‹ L'Institut de beauté, comédie en 3 actesChapitre 26 sur 45 · LEON, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LEON, LA BARONNE

La Baronne. — Monsieur, je vous en supplie"... un mot!... Oh! je suis d^une confusion!...

L'INSTlTar DE BEAUTÉ-

LÉON, avec bonhomie. — Je VOUS en prie, madame...

La Hauonxe. — Je soupçonne... ou plutôt je suis sûre que cette fille vous a raconté des folies.,, des monstruosités... D'ailleurs, vous la connaissez... C'est une espèce de sauvage... sans éducation... sans... Ah! la petite misérable!

LÉON. — Ne vous fâchez pas, madame. Elle ne s'est pas départie une minute du respect qu'elle vous devait.

La Baronne. — 11 s'agfit bien de respect;... Elle a commis une indiscrétion abominable... Elle a interj)rété d'une façon stupide des confidences que je lui ai faites quelquefois... et qui n'ont aucun rapport avec... Figurez-vous monsieur, que nous parlons souvent de vous... et qu'il m'est arrivé à plusieurs reprises, pour l'instruire, pour lui apprendre ce que c'est que le beau, de lui réciter de vos vers...

Léon. — Oui... oui... je comprends.

La Baronne. — Et je le faisais avec un enthousiasme que je ne cherchais pas à cacher... avec l'admiration que je i*essens pour votre talent...

LÉON. — Madame...

La Baronne. — Et alors, cette sotte a confondu mon émotion qui était toute poétique...

LÉON. — Oui... Oui...

La Baronne. — Avec un autre sentiment...

LÉON. — Voilà... Voilà...

La Baronne. — Et alors, à la première occasion, avec cette inconscience et ce manque de pudeur qui la caractérisent... elle vous a laissé entendre... que... que... C'est cela, n'est-ce pasf

LÉON. — Soyez certaine, madame, que je n'ai pas attaché d'importance... à des i)ropos... qui...

La Baronne. — Mais c'est bien cela qu'elle vous a dit, n'est-ce pas? (Sur un giste de Léon.) Elle est effrayante! Elle est effrayante! Fît (luaiid je jiense que si le hasard ne m'avait pas permis de ra'expliquer tout de suite... vous seriez resté sous cette impression que c'était moi peut-être qui... Tu vais envoyée près de vous... afin de... pour... C'est abominable! Je la chasserai, je la chasserai!

LÉON. — Ne faites pas cela, je serais obligé d'intercéder en sa faveur, car, en somme, c'est moi qui aurai profité de ce malentendu...

La Baronne. — Oh! Monsieur...

LÉON. — Et qui aurai pu m'imaginer, pendant quelques minutes, que j'étais Tobjet d'un amour secret et flatteur...

La Baronne. — Monsieur...

LÉX)N. — Et si je dois cette sensation à une gaffe... bénie soit .la gaffe! D'ailleurs, il ne faut pas trop redouter les gaffes. Ce sont parfois des avertissements bienveillants que nous fait donner la Providence par des personnes maladroites.

La Baronne. — Celle-là est un peu violente, avouez-le !

LÉON. — Il n'y a qu'à l'oublier, si vous voulez... Mon Dieu! vous n'avez qu'un signe à faire et je suis prêt à l'oublier immédiatement.

La Baronne. — Merci, monsieur, merci...

LÉON. — A moins que...

La Baronne. — A moins queî

Léon. — Vous m'autorisiez à ne pas l'oublier tout à fait, auquel cas vous n'auriez également qu'un signe à faire, le même... et je conserverais le plus charmant souvenir...

La Baronne, souriant — Vous traitez cela légèrement et vous avez raison... mais, moi, j'y attache

plus d'importance, car je ne veux pas vous laisser de moi, en partant, une mauvaise opinion.

Lkox. — Oh!

La Baronne. — Vous n'avez déjà que trop de tendances à me prendre pour une écervelée.

Léon. — Moi!

La Baronne. — Ou tout au moins pour une femme qui a donné de mauvais conseils à Adrienne et qui s'est mêlée de ce qui ne la regardait pas... Et, alors, vous en étiez arrivé à avoir pour moi une espèce d'aversion.

Léon. — Je proleste! je proteste!

La Baronne. — Oh! je sens bien qu*elle commence à j)asser.

LÉON. — Elle passe avec une rapidité vertigineuse... Mais ce n'est pas à vous que j'en ai voulu, c'est à Adrienne.

La Baronne. — Oh ! non, il ne faut pas, ce serait injuste !

LÉON. — Oh! je ne fais pas le malin... II n'y a pas de meilleur mari que moi... Je ne l'ai jamais trompée... Je lui suis même tellement fidèle que je me demande si mon manque d'autorité sur die ne vient pas de là.

La Baronne. — Oh!

LÉON. — Si Adrienne avait été jalouse, elle n'aurait pas cherché une autre occupation, celle-là lui aurait suffi... Maintenant, je suis débordé, je n'ai plus mon ménage en mains... Et je sens que j'ai besoin d'un coup de fouet, d'une aventure... J'ai rimpression que si je pe trompe pas Adrienne dans le plus bref délai, nous allons à une catastrophe!

La Baronne. — Vous êtes fou, mon ami. Voilà un remède!

Léon. — Ah! baronne, baronne! quel dommage fine vous ne m'aimiez j)as un peu... un tout petit peu !

La Baronne. — Que vous êtes impertinent, mon ami... C'est un miracle! Et vous croyez que je suis une de ces femmes-là? Mais oui, vous le croyez... je le devine à votre sourire, à la façon dont vous me regardez, à votre attitude conquérante qui vous va bien, qui vous va très bien, car vous la prenez sans effort.

LÉON. — Sans aucun.

La Baronne. — Et non seulement vous êtes persuadé que je vous aime, mais encore vous voudriez me forcer à vous le dire.

LÉON. — C'est ça..., c'est ça... Dites-le... Dépêchezvous... Car, moi, je vous désire follement... Je ne vous dis pas que je vous aime, je garde ça pour après.

La Baronne. — Comme vous êtes fou, mon ami!

Si je consentais, mais notre aventure ne durerait j)as un jour; elle durerait une heure!

Léon. — Ne nous occupons pas de la durée, ça ne nous regarde pas... Quand il sera temps de nous séparer, on viendra nous prévenir.

La Baronne. — Qui ça, on?

LÉON. — Les esprits qui volent autour des hommes et autour des femmes pour leur dire: « Aimezvous ! Ne vous aimez plus ! Allez en aimer un autre ! » C'est leur affaire... Ne vous en inquiétez pas...

La Baronne. — Etes-vous assez frivole et immoral! Vous êtes bien le contraire de l'homme que je devais aimer... et pourtant, quel plaisir j'ai à causer a\ec vous, à vous entendre dire toutes ces choses vagues qui indiquent que vous n'avez jamais réflédii à l'amour... ni peut-être à rien! Vous êtes vraiment

LA PETITE ILLUSTRATION

un poète... mais moi j'ai des sentiments plus profonds. Et si j'allais vous aimer!

LÉON. — Et moi donc!

La Babonke. — Ça n'aurait pas le sens commun... Car nous ne sonmies pas des êtres faits Fun pour l'autre. Nous nous sommes rencontrés par hasard... par accident... Ce n'est pas de l'amour, c'est une collision... Ah! j'ai déjà des remords!...

LÉON. — Ce n'est pas à vous d'avoir des remords, c'est à moi... Et je n'en ai pas!... Venez m'offrir une tasse de thé au Palace...

La Baronne. — Chez moi!... Chez moi!... Est-ce possible !

LÉON. — Nous y sommes voisins... je vais prendre une tasse de thé chez vous... Rien de plus naturel.

La Baronne. — Oh! mon ami, non... non!... Il y a là quelque chose de brusque, d'immédiat, qui me gêne, qui me... non... mon ami, non... pas aujourd'hui, demain.

LÉON. — Demain aussi!... Allez préparer le thé... Je vous retrouve au Palace... Vous ne voyez donc pas ce qu'il y aurait de choquant dans une plus longue résistance? Allez! Allez!

La Baronne. — Ah! tant pis!... Pourquoi ne pas vous le diref... Je vous aime... je vous aime!...

LÉON. — Oui... oui...

La Baronne. — Et moi aussi, je veux profiter de votre désir, quand même il ne devrait durer

qu'une heure! (Elle va pour sortir, et, de la porte.) Et

comment prenez-vous le thé?

LÉON. — Un peu fort. (Sort la baronne.)

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