a fait choix d'un directeur pour son Ecole française de Rome, et par l'Institut de France qui en a appelé plusieurs à siéger dans son sein.
Enfin la jeunesse formée sous sa direction est, à l'heure présente, répandue dans toute la France, où elle s'impose à la considération générale par sa science et sa foi, et où elle soutient courageusement les principes sociaux qui sont la base nécessaire d'une société civilisée.
Et cependant ce que l'Institut catholique a fait jusqu'ici n*est qu'un essai et un début. Nul doute qu'il n'eût fait beaucoup mieux encore s'il eût été mieux armé.
Il est prêt à continuer courageusement son œuvre de régénération sociale. Les maîtres qui le composent ne reculeront devant aucun labeur pour donner à la France des générations de savants, de chrétiens et de patriotes qui puissent faire revivre son antique prestige. Son sort est aux mains des catholiques français : à eux de décider s'ils veulent l'abandonner ou le soutenir.
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