Arthur Marliug, bispector of Ht S., Ontario
Ottawa, /(? 29 avril 1881.
" Ayant, aujourd'hui, examiné la classe dirigée parle frère Brynof, j'ai le plaisir de dire que je suis très content du zèle que déploie le professeur dans ses leçons et des succès qu'il obtient de son travail persévérant. "
y, M. Buchoft, H. S. Inspecter, Ontario.
Ottaiva, 23 octobre 1882.
" La classe, dirigée par le frère Placide, a passé un brillant examen sur les différents sujets de son cours. Les connaissances sur la grammaire, l'histoire, par de jeunes enfants, étaient parfaitement justes. Leurs réponses sur d'autres branches n'étaient pas moins satisfaisantes. "
James F. Whiîe. ACADÉMIE.
Ottawa, le 26 avril 1881.
" J'ai visité, aujourd'hui, la classe de l'Ecole, rue Queen, placée sous la direction du frère Severus. J'ai examiné les élèves sur l'arithmétique et la géométrie ; l'exécution a été satisfaisante ; j'ai aussi trouvé une bonne écriture. "
y. M. Buchon.
Ottawa, 27 avril 1881.
*' Aujourd'hui, j'ai visité les classes dirigées par les Frères Sanctulian et Sébastien. Les élèves ont exécuté le travail,
sur lequel ils ont été examiné^-, d'une manière très satisfaisante. Mon opinion est que cette école est bien dirigée. C'est regrettable que le local n'ait pas été construit pour l'usage qu'on en fait.
y. M. BhcJwu.
Oiia-u'cï, U 15 Jiiiti 1881.
" J'ai assisté, aujourd'hui, à l'examen des élèves de cette l'école ; je suis content de tout ce que j'ai vu e'. entendu. L'école est évidemment dans une excellente con lition, bien» dirigée, je crois qu'elle n'a pas à craindre la rivalité avec no^. meilleures High Schools et Collegiate Institutes. "
//. Glashmu Ottaiva, 2 décembre i88r, " Aujourd'hui, j'ai eu le plaisir de visiter cette école, j'ai" exprimé ma grande satisfaction pour son excellente te ne ; les élèves sont très avancés, bien intelligents, conduite bonne. Je trouve l'école beaucoup supérieure à notre Ecole modèle provinciale et à notre Collegiate Institute de cetteville. J'ai déjà visité les deux, l'Ecole des Frères est supérieure dans la vraie éducation. "
Michœl F. Harrington.
Ottaiva, le 2 Xbre 1881.
" Aujouid'iuii, j'ai eu le plaisir de visiter la première classe de notre Ecole, j'ai été très content de trouver les élèves si familiarisés sur des sujets très difficiles.
Aussi je remarque que le cours contient plus de pratique que celui qui est suivi dans l'éiole publique. "
James T. Foley, Lindsay.
■ Ottawa, le 2 Xbre 1881.
" j'ai visité cette Ecole, cette après-midi, j'ai trouvé les élèves très avancés dans les diverses classes. Je suis forcé
^dCad mettre que l'éducation reçue dans cette maison est supérieure à celle qui est donnée dans les autres écoles publiques.
Joseph P. McCartJiy, Peterborough.
Otiazca, le <^ Juin 1882.
" Ayant examiné, aujourd'hui, la classe dirigée par les
Frères, je trouve les élèves bien avancés dans toutes les spé-
•cialités.l Diverses questions d'arithmétique, très difficiles,
furent résolues mentalement avec une rapidité extraordi-
inaire. "
Daniel Phclan, M. D. 71/. A.
Ottazta, \<^juin 1882.
" Je viens d'examiner les élèves de la première classe de 'l'école des Frères, rue Saint-Georges. L'ordre est excellent. Les questions formulées sur le calcul mental furent promptes, correctes ; les solutions de problèmes d'algèbre et de •géométrie ont montré que le raisonnement mathématique est la vraie logique de la classe. "
Thos. Ollagan, B. A. Dans un article sur un examen public subi par les élèves, le Canada semblait résumer à l'avance toutes ces appréciations ; nous en reproduirons ici le passage le plus saillant : " Tous les grands centres de populations, dit-il, se distinguent par un certain nombre de pensionnats et de collèges. ■ Plusieurs institutions sont subventionnées par le gouvernement et sous le contrôle d'un ministère de l'Instruction publique. D'autres établissements spéciaux sont dirigés par des professeurs, et les diplômes que possèdent ces derniers attestent leurs capacités dans renseignement et donnent aux parents toutes les garanties désirables d'instruction et de . moralité pour leurs enfants.
Pour le Canada, c'est le clergé qui a le monopole de > ^'instruction de la jeunesse. Quant aux écoles anglaises, elles
sont subventionnées par notre gouvernement, quelques-unes «lu moins, et des institutions privées reçoivent aussi un grand nombre d'élèves.
Mais, l'institution qui nous paraît la plus précieuse en tous pays, nous semble être celle des Frères de la Doctrine Chrétienne. Par cela même qu'ils ont prononcé le vœu de pauvreté et d'enseignement, ils témoignent tous d'une si grande humilité qu'il faut vraiment passer devant leur établissement, à l'heure de midi, pour s'apercevoir de leur présence dans uiie ville. Pour n'être point un ordre mendiant, il ne faut pas moinis penser qu'ils ne jouissent que du stricte nécessaire dans leur modeste intérieur.
Comme les bons Parères n'étalent aucun luxe, aucune présomption dans leur état, on est assez généralement porté à douter de leurs capacités. Nous, les premiers, si jadis, nous respections l'ordre, nous ne pouvions nous défendre d'une certaine incrédulité sur leur savoir-faire. Il a fallu que la curiosité nous poussât à leur rendre visite partout où nous nous rendîmes durant le cours de nos voyages en Europe, en Orient et en Afrique, pour être convaincu de leur instruction ou de leurs aptitudes pour l'enseignement. Nous voici en Amérique où nous les avons vus à l'œuvre, et partout nous les reconnaissons pour être instruits et dévoués.
Nous admirons le mérite et le dévoùment de ces chers PVères, parce qu'ils enseignent à une classe de la jeunesse dont les principes, la moralité et l'intelligence sont tout à redresser. On connaît l'insouciance coupable des parents pauvres envers leurs enfants, la négligence honteuse que les parents montrent dans leur triste intérieur envers ceux qu'ils doivent élever honnêtement, les mauvais exemples trop souvent exposés par eux devant leurs enfants. Enfin tous ces pauvres enfants à qui Dieu a donné la vie pour que leurs parents en fassent un jour des hommes honnêtes, se pré-
sentent généralement aux Frères avec une ignorance révoltante, avec des vice.s insultants pour la société, avec une absence complète des saines doctrines de Li religion.
Il y a, certes, des exceptions, mais elles sont fort rares. Voilà donc à quelle classe de njtrc société se dévouent les lumibles serviteurs de Dieu, et cela, p;)ur une légère obole. Ils moralisent la jeunesse, ils instruisent la jeunesse, ils civilisent la jeunesse. Beau rôle à remplir à notre époque de scandales et de dépravations !.,.
L'examen des élèves de l'école des Frères d'Ottawa avait un double attrait pour nous : le degré d'instruction des enfants et la valeur des professeurs. Nous ne craignons pas d'affirmer avec l'assemblée qui encombra, durant les deux séances, la grande salle du Collège, que le succès a été complet. Le bon frère André a montré dans cet examen une perspicacité et un tact qui prouvent les talents de ceux qui l'aident dans sa pénible tâche et nous lui témoignons ici toute notre reconnaissance d'avoir bien voulu nous inviter en cette circonstance. » :
Ce qui a particulièrement attiré notre attention, c'est la direction donnée aux études ; cette direction est incontestablement parfaite, et ce qui le prouve, c'est la promptitude avec laquelle tous les enfants ont répondu à l'examen oral et l'activité qu'ils ont déployée dans leurs démonstrations ou figures sur le tableau. Nous tenons essentiellement à faire remarquer au public que la théorie appliquée à la démonstration sur le tableau par ces jeunes enfants n'a jamais porté préjudice à la netteté des chiffres ni des figures, ce qui indique de leur part une main exercée et une intelligence bien développée par la méthode des bons Parères.
Nous nous renfermons comme on !e voit plutôt dans un cerc'e d'appréciations sur cette utile institution, que sur le
détail du programme qui a dc'jà été donné par un de nos amis de la rédaction. Nous offrons à tous ces jeunes enfants nos plus grands éloges et l'assurance de notre plus sincère intérêt.
Moiitrcal. — C'est à Montréal que les Frères des Ecoles chrétiennes ont établi leur maison-mère pour leur administration ; c'est ici qu'ils forment, dans un cours normal et au noviciat, à la science et à la vertu, les jeunes gens qui demandent à s'enrôler sous l'humble bannière du Vénérable de la Salle ; c'est ici qu'ils préparent, depuis plus de trente ans, ces livres classiques si admirables par leur méthode, leur simplicité et la sève chrétienne qui y circule à chaque page. La plupart ont reçu les éloges et la haute approbation du Conseil de l'Instruction publique; nos Inspecteurs primaires les ont propagés dans toutes nos écoles, nos autres congrégations enseignantes les ont mis entre les mains de leurs élèves ; î'Honorable Chauveau, ministre de l'Instruction publique, les recommandait dès 1855, dans les termes les plus flatteurs :
" Il y a actuellement, dit-il, plusieurs séries bien connues, et quatre, entr'autres, jouissent d'une grande réputation : ce sont, en français, celle des Frères de la Doctrine chrétienne. Les livres des F>ères se publient maintenant en anglais ; cette série a déjà fait un grand bien. Le précis de la Doctrine chrétienne dans le syllabaire, et les premiers chapitres du Devoir du Chrétien, dans la collection des Frères, sont de véritables chefs-d'œuvre d'analyse, écrits avec une touchante simplicité, et bien propres à graver dans la mémoire des enfants des vérités et des préceptes dont les fruits croîtront avec eux.
" Le cahier de manuscrit des Frères forme une petite encyclopédie des arts et métiers et des inventions modernes, bien calculée pour développer l'intelligence des enfants dans
une direction conforme à l'esprit de progrès de notre époque." {Rapport de 1855.)
Dix-neuf ans plus tard, nous lisons dans le Correspondant du 2 janvier 1874 :
" Il serait fastidieux de pas.'-er en revue tous les livres rédigés par l'Institut des I-Vères des Ecoles chrétiennes, à l'usage spécial des écoles. Ils embrassent toutes les branches de l'instruction primaire, et, dans chacune, ils sont variés de manière à être appropriés à tous les besoins de l'enseignement selon l'âge des élèves, le degré de leur instruction et la division de l'école à laquelle ils appartiennent. Ils sont, pour la plupart, au nombre des meilleurs, ainsi qu'on l'a déclaré récemment dans le sein du Conseil municipal de Paris. Ce qui le prouve, c'est l'emploi qu'en font beaucoup de laïques, de préférence à d'autres ouvrages. "
On est heureux de voir l'Hon. Chauveau et le Conseil municipal de Paris rendre un public et éclatant hommage à la supériorité des livres rédigés par nos bons Frères, (i)
Des ouvrages passons aux écoles.
Lors de l'arrivée des Frères à Montréal, il y avait, dans
(1) rréscnteinent, tous les ouvrages classiques des Frères sont eu voie de ré(;dition. Ces intelligents instituteurs, loin de s'immobiliser dans une aveugle routine comme on les accuse gratuitement, sont, nous lo prouverons tout à l'heure, les premiers à la tête de tout progrès pédagogique. C'est sous cette inspiration qu'ils révisent leurs divers ouvrages, et leur fout subir les améliorations dont l'expérience de près de cinquante ans d'enseiguomeut dans le pays, leur a démontré la nécessité. Nous avons sous les yeux le Cour» de Langue française, réédité tout récemment. Le temps ne nous permet pas d'en faire lélogo qu'il mérite, mais nous pouvons affirmer qu'il tient le premier rang parmi les ouvrage.'^ de ce genre, et lui prédire un brillant et utile avenir, car il nous paraît destiné à contribuer puissamment à la conservation de deux choses sacrées pour tout Canadien : la religion et la langue française.
cette ville, dit le Dr. Meilleur, (i) " sept écoles catholiques de garçons en pleine opération, et noinbreuscmcnt fréquentée?, sous le patronage immédiat du clergé. Trois de ces écoles, dont l'une anglaise, furent établies par Mgr. l'Evêque Lartigue, et trois par le Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, outre une bonne école primaire que celui-ci faisait tenir dans le collège même. "
" Nous n'étions pas, en 1837, dépourvus de bonnes écoles de garçons à Montréal, lors de l'arrivée, en cette ville, des Frères des écoles chrétiennes. Prétendre le contraire serait une grave erreur, injurieuse également au clergé et à la population de Montréal. Mais le besoin de l'instruction augmentant avec le chiffre de ses habitants et le degré des affaires de tous genres et de toutes espèces, il devenait nécessaire d'établir un plus grand nombre a\'colis pratiques accessibles à tous les enfants résidents sans distinction d'origine ni de condition ancufte, et ces bons Frères étaient bien les instituteurs expérimentés qui pouvaient le mieux repondre au besoin en se chargeant de diriger ces écoles, pour le plus grand bien de toutes les classes de la société. En effet, ils ont habilement remplacé les instituteurs de toutes les écoles catholiques de garçons qui étaient tenues sous le patronage éclairé du clergé de Montréal. Ils ont même remplacé les instituteurs de nombre d'autres botines écoles qui étaient tenues dans d'autres parties du pays. " (2)
(1) Mémorial de l'Education.
(2) C'est assurément cette supériorité des Frères dans renseignement qui leur a attiré l'attention et conquis restime do tant d'éminents personnages. iN'ous avons déjà parlé des encouragements que leur prodiguèrent dans leurs visites les Evêqufes du Canada, Mgr. de Forbin Janson et M. le Gouverneur-Général, lord Sydenhara. '• Le 8 février 1864-, Sir John Young, Gouverneur-Général, honora les Frères de sa vieite ; il voulut que tous lui fussent présentés et leur
" L'instruction qu'ils donnent, continue l'Honorable Surintendant, pour être plus modeste, plus économique et plus religieuse, n'en est pas moins solide et pratique, ni moins
serra cordialement la main. Le Révérend Frère Directeur Antliony prit de là occasion d'attirer l'attention particulière de Son Excellence sur le frère Adolbertus, un des premiers frères qui vinrent do France en Canada, il y a 32 ans, pour y former des établissements d'éducation pour la jeunesse du pays. Le Révérend Frère Directeur fit observer à Son Excellence que ce courageux pionnier est en »ôme teuips le dernier des enfants du vénérable de la Salle qui Tinrent au milieu de nous pour cet objet à une époque déjà reculée. 3on Excellence témoigna beaucoup d'intérêt pour les bons frères et pour leurs chers élèves qu'elle considéra comme devant en partie remplir un jour les positions importantes dans notre société.
Le journal d'oii nous tirons la substance de ce paragraphe fait ob- «orver avec raison que la visite d'un gouverneur à nos maisons d'éducation est un événement qui fait toujours époque dans les annales de nos institutions. Elle rend hommage à l'enseignement, ranime le courage des maîtres et porte les élèves à un plus haut degré d'émulation et d'application." [Dr. Meilleur.)
Si Son Excellence revenait aujourd'hui, Elle pourrait encore serrer la main au Eévérend Fr. Adelbertus, le seul survivant des quatre fondateurs de notre colonie canadienne, et Elle admirerait en lui un vénérable vieillard qui porte avec un courage juvénile ses 72 ans de pèlerinage et ses 46 ans de labeur au milieu do nous.
En 1873, Son Excellence le comte do Dufferin voulut aussi encourager de sa visite les Frères de ^Montréal, il visita leur établisicmeut où il trouva un bon nombre do personnes distinguées qui avaient profité de cette circonstance pour donner à M. le Gouverneur-général une preuve éclatante de leur sympathie pour les Frères. Parmi elles, on remarquait iL le chanoine Fabre, MM. Eousselot, Verreau, Jeté, P. S. Murphy, etc., etc. Les élèves présentèrent une oharmante adresse à Son Excellence qui répondit eu ces termes : ,
" Mes jeunes amis,
• -yO vous remercie de l'adresse que vous venez de me présenter et do tous les bons souhaits qu'elle renferme. Bien que j'aie visité plusieurs isons d'éducation, je ne me lasse jamais de voir des physionomies aussi heureuses quo les vôtres et do vous montrer que ■on-seulement moi, mais encore votre bonne Eoine, désirons vous
propre à répondre aux besoins rccLs des enfants du peuple dans l'humble vocation où ils sont généralement appelés à vivre. " ( i ) ,
Bien plus, l'enseignement donné par les Frères, quoique modeste, étaient tellement solide ci pratique, répondait si bien aux besoins de toutes les classes qui ne se destinent pas aux carrières libérales, que les écoles de ces maîtres habiles deviennent des pépinières d'instituteurs laïques, les premières Ecoles normales du Canada. Ainsi, au Canada comme dans la mèrepatrie, c'est aux Frères des Ecoles chrétiennes qu'est dû l'honneur d'avoir établi les premières écoles normales ; et les Écoles normales du Canada, comme celles de France, étaient complètement gratuites.
" A Montréal, dit le Dr. Meilleur, les bons Frères des Ecoles chrétiennes voulurent bien se prêter à la chose, en admettant dans leurs classes les instituteurs qui en demandaient l'entrée pendant au moins le temps de leurs vacances, suivant l'avis que je leur en avais donné autrement. Cet excellent ordre religieux, dont le noviciat est une véritable école normale, a contribué à former ainsi, tout en même temps, bon nombre d'instituteurs 'AÏques. " Et "les écoles de garçons tenues à Montréal sous le patronage immédiat du
encourager. Youi uo pouvez pus maintenant apprôcior autant quo vous le pourrez, lorsque vous serez dans un âgo plus a\anc6, la valeur do tous les soins et do l'attention dont vous êtes l'objet, et pour cette raison, je vous exhorte à faire tout on votre pouvoir pour exécuter ce que vos professeurs désirent, et pour être toujours attôniifs à \os études. Ces études ont été préparées pour ^ ous par des amis sages et éclairés, et la meilleure manière do leur i>rouver votre roconnaissfinco est de redoubler d'efforts pour en profiter."
il) L'instruction donnée par les Frères est modeste, eu égard ù colle donnée dans les Universités et les Collèges dont M. le Docteur vient do parler.
Séminaire de Saint-Sulpîcc étaient toutes, comme le sont celles des Frères aujourd'hui, entièrement grattâtes^' (i)
Si nous jugeons des 7 écoles catholiques que trouvèrent les Frères à leur début à Montréal, par le tableau que nous en traça, en 1854, M. l'inspecteur Valadc, elles étaient, ^ comme celle de M. Compagnon, loin d'offrir un type d'ordre et de discipline. Sous l'action douce et maternelle des bons Frères, sous l'influence éminemment chrétienne de ces véritables apôtres, il s'opéra une rapide et merveilleuse transformation que nous révèlent les feuilles publiques de cette époque.
" En passant de l'éducation collégiale à l'instruction primaire, disent les Mélanges religieux, sept. 1841, nous traitons une matière aussi importante et d'un intérêt égal ; nous pourrions peut-être dire d'un intérêt plus grand ; car le ser-
\\ ) Le but du Vénéraljle, en créant sou Institut, ctiit moins do former des maîtres que des catéchistes. Le nom mCme qu'il donna à sa famille naisstinto rcjvèle l'intime de sa pensée : Frères Hqs Ecoles cltrétiennes. Si ses écoles ont été partout au premier rang dans l'enseignement profane, partout — et c'est ici le secret principal do leurs éclatants succès — partout, disons-nous, la première matière inscrite en tête do leur programme est l'instruction religieuse, 1« catéchisnie. Aussi l'Institut a toujours compté parmi ses maîtres des hommes éminents, dea modèles dans l'art do fah-e Je catccJiLimc. Citons, H l'appui do cette affirmation, deux laits empruntés aux Annales de VInstitut :
" Au nombre des matières strictement obligatoires do son programme d'enseignement, lo Vénérable de la Salle comprit les prières usuelles, lo catéchisme du diocèse et l'iiistoiro sainte. Les enfants assistèrent à la messo tous les jours ; le soir, une demi-heure fut consacrée ù leur instruction religieuse. Les supérieurs de Saint - Sulpice autorisèrent, quelques années plus tard, les séminaristes ù prendre, deux fois par semaine, la place des Frères pendant cette leçon, afin de s'exercer, sous la direction du Vénérable de la Salle, à derenir d'habiles catéchistes " (P, r).!> et 50.)
vice de cet enseignement s'étendant à un plus grand nombre, il est par là même plus utile ; et le bienfait étant plus universel, il s'en suit qu'il est plus grand. On lésait, l'instruction élémentaire est le besoin de tous ; c'est le cours d'études indispensable au peuple. Donnez au peuple une éducation propre à sa conscience, à sa position ; en un mot, une éducation pleine de religion et d'actualité, et vous aurez très bien servi votre pays, l'état, la société.
Or, le Canada possède déjà un certain nombre de ces institutions providentielles, essentiellement catholiques et par conséqucînt destinées à exen.er sur ce pays une infiuence majeure. Il est vrai que cette province n'a pas encore toutes les écoles qu'elle est appelée à avoir plus tard ; mais on ne ])eut pas dire que le peuple canadien ait extraordinairement soufifert de cette privation ; peut-être même cette omission a-t-elle été moins sensible et moins dommageable ici que nulle part ailleurs. Pourquoi cela, demande-t-on peut-être ? Pourquoi ? parce que le bon sens et la probité native du peuple canadien y suppléaient ; parce que l'enseignement
" Parmi les ecclésiastiques cjui assistèrent à l'installation des Frères ii Moulins, et qui témoignèrent porter 16 plus vif intérêt au succès i3t au développement de leur œuvre, se trouvait le grand vicaire Jean-Joseph Languet do Gergy, f;.ère de Languet de Gergy, vicaire de Saint-Sulpice, et parent des fondateurs de la communauté des Frères de Dijon. Ce qui le frappa le plus, dans les principes do méthodologie des nouveaux maîtres, fut la facile et féconde application que l'on pouvait en faire aux catéchismes des paroisses. Cette idée ne resta peint stérile en son esprit. Il convoqua deux fois tous les jeunes clercs et les autres catéchistes do Moulins dan? l'église de Saint-Pierre. Le Frère directeur, à qui il avait fait connaître ses intentions, y fit, en leur présence, h tous les élèves réunis, le catéchisme d'après le mode introduit par le Vénérable do la Salle aux écoles sulpiciennes, h Paris. Le vicaire général le félicita publiquement et enjoignit aux catéchistes qui furent, comme lui,sesauditeuiH attentifs, d'apprendre sa méthode et de s'y conformer."
religieux surtout remplaçait pour lui, en grande partie, l'enseignement profane. Il y a dans la simple intelligence du catéchisme catholique une éducation plus complète et plus profonde qu'on ne le pense généralement. Voilà ce qui a fait du peuple canadien d'abord un peuple si moral ; puis, par une conséquence nécessaire, un peuple réfléchi, intelligent, soigneux de tous ses intérêts.
Ces observations préliminaires nous paraissaient indispensables avant le compte rendu que nousalh.ns faire de l'enseignement catholique dans les écoles élémentaires de cette province.
l'armi les institutions de ce genre auxquelles nous applaudisons de tout notre cœur, se trouvent en première ligne les écoles des Frères de la doctrine chrétienne. Personne n'ignore que ces précieux instituteurs sont les disciples d'un des hommes les plus remarquables que l'Europe ait vus naître : l'abbé de la Salle paraît tel à nos yeux. " L'utilité de son but, l'enchaînement de ses idées, la persévérance de son dévoûment, tout concours à le rendre un des plus dignes modèles à présenter aux amis de l'enfance.
Convaincu que pour plaire à Dieu, il faut être utile aux hommes, le vertueux de la Salle examina comment il pourrait acquitter sa dette ici-bas. Il reconnut bientôt qu'un des plus grands services à rendre à la société serait d'améliorer les mœurs des classes pauvres. Il jugea que, pour y parvenir, il fallait rassembler les enfants dans les écoles, et les préparer, par l'instruction, à devenir des chrétiens, des ouvriers, des pères de famille. Alors il se donna ce problème à résoudre ; Par quels procédés nouveaux serait-il possible d'instruire un grand nombre d'enfants à la fois ? Ses méditations assidues et la force de son génie lui firent inventer l'enseignement simultané, qui sera dans tous les temps une des
plus utiles, et, par conséquent, une des plus belles découvertes de l'esprit humain. Il fallait des instituteurs pour appliquer cette méthode, pour la répandre et la perpétuer ; l'abbé de la Salle fonda une société religieuse vouée à l'enseignement élémentaire. On croirait ses travaux terminés ; les plus pénibles allaient commencer : ne lui restait-il pas à faire accepter ses bienfaits ? Des obstacles de tous les genres furent opposés à l'établissement de ces écoles ; on les calomnia, on lui suscita des procès ; ses frères étaient insultés, assaillis dans les rues ; il eut, pendant vingt an j, à lutter contre touj les obstacles, par lesquels l'intérêt, l'ignorance et la mauvaise foi font souvent payer à l'homme de génie les services qu'il rend à ses semblables. Tel fut cet ami de l'humanité, dont la statue, disait un écrivain français, devrait être érigée par la France reconnaissante, (i^ Nous ajouterions volontiers, par l'univers chrétien : et notre siècle pourrait bien être témoin de ce beau triomphe, si la voix du père commun des fidèles proclamait Bienheureux celui qu'elle a déjà déclaré Vénérable. C'est du moins ce que font espérer les démarches actives qui se font actuellement en France pour que l'Eglise ne retarde plus à rendre un culte solennel à la mémoire de M. de la Salle.
(l) M. Droz, de l'Académie.
" Dans une allocation prononcée à la suite de la distribution des prix aux élèves des Ecoles chrétiennes en juillot 1865, je proposai d'ériger un monument en marbre en l'honneur de ce saint ami de l'éducation, pour commémorer en même temps cette belle fondation et l'heureuse arrivée, en Canada, de quatre de ses premiers disciples," [Dr. Meilleur.)
Le vœu de M. Droz s'est réalisé le 2 juin 1875 ; espérons qu« notre catholique Canada réalisera aussi un jour celui de l'Honorable Surintendant.
Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner ici quelques détails sur la cause du Vénérable, (i)
(1) Le Vcm'Tablp do la Salle mourut à St. Yon lo 7 avril 1719 ot fut iulunné dans la cl a'»ollo Ste. Suziinno de IV'gliso St. Sover. Eu 1734, le 16 juillet, il l'ut exhume et transféré dans la chapelle de la maison des Frères. Les révolutionnaires ouvrirent lo tombeau en 1793, volèrent le plomb |du cercueil, mais laissèrent lo corps îi peu près intact.
En 1834, lo procès de canonisation commença simultanément Ji Eeims, à Paris, ot à Rouen.
L'année suivante, les précieux restes du Serviteur de Dieu furent vérifiés en j)résence d'un secrétaire de l'archevêché, d'un médecin et du frère Calixte, puis transportés dans la chapelle de l'Ecole Normale, rue St. Lô. Une nouvelle translation eut lieu en 1880 ; .aujourd'hui le corps du pieux Fondateur repose dans la chapelle du Pensionnat.
Le décret d'introduction de la Cause fut signé, le 8 mai 1840, par
Grégoire XYl, qui conféra ainsi à ^M. do U Salle lo titre de Véncrabli;.
Lo 12 septembre 1840 fut rendu le décret de non culte.
L-î 22 septembre 1842, nu autre décret constata la renommée do la sair.teté du Scrviteurjdo Dieu.
Lo 16 avril 1842, la procédure de Eome fut ai)prouvée ; celles do Eeims, de Paris, et de Eouen le furent le 6 septembre 1846.
Un décret de" la S. Congrégation, daté du 10 janvier et approuvé le 16, déclara que les écrits attribués au Vénérable ne renferment rien qui soit opposé à la doctrine catholique.
Le 10 juillet 1873, la S. Congrégation des Eites, réunie en eémco publique sous la présidence du Souverain Pontife, proclama l'héroï- •ité des vejtus du Serviteur do Dieu ; voici le texte du décret, qui fut promulgué le 1er novembre de la même année. ' ' l
** Le vénérable serviteur de Dieu, Jean Baptiste de la Salle, naquit à Eeims, de parents nobles et jucux ; il passa sa jeunesse et acheva le cours de ses études en conservant son innocence et la pureté de «on cœur. Nommé chanoine de'^ l'église métropolitaine de Eeiuis, puis ordonné prêtre, il^futjpour les fidèles un parfait modèle dans les paroles, [la manière d'agir, la charité, la foi, la chasteté. Mois ayant médité ces paroles de la divine Sagesse : " Venez, mes enfants, . écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur ; " et cet avertissement de Jésus-Christ : " Laissez venir à moi les [petits en-
Or, ce sont les fidèles héritiers de son esprit et de ses sentiments, que notre ville possède depuis quatre ans. Aussi a-t-elle su les apprécier dès le premier abord. A peine les Frères furent-ils arrivés à Montréal, que le nombre d'élèves
t'auts, car c'est il eux, (ju'appartiont le royaume de» cieux, " il comineuya à réunir les enfants pauvres et délaissés, et leur enseigna a\ ec «oin les devoirs de la \nété et les éléments des lettres. Cependant, pour que cette œuvre si diftlcilo pût se développer et produire des fruits abondants, il ai)pela à lui de pieux laïques, leur donna d« salutaires ordonnances, et les fit ses coopérateurs dans la fondation do l'Institut des Ecoles Chrétiennes. Comme l'erreur pestilantiellH du jansénisme se répandait alors eu France et cherchait à dissoudr»» l'unité catholique, le Serviteur do Dieu eut soin do s'attacher plus étroitement à la chaire de l'ierre. Dans ce but, il envoya à ilomw un de ses Frères pour demander au Souverain Pontife Clément XI, <le sainte mémoire, intrépide ennemi de cette perverse hérésie, l'approbation de l'Institut, et le chargea d'ouvrir une école, dans l'intérêt de la jeunesse, à Rome même, soua les yeux de Sa Sainteté. Mais les subtils sectateurs de l'hérésie janséniste, prévoyant la perto qu'ils éprouveraient dans le peuple par cette saine et pure éducation ■de la jeunesse, poursuivirent le vénérable Serviteur do Dieu d'outrages, de calomnies ot de vexations, jusqu'à la dernière heure de sa vie ; ce fut au milieu même de leurs violences que, fortifié por les sacrements de l'Eglise, et s'unissant très patiemment aux soulfrances kIo Jésus-Christ, il rendit l'âme le vendredi saint, 7 avril, l'an 1719. " Après sa mort, la renommée do sa saintevé se répandit à un tel point, quo ses ennemis eux-mêmes qui l'avaient persécuté do son rivant, publièrent que c'était un juste ot un saint. A" cause do la révolution française, l'autorité ordinaire uo commença que plus tard h instruire le procès, à Reims, à Paris et h Rouen. L'affaire ayant été portée à Rome et examinée selon les règles, Grégoire XVI, de «ainte mémoire, signa do sa main, lo 8 mai 1840, le permis. d'introduction de la cause. Puis des lettres rémissoriales furent adressées 41UX archevêques de Paris, de Reims et do Rouen, afin qu'au nom du Saint-Siège ils prissent do nouvelles informations sur la renommé* do sainteté, sur les vertus et les miracles du vénérable Jean-Baptiste. L'enquête étant terminée, et le procès étant déféré ici, la sainte Congrégation des Rites porta son jugement sur la validité, le l'i .'Septembre 1845. Ensuite on agita la question des vertus héroïques
qui î-e prtsentcrent fut si considérable que les premier» appartements destinés pour leurs classes se trouvèrent immédiatement trop petits. On plaça élevés et instituteurs dans un meilleur local ; mais bientôt encore ce nouveau bâtiment fut insuffisant, et la générosité des Messieurs de St. Sulpicc fut nécessairement conduite à leur bâtir une nouvelle maison pour recevoir huit cents, mille enfants qui, ces jours-ci mêmes, fréquentent cette vaste institution. C'est déjà assez dire ce que vaut l'enseignement de ces inappréciables insti-
(iii vénérablo Serviteur do Dieu, dans la nic^mo sainte Congrégation dos lîitea. l'reinièrenient, une réunion antépréparatoire eut lieu cliex le révérendissirno cardinal Jean Baptiste Pitra, rapporteur do la cause, le 15 juin 1869, secondement, il y eut une congrégation l)réparatoire dana le palais du Vatican le 4 juin 1872 ; troisii-meniont, enfin, une assemblée générale fut tenue en présence do Notre Saint- Père et Souverain Pontife Pie IX, le 10 juillet lii7'-i. Lo révérendissime cardinal rapporteur de la cause ayant proposé lo doute suivant : Contot il des vertus théologales, foi, espé'anco et charité envers Dieu et cuvera lo prochain, ainsi que des vertus cardinales, prudence, force, tempéraico et leurs connexes, dana un degré héroïque, in casa et ad effectum de quoagitar ? Tous, soit les révérendissimes cardinaux préposés à la conservation des Rites sacrés, soit les Pères consulteurs, déclarèrent leur avis, selon leur rang. Mais lo Saint-Père différa de manifester son sentiment, et en même temps avertit ceux qui donnaient leur vote de prier avec lui, afin d'implorer de la sagesse divine la lumière et le conseil. '',.■■'•!' v ■ • " Enfin, Dieu aidant, le jour coL^^acré à célébrer les mérites do tous les Saints fut choisi pour la proclamation du jugement suprême. C'est pourquoi le Saint-Père, après avoir offert le sacrifice eucharistique dans la chapelle privée du palais pontifical, vint dans la salle duïrône et fit approcher le révérendissirae cardinal Patrizi, évoque d'Ostie et de Velletri, doyen du Sacré Collège et préfet de la Congrégation des Rites ; h; révérendissime cardinal Jean-Baptiste Pitra, rapporteur de la cause ; le R. P. I^urent Salvati, coadjuteur du Promoteur de la Foi et le secrétaire soussigné ; et, en leur présence, il fit cette déclaration solennelle : Il conte des vertus théologalee, foi, espérance et charité envers Dieu et envers le prochain, ainsi que des vertu? cardinales, prudeno ), ju8tic3, force, tempérance et leun
Hitcurs qu'entoure la protection des Supérieurs ecclésiastiques, que chérit la reconnais ianc^ des paicnts comme celle des élèves c'i dont le public est, tous les jours, l'intarissable admirateur. '
Mais ce que l'on ne dit peut-être pas aisez, c'est tout ce que renferme de sens, d'utilité et de valeur l'instruction qu'ils donnent ; ce qu'il y d'aptitude, de mérite et de persévérance dans de semblables maîtres. Livrés par vocation à la sublime carrière de l'enseignement, ces bons Frères en font l'unique affaire de toute leur vie ; ils n'en sont distraits par aucune préoccupation de famille, par aucune vue d'ambition ou d'avenir. Détachés de tout intérêt mondain, de toute idée d'avancement ou de fortune, l'enceinte de leurs classes est
connoxos, du véuévable serviteur do ])ieu, tleauljapliste de la Salle, flaus un degré héroï(iue, do sorte que l'on i)eut procéder ùj l'examen des quatre miracles.
" Ce décret deviendra de droit public, et sera inséré dans les actes de la sainte Congrégation des Kites, par ordre daté du 1er. novembre 18715.
" CoxsTAXT, évoque d'Ostie o'., Vclletri,
" Cardinil Patiuzi, préfet do la Sainte
Congrégation des Rites.
*' DaMrNiQii-; Bautomni, Secr. S. Iv. C."
Place t du sceau. ' . = '
])epiùs cette é^ioque mémorable, l'Eglise s'occupe de la question dos miracles. '^^ • ■ r' -. .. ' -, . ■
En 1880, 153 Cardinaux, Patriarches, Archevêques ou Evoques adressèrent au Saint-Père une supplique priant Sa Sainteté do hâter la Béatification du saint Eondateur.
Cette année même, le 13 février, la S. Ilote vient do valider les procès dressés par les Ordinaires concernant les miracles. — Encore im pas, et lo décret de r>éatification sera promulgué. Prions afin d'obtenir de Dieu, dans la personne du Vénérable do la Salle, un protecteur spécial de la jeunesse chri'tienne, exposée à devenir la proie de l'impiété.
l'univers pour eux. Mcmc il est tels de ces instituteurs qui consacrent tous les instants d'une longue et laborieuse vie à l'enseignement de l'cpellation du syllabaire et qui blanchissent dans la répétition perpétuelle des procédés les plus élémentaires, les plus fastidieux, sans que jamais on voie leur patience se lasser ou leur vocation se démentir; tant de courage et d'abnégation peut à peine se comprendre. Que Dieu leur en tienne compte !
Un autre avantage d'une congrégation enseignante, c'est que chacun de ses membres travaille à l'envi à la mettre en renom ; que les bonnes traditions s'y perpétuent, que les méthodes s'y perfectionnent par la réunion des efforts individuels, par la mise en comnuiu des découvertes isolées et qu'enfin les nouveaux procédés s'y propagent avec une merveilleuse rapidité. C'était sans doute la réunion de tous ces avantages qui forçait l'un de nos plus influents laïques, en matière d'éducation, d'avouer, lors des derniers examens de ces écoles " que le meilleur bill d'instruction élémentaire que l'on pût donner au pays serait celui qui réaliserait immédiatement pour nous l'Institut des Frères de la Doctrine chrétienne." (i)
Telle est la confiance qu'inspirent des hommes que l'esprit de dcvoûment peut seul porter à quitter tout ce qu'ils ont de plus cher au monde, à s'imposer les plus longues privations et les plus rigoureux sacrifices p»ur venir s'ensevelir toute la vie dans la profonde obscurité d'une école élémentaire ! Il faut pour cela beaucoup aimer la jeunesse et se sentir au fond de l'âme quelque chose de bien important à lui dire. On peut être sûr que de tels hommes ont encore autre chose à lui apprendre qu'à bien écrire et à calculer. Aussi nous ne
(1) Ce Eill a ëtc prt'senté par l'Honorable Gédton Ouimet, en 1875, sanctionné le 24 décembre de la même année et rendu exécutoire 1« 24 février 1876.
pouvons mieux terminer ces considérations qu'en citant les belles paroles que Mgr l'Evoque de Metz adressait à ses diocésains à l'endroit de ce précieux Institut :
" Quel motif d'espoir et quelle joie sensible pour la religion, s'écriait-il, de voir ses enfants confiés à des maîtres qui, à toutes les garanties d'habileté et de savoir qu'exige d'eux la prudente sévérité de nos lois, en joignent de bien plus précieuses encore, celles que la religion elle-même leur demande ; à des maîtres qui savent mettre une profonde différence entre Xinstniction pure et simple à laquelle on se borne trop ordinairement, et ce qui mérite le nom bien autrement significatif d't'(r///m//^;/; à des maîtres qui, parfaitement convaincus de l'impossibilité d'une véritable éducation en dehors du christianisme, ont fait de sa saine doctrine une étude sérieuse, et se sont pénétrés à loisir de son esprit et de ses sentiments ; à des maîtres, enfin, qui tiennent de l'autorité compétente la mission spéciale d'inculquer à l'enfance les vérités chrétiennes, et qui puisent, dans une vocation s ivèrement éprouvée, tout le zèle nécessaire pour en inspirer le respect, l'amour et la pratique ! "
L'année suivante, la même Revue écrivait encore : " Jeudi dans l'après-midi les écoles des Frères se réunirent au collège de cette ville pour y célébrer la grande fête — car c'est une véritable fête — de l'examen et de la distribution des prix. Nommer les Frères des Ecoles chrétiennes, c'est nommer les Instituteurs les plus admirables et les plus parfaits ; c'est nommer des écoles, où l'instruction élémentaire et religieuse, les sciences mêmes et les arts, sont enseignés avec une perfection que n'atteignent pas communément les écoles supérieures ; et sauf l'enseignement du grec et du latin, de la rhétorique et de la philosophie, qu'ils laissent aux collèges, nous ne savons pas ce qui leur resterait à enseigner
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à leurs élèves pour en faire les hommes les plus solidement instruits dans toutes les branches de l'instruction usuelle, réclamée par la plus ambitieuse exigence. La lecture, l'écriture dans tous les genres, depuis la bâtarde jusqu'à la go thique, le dessin linéaire, la grammaire, la langue anglaise^ l'arithmétique, la géométrie, etc., la géographie raisonnée, l'histoire, etc., etc., toutes ces connaissances sont non pas enseignées, comme on le dit d'habitude, et avec plus ou moins de vérité, de toutes les institutions, mais elles sont apprises réellement, approfondies, raisonnées d'une façon <:tonnantc : et n'eijt été la taille de ce millier de petits savants, on les eiit pris pour autant de candidats subissant hardiment leur examen pour quelque baccalauréat. Nous vîmes là des plus éclairés de nos concitoyens ne pas revenir de surprise en voyant ces petits prodiges raisonner, opérer, en examinant les travaux qu'ils avaient exécutés. , , "
" Ces écoles, en propageant l'instruction religieuse et libérale, en régénérant la jeunesse de cette ville, sont destinées à opérer une révolution morale dans tout le pays. Ces Instituteurs incomparables méritent donc l'amour, le respect et la reconnaissance de tous.
" Et c'est là encore, disons-le hautement, une œuvre du catholicisme : ces hommes dévoués sont les enfants d'un prêtre catholique, que bientôt le Souverain-Pontife nous permettra d'invoquer comme un saint. Que nos ennenjis nous montrent de telles œuvres, de semblables hommes, un pareil dévoûment ! .^ ,
" Oui, le catholicisme est la religion du ciel, car. ses œuvres sont celles de Dieu. "
En 1854, c'est toujours, du côté des familles, la même confiance ; du côté des élèves, la même afîfluence, et du coté des maîtres, les mêmes succès. Laissons ici la parole à M.
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Valade, ancien instituteur, alors inspecteur, et aujourd'hui, membre honoraire du Bureau des Examinateurs pour le Diplôme d'instituteurs, à Montréal. On nous permettra de reproduire ici ses propres paroles, et, dans la crainte d'affaiblir cet honorable témoignage, nous le citerons à la lettre, respectant religieusement, à l'exemple du Département de l'Instruction publique, le style, les anachronisincs et \ orthographe.
" Cette émineinvient utile iustitHtiou, fondée par Jean- Baptiste de la Salle, dans le seizième siècle, (i) fut organisée à Montréal par feu Monsieur Quiblier, supérieur de la maison de Saint-Sulpice. Le nombre d'élèves formés sous les soins des vénérables frères est d'environ deux mille repatii en plusieurs maisons disséminées dans la ville vX les faubourgs.
Sur le nombre, mille étudient avec succc\s la langue anglaise ; mille trois cent lisent bien, parce qu'ils comprennent le sens de leur lecture ; onze cent étudient les grammaires français et anglais. Cinq cent s'appliquent à la géographie, cinq cent à l'histoire ; huit cent à l'arithmétique jusqu'à la règle de trois inclusivement, et trois cent possèdent l'arithmétique dans toutes se^ parties'; cent la tenue des livres ; cent la géométrie ; enfin plus de cinq cent font preuve de connaissances raisonnéts par V analyse grammaticale et logique.
Le maintien sage et réglé de ces enfants de la ville et des faubourgs, leur attitude modeste, le bon ordre qu'ils observent à la sortie des classes, les tâches qu'ils remplissent à la maison, leur assiduité à l'école, l'attachement, l'affection même qu'ils portent à leurs maîtres, les talents qu'ils déploient et les succès dont ils sont couronnés, parlent éloquemment en faveur des frères des écoles chrétiennes et proclament combien Montréal doit s'estimer heureux de voir sa jeunesse studieuse, morale, et promettre un bel avenir.
(1) Erreur d'un siècle : l'Institut des Frères fnt foudé en 1680.
Si l'on rappelle un souvenir du passe, on voit, avant l'cpoquc de l'institution des frère; à Montréal, la cite, les faubourgs, les places publique-, les rives du fleuve encombrés d'enfants, de jeune, gens, puisant dans l'oisiveté les leçons de la dcniDralisition ; puis, par une étrange transition, ces mêmes lieux, niguèrj si fréquentés, bientôt déserts et la foule compacte de la jeunesse réunie en masse dans de nombreuses maisons d'éco'es dirigées par les vénérables frères. (F. X. Valait, 1854). ^
Depuis cette époque, 1854, nous n'avons sur les écoles i cnues par les Frères à IMontréal aucun témoignage émanent •de MM. les Inspecteurs, parce que, chacun le sait, ces écoles étaient sous le contrôle des MM. de St. Sulpice, et ne relevaient en aucune façon du Département de l'Instruction publique. '
Nous avons vainement cherché quelques renseignements pour cette lorgue période de trente années, dans l'ouvrage de M. Chauveau : r Instruction publique en Canada; nous regrettons vivement, à l'endroit des Frères des Ecoles chrétiennes, l'oubli de l'Honorable Ministre qui nous a fourni tant et de si intéressants détails sur les Ecoles Normales de la province et sur les écoles protestantes du Dominion. Fort heureu-^ement, MM. les Inspecteurs y ont largement pourvu et nous pouvons, .sans témérité, appliquer à nos écoles de Montréal, les éloges qu'ils prodiguent à celles de la Province. Nous sommes d'autant mieux fondé à conclure ainsi, q'ie notre avis est pleinement partagé par M. l'Inspecteur Mc- Mahon, chargé de visiter ces écoles, par de nombreux témoins appelés devant la Commission Royale, et par cette même Commission qui, dans sa séance du 7 mars 1883, déclare que l'enseignement donné par les Frères peut défier toute concurrence.
Parlant des ccolcs congrcganistes en général, M. McMahon, inspecteur, écrivait en 1876 :
" Je n'entreprendrai pa-, dit-i!, de faire une appréciation des institutions indépendantes de la ville de Montréal. Cette tâche serait d'ailleurs au-dessus de ma capacité. Il faudrait une plume plus exercée que la mienne, pour énumérer les services inappréciables que les bons Frères de la Doctrine chrétienne rendent à la jeunesse de la ville et des faubourgs."
Plus récemment, il faisait cette déclaration concernant l'Académie du Sacré-Cœur, rue Plessis : " J'ai été très satisfait de l'examen que j'y ai fait. L'anglais et le français y sont enseignés également. J'ai trouvé dans toutes les classes des progrès très remarquables et l'ordre le plus satisfaisant ; j'ai surtout admiré des morceaux de dessin tant linéaire qu'industriel et artistique très remarquables. La maison Cat très bonne, seulement il faudrait qu'elle fût le double plus grande pour suffire au besoin de la localité."
M. P. S. Murphy a parfois payé son tribut d'hommage à nos bons Frères. A une petite séance donnée par les élèves le 3 décembre 1878, ce Monsieur déclara "que les Frères avaient opéré une véritable transformation dans les enfants depuis leur installation au Sacré-Cœur. "
Nous compléterons tous ces témoignages sur nos écoles congréganistes de Montréal par l'appréciation do Mgr. Conroy et de la presse montréalaise, (i) ■ ->; J-^ v ; ■ "
(1) Quelques-uns do nos lecteurs trouveront peut-utro étranges ces ftitations nombreuses, ces files non interrompues de témoins qui viennent déposer eu faveur de l'enseignement congréganiste. Ifous avons préféré ce genre de démonstration à tout autre : les paroles émeuvent, les cxpmples entraînent. Du reste, pas de discussion sur la lumière avec les aveugles volontaires. Le seul remède h cette espèce de cécité, c'est de tenir constamment sous les yeux du malada le fluide bienfaisant. Courage donc, chers lecteurs, car nous sommes loin d'atteindre au terme do notre course !
Repondant à l'adrcsyc que les élèves des Frères lui avaient offerte, le Délégué apostolique disait :
" Chers enfants, — Je vous remercie de l'accueil q^e vous me faites et des bonnes paroles que vous venez de m'adresser. Depuis mon arrivée au Canada, j'ai déjà visité une grande partie de votre beau pays, ce qui, sur mon passage, a fait ma joie c'est de voir, partout comme ici, la jeunesse élevée non-seulement d'.iis la culture de l'intelligence, mais aussi dans celle du cœur. Cette jeunesse^dont vous faites partie, est l'élément vita', et l'avenir de votre pays ; c'est elle qui, en demeurant attachée à la foi, donnera l'essor à la grandeur et à la prospérité que Dieu lui réserve. Avec l'éducation de l'intelligence et du cœur que vous recevez ici, vous pouvez, mes enfants, vous ouvrir toutes les carrières ; il n'y a pas, dans votre pays, de position, si élevée qu'elle soit, à laquelle chacun de vous ne puisse espérer de parvenir un jour. C'est avec bonheur que je me trouve en ce moment dans une maison des Frères des Ecoles chrétiennes ; de ces Frères qui se tiennent entre le sanctuaire où leur humilité les empêche d'entrer et le monde qu'ils ont quitté par dévoijment à la jeunesse et par amour du Sauveur. On ne saurait trop louer ces modestes Frères qui, d'ailleurs, font l'admiration de l'univers chrétien, autant par leur savoir que par leurs vertus. "
Dans un compte rendu d'un examen des élèves de St. Laurent et de St. Jacques,' la Minerve, du 21 maij 1874, s'exprimait ainsi :
" Nous avons eu le plaisir d'assister, mardi £oir aux examens publics des élèves des Frères du Quartier St. Laurent, et hier soir à ceux des élèves [du Quartier St. Jacques, de cette ville.
Ces exercices ont|[eu lieu, les'premiers sous la^'^présidence du Rév. M. Barbarin, P.S.S., chapelain des Frères des Ecoles
Chrctienncs et les derniers sous celle du Rév. M. Mercier,, curé de St. Jacques, au milieu d'un concours de parents et d'amis. Le chant et la musique exécutés par les élèves, contribuèrent à délasser l'auditoire pendant ces deux séances, qui durèrent plusieurs heures.
" Quoique chaque classe fut très nombreuse, nous avons été heureux de remarquer les progrès croissant des élèves dans les différentes branches d'enseignement, qui se composent de la lecture anglaise et française, de l'histoire et de la géographie, de la grammaire française et anglaise, de l'arithmétique mentale et pratique, du dessin linéaire et toisé, de la tenue des livres en toutes ses parties, de la calligraphie, etc. Les élèves, jeunes pour la plupart, ont répondu, avec un aplomb, une facilité étonnante à chaque question et de manière à faire comprendre à l'auditoire qu'ils possédaient très bien toutes leurs matières.
" Leurs cahiers sont bien faits et surtout très bien écrits ; enfin, l'on s'aperçoit, que le travail assidu et le dévoûment des bons Frères, qui les enseignent, produisent d'heureux résultats, dont le commerce de notre ville, bénéficiera avant longtemps. De fait, l'avenir de notre jeune population canadienne, surtout dans les grandes cités, comme Montréal,, dépend en grande partie, du commerce et de l'industrie Aussi c'est avec bonheur 4ue notre ville constate le zèle héroïque de cette noble phalange de religieux, qui consacrent leurs veilles, leurs talents, leur santé et leur vie à la g -andc œuvre de l'éducation de nos enfants, dont pas moins de 7,000 profitent gratuitement, en ce moment.
" En assistant à ces examens l'on sentait que l'enseignement payé et laïque ne pourrait jamais livaliser avec celui des héroïques fils du Bienheureux J. Bte. de la Salle, qui, non content de pratiquer toutes les vertus et d'en donner au
monde l'exemple, se sacrifient, chaque jour, pour instruire la jeunesse et apprendre à tous ces jeunes enfants à devenir hommes et chrétiens. Aussi, que l'on regarde partout et l'on se convaincra de la supériorité du système d'éducation suivi l)ar ces dévoués religieux. ,>' V- i - ■ i' : '• ' •'■•?;; '"'
, Que l'on examine, et l'on verra que tous nos hommes d'affaires, nos contracteurs, etc., ont puisé leur éducation à cette source si féconde et si pure des écoles des Frères des Ecoles Chrétiennes. Aussi, croyons-nous devoir rendre, en cette circonstance, un public hommage au zèle, à l'abnégation, au dévoûment et au sacrifice de cette héroïque phalange des généreux religieux qui, cachant sous la bure leur nom et leur mérite, se sacrifient gratuitement pour le bonheur de nos enfants. Nous les remercions au nom de toute la population catholique de cette ville pour leurs généreux efforts et puisse l^ ciel les récompenser abondamment pour tout ce qu'ils font pour nous. "..,... ^.., .;.,-,; .;...i ..:■■.-.■■,,■ . ,. .
Déjà le 27 mai précédent, à propos d'une semblable séance à l'Académie de l'Evêché, le même journal avait publié l'article suivant.
" Nous avons assisté, mardi après-midi, à l'examen des élèves qui fréquentent l'Académie Commerciale des Frères des Fcoles Chrétiennes. La séance avait lieu dans l'établissement des Frères de la rue Cotté. Un grand nombre de membres du clergé et de citoyens distingués s'y étaieut rendus. On remarquait, sur les premiers sièges, le Rév. M. Villeneuve, représentant l'Evêché de Montréal ; le R. P. Lory, représentant le Collège Ste. Marie ; le Rév. M. de Barbarin, du Séminaire ; M. le Capitaine Labelle, et plusieurs autres dont les noms nous sont inconnus.
" Les élèvcs^ont été interrogés sur les grammaires françaises et anglaises ; sur l'Histoire ancienne, la Géographie, l'His-
toire du Canada, les mathématiques, (arithmétique, géométrie, algèbre et trigonométrie), et la tenue des livres. Quelques questions étaient assez difficiles, mais les écoliers de l'Académie Commerciale des Frères ont su y répondre de façon à s'attirer les éloges de tous les assistants. La Géographie et l'Histoire du Canada, surtout, sont des choses familières pour ces jeunes gens. Le cours d'Histoire du Canada que l'on suit à l'Académie est on ne peut plus complet. Il ne contient pas seulement des dates, mais aussi des faits et plusieurs collèges l'ont adopté. Ainsi, tous ceux qui fréquentent aujourd'hui les classes des Frères, sauront l'histoire de leur pays lorsqu'ils quitteront les bancs de l'école.
" Nous ne pouvons donc que féliciter l'Académie commerciale des Frères des Ecoles chrétiennes. Les succès que iCs élèves ont remportés, mardi dernier, parlent hautement en faveur de cette institution et des professeurs qui la dirigent.
"A la fin de la séance, les Révds MM. Villeneuve, Lory, et de Barbarin ont adressé aux élèves quelques paroles d'encouragement.
" Voici quelques parties du programme de l'Académie commerciale, fondée le ler Septembre 1873
" Le jeune homme qui désire se mettre au courant des différentes affaires commerciales, trouvera dans cette institution tous les moyens capables de lui faire atteindre sûrement ce but.
" L'enseignement de l'Académie se divise en deux cours, savoir : le Cours préparatoire et le Cours commercial.
" Bien que les Frères attachent de l'importance aux leçons de mémoire, cependant ils s'appliquent davantage à la formation du jugement de leurs élèves et au développement de leurs facultés intellectuelles, par de nombreux exercices pratiques et de fréquentes questions en rapport avec les leçons.
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" Les cours se donnent en anglais; mais comme la langue française est indispensable dans ce pays pour tout jeune homme qui se destine au commerce, on l'enseigne aussi avec beaucoup de soin. " '
L'an dernier, la Gazette, journal protestant, se laissait séduire et écrivait ces lignes aussi élogieuscs pour l'esprit judicieux de l'auteur que pour l'Académie.
" La distribution des prix aux élèves de l'Académie de l'Evcché, a eu lieu dans la salle de cet établissement, rue Sainte-Marguerite, sous la présidence de Sa Grandeur Monseigneur Fabre. Le Rév. Monsieur James Callahan et plusieurs membres du clergé, M. J. J. Curran, C. R., M. P., etc., occupaient les premières places. Le programme était varié et très intéressant : dialogues, récits, la Comédie de l'Avare, par Molière, etc., le tout a été rendu par les élèves de la langue anglaise et de la langue française ; ces derniers parlent l'anglais très correctement. Le Rév. Frère Denis et ses confrères méritent les plus grands éloges pour maintenir cette Ecole sur un si haut pied de perfection. Après la distribution des prix, et sur la prière de Sa Grandeur, le Rév. M. Callaghan adressa quelques paroles, qui produisirent le meilleur effet. M. Curran fut aussi invité à parler. Il le fit dans les termes les plus élogieux pour l'Académie Commerciale des Frères, la première parmi les Ecoles catholiques de Montréal. L'assistance, dit-il, avait trouvé une heureuse occasion de connaître par elle-même quelles sont les spécialités enseignées dans cette maison, et de se convaincre de la rare capacité de ses élèves, qui jouissent de tous les avantages désirables pour les rendre habiles dans le commerce, les arts ou l'industrie. Il ne craint pas d'avancer que si des concours étaient établis entre les écoles de cette ville, les élèves de l'Académie de l'Evêché auraient certainement
l'avantage sur ceux de n'importe quelle c'cole, catholique ou protestante, tenant compte, bien entendu, des âges respectifs. " Les paroles de M. Curran furent couvertes d'applaudissements chaleurcu^, '*t Su Grandeur parut très favorable à ses remarques. "
Mais à tous ces témoins, combien d'autres témoins ne pourrions-nous invoquer en faveur de l'excellence des Ecoles chrétiennes ? ,
Combien sont éloquentes ces paternelles bénédictions qui, depuis Benoît XIII jusqu'à Léon XIII descendent de la chaire de Pierre et vont consoler et fortifier les Fils de celui qui se signait : Prctrc romain !
Combien sont éloquentes ces voix pastorales qui s'élèvent des quatre coins de l'univers pour appeler, assister, défendre les disciples du saint Fondateur ! Combien sont éloquentes ces nombreuses vocations sacerdotales ou religieuses qui ont germé, se sont épanouies sous le souffle tout apostolique des bons Frères ! Combien sont éloquents et ces soixante mille élèves qui, pendant ces vingt dernières années ont fréquenté nos écoles de Montréal, et ces quatre mille qui les encombrent actuellement, et ces milliers d'autres qui en assiègent les portes, attendant vainement depuis plusieurs mois une place libre!
' Redisons-le, à Montréal comme dans toute la Province, il n'y a qu'une commune voix pour proclamer l'excellence, la supériorité de l'instruction et d l'éducation chrétienne que dispensent nos bons chers Frères. Sans mépriser nos autres maîtres, nous pouvons le répéter avec MM. les Inspecteurs, avec l'opinion publique, avec Son Excellence le Nonce, avec la presse catholique et protestante : entre tous les maîtres, tes Frères sont les meilleurs !
IIO
il) IV.
Uiicoro IVM 3Ictlio«leMX
Après des témoignages si nombreux, si concluants et de provenance si diverse, nous pourrions nous en tenir là ; mais, au risque de tomber dans quelques redites, signalons, avec pièces à l'appui, les côtes les plus saillants de l'œuvre du Vénérable de la Salle. Les voici, et ils sont tenus pour avérés et irréfutables par tous, amis et ennemis.
I. " Ce sont les Frères qui ont vulgarise la langue française en en faisant la base unique de l'enseigneuu^nt élémentaire. "
" La Salle, dit Mgr Besson, fait de notre idiome national la langue unique des écoles chrétiennes. "
Jusqu'au temps du Vénérable, l'enfant apprenait à lire dans un livre latin ; les ouvrages français n'étaient mis entre ses mains qu'autant qu'il savait bien lire dans le psautier. Ce mode, sanctionné par un usage antique, était généralement adopté.
Frappé des inconvénients d'un tel système, le Vénérable lui en substitua, dès l'origine de l'Institut, un autre plus rationel : l'étude de la lecture du français dans un livre français. Mgr Godet des Marais y fit de graves objections dont, néanmoins, le Vénérable triompha aisément. Voici les points principaux sur lesquels il insiste dans sa réponse :
1. La lecture du français est, dans les écoles élémentaires, d'une utilité beaucoup plus grande et plus étendue que celle du latin ;
2. La langue maternelle s'enseigne plus facilement aux enfants, qui la comprennent, que le latin, qu'ils n'entendent pas ;
3. Il faut moins de temps pour apprendre à lire dans sa langue maternelle que dans une langue morte ;
4° I-«i lecture du français dispose à celle du latin ; tandis que celle-ci, comme l'expérience le prouve, ne y<rcpare pas à celle du français „
5° Les enfants de l'un et de l'autre sexe qui fréquentent les écoles primaires et gratuites, n'ont que peu d'années à consacrer à leur instruction ; s'ils apprennent à lire dans un livre latin, ils quittent ordinairement les classes ne sachant pas lire le français et ne lisant que très imparfaitement le latin ; ils oublient en peu de temps ce qu'ils ont appris tt ne savent plus lire ;
6° La lecture est un moyen d'instruction des plus ijui:-sants et des plus efficaces ; avec des livres bien choi.^is, les enfants qui savent lire le français peuvent apprendre dans leur famille la doctrine chrétienne, et, le soir, faire a leurs parents d'utiles lectures; tandis que s'ils lisent seulement le latin sans le comprendre, ils .sont à jamais privés des précieuses ressources qu'offre la lecture intelligente d'un bon ouvrage ;
7° Enfin, les enfants des écoles primaires n'apprennent jamais bien à lire le latin, par la seule raison qu'ils ne le comprennent pas du tout ; il est, par conséquent, plus sage de les exercer à bien lire les ouvrages écrits dans leur langue maternelle ; quelques mois suffiront ensuite pour leur donner autant de facilité à lire le latin qu'ils en auraient acquis avec l'ancien procédé par plusieurs années d'exercice.
L'évêque de Chartres ne fit pas d'autres objections. Le procédé de lecture des Frères se généralisa et devint bientôt le seul usité dans les écoles élémentaires.
2° '! CV son^ les Frères qui ont popularisé l'art de la calligraphie, itialgré les attaques des maitres-ccrivains qui, peur eu garder le monopole, leur suseitcrent des procès et des difficultés sans fin, "
Les personnes qui admirent la belle écriture des élèves •des Frères sont bien loin de soupçonner ce qu'il en a coûté aw Vénérable pour obtenir la liberté d'enseigner cet art aux enfants. Lorsqu'il établit ses écoles à Paris, les maîtres laïques avaient le monopole de la calligraphie. Sous Charles IX, sept des principaux obtinrent le droit déformer une association a^u d 'enseigner à écrire mieux que les autres. A la •demande du Chancelier de l'IIôpual, le roi les autorisa »(I570) à être seuls appelés in justice pour la révision des actes, contrats, cédules et autres enseignements maintenus de faux. Fieis de ce privilège, ils y ajoutèrent le titre modeste de : •" Maîtres — écrivains — Jurés — experts — vérificateurs. " Nos sept maîtres, jaloux de leurs droits et de leurs titres, défendirent à leurs confrères de bailler à leurs écoliers aucuns ■exemples que des monosyllabes. Le Parlement intervint, et, par son - lonnance du 2 juillet 1660, autorisa les maîtres d'école à " donner de bons exemples, mais bornés à trois lignes"
C'est contre cette petite troupe de mercenaires que vint se heurter le Vénérable. Les Ecoles chrétiennes de Paris furent bientôt florissantes ; les Frères enseignaient à écrire mieux que les autres ; ces succès furent une déclaration de guerre. ÎLxcités par M. Compagnon (i), qui voyait prospérer dans
(Il M. Compagnon était prêtru sacristain do la paroisse St. Sulpice.
Voici la peinture que nous fait de son école le preiniei historien du Vénérable : " Cette maison, dit-il, était une petite liabylone où .tout 80 faisait en désordre ot en confusion. La règle, la discipline .n'y paraissaient en rien. Nulle action n'avait un commencement ni nne tin fixe. Tout s'y faisait de fantaisie ; l'école commençait tantôt .à une heure, tantôt à une autre ; elle finissait aujourd'hui plus tôt, tlemain plus tard. Le catéchisme s'y faisait rarement et jamais il n'était réglé. " Entre les mains du Vénérable de la Si^, cette écolo fut bientôt transformée. Il fixa l'heure do l'eiitréo et de la sortie des .élèves, partagea le temps entre les travaux de la manufacture et ceux 4e l'étude, distribua si sagement celui de la classe quo chaque exer-
les mains des Frères les écoles qui avaient [^ failli périr dans les siennes, les maîtres-écrivains, dont on flattait les pa-sions jalouses, eurent recours à la violence : ils envahirent l'école de la rue du linc, en firent saisir et emporter le mobilier. Loin de les en blâmer, l'écolâtre de la cathédrale rendit une sentence en leur faveur.
Le Vénérable, pressé par les instances de M. Baudrand, interjeta appel et plaida lui-même la cause des enfants pauvres devant le Parlement, qui résolut le di)ïérend en faveur des ICcoles chrétiennes.
La jalousie des maîtres-écrivains fut ravivée parles succès de l'école St-Placide, qui vit se renouveler les scènes de vandalisme dont la rue du Bac avait été le théâtre. Le Vénérable de la Salle se trouvait alors dans l'établissement. Indigné de voir saccager ainsi son école: "Prenez-moi donc aussi," dit-il aux maîtres-écrivains. — " Ce n'est pas à vous que nous en voulons, lui répondirent-ils, mais à ces Frères qui prennent tous les enfants du quartier."
(Annales de V Institut, p. io6j.
Grâce aux instances de Mme de Maintenon auprès de M. le président de Harlay et de M. le curé de Saint-Sulpice, le Vénérable fit de nouveau triompher le droit et la justice contre les prétentions exagérées de ses adversaires. Cette nouvelle défaite amena une trêve de quelques instants ; mais
cico eut son nioineut marqué ; la discipline et l'ordre Jovinrent florissants dans l'ancienne Babylone. " Alors ou vit des centaines d'enfants tumultueux par caractère, badins et dissipes par habitude, impies et sans rerîpect pour le lieu saint, marcher deux à deux par ordre et chacun en son rang, en silence et avec modestie, suivis et précédés «'es Frc res, allant attendre la sainte messe avec dévotion et révérence. " (Vie de M. de la Salle par Blain, 1733, tome 1er, p. 287 et 289).
la prospérité toujours croissante des Ecoles chrétiennes excita les maîtres-écrivains à un tel point que, en une seule année (1704) ils obtinrent du lieutenant de police, trois sentences contre les Frères ; les procédés judiciaires leur paraissant trop lents, ils envahirent l'établissement, en enlevèrent le mobilier, et firent arracher ensuite l'inscription : " Les Frères des Ecoles chrétiennes, " placée sur la porte d'entrée.
Au milieu de ces persécutions, tantôt sourdes, tantôt violentes, l'œuvre du Vénérable se développait et prcfnérait admirablement. Les maîtres laïques, loin de puiser dans les succès des Frères un motif d'émulation, n'y trouvèrent qu'un aliment à leur basse jalousie. Le 5 février 17CJ, ils obtinrent du Parlement un arrêt " condamnant les Frères à se mettre à la disposition du grand chantre de Paris, cl à ne plus établir des séminaires de maîtres d'écoles. "
Après avoir consulté Dieu dans la prière et pris l'avis de personnes sages et éclairées, le Vénérable retira ses Frères, et les Ecoles chrétiennes fuient laïcisées. ■ '
" Les maîtres-écrivains s'applaudirent de leur triomphe : toutefois il fallait étouffer les regrets excités par l'éloignement des Frères et prévenir ainsi leur rappel. Divers instituteurs s'offrirent pour diriger les classes abandonnées ; mais ils étaient trop peu nombreux, et, quoique d'un mérite contestable, ils réclamaient un traitement très supérieur à celui des Frères. Tous ceux auxquels les maîtres-écrivains s'adressèrent émirent les mêmes prétentions ; aucun ne voulut se contenter d'une si modique pension.
" Trois mois s'écoulèrent de la sorte en de stériles recherches. Les parents se bornèrent d'abord à adresser quelques observations respectueuses à M. de la Chétardie ; mais l'abandon de leurs enfants, les dangers incessants des loisirs forcés auxquels ils se trouvaient livrés pendant des
journées entières, l'impossibilité pour la plupart de payer une rétribution scolaire, les enhardirent à exprimer hautement leur mécontentement. Tous redemandèrent des maîtres dont ils avaient, disaient-ils, "apprécié le talent d'instruire, de rendre sages, dociles et pieux des enfants qui se montraient ailleurs ignorants, intraital?les, dissipés et libertins (i). "
M. le curé eut égard à leurs plaintes. Il écrivit au Vénérable pour lui redemander des Frères. Mais, avant de prendre à cet égard aucun nouvel engagement, celui-ci voulut connaître les mesures adoptées pour placer les écoles à l'abri des éventualités auxquelles pouvaient les mettre aux prises la routine invétérée et les privilèges excessifs des maîtresécrivains. (Ibid.p. 197, 198^.
Que nos Frères continuent à enseigner à écrire mieux que les autres et qu'ils n'oublient pas que ce n'est qu'au prix de vingt ans de luttes que leur vénérable Fondateur leur a conquis cette liberté contre les prétentions exagérées des modestes " maîtres-écrivains — jurés — experts — vérificateurs, **
3° C? sont les Frères qui ont donné la meilleure méthode connue pour renseignement du dessin. vî- ; ., ,
Citons quelques autorités irrécusables : 'v ; vO : ; ' ^ .
" La commission a constaté avec le plus vif intérêt les efforts faits par les Frères de la Doctrine chrétienne, pour mettre à la portée de tous les applications fécondes de la géométrie descriptive, si profondément utile dans toutes les industries. Dans cet enseignement, elle a constaté que des modèles originaux ont été créés pour faciliter la compréhension des lignes, des surfaces et des corps dans l'espace, et, que, sans recourir aux épures savantes tirées des ouvrages des Monge et des Leroy, on a essayé de mettre à la portée
(1) Vie de M. J. Bte, delà Salle, 1733, t. II, p. 38.
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des enfants la connaissance d'une forme de dessin qui, à force de science dans la plupart des écoles, est devenue pédante, v Grâce à un ensemble de petits modèles en relief, et d'épurés élémentaires, les élèves de cet enseignement sont par une méthode rationelle, mis rapidement en mesure de pouvoir résoudre des problêmes simples et pratiques de tracés d'ombres, de perspective et d'épurés de construction." {Davîou, rapporteur à l' Exposition de V Union centrale des Beaux-Arts, 1865.) ..-.:.. - : , ;.
" Excellente méthode," disait, en 1867, le rapport de M. Dufresne, membre du Conseil supérieur et du Jury : " dans les écoles où elle se pratique, l'habitude de dessiner juste se reconnaît même dans le dessin d'imitation. ** - • ■ . *.
" En France, la méthode, si avantageusement connue, du Frère Victoris, a introduit dans l'enseignement de l'Institut des progrès au moins aussi décisifs que ceux qu'a obtenus l'école de Carlsbourg. Chez nous aussi, c'est par la méthode simultanée que les Frères sont arrivés à élever le niveau de l'enseignement, à en régulariser la marche, à en faire profiter enfin la masse, et non plus seulement l'élite des élèves. De * grandes feuilles murales donnent un modèle commun à toute la classe ; l'explication^par le maître est faite pour tous. A la plupart des modèles correspond un relief rendant facile la comparaison de l'objet dessiné à l'objet en nature. Enfin,, un cahier qu'a chaque élève lui donne le croquis coté de tous les modèles qu'il devra traiter. Ce dernier secours les initie de bonne heure à une pratique qu'ils retrouveront constamment dans l'atelier, et il ne peut avoir l'inconvénient de faciliter la copie mécaniq 'e puisqu'il faut toujours changer réchelIe,souvent chercher queile sera l'échelle conve^ble et interpréter de soi-même, par l'œil d'abord, par la main ensuite, le problême de la construction des figures. L'enseignement^
dans les écolci d'enfants, a un caractère essentiellement général : 'c'est l'éducation des facultés plutôt que l'habileté technique d'exécution que l'on a en vue ; av^cc l'âge et le degré d'étude, l'enseignement devient plus spéciale. Dans les écoles d'adultes, * il vise aux diverses applicai.ions qui correspondent aux besoins des différentes carrières professionnelles. " {Ihtissoji, rapporteur de l' Exposition de Vienne,
En cette même année et à propos de l'Exposition, le président du 10" groupe disait au frère Victoris en lui re- ^ mettant la médaille d'or : " Mon frère, vous avez sauvé l'honneur de la France."
Dans' le rapport officiel autrichien sur l'Enseignement du dessin et de l'art industriel, M. le professeur Langl, de Vienne, après un examen détaillé de l'exposition des écoles françaises, conclut ainsi : " Les travaux d'élèves exposés par les écoles des Frères offraient une supériorité incontestable comme enchaînement systématique ; ils témoignaient des succès surprenants obtenus par la méthode du frère Victoris." ^ ; " Dans plusieurs de leurs pensionnats annexés à des écoles primaires, ajoute le rapporteur, le dessin d'après nature et ^ d'après le plâtre est cultivé avec une remarquable supériorité. La méthode qu'on fait suivre aux élèves et qui consiste à étudier l'ornement plastique d'après [un modèle dessiné, facilite bien plus le passage au dessin d'après le plâtre que ne le fait la méthode allemande qui fait étudier d'abord le simple tracé ou contours des ornements. "
Mêmes succès à l'Exposition de 1878. Après avoir fait l'éloge des méthodes et de l'organisation de l'Institut, M; Hanriot, inspecteur d'académie, parle ainsi du cours de dessin : " Voici maintenant le Cours de Dessin, à l'usage des écoles primaires et des classes d'adultes.
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' " Il y a longtemps que j'ai apprécié l'excellence de ce cours, et je crois bien avoir été l'un des premiers qui l'aient acquis : c'était pour l'école normale de Versailles. Le frère Victoris venait alors de terminer la première partie, le Dessin géométrique et industriel ; il se préparait, lorsque la mort est venue le frapper, à commencer l'Ornement, le Dessin d'art, que le frère Bernard vient d'achever.
" Un des plus complets que je connaisse, ce Cours prend l'enfant à son entrée dans les écoles primaires, vers six ou sept ans, et le conduit progressivement par une série d'exercices gradués, jusqu'aux applications industrielles les plus
difficiles." <■ -' ; ; ;;:-^ vï,; ^ , . --^.-.(i- ■ f-.--,Hi,.^^''^
Grâce à Dieu, les Frères n'ont cédé le pas à aucun émule. " Ils tiennent toujours la tête en ce genre d'enseignement : en 1880, leurs élèves ont remporté 5 prix sur 9, et 16 accessits sur 23. " (Keller.)
4° Ce sont les Frères qui ont créé le mode d^ enseignement simultané, aujourd'hui reconnu le meilleur, comme le constatait récemment encore le Journal officiel (numéro du 7 sept, 1878), par la plume d'un protestant, M. Aug. Dide, analysant le rapport de M. Gréard, rédigé en vue de l'exposition universelle, et répétant l'aveu formel de celui-ci :
" Quand, dit M. l'Inspecteur, Bell et Lancaster présentèrent avec fracas à l'admiration de l'Europe des procédés décorés de leur nom, cette nouveauté, en ce qu'elle avait de raisonnable, datait déjà de cent cinquante ans !
" L'alliance des procédés simultanés et des procédés mutuels, l'usage du mode d'enseignement appelé aujourd'hui le mode mixte, sont à ce point dans la nature même des choses, que, dès la fondation de l'Institut des Frères, l'organisateur de l'enseignement simultané déposai*:, dans des
règlements scolaires, le germe de l'enseignement monitorial. (i)
Pour apprécier à sa juste valeur le mode siiniiliatie, il est nécessaire de se rappeler combien était vicieux le mode individuel universellement employé jusqu'à la venue du Vénérable. Cédons, sur ce sujet, la parole à M. Frossard : "Chaque enfant, à son tour, s'approche dé l'Instituteur ; il est admis à épeler ou à lire pendant un espace de temps proportionné à la longueur de la séance. Celle-ci est divisée en trois parties, la lecture, l'écriture et l'arithmétique ; elle dure trois heures : une heure est donc consacrée à l'enseignement de chacun de ces trois objets. Cela posé, quelle est la longueur de la leçon que chaque élève reçoit de son instituteur ? Pour la déterminer, il suffit de diviser chaque heure qu'il consacre à la lecture en autant de parties qu'il y a d'élèves sous sa surveillance. Si ces enfants sont au nombre de dix, chacun obtiendra six minutes pour cette branche de son instruction ; s'ils sont vingt, la lecture ne les occupera que trois minutes. Supposons ce dernier nombre, et il est d'autant moins exagéré que les écoles contiennent quelquefois plus de trente écoliers. Supposons encore que leur instituteur leur consacre trois heures le matin et trois heures le soir: il en résulte que chacun ne reçoit dans le jour qu'une leçon de six minutes pour la lecture, et autant, soit pour l'écriture, soit pour l'arithmétique ; ce qui fera dans l'année, déduction des jeudis et des dimanches, soixante-dix-huit heures et dixhuit minutes.
" Il est vrai que tous les enfants n'apprennent pas à lire, à écrire et à compter, et que la diminution d'une de ces parties de l'instruction augmente le temps que ceux qui ne les
(1) Dcans les écoles dirigées par les Frères, on suit le mode mixte, qui est une combinaisou du mode simultané et du mode mutuel..
suivent pas demeurent auprès du maître pour apprendre les antres objets. Mais aussi nous ne faisons aucune mention des jours de fêtas, des vacances, des maladies qui peuvent affliger et l'instituteur et les élève.-. .
" Que font les enfants pendant les moments de la séance où ils sont livres à eux-mêmes ? on leur ordonne de préparer un devoir; mais l'instituteur peut-il se fier à leur docilité ou à leur attention au point d'espérer qu'ils s'occuperont exclusivement de ce qu'il leur prescrit ?
" Il est aisé d'établir les progrès des élèves d'après le calcul simple que nous venons de présenter. Combien, en effet, qui croupissent plusieurs années sur les bancs de l'école sans sortir de la plus grossière ignorance! Combien qui ne peuvent les quitter qu'au bout de six ou sept ans d'une assiduité non interrompue, pour aider leurs parents dans leurs travaux ou pour entrer en apprentissage ! Combien enfin qui,, rebutés par la mauvaise méthode qu'on emploie pour les instruire, abandonnent les écoles où ils ont sacrifié un temps précieux, aussi peu instruits que quand ils y sont entrés ! (<\
" Veut-on soumettre à une discipline régulière des enfants volages et inattentifs ? il est nécessaire de punir souvent et de manière que celui qui est châtié n'oublie ni sa faute ni le mécontentement de son instituteur. C'est ce qui a conduit à l'invention de ces instruments de supplice, la terreur des enfants et le mépris de ceux qui les voient infliger. Et quel est le résultat de ces châtiments corporels souvent sévères et toujours humiliants ? ils avilissent le caractère, ils endurcissent le cœur, ils habituent à la fausseté, ils font une loi de la dissimulation. Un enfant a-t-il été battu ? il n'en est pas moins paresseux, indocile, opiniâtre; il ne cherche point à éviter une nouvelle punition par plus d'attention, plus d'amour de l'étude ; mais il devient fertile en excuses ; il ^cherche son salut dans le mensonge.
" Dans quelles dispositions d'esprit ces pauxres enfants peuvent-ils donc entrer dans des écoles dont la pensée seule les remplit de terreur ? la réponse est facile. Contraints par leurs parents à s'y rendre, ils le font toujours avec humeur. Ingénieux à retarder le moment de leur arrivée, soupfirant à la vue des bancs sur lesquels ils vont s'asseoir, sans goût pour le travail, sans émulation pour le bien, sans ardeur pour s'instruire, quels progrès pourront-ils faire?
On en était là dans toutes les écoles élémentaires, lorsque le Vénérable de la Salle entreprit de réformer ce mode vicieux auquel de longs siècles avaient accordé droit de prescription, et voulut introduire le système, alors si nouveau v et si hardi, de l'enseignement simultané. " Ses méditations assidues et la force de son génie, dit Droz, lui firent inventer l'enseignement simultané, qui sera dans tous les temps une des plus utiles, et par conséquent des plus belles découvertes de l'esprit humain. " • r -t ,> , ,-, ,,. ., >•(.•.,
Qui le croirait? Ce mode si admirable a pris des siècles pour s'acclimater. En 1819, M. Rendu constate que dans 86 départements, à l'exception peut-être de Paris et de l'Alsace, le mode individuel était encore suivi ; le rapport présenté au roi en 1841 déclarait que 7,347 écoles ne connaissaient encone que la méthode individuelle à laquelle étaient condamnés 200,000 enfants ! Rien n'inspire, en ce monde, tant de défiance que l'œuvre d'un saint ! Qu'un Rousseau, un Petalazzi, un Lancaster, un Frébœl, une Mme Pape-Carpentier annoncent une élucubration quelconque de leur cerveau pédagogique dégage de tout principe religieux, exhalant même une certaine odeur d'impiété ou de matérialisme, aussitôt chacun se pâme d'admiration, préconise le génie créateur, et prépare une statue ou au moins un buste au héros ! Pauvre humanité!-
5° Ce sont les Fnrcs qui ont substitue, dans l't'eole, îa pénitence morale aux eJuîtiments eotporels. , > '
" Les Frères, dit M. Blain, se sont si bien trouvés de la méthode d'enseigner sans presque employer les châtiments, qu'ils commencent à se faire une loi de les bannir entièrement de leurs écoles. " Tout récemment, un député radical visitait l'établissement de Vaugirard où se trouvent douze cents élèves ; la discipline, le silence, la physionomie épanouie de ces enfants étaient un mystère pour lui. " Jamais, dit-il au frère Directeur, je n'ai trouvé tel spectacle dans nos lycées ; comment donc vous y prenez-vous ? " — " Oh! c'est très simple, répondit le frère Directeur ; nous aimons ces enfants de tout notre cœur, et ils nous paient de retour ; là est tout notre secret. " . . . ; , > ' r,/-.-,.
" Pendant qu'en Allemagne, ce pays de haute culture pédagogique, les instituteurs en sont encore à discuter, dans les eongrts, les moyens de réglementer la nature, le nombre et l'intensité des coups (de fouet, de baguette et de poing ; Congrès pédagogique de Dresde, en 1874), les statuts des ' Frères, statuts qui datent de cest quatre-vingts ans, interdisent " de frapper aucun écolier de la main, du pied ou de la baguette, et de les rebuter ou repousser rudement." (Art. 41.) " Ils veilleront tellement sur eux-mêmes, que la passion de colère ni la moindre atteinte d'impatience n'aient point de part ni dans la correction qu'ils feront, ni dans aucune de leurs paroles ou de leurs actions, convaincus qu'ils seront que, s'ils ne se conforment à cette règle, les écoliers ne profiteront pas de la correction, ce qui est cependant la fin que les Frères doivent avoir en vue, en la faisant. " (Art. 39.)
(Rendu,) y Ce sont les Frères qui ont créé les écoles normales. " C'est, dit M. Loth, l'honneur du Vénérable d'avoir créé
de toutes pièces cette institution que tous les pa\ s lui ont depuis empruntée (i). "
Uès 1C83, nous voyons le Vt'nerable se préoccuper de la j;ravc question d'un séminaire pour la formation des maîtres d'ccolc pour la campagne. Rémi Favart, docteur en théologie, chanoine de Notre-Dame de Reims, déclare, en effet, dans un acte authentique, daté du 2 avril 1683, "que la maison qui lui a été adjugée pour deux mille cinq cent cinquante livres, et qui est sise à Réthel, à la Grande-Rue, provient d'une semblable somme qui lui a été remise par une personne qui ne désire pas être nommée, à charge que la dite muison sera employée par vénérable et discrète personne, messire Jean-Baptiste de la Salle, docteur en théologie, chanoine de la cathédrale de Reims, pour y tenir le» écoles gratuites de garçons commencées au dit lieu de Réthel, et loger les maîtres qui les tiendront ; on devra même y établir, s'il se peut, un séminaire ponr les maîtres d'école de campagne pour le diocèse de Reims. Ce qui a été stipulé et accepté par le dit sieur de la Salle, présent. (2) "
Frappés du bien que produisaient à Reims les écoles chrétiennes, plusieurs curés des campagnes environnantes prièrent le Vénérable de leur envoyer deux de ses frères* Le saint fondateur, fidèle à la règle qu'il s'était tracé de ne point isoler ses enfants, ne put acquiescer à leurs désirs ; c'est alors qu'il conçut le projet d'un séminaire pour les maîtres de campagne. " Voulons-nor>s, disait-il, ouvrir dans les villes et les campagnes des écoles élémentaires aimées des parents et fréquentées par un grand nombre d'élèves, formons de bons instituteurs laïques, créons en leur faveur des Ecoles normales gratuites. "
(1) Notice sur l' Ecolo normale de Eouen, 1880.
(2) Minutes de Mes. Maillé et Capillon, nolaires à Keims.
Mais le premier établissement de ce genre, dont il soit fait mention dans les annales de l'instruction publique, fut ouvert à Reims, en 1684. Voici comment s'en exprime le Vénérable : " On s'y applique aussi à former des maistres d'escolle pour la campagne, dans une maison séparée de la communauté, qu'on nomme scviiuaire. Ceux qui y sont formez n'y demeurent que quelques années, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement formez, tant à la piété qu'à ce qui est de leur cmploy.
" Ils n'ont point d'autre habit que ccluy qu'on porte ordinairement dans le monde, hors qu'il est noir, ou du moins fort brun, et ne sont distinguez des autres laïques que par un rabat et des cheveux plus courts. ' '" .
" Ils y sont instruits à chanter, lire et écrire parfaitement, logez, nourris et blanchis }^ratiiitcvicnt ; et ensuite on les place dans quelque bourg ou village pour y faire l'ofïice de ' clercs ; et lorsqu'ils sont placez, ils n'ont aucun rapport avec la communauté, sinon de bienséance. Ils y sont cependant receus pour faire retraite. "
M. le duc de Mazarin, neveu et héritier du célèbre Cardinal de ce nom, voulut doter son duché d'une semblable institution, vtioSs gratuite. Le 20 avril 1685, fut ''fondée une communauté de jeunes hommes dans la dite ville de Mazarin, pour en tirer, comme d 'une pépinière, le nombre de maîtres d'école nécessaire pour r instruction de la jeunesse, dans V étendue de son dit duché de Mazarin, et autres terres à lui appartenant, gouvernés par deux directeurs capable^ commis à cet effet, par le dit sieur de la Salle, pour l'entretien de laquelle communauté, le dit seigneur aurait fait un fond* et capital de trois mille trois cents livres pour chacun an, dé rente. " En cette circonstance, le duc se montra magnifique ; il créa à perpétuité, dans la maison des Frères de Réthel, dix-sept bourses en faveur " de jeunes hommes destinés à être ins-
truits des véritables maximes des pédagogues chrétien», comme aussi à bien lire, à bien écrire et à chanter pour pouvoir aller ensuite instruire la jeunesse dans les terres, paroisses, bourgs et villages de son duché de Mazarin. "
Mgr Letellier, trompe par de perfides conseillers, mit des entraves à l'établissement de cette institution qui fut transférée à Montcornet, au diocèse de Laon.
Une troisième école normale fut établie à Paris en 1699, sur la paroisse Saint-IIippolytc. Comme les deux autres, elle fut entièrement gratuite. Le Vénérable la confia à Nicolas Vuyart, l'un des deux disciples qui, en 1691, avaient fait vœu de quêter leur pain de porte en porte plutôt que d'abandonner les écoles.
" Un choix sévère présida à l'admission des élèves ; l'on ne reçut que des jeunes gens joignant au patronage mérité de leurs pasteurs, des habitudes d'ordre et une aptitude suffisante : " La maison qu'ils habitent, dit le Vénérable, est appelée séminaire. Les élèves n'y demeurent que quelques années. Jusqu'à ce qu'ils soient entièrement formés tant à la piété qu'à tout ce qui est de leur emploi ; ils sont instruits, nourris et blanchis ^rrt///zVtv//^;//; ensuite, on les place dans quelque bourg ou village pour y faire l'office de clercs. Lorsqu'ils sont ainsi placés, ils n'ont plus de rapports avec ) otre communauté, si ce n'est ceux de bienséance ; nous les recevons cependant pour faire des retraites. Leur habit est celui que l'on porte dans le monde, mais la couleur en est noire ; on ne les distingue des autres laïques que par un rabat et des cheveux plus courts. " Une école de charité fut annexée \ la nouvelle école normale, de sorte que les enfants pauvres de Saint-Hippolyte ne furent point frustrés des avantages dont jouissaient ceux de Saint-Sulpice. Les normaliens furent chargés de leur faire la classe sous la surveil-
lance et la direction d'un maître expérimente. Tous recevaient ainsi des leçons de pédagogie et de méthodologie propres à assurer leur succès comme instituteurs.
Chose étonnante ! ces rapports, déjà si frappants entre l'organisation des écoles normales créées par le Vénérable de la Salle et celle des écoles normales modernes, deviennent plus intimes et plus étroits, si l'on considère leur programme d'enseignement. Le décret du 24 mars 185 1 fixe, ainsi qu'il suit, les matières obligatoires: Instruction morale et religieuse, lecture, écriture, éléments de la langue française, calcul, système légal des poids et mesures et chant religieux. L'enseignement de l'école normale de Saint-Hippolytc com- \ prenait le catéchisme, la lecture et l'écriture qui renfermaient, à cette époque, l'orthographe et des notions de grammaire française, l'arithmétique, le système des poids et des mesures alors en usage et enfin le plain-chant. Cette dernière spécialité était l'objet d'un cours important : " Les élèves de notre séminaire, dit le Vénérable, seront insttnits à chanter parfaitement. " Ils avaient, en outre, chaque jour, des heures réglées pour la méditation, l'examen partinilier et la lecture spirituelle, trois moyens puissants de corriger et de réformer toute habitude vicieuse et d'acquérir, pour la vie entière, de solides vertus. On ne laissait à leur charge que la fourniture et l'entretien du trousseau ; tout le reste était gratuit ; on ne leur demandait que de la bonne volonté." (Vie du Vénérable par le F. Lucard, p. 132).
Cette Ecole normale eut un plein succès. " M. de la Salle, écrit M. Bourdoise, a eu la charité de m'élever quatre hommes pour les écoles ; ils sont sortis de chez lui si bien formés et si zélés que, s'ils avaient trouvé dans les ecclésiastiques du pays de quoi cultiver les bonnes dispositions qui leur avaient été inspirées, ik auraient établi une communauté
des plus utiles pour la province. Pour moi et pour ma patrie, nous lui avons des obligations éternelles. "
" C'est ainsi, conclut M. Loth, 'jue le Vénérable jetait en î'Vancc les véritables bases de l'enseignement primaire plus d'un siècle avant l'ouverture de l'établissement d'Vverdon par Pestalozzi (1805)." Une école normale fut créée par Des Roches à Bruxelles en 1687. Frédéric II, roi de Prusse, en tenta un essai en 1748 ; mais la première école normale qui s'ouvrit, dans ce pays, fut celle de Wolftnbiittel, en 1810.
Pour trouver en France, en dehors du Vénérable, l'idée d'une œuvre de ce genre. Il faut venir jusqu'en 1753. Nous voyons alors que Mme Guillard, marchande de drap à Dunkerque, donna huit mille livres de rentes à la commune de Saint- VVaast (Pas-de-Calais) " pour y fonder un noviciat où l'on formera de bons maîtres d'école, dont les garçons ont tant besoin ^i). "
La révolution projeta la création d'une école normale ; l'essai fit un fiasco complet : révolution et destruction sont synomymes. Un décret du 17 mars 1808 annonçait implicitement la création de nouvelles écoles normales, mais il n'y fut donné aucune suite. La France n'?ntra de fait dans cette voie qu'en 18 19, année où elle établit ses deux premières y écoles normales, l'une à Metz et l'autre à Nancy. Ainsi, c'est donc au Vénérable de la Salle qu'est dû l'honneur d'avoir créé la première école normale en Europe.
Ce sont les Frères qui ont organise' les cours et' enseignement professionel. Le premier fut organisé à Paris, le second à St. Yon, par le Vénérable lui-même.
" A Paris, le Vénérable enseigna surtout le tricotage et le tissage ; à St. Yon, il organisa en faveur des jeunes gens qui
(1) Antiquaires de la Moiinie, t. IX, 2* partie, p. 28,
désiraient un enseignement technique deux ateliers dans lesquels ils purent recev<,ir, chaque jour, des \c(;ons pratiques et faire l'apprentissage d'un métier. Tous les travaux de sculpture, de serrurerie et de menuiserie de la chapelle, et des autres constructions élevées depuis à Saint- Yon, avant 1 789, furent exécutés dans l'établissement. Une partie des vastes jardins fut consacré à des études de culture, un autre fut réservée pour la botanique. " ... . . ..1,,,,,
(Annales de CInstitiU, t. I, p. 23 ij.
Aujourd'hui, les établissements di; Saint-Nicolas, d'Issy, de Passy et l'école commerciale do Saint-Paul, sont des types dont Paris peut être fier et qu'on lui envie. Tout récemment des délégués de l'Autriche demandaient au gouvernement français le meilleur établissement d'enseignement professionnel. — " Allez à Saint-Nicolas, leur répondit Jules Ferry, je ne connais rien de comparable à cet établissement."
Ce sont les Frères qui ont établi les premières maisons ac eorrection, " M. de Pontcarré, premier président, qui, par l'attention que sa singulière piété lui faisait faire à l'utilité et aux fruits des écoles tenues par les Frères, ne se contenta pas qu'ils fussent établis dans les principaux quartiers de la ville pour l'Instruction des enfants du commun du peuple, il voulut encore, en cette même année (1705) qu'il y eiit une maison destinée à retirer du libertinage les jeunes gens de famille, ce qui fut exécuté à la maison même de St. "^on. "
(Hist. de Rouen, 173 1, A VI, p. 449 j.
Le Vénérable partagea ses pensionnaires en deux catégories : 1° Ceux qui appartenaient à des familles honorables et qui étaient enfermés par l'autorité paternelle, 2° Ceux qu'une lettre de cachet avait frappés et qui lui étaient envoyés par ordre des magistrats.
" Il n'est pas croyable, dit M. Blain, cctibien de jeunes gens foncièrement pervertis ont trouvé leur conversion dans cette maison ; combien d'enfants rebelles et indomptables ont perdu leur férocité et leur impiété, combien sont rentrés,, pour ne plus en ressortir, dans le devoir. " (Vie de M. J^Bte, delà Salle, i^n, t. Il, p. ^,2). . ■
Dans le cours de ce siècle, le Gouvernement confia aux Frères la direction de plusieurs maisons centrales : en 1841,. celle de Nîmes ; en 1844, celle de Fontrevrault ; [^en 1845, celle d'Aniane, et en 1846, celle de Melun. Ils eurent l'honneur de compter parmi leurs hôtes le trop fameux Barbes !
Les dignes disciples du Vénérable opérèrent un bien immense dans ces âmes dégradées ; vint la République de février qui les congédia et ajourna aux calendes grecques la solution et la réforme des prisons.
Ce sont les Frères qui ont établi les œuvres potir la Jeunesse;, les œuvres dominicales.
L'Institut n'abandonne point ses élèves après leur sortie de l'école ; il les suit encore d'un œil vigilant et paternel dans les bureaux ou dans les ateliers. Les écoliers de la veille deviennent les jeunes ouvriers du lendemain : le dimanche et pendant la semaine, à l'heure où le travail les laisse libres, ils se réunissent autour de quelques frères devenus pour eux des amis, ils demandent leurs conseils et cherchent des amusements honnêtes. On ne saurait dire le bien opéré par la société de St. François-Xavier et par le cercle de la rue St. Antoine. " Quel utile établissement, s'écrie M. Poujoulat. Ce n'est ni le collège, ni l'école primaire, c'est le demi-pensionnat à l'usage de cette portion de la société qui tient 11 milieu entre le peuple et la bourgeoisie. Une école commerciale, dite de Saint-Paul, ouvre le chemin pour diverses carrières aboutissant au mouvement ^industriel et à
l'administration des affaires ; c'est une sorte d'école Turgot dans l'enseignement congrcganiste, mais une école Turgot où tout serait chrétien. Le demi-pensionnat avait commencé, rue des Francs-Bourgeois, dans l'ancien hôtel de Mme du Barry, il s'est transporté plus tard rue Saint-Antoine, dans l'hôtel d'Onnesson. Le cercle de la jeunesse, à côté de l'école commerciale, est une combinaison des plus prévoyantes ; c'est pour les Frères une façon de veiller encore sur des destinées qui leur sont chères, c'est pour les élèves un moyen providentiel de se retrouver, de se préserver, de grandir dans le goût de toutes les bonnes et les nobles choses. Les conférences religieuses du Cercle de la jeunesse, le dimanche dans la chapelle de la maison, sont une prédication éminemment profitable, et le programme des soirées des dimanches et des fêtes présente une succession séduisante de leçons, de distractions et d'innocents plaisirs. Des commis, des employés de bureaux, des commerçants, des chefs de service fréquentent cet attrayant asile ; il s'y forme des amitiés chrétiennes ; l'accomplissement des devoirs religieux est comme le lien solide de ces rapprochements. L'établissement de la rue Saint- Antoine est un monde pour le gouvernement des âmes, pour la science utile, pour les passe-temps honnêtes et les joies de l'esprit. Si vaste que soit la demeure qui en est le siège, l'espace manquera bientôt à cette institution grandissante. Les développements de l'œuvre exigeront d'autres installations. L'œuvre est si utile, si acceptée, si féconde, qu'il deviendra difficile de lui imposer des limites." ( Vie du Fr. Philippe, p. 143-144;
Ce sont les Frères qui ont inauguré le système des pettsiotinats.
Certains gaz exercent une influSice funeste sur le tempérament ; s'ils ne tuent pas subitement, ils altèrent l'économie
animale, ruinent la constitution et, finalement, enlèvent la vie. Ainsi des préventions, et Dieu sait combien l'ignorance ou la mauvaise foi en accumule aujourd'hui contre nos Communautés religieuses ! Essayons de dissiper celles sous lesquelles on s'efforce de voiler un des plus beaux fleurons de l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, " Les Frères, dit-on, sont établis uniquement pour les pauvres ; ils ne peuvent tenir des Pensionnats, des Collèges commerciaux, des Académies, etc. Prétendre à la direction de telles œuvres, c'est s'écarter de la voie tracée par leur Fondateur et dévier de l'esprit de leur Institut. " Combien de gens, à leur avis sérieux et éclairés, qui nous ont tenu de tels propos. Ce thème paraît chez d'aucuns une œuvre apostolique : ils aiment tant nos bons Frères ! Essayons, en quelques mots, de redresser l'esprit et d'épurer les affections de ces amis de nos bons Frères. Notre tâche est facile ; montrons-leur, non le Fondateur qu'ils rêvent, mais celui que Dieu dans sa bonté donna, il y a plus de deux siècles, à son Eglise et au monde.
L'existence des Pensionnats dans l'Institut est péremptoirement établie i. par les Constitutions mêmes de l'Institut, 2. par l'histoire, 3. par l'évidence même des faits.
I. Les Constitutions du Vénérable traçant les relations des Frères avec les externes disent, chap. III, qu'on n'admettra personne du dehors aux exercices, " à moins que ce ne soit iin Pensionnai m , qui viendrait en retraite avec permission par écrit du Frère Supérieur de l'Institut. "
L'assemblée générale de 17 17 fait la déclaration suivante : " Il pourra y avoir des pcnsiojinaircs dans les maisons de noviciat ou maisons destinées pour cela, quand le Frère Supérieur, avec l'avis des Assistants, le jugera à propos ; on ne leur apprendra point la langue latine. "
En 1745, le Chapitre général reconnaît les pensionnats de Saint-Yon, de Saint-Omer, Marseille, Mirepoix, Die, Montpellier, Montargis, etc., etc., et déclare qu' " il sera loisible au très-cher Frère Supérieur d'en établir, quand il le trouvera à propos, et quand le cas le requerra. "
Les lettres patentes accordées à l'Institut par Louis XV, portent : " Nous permettons aux Frères de recevoir \es faisionnaircs de bonne volonté qui leur seront présentés." D'où il résulte que, lorsque les Frères demandèrent et obtinrent la Bulle d'approbation, ils tenaient des pensionnats et des écoles ordinaires.
2. La plupart des historiens qui ont parlé du Vénérable et de son Institut, mentionnent les Pensionnats.
" M. de la Salle, dit le P. Maillefer, ouvrit sa maison avec joie à tous les enfants qu'on voulut y envoyer pour y être élevés. Ils formèrent tin collige sé^^ré du noviciat. " (i)
" Depuis que les Frères habitent Saint-Yon, ils prennent à volonté des pensionnaires pour leur enseigner, à l'exception du latin, tout ce qui peut mettre la jeunesse à portée de se faire un état dans la société. " (2) ', •' ' . '
Dans un ouvrage publié à Angers, en 1792, nous lisons ce qui suit: ^^L'Instruction des enfants aisés est du ressort des Frères des Ecoles chrétiennes. Pourquoi ne trouveraientils pas auprès d'eux les services qu'ils ne pourraient peutêtre avoir ailleurs et que les pauvres trouvent dans leurs écoles de charité ? Les pensionnats ont toujours été nombreux chez les Frères. Ils ont été approuvés, protégés, recherchés comme utiles à toutes les branches du commerce. " (3)
(1) Vie de M. de la Salle, 1733. .
(2) Boëldieu, Arch. départementales de la Seinèjnférieure.
(3) Idée générale des Frères des Ecoles chrétiennes, Angers 1792.
Le frère Procureur se plaij^nait de la pauvreté du Noviciat. Le Vénérable lui répondit: " Vous vous plaignez que le noviciat est très pauvre ; je crois que le moyen dont Dieu veut se servir pour vous faire subsister est de prendre des rfifatits en pension, de bien les instruire et de les bien élever. "
3. Enfin, voici une preuve sans réplique de l'existence des Pensionnats dans l'Instiitut, celle des faits. C'est le Vénérable lui-même qui établit le pensionnat de Notre- Dames des Dix-Vertus, à Paris, pour les cinquante jeunes seigneurs irlandais qui accompagnèrent dans l'exil leur roi, Jacques II ; et, plus tard, celui de Saint-Yon, près Rouen ; ce dernier devint célèbre et subsista jusqu'à la révolution.
" Le Vénérable suivit, pour composer son plan d'études, les vues larges et profondes qui l'avaient inspiré dans la création des écoles dominicales et des écoles normales. "
Son programme comprenait, pour les écoles primaires : l'histoire sainte, l'instruction religieuse, la lecture, les divers genres d'écriture, l'orthographe, l'arithmétique, le système des monnaies, des poids et des mesures alors en usage, le ■ dessin, le chant, la rédaction des principaux actes civils, quelques notions de comptabilité et les règles de la politesse ; pour le cours snpcrieur, outre le catéchisme et les conférences religieuses, l'histoire, la géographie, des notions de littérature et de rhétorique, la tenue des livres, la comptabilité, la géométrie, l'architecture, l'histoire naturelle, et, en certains cas, l'hydrographie, la mécanique, le calcul différentiel et le ' calcul intégral, la cosmographie, la musique et quelques langues vivantes : ces deux derniers cours furent seuls à la charge des parents. Saint-Yon possédait un jardin botanique important, les principaux instruments de physique et €t une riche bibliothèque à l'usage des élèves. " L'on ensei-
gnc à Saint- Yon, est-il dit dans un ancien Tableau de Rouctiy tout ce qui peut concerner le commerce, la finance, le militaire, l'architecture et les mathématiques ; en un mot, tout ce qu'un jeune homme peut apprendre, à V exception (tulatin.'' '■ • •■■•" ''' ■ ' '■ ■'•^ '■
Chose bien digne de remarque! les cours supérieurs ne furent point obligatoires pour tous les élèves. " Le préfet delà pension, dit le Règlement, doit consulter les parents, il fera connaître à ses collègues la nature des études spéciales qu'ils demandent de leurs enfants, et conviendra avec eux. du temps qui y sera destiné. "
Ainsi donc, le Vénérable de la Salle eut, le premier, le double mérite de concevoir et de réaliser le projet des écoles primaires supérieures, où l'instruction soit en harmonie avec le besoin des localités et l'intérêt des familles. L'enseignement désigné sous le nom de secoueiaire spéciale lui doit son origine. '"'"■•' ^^".'■■•"'■'ïr'^:-,;.""'- = 'î'-',''.v^'\v. "■■■'•■ '
En résumé, les Frères ne sont pas établis uuiquctiieut, mais principalement T^om les enfants pauvres; '' V instruction des enfants aisés, la direction des pensionnats, est donc aussi de leur ressort. " Ils r\c peuvent tenir des Pensionnats, des Académies ? Rien ne les en empêche, ni leurs Constitutions, ni l'intelligence et la capacité ; et prétendre à la direction de telles auvtes, c'est, de leur part, suivre la voie tracée par leur Fondateur oX perpétuer son esprit dans l'Institut.
Les pensionnats fondés par le Vénérable se sont multipliés entre les mains de ses disciples ; la révolution en détruisit une vingtaine où les études atteignaient un niveau à peine'croyable, si ce fait n'était attesté par les archives de l'Institut ; aujourd'hui les Pensionnats de l'Institut couvrent le monde ; et tous les sincères amis de l'éducation forment
des vœux pour l'érection d'un ctablissenicnt de ce genre dans notre cher Canada.
Ajoutons encore un mot au sujet des Académies.
Ce terme, pas plus que la chose, n'est étranger au Vénérable. Nous lisons dans les Antiales de V Institut: "A la même époque (1699), le Vénérable de la Salle, de concert avec M. de la Chétardie, ouvrait à Paris une école sous le nom Ôl' Académie chrctieimc. Pour y attirer un grand nombre de jeunes gens, il fut résolu qu'outre la lecture, l'écriture, l'orthographe et l'arithmétique, on leur apprendrait la géométrie, l'architecture et le dessin.
L,' Académie fut approuvée par Mgr. l'Archevêque de Paris ; M. le Curé de Saint-Sulpice en fit connaître à ses paroissiens le but utile. On n'y admit que des jeunes gens âgés de moins de vingt ans ; leur nombre s'éleva à plus de deux cents. " On ne saurait croire, dit un témoin oculaire, le bien produit par cette nouvelle institution, et le changement qu'elle opéra dans les mœurs d'un grand nombre de jeunes gens. "
Cette académie fut transférée, en 1703, rue "Charonne" où elle continua à rendre à la jeunesse d'innombrables services. " Pour les jeunes gens qui se destinaient à des carrières exigeant la connaissance pratique du dessin, et pour les employés de commerce, cette école dominicale, alors unique en son genre, offrait d'inappréciables avantages ; elle servit beaucoup aux progrès des beaux-arts." ^, ; .
Les maîtres-écrivains, jaloux d'une telle prospérité, déclarèrent à l'Académie une guerre acharnée, et ne se donnèrent de repos^^qu'après l'avoir vue succomber sous leurs coups ; une telle victoire était peu glorieuse, le bénéfice en fut médiocre : le dessin passa dans' les écoles élémentaires.
-y prit bientôt droit de cite et se répandit rapidement de la capitale dans toutes les écoles de la Province.
Ce sont les Frères qui ont crée et propage la plupart des méthodes ou des procédés d ' euseigneuiciit les plus géuèralevieut uiivis aujourd 'hui.
" Ce sont les Frères qui, dit Monsieur Buisson, ont transformé les méthodes de l'enseignement primaire et à qui revient l'ijonneur d'avoir les premiers osé faire pénétrer dans l'école primaire des procédés rigoureusement scientifiques. "
Procédé intuitif. — "Le maître, dit la Conduite des Ecoles chrétiennes, parlera ùeaueoup aux j'eux des élèves, et autant que le comporte l'ordre de la classe, se servira du tableau
iwir pour explique t les leçons, donner dt exemples, etc..."
Procédé rationnel. — Pas de routine, tout doit être justifié, éclairé par la raison. " Nos instructions doivent être proportionnées à la portée de nos élèves, sans quoi elles seraient peu utiles. Il est donc nécessaire de nous étudier et de nous former à bien faire comprendre nos demandes et nos réponses, à les développer nettement et à nous servir de termes qui soient aisés à comprendre. "
" Chaque leçon de lecture, dit le sage fondateur, comprendra un chapitre ou des articles ayant un sens complet. Le maître doit avoir bien lu et bien étudié d'avance les passages qu'il se propose de faire lire en classe. Il doit connaître toutes les règles de la prononciation française et la manière de parfaitement prononcer les syllabes et les mots. •' '"" " Quand les élèves liront couramment, on leur enseignera, par raison, pourquoi on appelle certaines lettres voyelles et les autres consonnes. On les instruira aussi des pauses qu'il faut faire en lisant, de la forme et de la valeur des accents et des signes de ponctuation, du sens des mots et des périodes. L'on s'appliquera également à leur faire perdre les mauvais
accents du pay.s. Le maître aura soin surtout de les iuterrof>er afin de s'assurer qiîih s appliquent à ee qu'il leur dit et qu'ils le eouiprenneut. ( i ) "
" Dans les travaux intellectuels exij;és des enfants, il faut toujours s'adresser à leur raison et s'assurer par de fréquentes et intelligentes interrogations que les mots qu'ils lisent «»u qu'ils entendent en classe éveillent tiins leur esprit une idée lumineuse, vraie et juste. "
" Après avoir rc'solu des problèmes ou rédigé soit des compositions littéraires, soit des factures, des mémoires, des contrats ou d'autres actes civils dont les éléments lui ont été fournis par l'instituteur, l'élevé sera obligé d'en eoinposer lui-niémc de scudnables. "
Procédé catéehistiqu:. — Les l'rères auront soin de beaucoup interroger. " Le maître, dit le Vénérable de la Salle, ne parlera pas aux élèves, pendant le catéchisme, comme en prêchant ; mais il les interrogera par plusieurs demandes et sous demandes, afin de leur faire comprendre ce qu'il veut leur enseigner. " , •.,
" Il s'assurera, ti>; temjjs en temps, par des interrogations
(1) Tollo ôtiiit lu inétliodo suivie jiiu- ]io.ssuet et IV'uelon. '* Afin lie diminuer — au 1 );uipliin, son élève — les ennuis de réludc, dit IJossuet, nous en démontrions l'utilité ; et, autant que le comportait son âgo, i\ l'étude des motf^, nous joignions celle des choses. " — Fénelou dit do même : " A la campagne, les enfants voient un moulin, et ils veulent savoir co que c'est, il faut leur montrer comment il prépare l'aliment qui nourrit l'homme. "
" De nos jours, dans la plupart des langues do l'Europe, il y a, dit M. Euisson une tendance très marquée à revenir à ce procédé si simple et si logique. " îs'aïfs pédagogues modernes ! Condjien nos bons frères doivent sourire de pitié quand ils vous voient pénétrer chez eux par une fausse porte et, vous posant comme des ciccroni, los inviter à visiter et admirer les trésors que votre génie a découverts dans leurs appartements !
si les écoliers sont attentifs et si/s compreiiuciit. Si quelqu'un d'entre eux s*^ trompe dans ses opérations sur le tableau, il le fera reprendre par un autre plus avancé. Il ne donnera lui-même la réponse que dans le cas seulement où aucun ne pourra le faire. Il leur fera connaître leurs ôiéizLwis par raison, leur demandant, par exemple, à l'égard de l'addition, pourquoi ils ont commencé par les derniers chiffres. Il leur fera d'autres questions semblables, selon qu'il remarquera qu'ils en auront besoin. // leur donnera, de ce qu'il leur enseigne, une entière intelligence. " (Conduite des Ecoles.)
Procédé socratique. — " Que le maître se garde surtout d'aider trop facilement les élèves à résoudre les questions qui leur sont proposées ; il doit, au contraire, les engager à ne point se rebuter et à chercher avec ardeur ce qnil sait qii ils peuvent ttouver d' cux-niévics. Il les persuadera qu'ils retiendront mieux les connaissances qu'ils auront acquises par un effort personnel et persévérant. Pour obtenir, à cet égard, des résultats pratiques, le maître ne se contentera point de leur donner l'énoncé des questions ou des problèmes qu'ils auront à résoudre, il les obligera à en inventer d 'autres eux-mêmes seloti leur capacité.
" Le maître donnera aux élèves des devoirs à faire en dehors des classes, comme de transcrire au net les ciictées corrigées, etc. Les élèves porteront, avec les devoirs donnés, des problèmes qu'ils auront inventés d'^i^rhs les indications que l'instituteur lour aura données selon leur capacité. Ces devoirs seront corrigés avec soin. " (Avis aux Frères sur divers objets d' enseignement et Conduite des Ecoles.)
Cours gradués. — En 1868, M. Duruy, ministre de Tins- -■■ truction publique, établit, pour les écoles de la Seine, un ; programme divisé en trois cours : le cours élémentaire, le cours intermédiaire et le cours supérieur. Naturellement, le
monde pédagogique exalta le génie de son l'excellence, M. Gréard épousa cette idée et la propagea par toute la France ; le maître et le disciple furent acclamés, portés aux nues : c'étaient deux génies incomparables ! Cette merveilleuse découverte ne datait que de deux siècles. En eïïvt,. dans son code pédagogique, le Vénérable lui-même avait tracé plus modestement, mais non moins clairement, ce plan que rééditent et s'attribuent nos deux grands hommes : " Les écoles nombreuses, dit-il, seront divisées en classes distinctes et séparées ; il y aura dans chaque classe trois divisions: /a division des plus faibles, celle des médiocres et celle des plus intelligents ou des plus capables. "
Enseignement pratique. — De nos jours, on fait grand bruit autour de ce mot : enseignement pratique. Sî on mettait les apôtres de l'enseignement pratique en demeure de s'expliquer sur ce terme, ils seraient peut-être fort embarrassés. Entrons, à ce sujet, dans quelques détails. La sagacité péaagogique distingue aujourd'hui l'enseignement théorique et l'enseignement /ra://<7//^ / le premier, comme l'indique le mot the'orique, se confine dans les régions spéculatives de l'abstraction ; le second, descend de ces hauteurs nébuleuses et s'applique spécialement aux faits, à ce qui est pratique, en un mot. Pour quiconque a la moindre notion de pédagogie, il n'y a pas d'enseignement complet sans la réunion de la théorie et de la pratique. Le maître peut excéder dans la iîiéofic ou dans \&.pratique ; mais, dans chacune de ses leçons, il doit, généralement parlant, unir les deux choses: ou déduire les règles des exemples, ou expliquer les règles par des exemples. > / -w^Vi i^-
On adresse à nos bons Frères le grave reproche de ne pas donner un enseignement /r«//<7«r. Quant à l'éducation, tous conviennent qu'ils n'ont pas d'égaux ; quant à l'instruction,.
on les reconnaît maîtres dans la ihéoric, mais incompétents dans \d. pratique. Les Frères des Ecoles chrétiennes, dit-on, ont moins d'aptitude pour enseigner les enfants que les maîtres laïques. Quand l'éducation est théorique, les Frères sont très aptes, mais dans les choses pratiques, les laïques leur sont supérieurs ; naturellement un enfant instruit tJworiquemeut Qt pratiquenieut c%t complet: son éducation pratique commence avec son a b e.
Cette conclusion est vraie, juste et pleine de bon sens : l'enfant qui réunit la pratique et la théorie est plus complet ; mais les prémisses sont fausses, archi-fausses ! Affirmer que l'enseignement des Frères n'est pas pratique, c'est attester qu'on n'a jamais lu une ligne de la Conduite des Ecoles, code de pédagogie éminemment pratique tracé par le Vénérable lui-même, qu'on n'a jamais ouvert ni un des ouvrages édités par l'Institut, ni un cahier de devoirs journaliers écrit par un de leurs élèves, ni assisté à une seule de leurs leçons, ni visité une seule fois leurs classes ; c'est déclarer qu'on ignore Va b c à.ç. l'enseignement donné par les Frères, et dès lors comment en juger?
Rien, au contraire, de plus pratique que T'^iseignement donné par les Frères des Ecoles chrétiennes : leurs ouvrages pédagogiques, leurs ouvrages classiques, leurs merveilleux succès sur tous les points du globe en sont la preuve la plus décisive.
Ouvrons la Conduite des Ecoles, ouvrage, nous l'avons dit, composé par le Vénérable, et mettons sous les yeux de nos lecteurs les prescriptions du saint Fondateur sur l'enseignement ^-^;-«//^//f.
" On ne doit enseigner aux enfants que des choses utiles, et dont ils puissent, dans la suite, tirer quelque avantage. " " Le maître doit se borner à ce qui est utile ; il évitera
donc tout ce qui n'est propre qità satisfaire tiuc vaiue curiosité. "
" Le Frère Directeur veillera à ce que l'on fasse copier à ceux qui font l'orthographe des choses qu'il leur sera uti/e d' apprendre et dont ils peuvent avoir besoin dans la suite. "
Ainsi, peu de préceptes, c'est-à-dire peu de théorie, mais des exercices nombreux de langage et de bon sen;, de textes choisis dictés aux élèves et qui servaient à remonter aux règles d'orthographe, de syntaxe ou de style dont ils étaient l'application, tel est le procédé que le Vénérable de Ir, Salle introduisit dans ses écoles pour l'étude de la langue française. Ce procédé est adapté à toutes les spécialités ; rien, pas même les modèles d'écriture, n'a échappé à l'esprit éminemment pratique de l'illustre pédagogue. " Les modèles, dit-il, contiendront des sentences de la Sainte Ecriture, ou des maximes chrétiennes ; on donnera à copier de temps en temps des factures, des états, des lettres, etc. " Voilà, certes, qui est pratique ; mais voici qui l'est encore davantage: Le Vénérable a poussé la /r^r//^//^? jusqu'au précurseur du porteplume ! Pour initier le bambin à l'écriture, il veut qu'on lui place entre les mains un bâtonnet de la grosseur d'un porteplume; " sur ce bâtonnet, dit-il, l'on fera trois crans, deux à droite et un à gauche pour indiquer les points où doivent être placés les trois doigts qui tiennent la plume. Le maître obligera l'élève à se bien délier la main, soit avec ce bâtonnet, soit avec une plume non taillée. " Eh bien ! est-ce assez pratique ? Mais continuons à citer les principes du grand maître.
" L'enseignement donné dans une classe doit être pratique et en rapport avec / 'état auquel se destinent les élèves. "
Ainsi l'enseignement ne sera pas seulement pratique en général, mais il devra avoir un cachet spécial d'utilité eu
-égard aux différentes carrières auxquelles se destinent les élèves.
" Après qu'ils auront copié, pendant quelque temps, les niodè'es divers qu'on leur a expliqués, dit-il, le maître les obligera à composer et à écrire enx-mênics, des promesses, des quittances, des marchés d'ouvriers, des mémoires d'ouvrages, de marchandises livrées ou reçues, des devis d'ouvriers, etc., etc."
"Il les obligera aussi d'écrire ce qu'ils auront retenu des cours qu'on leur aura faits. S'il y en a qui sont trop faibles pour faire ces résumés, ils seront obligés d'écrire, mais sans regarder dans le livre, les leçons qu'ils auront apprises par cœur la semaine précédente^
" Enseigner aux enfants les principes, les genres et les avantages de l'art qu'ils étudient, est une ^^chose utile, mais \a pratique est encore plus nécessaire que la théorie."
Rabelais, Montaigne, Port- Royal avaient passé avec fracas ; mais leurs théories avaient-elles fait avancer d'un pas l'enseignement ? Le Vénérable descend de la spéculation dans le domaine de Va. pratique ; et, comme de son temps, il n'y avait pas d'ouvrages assez pratiques pour les écoles, il en composa lui-même et nous donna : les Devoirs du Chrétien, qui, dit M. Chauveau est " un véritable chef-d'œuvre d'analyse, écrit avec une touchante simplicité, et très propre à graver dans la mémoire des enfants des vérités et des préceptes dont les fruits croissent avec eux " ; — le Traité de Politesse, ouvrage admirable de simplicité, qu'il travailla avec le plus grand soin, et où il nous trace d'après l'Esprit- Saint, les saints Pères, les règles pratiques de nos relations avec nos semblables ; — le Registre ou Manuscrit, contenant des modèles d'actes civils, de correspondance commerciale, de mémoires, etc., des notions sur les connaissances usuelles. Cet ouvrage est, dit l'Honorable Chauveau, " une petite
■encyclopédie des arts et métiers et des sciences modernes, hicH calculée pour développer l 'intelligence des enfants dans une direction conforme à l'esprit de progrès de notre époque. "
Rien ne manque à l'organisation du Vénérable : ni la théorie, qu'exposent la Conduite des Ecoles ç.t les Douze Vertus d'un bon maître ; ni \^ pratique qu'on trouve à chaque page dans les ouvrages précipités '.pratique des devoirs envers ses semblables, pratique des devoirs envers soi-même ; pratique des devoirs dans la gestion de ses affaires matérielles.
Si nous jetons un coup d'oeil sur les ouvrages dont on se sert aujourd'hui dans les Ecoles chrétiennes, nous verrons que, sous le rapport du coté pratique, les enfants n'ont point dévié de la ligne tracée par leur vénérable Père. Depuis le vulgaire abécédaire ]\isq}i'2iux ouvrages de mathématiques ou de littérature^ nous trouvons dans tous cette théorie claire, sobre et ces applications judicieuses, abondantes, qu'on ne rencontre que chez des praticiens émérites.
A ces preuves palpables s'ajoute le témoignage des faits.
Les quelques voix discordantes dans ce concert universel qui s'élève à la louange des Frères et à leur enseignement ne sauraient les atteindre. Tous ceux qui connaissent les disciples du Vénérable de la Salle, savent ce que valent les maîtres et les méthodes, et tous proclament qu'en éducation comme en instruction^ en tliéorie comme en pratique, ils peuvent être dénigrés, mais difficilement surpassés. Telle est aussi la conclusion que tirent M. John Maguire et Dubourg Maldan de leur enseignement à Montréal et en France.
" Les Frères, dit le premier, appliquent l'un des meilleurs modes d'enseignement qui soient dans le monde. Les progrès de leurs élèves dans les plus hautes branches de culture intellectuelle sont un sujet d'admiration pour les jour-
naux du caractère protestant le plus prononcé. " A quoi le second ajoute : '• Ce système d'enseignement imagine pour l'appliquer aux écoles de Reims, et perfectionné ensuite pendant trente années de méditations et d'expérience, suffit seul pour assurer à son auteur une place parmi les illustrations de ce grand siècle de Louis XIV qui sut réunir tous les genres de mérite, les utiles comme les éclatants. Il faut qu'elle ait bien de l'excellence cette méthode qui, restant la même pendant près de deux siècles, n'a pas cessé de s'approprier à l'âge, au caractère des enfants, aux besoins des temps, à ceux des familles ; qui, chassée de notre territoire par la Terreur, y reparaît bientôt après, rappelée, malgré l'exclusion de toutes les corporations religieuses, par le vœu des conseils généraux et la volonté du gouvernement impérial ; qui, aujourd'hui encore, ne craint pas de se poser comme rivale de ces méthodes modernes qui ont illustré les noms des Lancaster, des Pestalozzi, des Jacotot. " , -,
Du reste, si l'enseignement des Frères pèche par le côté pratique, comment expliquer cet empressement des familles, qui ont le sens pratique, à encombrer leurs classes ? Comment expliquer ces brillants succès de leurs élèves, incomplètement formés, dans les concours où figure l'élite des élèves dressés par des maîtres accomplis, et en qui s'harmonisent, dans une merveilleuse proportion, la tfiéorie et la pratique ? Pourquoi nos maisons de commerce recherchent-elles avec tant de soin les jeunes gens qui sortent informes, incomplets des Ecoles chrétiennes ? Comment expliquer ces lauriers
cueillis sur tous les champs de bataille et en toutes les spécialités, dont nous donnons ci-après une sommaire énumé-
ration ? ^
Ce sont les Frères qui, dans tontes lesbranches de l'enseignement primaire, obtiennent le plus de succès.
En voici le secret, à parler humainement : " L'Institut pos-sède une organisation qui fait de lui le modèle et le type des Associations vouées à l'enseignement. Grâce à l'unité de direction et à la forte discipline qui unit ces 10,000 frères, dirigeant 400,000 élèves, répartis en 7,996 classes, aucune force n'est isolée, aucun effort ne se perd : tout concourt vers un but commun. " ( Hanriot.)
" Nous souhaitons, conclut un écrivain que l'on n'a. ^use guère de cléricalisme, nous souhaitons que les Frères des Ecoles chrétiennes poursuivent librement leur œuvre de civilisation et de progrès. . , :
" Nous reconnaissons hautement le mérite de leurs écoles. J'ai plus d'une fois visité des établissements dirigés par eux, notamment le grand pensionnat de Saint-Nicolas, l'un des plus beaux de Paris ; j'ose dire que ce sont des modèles de propreté et de bonne tenue ; que les enfants travaillent avec une ardeur incroyable ; que ces messieurs prennent sur ces jeunes âmes un empire admirable et obtiennent des résultats oit on n arrive que bien rarement dans nos institutions laïques.''
(Francisque Sarcey, XlXt Siècle.)
L'enseignement des Frères est éminemment pratique, nous l'avons vu par les règles pédagogiques tracées de la main du Vénérable, par les divers ouvrages en usage dans l'Institut. Ce qui nous reste à en dire dans cet article le prouvera jusqu'à la dernière évidence. Nous voulons parler de l'Exposition de Paris, en 1 878 ; là, on n'étalait pas la théorie, on ne couronnait pas la théorie. Voici ce que nous lisons dans un document publié au commencement de janvier 1879; c'est le Très-Honoré Frère'^Supérieur-Général qui rend compte de l'Exposition faite par l'Institut.
•* Les journaux et diverses publications pédagogiques ayant rendu compte de l'Exposition faite par notre Institut, et leurs appréciations émanant, pour la plupart, d'hommes compétents, nous préférons, dit-il, leur laisser la parole, •plutôt que de vous dire nous-même, tout d'abord, combien cette Exposition peut servir à prouver que les écoles dites cotigréganistcs, m méritent point le reproche que, de parti pris, en leur inflige trop souvent depuis quelques années : ^' de rester " stationnaires dans la routine ; et de ne pas donner un enseigne- ■" ment en rapport avec les besoins résultant des développements ■** de l 'industrie, du commerce et de toutes les autres branches '*' de l 'activité humaine. "
Et d'abord, voici un jugement d'ensemble, extrait de la
Revue Pédagogique, publiée avec la collaboration de membres
•de l'Institut de France, de professeurs et d'inspecteurs de
l'Enseignement public, etc., sous la direction de M. Ch.
Hanriot, Inspecteur honoraire d'Académie (i) :
" Nous rencontrons maintenant l'Exposition considérable •des Frères de la Doctrine chrétienne, qui occupe tout le panneau gauche sur le mur du fond. ' ■ ■'••' ■ ' ■/
" Pendant longtemps, si l'on accordait à l'Institut fondé «en 1680 par le vénérable J.-B. de la Salle, une certaine valeur au point de vue des travaux qui frappent les yeux, •comme l'écriture et le dessin, et encore le dessin servile, machinal, la copie des estampes, on lui refusait du moins un V «enseignement intelligent et rationnel.
, : " Les choses, depuis, ont changé : il sufîfît, pour s'en con- ,; vaincre, de jeter les yeux sur les livres, les méthodes et les collections exposés.
" Cette troisième salle de la classe VI ne renferme qu'une partie des travaux exposés par l'Institut : les livres classi-
(1) No. 9, septembre 1878, page 311 et suivantes.
ques, le matériel de la géographie et du dessin, des collections pour leçons de choses.
" Les albums, cartons, atlas et cahiers, renfermant les devoirs des écoles libres, ont été presque tous placés dans le pavillon Ferrand ; les travaux exécutés dans les écoles normales et les écoles primaires publiques se trouvent dans le troisième salon du Ministère de l'Instruction publique, ou dans la grande galerie vitrée contiguë.
" Outre ces trois centres principaux, l'Institut a exposé dans le pavillon de V Algérie, aux Colonies françaises, dans les classes i6 et 76, consacrées à la Géographie et à VAgriculture, enfin dans l'annexe de la Belgique, où toutes les spécialités du programme de l'enseignement primaire et moyen sont largement représentées.
" Examinons donc cette exposition de la classe VI. Quoique restreinte, elle est digne de notre attention.
" Voici d'abord quelques reliefs d'un paysage idéal, résumant les principales formes géographiques, et destiné à initier les jeunes élèves à la connaissance de la nomenclature, •et à l'intelligence des cartes ; on voit le relief de Bayonne et de ses environs, celui de la plaine dissy, près de Paris, d'après les croquis topographiques levés au pas par les élèves de Saint-Nicolas et leur professeur, le frère Abélien, ceux du château dAurillac, propriété de l'Ecole normale que dirigent les Frères ; de Commentry, Néris-les-Bains et Malicorne, relevés par les élèves de \ école chrétienne des houillières de Commentry. .;..-> -*:i.?>. ,..i<\j^À ^,^ ..sv -v -;, ,-,. .; .,. .-^ -. î'^" '■
" Au mur est appendue la grande Carte hypsométriqiic du frère Alexis-Marie, professeur à l'Ecole normale à Carlsbourg.
" Voici maintenant le Cours de Dessin, k l'usage des écoles primaires et des écoles d'adultes.
^' Il y a longtemps déjà que j'ai apprécié l'excellence de
ce cours, et je crois bien avoir été l'un des premiers qui l'aient acquis : c'était pour l'Ecole normale de Versailles. Le frère Victoris venait alors de terminer la première partie, le Dessin géométrique et industriel ; il se préparait, lorsque la mort est venue le frapper, à commencer l'Ornement, le Dessin d'art, que le frère Bernard vient d'achever. i
*' Un des plus complets que je connaisse, ce Cours prend l'enfant à son entrée dans les écoles primaires, vers six ou sept ans, et le conduit progressivement, par une série d'exercices gradués, jusqu'aux applications industrielles les plus difficiles. ■ "''■ ■' ' ■■ "-' ' "■"' '' •■•' ' '-^'^ ''■■'"><
" Malheureusement, et il ne peut en être autrement, le Cours est d'un prix très élevé. L'ensemble des collections de la première série : Dessin à main libre et d'ornement, coûte 460 francs ; celle de la deuxième série (Dessin géométrique et industriel), 1,050 francs.
" Après le matériel du dessin, la partie importante de l'Exposition des Frères est constituée par de nombreux extraits des musées scolaires, qu'ont envoyés leurs écoles libres et leurs pensionnats de province.
" La pensée générale qi i me paraît avoir présidé à l'organisation de ces musées est bonne : tous ou presque tous ont un caractère essentiellement local. ^■' '•• r;-''" '' "'--'"^'V '•
** Ainsi, à Marseille, ce sont les objets d'importation et d'exportation qui alimentent les collections : le lin, l'ara* chide, le café, le blé, le riz, le sucre, les bois et les marbres.
** Le Pensionnat de Reims, qui n'est pas très éloigné de Saint-Gobain, a envoyé différents spécimens du verre et des matières employées pour sa fabrication. L'école primaire de Dax a réuni les différents produits du pin maritime, bois et essences. Le pensionnat de Lyon a de très curieux échantillons de minéralogie ; les écoles de Caen, de nombreux
fossiles du Calvados ; et le pensionnat d'Avignon, l'entomologie du département de Vaucluse.
" Voici encore d'excellentes collections pour l'enseignement technique. Tout le travail du chanvre peut être facilement expliqué avec ces instruments : la rotièn\ le hrisoir, Yéchanvroir, le se'rati, la drè^'C, la qiicnouilU, le rouet, le dcvi- 4ioir, et le métier.
" Ici, c'est un tas ou ifuuk, montrant comment se fabrique le charbon de bois; là, c'est une ruche; plus loin, un bâtiment de graduatiojt, pour l'extraction du sel.
" Le pensionnat de Saint-Omcr possède une collection de ce genre très bien ordonnée. Une première série de tableaux contient tous les objets industriels du règne minéral : terre cuite, pierres et marbres, fer et nickel, fer ouvré, outils pour le travail des métaux ; une seconde comprend ,les produits industriels du règne végétal, bois de construction et d'ameublement, outils spéciaux pour le travail du bois ; la troisième se compose des produits industriels du cègne animal, peaux, cuir, etc., avec les outils de la cordonnerie, depuis le tranchet et l'empeigne jusqu'à l'élégante bottine de la Parisienne. "
Dans sa Correspondance, M. de Saint-Chéron énumérait, en les groupant sous dix spécialités principales, tous les produits exposés par l'Institut, et il terminait par ces lignes éloquentes: ■■■ ^-/.--.'r '•■ '" ■' '?'.-•-•"■ ^-"^ '■■■;•; •'■' ^:, ,.•-;., ,.,•,.....-.;•
" Il nous resterait à dire quelques mots de V éducation des sourds-muets, où les résultats obtenus par le dévoûment des Frères tiennent du miracle. Mais, sauf à y revenir, il faut clore cette énumération déjà longue pour l'espace qui nous . est accordé ; encore l'avons-nous faite sèche et bien aride. Toutefois, il ne déplaira pas aux humbles maîtres dont nous parlons, d'avoir été défendus ici uniquement par des faits et
des chiffres. L'éloquence de ces derniers n'admet pas de contradicteur, surtout lorsqu'on les rapproche des succès quotidiens des élèves de l'Institut. Mt, disons-le hautement, si peu favorisée qu'ait été son l'exposition, il suffit de la parcourir avec un peu d'attention et de soin, pour être forcé, quelque prévention (ju'on ait conçue, de rendre pleine justice à la haute valeur, à la portée pratique^ à l'immense utilité de cet enseignement fondé sur la charité chrétienne.
" Nous n'avons point parlé de l'instruction religieuse, qui en est la base. A quoi bon ? Cette instruction est précisément ce que les adversaires des congréganistes ne leur pardonnent pas de distribuer à l'enfance et à la jeunesse. Que ressort-il, cependant, de ce que nous venons de voir, de ce que nous voyons chaque année dans une foule de concours }' L'instruction et l'éducation chrétiennes, bien loin de retarder les progrès des élèves, y contribuent puissamment. Qu'ils viennent, une bonne fois, s'en convaincre, et qu'ils ne l'oublient plus, ceux-là mêmes qui, en matière d'enseignement^ se dirigent par les seules considérations humaines ! "
Bon pour les Frères de France, diront nos contradicteurs ; mais ceux du Canada, sont-ils aussi compétents, aussi pratiques? Parfaitement et de tous points: c'est la même famille, c'est le même esprit, c'est la même formation, ce sont les mêmes méthodes, les mêmes ouvrages, le même dévoûment et, partant, les mêmes succès, eu égard à une situation réciproque. Ils étaient là, en 1878, avec la mère-patrie et toutes les colonies, et ils ne faisaient, certes, pas ombre au tableau.. M. Hanriot n'analyse qu'un groupe des travaux exhibés par les Frères, le Vie ; s'il ne dit rien du Canada, c'est qu'il ne l'a pas trouvé sur son chemin ; mais il était là et faisait. Dieu merci, assez bonne figure. M. de Saint-Chéron le mentionne avec éloge ; leTrès-Honoré constate avec grande satisfaction»
et loue hautement les travaux du Canada, qui méritent l'honneur de partajjer, avec la France et la Belgique, la médaille d'or accordée à l'Institut pour son Exposition collective. Le Très- Honoré a envoyé aux établissements dont les travaux ont figuré à l'Exposition un Diplôme de Coopération ; or, celui du Canada porte la note Tris Bien : que peut-on demander de mieux ? C'est, du reste, ce que M. E. U. Archambault nous avait déjà annoncé. " L'Institut des Frères de la Doctrine chrétienne a reçu un rappel du diplôme qu'il avait déjà obtenu en 1877, avec mention de " Progrès" pour l'excellente instruction qu'il donne en France, en Belgique, et j'ai tu l'honneur de faire ajouter, au Canada. "
C'est sur cette supériorité des frères canadiens que M. le Vicaire apostolique de la Jamaïque fonde sa demande d'un établissement de Frères dans l'île confiée à ses soins : " Je suis, dit-il, très désireux d'introduire dans la Jamaïque une communauté de Frères enseignants, ayant vu les succès obtenus à Liverpool par les Frères des Ecoles chrétiennes canadiens. "
Telle est aussi l'opinion de MM. les Surintendants et de MM. les Inspecteurs qui, dans des documents officiels, déclarent que " les Frères sont des instituteurs expérimentés qui peuvent le mieux répondre au besoin et diriger les écoles pour le plus grand bien de toutes les classes de la société " (i) ; — que leurs ouvrages sont de " véritables chefs-d'œuvre d'analyse, une encyclopédie bien calculée pour développer l'intelligence des enfants dans une direction conforme à l'esprit de progrès de notre époque " (2) ; — qu'ils " suivent des méthodes rationnelles", c'est-à-dîre joignant la pratique à la théorie, "et dont les résultats sont très satisfaisants " (3) ;
(1) Honorable Meilleur ; — (2) lion. Chauveau ; — (3) McLellan.
— que " tout en formant le cœur de l'enfant, ils lui enseignent les connaissances nécessaires pour devenir plus tard un sujet utile à la société" (i) ; — que " leurs collèges se font remarquer par leurs cours commerciaux, et que le cours anglais qui
's'y donne est très estimé et recherché " (2) — qu' " ils peuvent •former les enfants pour n'importe quel genre d'affaires que les parents pourraient désirer sans qu'il soit besoin, pour ceux-ci, de s'imposer d'autres sacrifices pour cette fin " (3) ;
— que dans leurs académies, "les enfants reçoivent une éducation tout à fait soignée " (4), et que ces instituteurs " n'ont pas à craindre la rivalité avec les meilleures High Schools et Collegiate Institutes " (5)et qu'elles sont " beaucoup supérieures aux écoles modèles provinciales et aux Collegiate Institutes. " (6), car, égales au moins à ces institutions par Vinsiructic'i, elles leur sont supérieures par V éducation : " Je suis forcé d'admettre, dit M. McCarthy, que l'éducation reçue dans cette académie est supérieure à celle qui est donnée dans les autres écoles publiques. " " Vos écoles sont toutes très bonnes, disait aux Frères de Toronto, M. l'Inspecteur général de l'Ontario, mais votre académie est la meilleure parmi toutes nos meilleures de la cité " (7).
On voit, par ces nombreuses citations, combien l'enseignement des Frères est pratique et que ceux qui lui dénient ce caractère ne le connaissent point et répètent, sans s'en douter, cis dires de parti pris dont le Très-Honorc signalait la perfidie. - ■.■?.'!!,. i-., -■ •;;. -.^'.'^^vt^j.; ? 'j;-'ir , .'/f .■.-*, îa
;; '■■ I ;' - 'ri B ;•» "> ',' ^!j\., '^:o (-■';.;:<! ; ^'Vj iti\
(1) M. Crépault ; — (2) M. ïotreault ; — (3) M. Arcliaraljault ; — • (4) M. Bardy ; — (5) M. Glashau ; — (G) M. Ilarrington ; — (7). Cet f'iclatant témoignage de M. l'Inspecteur général fut si agréable à MM. les Commissaires dT îles que, spontanément, ils augmentèrent do $50 le traitement d chacun des Jnaîtrcs.
Complétons et confirmons ces témoignages de MM. les Surintendants et de MM. les Inspecteurs par le tableau des prix obtenus par les Frères aux différentes Expositions.
" Leurs livres ont été honorés des plus hau*-es récompenses à l'exposition universelle de Vienne, en 1873, et à l'exposition de géographie de Paris, en 1875.
Leur méthode a été calquée par le ministre Duruy dans son règlement pédagogique de 1867.
Enfin, à l'exposition universelle de 1878, ils ont reçu les récompenses suivantes :
Classe VL — Enseignement. — Médaille d'or. — i. — Institut des Frères pour exposition collective, France, Belgique, Canada.
N. B. — Toutes les maisons de l'Ordre participent à cette récompense, qui dispense de mentions spéciales. En outre, les Frères qui ont exposé avec le ministère de l'Instruction publique, participent au grand prix que celui-ci à obtenu.
2. — Frère Alexis-Marie (Méthode et ouvrage de géographie, Belgique). — 3. — Frère Mémoire, directeur du pensionnat de Malonne. (Belgique).
Médailles de bronze. — 4. — Frère Marianus, arithmomètre (Belgique). — 5 — Ecole des houillères, à Commentry,(France).
Classe XVI. — Géographie. — Médaille d'argent. — 6. — Frère Alexis-Marie. — Reliefs et cartes hypsométriques.
Classe LUI. — Matériel de chimie. — Mention honorable. — 7. — Frère Souverain, de Grasse.
Classe LXXVI. — Agriculture. — Médaille d'or. — 8. — Institut agricole de Beauvais.
Médailles d'argent. — 9. — Pensionnat des Frères de Reims. — 10. — Frère Raynuce, de Dijon, reliefs et tableau. — 11. — Frère Lucard, directeur de l'Ecole normale de Rouen.
Classe LXXXIII. — Insectes utiles. — Médaille de bronze. — 12. — Frère Albéric, à Beauvais.
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Classe LXXXVII. — Plantes potagères. — Médaille d'or. — 13. — Etablissement agricole d'Igny, près Paris.
Classe LXXXVIII.— Arbres et fruits.— Médaille d'argent. — 14. — Etablissement agricole c. A^j.y.
Avions-nous tort de dire que Itiiseignement des Parères défie toute comparaison, et que l'attaquer, le supprimer, c'est se constituer le défenseur de l'ignorance et l'adversaire du progrès ? " (Keller).
" Je n'appelle pas grand homme, dit Pascal, celui qui saisit les deux extrémités d'une question ; mais celui qui, tenant fortement les deux extrémités, ne laisse sans solution de continuité aucun des points qui les séparent. " Tel est le Vénérable : plan d'ensemble, précision de détails, méthodes et procédés d'enseignement, théorie et pratique, moyens d'émulation et de discipline, écoles pour les enfants, écoles pour les adultes, écoles élémentaires, écoles supérieures, écoles techniques, écoles de correction, écoles normales, juvénatset noviciats, rien n'échappe à son génie organisateur. Son Institut, admirable instrnniait de civilisation, îinc des gloires nationales de la France, (i) sort de ses mains outillé de toutes pièces, avec un code sublime de perfection pour le religieux et de pédagogie pour le maître. Son œuvre, sanctionnée par quarante années d'expérience, disséminée, fortifiée par deux siècles d'épreuves, consacrée par la puissance suprême de l'Eglise, semble créée d'hier pour les besoins d'aujourd'hui. Ses constitutions, fruits de la grâce et de la sainteté du Fondateur, sont là comme un trésor de famille où ses enfants puisent le secret de ces succès qui font l'admiration du monde et le désespoir de leurs émules. Malgré les prétentions et les clameurs de la révolution, le Vénérable est et demeurera le créateur de l'enseignement populaire. . >, , jj, ., , ;;./^
(1) Kondu. ;;--.vv--,::^;''.';>-^
Nos modernes pédagogues n'ont rien inventé ; P'rebcl^ Pestalozzi, Mme. Pape-Carpentier ne sont, la plupart du temps, que de pauvres plagiaires. Depuis deux cents ans, nos Frères des Ecoles chrétiennes connaissent et pratiquent la méthode intuitive, les leçons de choses, les procédés catéchistiques, socratiques et autres, toutes choses dont l'ignorance actuelle fait hommage à nos geais pédagogiques modernes, " Rien de tout cela, dit M. Trouillet, n'est absolument nouveau. Ayons conscience de ce que nous valons, soit ! mais ne crions pas à tout venant que nous découvrons, chaque matin, l'Amérique."
TROISIEME rAllTlE.
Iniportaiiec de FEducaiiwu clircticiiiic.
Au début de notre travail, nous disions : " Trois courants •d'idées se partagent l'opinion publique sur la question d'éducation : le premier, répudiant tout principe chrétien, demande une école neutre, sous-entendue athée ; le second, réprouvant îtoute idée révolutionnaire, veut une école sérieusement chrétienne ; enfin, le troisième, inspiré par une sagesse toute humaine, prétend allier avec les principes religieux les idées appelées modernes. De là, pour employer les termes du jour, trois sortes d'enseignements : l'enseignement ^'//^yv, l'enseignement chrétien, et l'enseignement laïque. " Nous avons dit, et ■nous tenons à le répéter, pour nous, l'enseignement chrétien, ■c'est tout enseignement donné sous la haute direction de la ■sainte Eglise, dépositaire et interprète de la vérité, qu'il soit donné par des religieux ou par des séculiers. C'est à cet enseignement chrétien, nous ne saurions trop le redire, que no*"-e cher Canada doit la conservation de sa foi et de sa nationalité. Demandons à Dieu de nous conserver ce dépôt sacré et de ne point permettre que, parmi nous, les vérités ■soient diminuées par les idées dangereuses contre lesquelles Monseigneur cherche à nous prémunir dans sa lettre pastorale précitée. • :,
Pour entrer dans les vues de Sa Grandeur et faire mieux goûter la profonde sagesse de ses a\U, rien ne nous a paru plus efficace que de mettre sous les yeux de nos lecteurs les lamentables ruines amoncelées par la mauvaise éducation, c'est-à-dire l'éducation anti-chrétienne.
D'autre part, ce récit nous fournira l'occasion d'offrir à nos lecteurs quelques pages admirables sur le courage héroïque des disciples du Vénérable de la Salle, pendant les plus tristes jours de la Terreur, et de faire bénir la divine Providence au sujet des moyens merveilleux dont elle s'est servie pour restaurer l'Institut et en faire, au dire du cardinal l'esch, " un des plus puissants instruments de régénération de la foi en France. "
Voyons d'abord l'impiété à l'œuvre:
" Pour exprimer un paradoxe funeste, dit Mgr d'Hulst, des hommes ont trouvé un mot étrange : l'éducation laïijiic. La langue française se plaint en vain de cette violence qu'on lui fait subir. Le mot fait son chemin, il a une fortune politique, il prépare à l'ambition ses succès. Autrefois, on appelait laïques les chrétiens qui n'appartenaient pas au clergé: les laïques, c'étaient les Jîdèles. Aujourd'hui on a transporté cette désignation des personnes aux choses, et l'interprétation en a été changée en chemin. Désormais, il y aura des doctrines laïques, des mœurs laïques, une société laïque, et, sous peine de prononcer des paroles vides de sens, il faudra attacher à ces termes barbares une signification plus barbare encore. Laïque deviendra synonyme d" infidèle ;Xc.zo\ç. laïque sera l'école sans Dieu ; les doctrines laïques seront celles qui bannissent Dieu de l'enseignement, les mœurs laïques celles qui le bannissent de la morale ; la société laïque sera une société sans foi et sans culte ; l'éducation
laïque sera l'entreprise de ceux qui prétendent former l'homme en dehors de tout rapport avec Dieu. "
" L'instruction ! l'instruction du peuple ! " crient à tue-tcte les modernes législateurs. Ce mot n'est qu'un leurre. Combien ils seraient plus vrais, s'ils disaient: "L'exploitation! l'exploitation du peuple ! " Ce qu'ils veulent, ces Messieurs, ce n'est pas instruire le peuple, moins encore Yclever, c'est le déchristianiser. Leurs pères étaient plus francs et plus sincères.
" Aussi, dit M. Albert Duruy, mille entraves sont mises au développement de l'œuvre du Vénérable ; mais, tous ces obstacles n'arrêtèrent pas les progrès de l'Institut. Déjà, de son vivant, cet éminent pédagogue avait eu la satisfaction de voir son ordre appelé dans plusieurs grands centres, comme Rouen. En 1*787, la majeure partie des Ecoles publiques, dans les villes, étaient tenues par les Frères. " Ces succès alarmèrent les prétendus philosophes.
Voltaire, le prince de l'impiété, Rolland et de la Chalotais, tous deux vantés pour le libéralisme, n'eussent pas été loin d'expulser les bons Frères.
Voltaire écrivait à la Chalotais : " Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu'il soit instruit, il n'est pas digne de l'être. "
" Il me paraît essentiel qu'il y ?it des gueux ignorants ; •ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, mais le bourgeois. "
" Le peuple ressemble à des bœufs à qui il faut un aiguillon, un joug et du foin. Je ne puis trop vous remercier de me donner un avant-goût de ce que vous destinez à la France... Je trouve toutes vos vues utiles. Je vous remercie de proscrire l'étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et
non des clercs. Envoyez-moi surtout des Frères ignorantins pour conduire mes charrues et pour les atteler. "
'• Il ne faut pas confondre, disait Rolland, des Congrégations respectables avec un nouvel ordre fonde pai le sieur de la Salle. Cette Congrégation n'est pas autorise'e par lettres patentes (i) dans le ressort de la cour et mérite la plus grande attention. "
" Les Frères de la Doctrine chrétienne, continuait de la Chalotais, sont survenus pour achever de tout perdre. Ils apprennent à lire et à e'crire à des gens qui n'eussent dû apprendre qu'à manier le rabot. Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations. Tout homme qui voit au-delà de son triste métier ne s'en acquittera pas avec patience et courage. Parmi les gens du peuple, il n'est presque nécessaire de savoir lire et écrire qu'à ceux qui vivent de ces arts ou que ces arts font vivre. "
Voltaire, Rolland et de la Chalotais étaient des laïciseurs en théorie; voici venir les praticiens. (2)
Un décret du 18 août 1792 supprime les corporations ecclésiastiques et les congrégations laïques " telles que celle des Ecoles chrétiennes. " " Un Etat vraiment libre " était-i dit dans les considérants " ne pouvait souffrir aucune corporation, non pas même celles qui, vouées à l'enseignement public, ont bien mérité de la patrie. "
(1) Eolland mentait à l'histoire, car les lettres patentes avaient été accordées à l'Institut, par le roi Louis XV, en 1724 ; mais " menten. menteï toujours " ! avait dit lo coryphée de l'impiété.
(9) L'enseignement chrétien donné par les Frères a toujours été odieux aux révolutionnaires. Ces apostate sont parfois plus aveugles que les infidèles eux-mêmes. En 1^70, lo Conseil municipal d'Alger décida la suppression des écoles tenues par les Frères ; il n'j eut que deux voix pour protester : ce furent un musulman et xmjuif.
A cette époque où l'iniquité régnait en maîtresse, la vertu était un crime de lèse-majesté, le zèle et le dévoûment des Frères étaient trop notoires pour ne point attirer l'attentior» des maîtres du jour. Par toute la France, ils furent traqués comme des malfaiteurs, emprisonnés, traînés devant les tribunaux et accablés d'outrages ; tous refusèrent de prêter le serment prescrit par la loi du 22 mars 1791, et plusieurs, pour conserver leur foi, portèrent leur tête sur l'échafaud ou furent condamnés à la déportation.
Le Frère Agathon, Supérieur-Général, fut arrêté et successivement enfermé à Ste Pélagie, à Bicêtre, au Luxembourg et à la Conciergerie. Son heureux caractère, ses talents et surtout ses vertus, lui acquirent bientôt sur les compagnons de sa glorieuse captivité un grand ascendant moral. Il aimait à les distraire soit en traitant avec eux de quelque question religieuse, soit en leur proposant d'intéressants problèmes de cosmographie ou de mathématiques. Condamné à mort, il bénit Dieu qui lui ouvrait le ciel par la voie sublime du martyre. Déjà on le conduisait à la lugubre charrette où plusieurs victimes attendaient le dernier supplice, quand Bourdon parvint à le soustraire à la fureur des sauvages terroristes.
Frère Salomon, son secrétaire, fut aussi arrêté à Paris. Son cœur était préparé au sacrifice suprême qu'il acceptait avec joie. " A Melun, dit-il gaîment dans une lettre, je conserve l'habit religieux ; mais à Paris, je suis habillé en séculier avec une belle cocarde à mon chapeau! La cocarde ne le préserva point de la fureur des terroristes ; son zèle pour la propagation des brefs et de quelques écrits catholiques le trahit bientôt ; il fut arrêté le 1 1 août, enfermé aux Carmes avec son confrère, le frère Abraham, et égorgé le 21 septembre avec le vénérable Dulau, archevêque d'Arles.
Frère Abraham fut arraché à une mort imminente par un garde national qui le prit sous sa protection ; mais le spectacle horrible qu'il eut sous les yeux au couvent des Carmes, fît en lui une telle impression, qu'il demeura, jusqu'à sa mort, frappé d'aliénation mentale.
Les massacres de septembre furent le signal d'une recrudescence de persécution. Depuis plusieurs années, les enfants du Vénérable s'étaient dispersés et sécularisés ; mais, même sous l'habit laïque et avec nue cocarde au chapeau^ ils demeurèrent Frères des Ecoles chrétiennes et continuèrent à prodiguer leurs soins aux enfants du peuple. C'était là un crime que plusieurs payèrent de leur vie. Citons, entre autres, les Frère Florence, ancien supérieur-général et directeur à Avignon ; Maurille, son sous-directcur, qui furent cités €t condamnés au tribunal du féroce Jourdan coupe-tcte ; les Frères Raphaël, Libère, Primus, Maximilien, Victorin de Jésus, Martien, Pierre-Christophe, Roger, Léon, Uldaric, Paul de Jésus, etc., qui furent condamnés soit à mort, soit à la déportation comme instituteurs chrétiens o\x comme prêtres réfractaires.
La mort de ces religieux est digne des premiers âges de l'Eglise. Le tribunal de Vaucluse n'eut à condamner dans le Frère Florence que le crime d'avoir consacré cinquante et un ans à l'éducation chrétienne de la jeunesse ; mais, " dit l'abbé Guillon, faire connaître et aimer Dieu, former des •élèves à la pratique des vertus évangéliques et leur enseigner que tous les hommes trouveront à la mort un juge incorruptible et suprême qui les traitera selon leurs œuvres, c'était aux yeux de ses persécuteurs athées un crime irrémissible. " Après un semblant d'interrogatoire, il fut, le même jour, condamné à mort et exécuté sur la place publique. Le Frère Maurille suivit de près son directeur devant le même tri-
bunal. " Lui non plus n'avait d'autre tort que celui d'enseigner aux enfants du peuple les principes chrétiens comme les autres sciences du programme de l'enseignement primaire. " Il fut condamné connue rcfractaire.
Ses bourreaux l'inscrivirent au rang des victimes du i«S février 1794; mais d'adroits et généreux amis obtinrent sa mise en liberté, et il fut un des premiers à travailler au rétablissement de sa Congrégation.
Le frère Ivaphaël, vénérable vieillard ;V.;"é de soixantedouze ans et souffranc d'un rhumatisme aigu, fut recueilli par un de ses anciens élèves, humble ou\ rier. Un espion des Jacobins le dénonça. Les terroristes envahirent la maison qui l'abritait, en enfoncèrent les portes et, malgré les supplications et les larmes de son hôte, pénétrèrcHt jusque dane la chambre où le pauvre infirme était couché. Le vieillard se soulevant avec peine, les considéra avec un sentiment d'inexprimable pitié. ' Eh quoi ! leur dit-il, j'aperçois parmi vous d'anciens élèves! N'êtes-vous pas mes enfants? N'ai-je point sacrifié mes forces et ma santé à vous instruire ? Oubliez-vous que je vous ai recommandé l'amour de Dieu et l'amour du prochain ?..."
La vue de ce vieillard portant sur son front l'auréole de la vertu avait un instant tenu les assassins en respect ; mais lorsqu'ils l'entendirent prononcer le nom du Dieu qui devait les juger, leur fureur ne connut plus de bornes; ils se précipitèrent en blasphémant sur le frère Raphaël et le massacrèrent.
Frère Martien fut accusé pour on ne sait quelle conspiration. Il voulut présenter lui-même sa défense. Après avoir déclaré qu'il n'est pas ecclésiastique, il ajoute ces fières et nobles paroles : " Je dirige une école gratuite, je me suis voué à l'éducation des enfants pauvres. Si donc vos protesta-
lions d'attachement au peuple sont sincères, si vos principes de fraternité ne sont pas une hypocrite et menteuse formule, mes fonctions me justifient ; et, loin de pouvoir m'être imputées comme un crime, elles me donnent un droit sacre à votre reconnaissance. "
La fraternité révolutionnaire! Elle condamne et exécute la victime le jour même.
Les Frères Roger, Léon et Uldaric furent condamnés à la déportation et entassés dans des navires où ils curent à endurer toutes les horreurs de la faim, de la soif et de l'infection. " C'est là, écrivirent-ils, que nous avons souffert à peu près tout ce qu'on peut faire souffrir à des hommes. Couchés toujours sur les planches, comprimés et entassés les uns sur les autres, à peine pouvons-nous respirer. Tout compte fait, nous n'avons guère chacun qu'un espace de moins de deux mètres de long sur quarante centimètres de large où nous étions condamnés à demeurer enfermés sous les verrous jusqu'à onze heures par jour. Là, se trouvaient avec nous des malades, des infirmes, des vieillards, répandant la plus insupportable infection.
" La chaleur était telle qu'il nous semblait être dans une fournaise, la vermine nous dévorait. Mourir était une grâce après laquelle plusieurs aspiraient, plus des deux tiers furent exaucés. "
" Le défaut d'exercice de toutes nos facultés intellectuelles, nous réduisit à une espèce d'abrutissement involontaire. Nous étions insensiblement devenus tout corps. Nous nous préoccupions presque uniquement, comme des sauvages errants dans les forêts, à pourvoir à nos besoins physiques et à nous défendre, comme nous le pouvions, contre le froid, la faim, la maladie et les insectes qui nous dévoraient. La nuit, le tonnerre eût grondé que noi's ne l'eussions pas entendu
au milieu du vacarme fait par quatre cents hommes en ferm<?s: dans un espace ctroit et obscur où, en cherchant leur place îi tâtons, ils se heurta i'}nt et souvent se voyaient renverses et foules aux pieds par les moins afifaiblis. Ceux qui expiraient auraient vainement appelé du secours, les plaintes n'étaient entendues de personne. Avec la chaleur, le froid, la pluie ou la neige, tous devaient manger dix à dix, debout, sur le pont. "
Malgré tant de privations et de souffrances, la tristesse n'assombrit jamais le visage de ces glorieux confesseurs de la foi. Pleins de résignation et de confiance en Dieu, ils cherchèrent dans de pieux entretiens, dans de charitables services rendus à leurs compagnons d'infortune un adoucissement à leur long et douloureux martyre. Le Frère Uldaric se fit l'infirmier des prêtres malades et des vieillards ; frère Léon égayait les prisonniers par son enjoûment et la candeur d'une humeur toute juvénile ; frère Roger, (i) donnait des conférences familières sur des questions de géographie et de navigation. Ses loisirs, entre ses cours, étaient consacrés à raccommoder les chaussures des ecclésiastiques dont la santé délabrée souffrait horriblement des marches pieds nus dans la boue, la neige et sur le verglas. " Comme de bons soldats, disait-il gaîment, nous devons savoir un peu tous les métiers et devenir, au besoin, un bon savetier.
C'est dans l'exercice de ces vertus héroïques que le Père de Famille trouva les trois disciples du Vénérable de la Salle (2) ; Frère Léon expira le 21 mai 1794, à l'âge de 71 ans ; Frères Roger et Uldaric moururent la même année :
il) Frèro Eoger était un religieux pieux, cultivé et habile dans l'art de gouverner les hommes.
(2) Leur mort, comme leur vie, fut tout embaumée de piété, de sainte joie et d'amour de Dieu.
'^e premier, le 12 septembre, à lagc de 49 ans, et le second, k\28 août, à râgc de 39 ans.
L'Institut fut emporté par la tourmente révolutionnaire ; il succomba, comme nous l'avons vu, un des derniers et non sans honneur. " S'il est une classe de citoyens qui mérite en particulier les égards des corps administratifs, disaient les officiers municipaux de Laon, c'est ans contredit celle des ci-devant frères des Ecoles chrétiennes. Sobriété, mœurs, -attachement scrupuleux à l'éducation de la jeunesse : telles sont les qualités qu'ont montrées de tout temps les frères de cette ville. Il est grand le nombre de citoyens qui leur est redevable des principales connaissances qu'il importe à l'homme de savoir : c'est aussi chez eux que l'on peut apprendre à allier la vie pauvre avec la vie active. " En de tels temps, de telles louanges ont une valeur particulière. Emprisonnés en 1797, sur la dénonciation, d'un prêtre schismatique, les frères de Laon furent mis en liberté par une explosion reconnaissante et vengeresse des mères de famille ; leur sortie de prison devint comme un triomphe ; la population se pressait sur leur chemin ; on leur jetait des fleurs ; les enfants, joyeux de retrouver leurs maîtres, battaient des mains. Un banquet dans la cour de l'école réunit les maîtres et les élèves : l'allégresse et l'élan rayonnaient sur tous les visages. Ce souvenir est honorable pour la ville de Laon, et nous aimons à le rappeler. Un frère, dont on admirait la belle écriture, avait trouvé un emploi dans les bureaux de la gendarmerie à Laon. Il put sauver l'original de la bulle d'approbation de l'Institut, et divers objets qui avaient appartenu au Vénérable de la Salle : précieuses reliques qui font partie des trésors du pieux Institut." (Vie du Fr. P/ii lippe, par Poîij'oulai.) - ^ ■^ " ^ —--.....-., ^.^,^ .,.,., ,-
La Révolution a fait main basse sur les droit:5 de l'Egliseet de la famille ; le Dieu-Etat est maître d'école, l'enseignement est laïque. A ses fruits, jugeons l'arbre,
i"^ Rapports des Préfets,
Aisne. — ." L'instruction publique a été singulièrement négligée dans ce département depuis la Révolution. Le premier degré d'éducation est rempli par des instituteurs asservis pour la plupart à d'aveugles routines. "
" Les enfants ont été livrés à l'oisiveté la plus dangereuse,, au vagabondage le plus alarmant. Ils sont sans idées de la divinité, sans notions du juste et de l'injuste ; de là, des mœurs farouches et barbares, de là, un peuple féroce. "
Aude. — " L'enseignement public est presque nul. Dans les campagnes, il y a peu d'instituteurs primaires, et ceux qui en ont le titre n'ont guère de moyens ni de volonté d'exercer convenablement ces utiles fonctions. "
Cher. — " La situation des écoles primaires est à peu près la même que dans les autres départements, c'est-à-dire que le premier degré d'instruction est pour ainsi dire nul, et que sa réorganisation est impatiemment attendue."
Dciix-Sevrcs. — " Les établissements d'instruction publique du département sont dans un état bien peu satisfaisant : les écoles du premier degré sont en petit nombre et très mal organisées. "
Gers. — L'instruction publique n'a cessé de languir dans le Gers, parce qu'il n'y a que très peu de maîtres d'écoles ou d'instituteurs en état d'enseigner. "
Haiitcs-Alpes. — " Presque partout l'instruction a été négligée ; ici, elle est nulle. Les écoles primaires ne sont point organisées." .„ -^.- : ,
2° Procès-verbaux des Conseils Gcncraux.
Ariègc. — " Les écoles primaires, organisées sous l'influence révolutionnaire, n'ont heureusement eu qu'un moment d'existence. "
Cher. — " L'instruction de l'enfance est dans un état affligeant. "
Creuse. — " Créez l'instruction primaire. "
Escaut.- " Les écoles primaires sont dans un état pitoyables. "
Forêts. — " L'instruction est nulle dans ce département depuis dix ans. L'instruction élémentaire est complètement désorganisée. "
Gers. — " On demande l'établissement des écoles primaires."
Hérault. — " Les instituteurs primaires disséminés dans les campagnes sont la plupart ineptes et sans aveu. "
Ille-et- Villaine. — " L'instruction publique est presque nulle dans toute la France, parce qu'on a voulu s'écarter de la pratique confirmée par l'expérience. "
I.iamone. — " La jeunesse depuis longtemps s'endort dans l'ignorance. "
Haute-Loire. — *' Le mode actuel d'enseignement prépare une décadence effrayante pour les lettres et pour les sciences."
Lot. — " L'instruction publique est nulle dans ce département. "
Lot-et-Garonne. — " L'instruction publique est nulle dans les campagnes et elle n'est guère plus florissante dans les villes. "
Haute-Marne. — " L'instruction est presque nulle dans ce département comme dans la plupart des autres. "
Meuse-Inférieure. — "Il est urgent de s'occuper de l'instruction : on perd l'habitude d'apprendre à lire. On craint que
dans une quinzaine d années, il n'y ait pas un homme qui sache hre. "
Mont-Blanc. — " Les écoles primaires sont sans succès ; dans beaucoup d'endroits, on ne trouve pas même d'instituteurs. "
Nord. — " L'enseignement est singuhèrement négligé ; on demande une régénération totale. "
Pas-de-Calais, — " La jeunesse est livrée à l'ignorance la plus profonde et à la dissipation la plus alarmante. La plupart des instituteurs sont ineptes et immoraux. "
Hautes-Pyrénées. — " Partout l'instruction publique est non -seulement incomplète mais encore avilie, et le mal sera bientôt à son comble si l'on n'y porte un prompt remède. "
Haut-Rhin. — " Les écoles primaires sont désorganisées depuis la Révolution ; il en est résulté ignorance et immoralité. "
Inutile de poursuivre ces ritationj que nous pourrions produire par centaines. Celles que nous venons de faire suffisent amplement à montrer dans quel abîme l'éducation maçonnique avait précipité la malheureuse France.
" C'est en vain, dit le prophète, que l'hommo bâtit, si Dieu n'édifie. " La Révolution plus sage, à son avis, que la sagesse éternelle, voulut faire mentir le prophète, l'allé proscrivit Dieu, abolit la religion, bâtit dans la boue et le sang et n'enfanta qu'un peuple barbare et féroce. "
C'est par l'éducation que le philosophisme voltairien avait sapé les bases de la société ; c'est par l'éducation que la société devra être restaurée.
La religion comme base de l'éducation, tel a été le programme de tous les grands penseurs. , .,
" Tout système d'éducation qui ne repose pas sur la religion, dit de Maistre, tombera en un clin d'œil ou ne versera que des poisons dans l'Etat. " ^^^-ç^ ^,.^,^-^^^^0 îi; rrr ' r ^'^.vrrt^
" On ne le croit pas assez, écrit M. Guizot, l'instruction n'est rien sans l'éducation. A quoi il faut ajouter: Il n'y a pas d'éducation sans la religion. L'âme ne se forme et ne règle qu'en présence et sous l'empire de Dieu qui l'a créée et qui la jugera. "
Et M. Thiers ajoute : " L'école ne sera bonne que si elle reste à l'ombre de la sacristie. "
" Pas d'éducation possible sans idées religieuses. Pour moi, je ne crains pas de le dire, si j'étais absolument forcé de choisir, pour un enfant, ou de savoir prier ou de savoir lire je dirais : Qu'il sache prier ! car prier, c'est lire au plus beau de tous les livres, au front de celui d'où émanent toute lumière, toute justice et toute bonté. " (Lcgotivc.)
Réintégrer la religion dans l'école, remettre l'école à l'ombre de la sacristie, savoir prier de préférence à savoir lire, rendre aux bons Frères l'éducation populaire ; tel est le moyen, moyen unique que Préfets et Conseils généraux proposent pour arracher la France du chaos de barbarie où l'a précipitée la révolution, l'enseignement laïque.
Forêts. — " Il faut surtout prendre la religion pour base de l'instruction. "
Gironde. — " Point d'instruction sans éducation, d'éducation sans morale, sans religion : celle-ci doit donc être la base d'un plan d'instruction."
Ille-et- Vilaine. — " On ne parle nî de la divinité ni des principes de la morale. On croit donc qu'il faut en revenir à ce qui se faisait anciennement. "
Jemmapes. — " On insiste fortement pour le rétablissement des collèges et surtout du culte et de la religion catholique. '^ ^..i^:- . -..,• .- ■■■ •(.;'-;-.:■'.;, •.•^^■■^.- " ' L '. • ■
Puy-de-Dôme. — " Les anciennes corporations chargées de l'enseignement obtenaient des succès qui compensaient avan-
tageusement quelques abus que l'on pouvait d'ailleurs réformer. "
Haute-Saôuc. — " Remettre en vigueur les anciens établissements d'instruction publique. Les écoles étaient fréquentées quand on enseignait les éléments de la littérature et des sciences, ceux de la morale et de la religion ; elles sont désertes depuis qu'on a supprimé ce dernier enseignement. "
Ain. — " Réorganiser les corporations vouées au premier enseignement des deux sexes. "
Pyrénées orientables. — " On regrette les associations religieuses qui s'occupaient d'instruction. "
Aisne, — " Dans les villes, on pourra regretter les ci-devant Frères des Ecoles chrétiennes dont on estimait le zèle, la moralité et le talent particulier pour enseigner et conduire les enfants. "
Aude. — " Rétablir les Frères des Ecoles chrétiennes sous le nom de Frères de l'instruction publique, et leur confier l'enseignement. "
Côte-d'Or. — " On regrette les Frères des Ecoles chrétiennes. "
Pas-de-Calais. — " Réappliquer à l'instruction des enfants les Frères des Ecoles chrétiennes. "
Sart/ic. — " Le département possède le pensionnat de la Flèche, établi depuis quelques années dans le ci-devant collège de ce nom, qui a joui, de tous les temps, d'une célébrité bien méritée. Dans ce pensionnat, les Frères des Ecoles chrétiennes réunissent déjà i8o élèves. "
Comme on le voit, la France avait conservé le souvenir du cœur. Les disciples du Vénérable de la Salle étaient restés les derniers sur la brèche pour défendre l'éducation de la jeunesse contre les flots révolutionnaires. Plusieurs avaient été fusillés ou frappés par la hache du bourreau ; la plupart,
fidèles ù leurs saints engagements, n'interrompirent point leur apostolat, même pendant les plus mauvais jours. Grâce à la sève généreuse qui circulait dans ses membres, grâce à la haute et glorieuse tutelle dont le couvrit l'Eglise, l'Institut fut un des premiers à sortir des ruines amoncelées par la révolution. La tempête s'est apaisée, le ciel s'est rasséréné ; voici venu le moment où la Providence va sortir la lampe de dessous le boisseau pour la placer sur le chandelier- Ecoutons M. Poujoulat nous raconter, dans les termes les plus touchants, la restauration de l'Institut.
" Il y avait dix ans, dit-il, que l'enseignement n'offrait qu'un mélange de ruines et de niaiseries, quand Portails jeta un cri d'alarme, et osa dire qu'il fallait prendre la religion pour "base de l'éducation." On était en 1802, le concordat renouait les liens de la France avec la papauté, les trois consuls s'étaient rendus solennellement à Notre-Dame. La loi consulaire du i" mai 1802, sur l'instruction publique, permit à d'anciens frères de reprendre leurs fonctions. L'institut, qui ne comptait plus de maisons en France, en comptait quelques-unes en Italie ; elles avaient obtenu du pape Pie VI, après l'emprisonnement du frère Agathon, un vicaire général, le frère Fnimence, directeur de la maison de Saint- Sauveur à Rome ; le bref du 7 août 1795, qui nommait le frère Frumence, commandait à tous les membres de la congrégation de lui obéir. L'invasion française en Italie, en 17Q0, avait troublé le repos des maisons d'Italie. En 1799^ les maisons de Ferrare et d'Orvieto étaient les seules qui restassent de cet institut si prospère dix ans auparavant.
Lyon fut la première cité de France où les débris de cette congrégation commencèrent à se réunir sous le souffle réparateur du premier consul. Un externat, ouvert dans un faubourg de cette ville, avait pour chef un vieillard, ancien
îiiaîtrc des novices, le frère François de Jésus ; mais on ignorait son origine religieuse ; elle fut révélée par la tenue excellente et les parfaites réponses de ses élèves dans les catéchismes ; l'abbé Girard, vicaire général à Lyon, fut heureux de trouver, dans ce maître d'externat en cheveux blancs, un enfant du Vénérable de la Salle, et l'engagea à chercher quelques-uns de ses frères pour s'organiser en communauté. Le frère François de Jésus n'en connaissait qu'un, le frère Pigménion, qui remplissait à Condrieu les fonctions d'instituteur ; il lui écrivit et le fit venir, mais il mourut dans les bras de son frère, le vendredi saint de l'année 1802, avant l'inauguration de l'école, rue Tramassac, à Lyon. Il avait fîoixante-dix-neuf ans. Le frère Pigménion, resté seul, mais non découragé, ouvrit l'école le 3 mai 1802, espérant que la Providence lui enverrait des coopérateurs. L'abbé Girard célébra la messe pour demander à Dieu de bénir cette réorganisation, et le frère Pigménion y communia. Les élèves furent tout d'abord nombreux ; trois postulants se présentèrent ; un seul d'entre eux persévéra, le frère Augustin, mort à Paris, en 1869, à l'âge de quatre-vingt-treize ans.
La petite Communauté reçut, en 1807, une visite mémorable ; Pie VII, quittant la France se rendit, à son passage à Lyon, dans la maison des Frères, accompagné de quatre cardinaux ; il bénit la chapelle restaurée, il bénit l'Institut renaissant : ses paroles encourageantes et paternelles furent comme une promesse de pieuse prospérité.
A mesure que la société française se reconstruisait, on sollicitait le concours des Frères ; la moisson était grande, et les ouvriers se trouvaient encore en petit nombre.
Pourtant les progrès étaient visibles. On comptait déjà vingt communautés en 1805. L'année suivante, des maisons s'établirent à Ornans, à Besançon, à Saint-Chamond,
à Ajaccio, à Nogent-le-Rotrou, à Condrieu, à Mcaux, à Orléans. Les habitants de cette dernière ville furent unanimes à demander le retour des frèies; le maire d'Orléans leur avait rendu un hommage public. " Il est temps, disait-il, que l'on rende justice à ceux qui n'ont perdu leur place en des jours désastreux que parce qu'ils la remplissaient trop bien." La justice commençait à rentrer dans ce pays qui avait cessé de la connaître.
Il importait que les frères dispersés qui avaient survécu à la suppression de leur ordre, fussent informés du travail de réorganisation ; il importait surtout de découvrir où étaient les anciens frères qui pouvait servir à un nouveau recrutement. Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, leur adressa une lettre circulaire, et cet acte honore sa mémoire.
" On demande des frères dans plusieurs villes, leur disaitil, on leur offre tout ce qui est nécessaire, et quelquefois leurs anciennes maisons. La peine du cher frère Frumence, votre supérieur, est de n'avoir pas assez de sujets pour répondre aux vœux de tant de personnes zélées pour la religion. La moisson est abondante et les ouvriers en petit nombre. Je vous invite, mon cher frère, et vous conjure par le zèle qui vous anime pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et votre propre devoir, de vous rendre le plus tôt possible à Lyon auprès du frère Frumence, pour être employé selon votre pieux institut. Vous me donnerez par là une sensible satisfaction que je n'oublierai jamais. Désirant protéger toujours plus efficacement votre congrégation et la propager, et pouvant vous assurer des intentions de Sa Majesté Impériale et Royale, à votre égard, je vous salue cordialement. " (i) Les bénédictions répandues par Pie VII sur le nouveau
(1) Vie du F. Philippe. —-,^'^^'^^i^-:^-- '--^1^ \:j:''^^^': .•f..,.^^:'!
berceau de l'Institut ne furent point stériles, l'endant le premier quart de ce siècle, l'Institut se reconstitua solidement ; et, à partir oe 1858, époque de l'élection du frère Philippe au généralat, on le vit prendre une rapide et merveilleuse extension, s'établir dans tous les départements, envahir les coloni-js et pénétrer dans presque toutes les contrées de l'ancien et du nouveau continent. Dieu se hâtait, ce semble, de le répandre par toute la terre, afin de préparer ù la jeunesse de tous les pays un asile contre l'école laïque et aux fils du Vénérable, proscrits de la mère-patrie, une famille, des frères, sur les plages les plus éloignées.
" Vous serez haïs à cause de mon nom, " disait Notre Seigneur à ses apôtres. La haine de Satan contre Dieu et les siens est aussi ancienne que le monde. Voilà pourquoi, tous les [Fondateurs d'ordre, tous les vrais religieux sont pour le monde un sujet de contradiction. Malheur aux familles religieuses qui échapperaient à cette bénie et bienfaisante loi ! Sous ce rapport, le Vénérable fut privilégié ; mille fois dans sa vie, il eut l'occasion de répéter, le cœur toujours calme et serein son chant de guerre : " Que Dieu soit béni ! " Du haut du Ciel il poursuit ses luttes et son œuvre dans la personne de ses disciples, car, comme le dit Monseigneur, " il y a des hommes assez égarés par l'esprit moderne pour tenter d'éloigner le plus possible de l enseignement ecs humbles Frères. "
Sans doute on n'use point aujourd'hui à l'égard d^^ nos bons Frères des procédés violents de 1793, mais on cherche à les déprécier dans l'opinion publique, en les représentant comme des maîtres incapables de former notre jeunesse aux diverses carrières et de la préparer aux combats de la vie. Nous devons à la vérité et à la justice de relever de telles assertions qui tendraient à amoindrir les religieux dans l'es-
time des familles chrétiennes, car, comme le disait si judicieusement Monseigneur, il y a trois ans, " convainquons-nous que les mouvements d'idées, qui ont produit des résultats subversifs dans d'autres endroits, arriveront aux mêmes fâcheuses conséquences si nous ne les enrayons pas dès le ■début de leur apparition au milieu de nous."
Kn 1870, un iiiiisitliiKui assistait à une séance du Conseil municipal d'Alger. On y discutait un projet de loi relatif aux écoles des Frères ; parmi les édiles, les opinions étaient différentes : les uns défendaient les congréijanistes, les autres voulaient les frapper d'ostracisme. On demanda avis au miisiilniau, qui répondit : "Je ne connais pas par moi-même Xcà Frcrcs chrétiens ; pour les juger, j'examine quels sont leurs amis et quels sont leurs adversair^^s. De cet examen, je conclus que l'école des Frcrcs chrétiens est une excellente et la meilleure institution. "
Parler d'or, brave et judicieux musulman ; ce trait n'cht point de \ esprit moderne, c'est du vieux bon sens.
Aujourd'hui encore, plusieurs personnes auraient besoin d'aller à l'école du brave Musulman. Kn effet, aujourd'hui comme en 1870, que voyons-nous? qu'entendons-nous? Poursuivre nos bons Frères et les charger des accusations les plus gratuites, les plus étranges, et les plus contradictoires. Tantôt, ce sont des ambitieux qui rêvent le monopole et cherchent à s'emparer de toute l'éducation ; tantôt, ce sont des maîtres incompétents, encroûtés dans une aveugle routine et incapables de former la jeunesse aux exigences de la vie. Ces dires sont complètement dénués de tout fondement.
Les Frères, des monopoliseurs ! Et la preuve ? La voici : en une seule année, ils ont refusé dans notre cher Canada, irente-six établissements ; cette année même, dans un seul
mois, ils ont reçu six dciiiandc-i. ICcoutcz, chers lecteur.-^, ce
petit récit de IM. Rendu, inspecteur général de l'instruction publique en France : " Le l'Vère rhiiipi)e, avait un jour, c'était en 1.S42, la bonne ou la mauvaise fortune de s'entretenir avec un personnage politique, dont on est toujours embarrassé de qualifier le rôle, parce que, naïvement funeste à son pays, il fit perpétuellement le mal, sans le savoir, et, incidemment, deux révolutions, sans le vouloir, M. Odilonlîarrot. " Vous êtes, disait au très honoré Frère supérieur l'inconscient agent de tant de catastrophes, vous êtes, vous autres instituteurs aux longs manteaux noirs, \q parti-prctre incarné dans le peuple, nous vous voyons venir : vous voulez envahir à votre profit tout le domaine de l'enseignement primaire." — "Mon Dieu! rassurez-vous, répondit le supérieur général avec son calme sourire ; nos manteaux ne sont ni si longs ni si noirs qu'ils en ont l'air. Moi, l'ennemi des maîtres laïques ! mais vous me croyez donc bien aveugle ou bien fou ! Que ferions-nous, à nous seuls, de l'enseignement primaire de la F^rance ? Ce que je demande, c'est une seule chose ; c'est que la lutte scolaire soit loyalement ouverte entre les laïques et les congréganistes, les uns et les autres s'efforçant, dans une émulation féconde, de distancer leurs concurrents, afin que le prix soit aux plus dignes, — et cela dans l'intérêt commun, l'élévation morale, intellectuelle et professionnelle des classes ouvrières. " (i)
(1) La fonnulo révolutiounairo : instruction gratuite, ohliriatoirti (t laïque n'a point éclos on un jour. Les loges, dont elle résume le synibole pédagogique, y ont mis plus do façon. Posant en bienfaitrices do l'humanité, elles ont proclamé le grand ])rincipe philanthropique de la gratuité, qui rend l'éducation possiblo à tous ; puis est venue ensuite l'obligation, qui devait mettre un terme à Tifacurio scandaleuse de certains parents ; enfin, la hricitc, qui, sous des apparences anodines, avait pour but d'exclure de l'enseignement les con-
Les Frères ennemis des instituteurs chrétiens non congréfanistes ! C'est là une assertion calomnieuse qui ne repose sur aucune preuve. Mais n'est-ce pas le Vénérable qui a
frégations religieuses et de remettre la jeunesse entre les mains de Is franc-maçonnerie.
En effet, le mot laïque a eu d'abord un double sens et a servi à désigner soit les personnes, soit TinstrucUon. Grâce à cette équi, roque, le sens public a été trompé, perverti ; la maçonnerie a conqui» toutes les positions ; aujourd'hui, maîtresse de la situation, elle jette le masque et se montre franchement athée. Erigeant l'usurpation en dogme et substituant le fait au droit, elle accuse l'Eglise de proscrire les laïques de l'enseignement et de viser au monopole. La ^ctique est aisée à comprendre. On veut ainsi faire croire que ceux «lUi combattent l'instruction laïque réclament le monopole pour 1« •lergé et prétendent chasser de l'enseignement tous les instituteur» laïques. Rien n'est plus faux, comme l'a prouvé avec beaucoup de force et de netteté un écrivain que nous avons plaialr à citer à ce propos: "Jamais, même au temps de sa plus grande puissance, yEgb'se n'a dit à ceux qui voulaient se mêler d'enseignement : Il ftiut préalablement que vous revêtiez une soutane noire ou blanche ; il faut que vous soyez liés par des vœux religieux ou engagés dans
les ordres sacrés L'Eglise n'a jamais dit : L'éducation laïque est
Mauvaise, l'éducation cléricale est la seule bonne. Elle se borne ï, dire, et nous répétons après elle : Toute éducation qui va h nier le« iroits des parents, à détruire la sainte influence de la famille est mauvaise ; toute instruction qui veut faire abstraction des croyance* leligieuses, eût-elle d'ailleurs tous les mérites, est au moins insufïieante et ordinairement funeste ; toute éducation qui est antichrétienne est détestable, ruineuse pour l'individu, pour la famille, pour la société." [VEtat maître de pension, parle R E*. Lescœur, p. 8-9.(
Non, l'Eglise ne refuse le concours d'aucun homme de bonne volonté ; elle tient prudemment compte du temps et des circonstances ; mais elle ne saurait, sous U bénéfic» de» faits accomplis, abdiquer le droit sacré qu'elle a reçu de Dieu do présider à l'éducation des peuples et de proté^ le droit naturel des familles contre l'omnipotence de l'Etat. A elle, dépositaire de la vérité, et non a César, la direct on de l'Ecole. "L'«'''ole est strictement une cour d« temple, un portique en dehors du «anctuaire. Elle ne peut être séparée de l'Ej^lise. Elle a été créée par l'Eglise, et l'Eglise l'a créée
établi les premières Ecoles normales pour former des maîtresd'école ? Ne sont-ce pas les Frères qui ont ouvert, dès 1837, les premières écoles normales de Belgique ? Ne sont-ce pas les PVères qui, en Canada, ont établi, pendant les vacances, les premiers cours normaux d'où, dit M. Meilleur, il est sorti un bon nombre d'excellents instituteurs ? Les Frères n'ontils pas dirigé, avec un succès incomparable, plusieurs écoles normales de France, jusqu'à ces derniers temps ? Actuellement, n'ont-ils pas à Beauvais un cours normal que maintient le conseil général envers et contre tous ? Ne possèdent-ils
pour reraplir sa mission envers ses propres eufanls. L'Eglise ne peut «éder h, aucun pouvoir sur la terre, la formation de ses enfants et la direction de ses écoles." [Cardinal il///nntrt7, iimudoment de carême, 1877.)
A Elle aussi de défendre les droits de la famille dans le domaine de l'éducation contre les prétentions de nos modernes pédagogues. L'enfant est h, la famille et non à l'Etat ; à celle-là et non à celui-ci le choix des maîtres ; l^VEXu^Vassistimce, non Vomnipotenee. '"Si le père de famille est trop pauvre, l'Etat lui donne Vassistance scolaire. Mais cette assistance, pas plus que l'assistance alimentaire, ne saurait autoriser une ingérance étrungère dans le choix de la famille, porter atteinte à l'autorité morale du père, au foyer domestique. " (Vice-amiral Gueydon, circulaire du 4 sept. 1811.)
" Le crime général, le grand crime de l'éducation française est d'avoir soustrait le peuple à l'action de l'Eglise. L'Eglise fut de tout temps la maîtresse et l'éducatrice du peuple. L'école du peuple était une arme de la maison du prêtre ; le presbytère était une école ; c'est par cent mille écoles qu'il fallait compter les écoles du peuple. " (Laurenti'e, les Crimes de l'éducation française, page 66.)
L'Instituteur n'est donc pas un fonctionnaire de l'Etat, mais un auxiliaire de l'Eglise, un substitut des familles. Ainsi envisagées ses fonctions ne sont pas un vulgaire métier qui fait de lui un commis quelconque livré à la merci d'une bureaucratie capricieuse qui brise et révoque «d libitum; mais elles prennent des proportions sublimes et s'élèvent, comme le dit Mgr Dupanloup, à la hauteur d'une paternité, d'une magistrature et d'un sacerdoce, garantissant ainsi à l'instituteur toute dignité, toute liberté, t«ute sécurité.
pas, en Belgique, deux écoles normales d'où sortent, chaque année, des centaines d'instituteurs chrétiens qui préfèrent le maigre traitement que leur fait la charité chrétienne au plantureux salaire que leur offre l'Etat comme prix de leur apostasie ?
Nos bons Frères peuvent se consoler des accusations ridicules dont les charge l'ignorance ou la méchanceté. A ces dires dénués de tout fondement, nous allons opposer des témoignages bien autrement graves et décisifs.
1° — Témoignage des Papes et des Evcqiics.
Clément XI confia une des écoles dites papales au frère Droiin, que le Vénérable avait envoyé à Rome comme témoignage de sa dépendance à l'égard du St. Siège. Déjà en 1702, le même Pontife avait confié aux disciples du Vénérable la direction des écoles d'Avignon dans le comtat Vcnaissin. Toutes ces écoles étaient très pauvres. Le Vénérable aidait le frère Droiin dans la mesure de ses faibles ressources ; le vice-légat, par ordre de Clément XI, et l'Archevêque Mgr. Maurice de Gontery, se chargèrent eux-mêmes de l'entretien des frères d'Avignon.
Benoit XIII, approuva, le 28 janvier 1725, les Règles de l'Institut composées par le Vénérable lui-même. Dans sa Bulle /;/ apostolicœ dignitati solio, S. S. appelle les Frères " ses chers fils " et déclare l'utilité de l'Institut pour remédier " au nombre infini de désordres que cause l'ignorance, source de tous les maux. " Les fonctions d'éducateurs chrétiens paraissent à Benoit XIII si élevées, qu'il défend aux disciples du Vénérable de " sortir de l'Institut, même sous prétexte d'embrasser une religion plus étroite, ni de revenir au siècle ; mais qu'ils demeurent sous l'obéissance de leurs Supérieurs, et non autrement. "
Benoît XIV et Clciiteiii XI'V enrichirent l'Institut de
précieuses faveurs spirituelles. ?
Pic VI recueillit, pendant la tourmente révolutionnaire,
les débris de l'Institut et, après l'emprisonnement du F. Aga-
tlion, il nomma, par son bref du 7 août 1795, le Frère Fru-
mence vicaire général.
Pic VII, en 1805, honora de sa visite les Frères établis à
Lyon, bénit l'Institut renaissant, la chapelle restaurée et
laissa, comme promesse de prospérité, les piiroles les plus
encourageantes et les plus paternelles.
Léon XII, prodigua à l'Institut et, en particulier, aux frères d'Italie, les effusions de sa paternelle tendresse.
Grégoire XVI, introduisit, en 1840, la cause du Fondateur de l'Institut et décerna le titre de "Vénérable' au premier frère des Ecoles chrétiennes.
Pie IX fut pour l'Institut, dont il appréciait les éminents services, un protecteur puissant, un bienfaiteur généreux et un père tendre et dévoué. Pendant son long et glorieux pontificat, il confia à l'Institut plusieurs écoles de la Ville éternelle, il bénit, encouragea et enrichit de précieuses faveurs VŒuvre du Vé?iérablc de la Salle, poursuivit sans relâche une cause chère à son cœur, la béatification du Vénérable dont il proclama les vertus héroïques. Rien de plus touchant que la paternelle familiarité avec laquelle il recevait à Rome le vénéré Frère Philippe. "Votre Institut, lui disaitil, est une grande chose dans l'Eglise de Dieu." Un jour, Pie IX avait remarqué le nom du Frère Philippe sur la longue liste des personnes présentes ; il chercha des yeux le modeste supérieur, qui s'était caché au dernier rang et, l'ayant aperçu : "Philippe, lui dit-il, où trouverons-nous assez de pain, pour tout ce monde ?" Aussitôt l'humble Frère tomba à genoux : "Très Saint Père, répondit-il en
remettant à Sa Sainteté le denier filial de son Institut, voici de quoi acheter quelques pains d'orge."
El. 1867, lors de la célébration solennelle du i8e anniversaire séculaire du martyre de St Pierre et de St Paul, le Frère Philippe retourna à Rome. Quand il parut devant Pie IX: "Voici, dit le Pape, voici le Parère Philippe, dont le nom est connu dans tout l'univers." — "Très Saint-Père, il va l'être bientôt à Madagascar ; nous faisons des établissements à Madagascar." : '■ '• " : - ' / "
Nouveau voyage en 1873 pour être témoin de la gloire décernée, au nom de l'Eglise, au Vénérable de la Salle, toujours même bonté de la part de Pie IX. Le Frère Philippe s'était placé à l'extrémité supérieure de la Salle du Trône. Sa Sainteté l'aperçut : " Voilà le Frère Philippe, s'écria-t-EUe à haute voix ; il vient assister au triomphe de l'Instituteur de sa Compagnie, le Vénérable de la Salle." S'avançant vers le Supérieur-Général, Pie IX lui donna sa main à baiser, et lui fit signe de se lever et alors s'engagea le dialogue suivant, dont le Frère Philippe est le narrateur :
" — Vous avez fait un bon voyage, nous dit le Saint-Père avec son accent de paternelle bonté.
" — Oui, très Saint-Père, Dieu merci !
" — Vous paraissez jouir d'une bonne santé ?
" — Ma santé n'est rien, très Saint-Père ; mais celle de Votre Béatitude est bien plus précieuse, car elle intéresse tout l'univers catholique.
" — Quel âge avez-vous .'
" — Très Saint-Père, je suis de l'âge de Votre Béatitude.
" — Je savais bien que nous étions à peu près du même âge.
" — Oui, très Saint-Père, mais pas de la même sainteté, sous aucun rapport."
Puis, après une de ces allocutions chaleureuses dont Pie IX avait le secret, Sa Sainteté adressa à la foule quelques paroles agréables, et finit par celles-ci : " Je bénis de nouveau tout ce monde, et encore le Frère Philippe."
Un témoignage de bonté vraiment paternelle de la part de l'auguste chef de l'Eglise attendait le Frjre Philippe à son retour au palais Poli ; il y trouva deux immenses corbeilles remplies de toutes sortes de pâtisseries ; à cette vue, le supérieur s'étonne et garde le silence. " C'est un don du' Saint-Père, lui dit aussitôt le frère qui venait de recevoir les corbeilles. Deux serviteurs de Sa Sainteté sont venus tout à l'heure ; le Saint-Père, avant la cérémonie, leur avait dit: " Prenez ces corbeilles et portez-les au Parère Philippe. Voyez " en passant, s'il loge à Saint Sauveur ; s'il n'y est pas, ce " sera au palais Poli. Mais il faut absolument que vous soyez ** là avant lui. Il doit réunir aujourd'hui les frères pour un " petit repas de famille et de fête, je veux les régaler. "
Le lendemain, 2 novembre, le Frère Philippe et son assistant étaient aux pieds du Pape en audience particulière pour le remercier du décret.
" Après avoir offert au Saint-Père, dit le supérieur dans le petit récit de son dernier voyage à Rome, l'hommage de notre reconnaissance et toutes les assurances de respect, de vénération, de dévoûment dont nous sommes pénétrés pour lui, nous vînmes à parler des bonbons ; ce qui le fit rire de bon cœur. " De bonnes religieuses, encore dans leur couvent, nous dit-il, ont pensé au pape), et le pape a pensé aux frères. — Cette délicate attention de votre part, très vSaint- Père, nous touche vivement. — Combien étiez-vous à table ? — Très Saint-Père, tous nos frères étant occupés, hier, à porter des décrets à nos amis, se trouvaient disséminés ; nous avons donc remis le repas à ce soir, vers deux heures. — Et
alors combien serez-vous ? — Très Saint-Pcrc, autant que la salle pourra en contenir. Chaque communauté enverra une dcputation. Il y aura aussi nos aumôniers, quelques-unes des personnes qui ont travaillé à la cause. — Bien, bien."
" Le Saint-Père nous ayant permis de lui baiser la main Cl nous ayant donné sa bénédiction pour nous et pour tout l'Institut, nous nous^prosternons de nouveau trois fois en le quittant. Ce moment fut plein d'émotion, surtout pour moi qui avais à me dire : Hélas ne sera-ce pas la dernière fois?... Quand on a été accueilli avec tant de bonté par un Pontife si grand, si magnanime, si illustre, par le vicaire de Jésus- Christ, on ne peut le c^uittcr sans arroser le pavé de ses larmes. "
C'était, en eftet, pour la dernière fois que le P>ère Philippe devait baiser ici-bas les pieds de Sa Sainteté. Le 7 janvier 1874, l'illustre Supérieur-Général allait, après une courte maladie, recevoir du divin Rénumérateui la récompense d'une vie de 81 ans, dont 64 de religion et 31 de généralat. Pie IX versa des larmes sur la tombe de celui qu'il avait traité avec une^ familiarité surprenante ; et, comme témoignage de son amour pour le cher défunt et sa nombreuse famille, voici le Bref que Sa Sainteté adressa au frère Callixte et aux autres frères assistants.
" A nos bien-aimés fils, frère Callixte et les autres assistants de la Congrégation des Ecoles chrétiennes.
PIE, PAPE, IXe DU Nom. "^ 'N^ :^'
" Chers fils, salut et bénédiction apostolique. '
" Dieu, qui, pour l'accomplissement et le progrès de ses œuvres, a coutume d'employer des instruments aptes, de fortifier par des secours opportuns et d'orner de ses dons les hommes choisis pour cette fin, concéda, pendant de longues années, à votre Congrégation, chers fils, l'excellent
supérieur que vous avez perdu. Il l'avait doté d'une intelligence droite dans un corps sain, et l'avait enrichi de l'esprit de foi et de charité, h. afin que le vent des mauvaises doctrines, qui souffle de toutes parts, ne le séduisit point, il fixa son cœur et son esprit à cette chaire de vérité que votre supérieur entoura toujours du culte d'une humble vénération et d'un ardent amour. Telle est la source à laquelle il •puisa cette vertu de fécondité qui lui a fait quintupler la famille dont il avait reçu la direction, et lui a permis d'offrir avec largesse les bienfaits de son ministère aux régions les. plus éloignées. Et comme par une éducation religieuse et soignée, par les exercices de la vie régulière, des exhortations fréquentes, la diligente surveillance de toutes choses et ses pieux écrits, votre supérieur avait pénétré de ses propres sentiments les membres de la congrégation, ils sont devenus très utiles non-seulement à la religion, mais encore à la patrie, à laquelle ils rendirent dans ses revers d'admirables services de charité. C'est donc avec raison que vous pleurez sa perte ; mais comme son esprit est vivant et florissant parmi vous, Nous ne doutons point qu'il ne se trouve aisément dans votre institut un grand nombre de membres entre lesquels on puisse élire un homme capable de conserver et de faire avancer l'œuvre que votre défunt supérieur a développée, perfectionnée et propagée par ses longs et incessants travaux. C'est là ce que Nous vous souhaitons, et Nous appelons, à cette fin, sur vous les lumières et les secours du Ciel. En attendant, Nous prions Dieu afin que l'autorité qui vous est confiée pendant les vacances du généralat tourne au bien de votre congrégation. C'est pourquoi, comme présage des faveurs célestes et gage de notre paternelle bienveillance, Nous accordons très afifectueusement à vous, fils bien-aimés, et à toute votre congrégation la bénédiction apostolique.
" Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 5 février de l'année 1874. De notre pontificat la 28*' année.
Signé : riE, PAPE, IXe du nom. "
Nos lecteurs nous pardonneront, nous en avons la confiance, la longueur de ces détails. Il y a tant de charmes à redire les épaichcments du grand Pontife et du grand Supérieur Généi'al ! — Nous reprenons maintenant le cours de nos citations.
Léoti XIII. A peine assis sur la chaire de Pierre, le successeur de Pie IX, jaloux de continuer envers l'Institut les traditions de bienfaisance établies par son prédécesseur, s'empresse de bénir de nou/eau l'Œuvre du Vénérable de la Salle, de poursuivre la b-îatification du pieux Fondateur. Pénétré d'estime pour ^Institu^ il multiplie les écoles chrétiennes à Rome, non selon les désirs de son cœur et les besoins du peuple, mais selon les ressources très restreintes de son extrême pauvreté. /
Chaque lettre de Sa Sainteté au Très-Honoré est empreinte de l'affection paternelle la plus expressive. " Pendant que Nous vous exprimons» à vous et aux vôtres. Notre cordiale gratitude pour le dévoûment que vous professez envers Nous, dit le Saint-Père, Nous supplions réciproquement le Seigneur de répandre favorablement l'abondance de ses grâces sur vous, sur toute la Congrégation que vous gouvernez, et aussi sur les élèves confiés à votre direction." — Et encore : " Nous dc^^irons ardemment tout cela, Fils bienaimé, soit à cause de cet amour, qu'avec justice nous portons à votre Institut, soit pour le bien de toute cette jeunesse qui, par vos soins, doit être instruite et élevée dans la crainte de Dieu. "
Nous ne saurions résister au plaisir de citer en entier la lettre par laquelle Sa Sainteté répond, en 1879, aux vœux ti . "^'-ès-Honoré Frère Supérieur Général :
An cher Fils, Frère Irlide, Supérieur Général de la Congrégation des Frères des Ecoles chrétitunes, A Paris,
LKON, rAl'K, XlII» DU NOM. ^à "'-^''j '*''
Cher Fils, salut et bénédiction apostolique. '•
■•*'■' Si la preuve de la dilection se déduit du témoi<;nagc des œuvres, certes votre Confjréî:ïation ne l'a jamais cédé à aucune autre, pour le respect filial et l'amour envers ce amt-bicge. ' '
Vous mettez constamment votre principale gloire, en effet, non-seulement à imiter les exemples de votre vénérable Fondateur, en accomplissant promptement les ordres, les volontés, les désirs du Souverain Pontife ; mais vous l'en*» tourez des hommages de vénération, de dcvoûmcnt, de générosité ; vous lui donnez un très utile concours, dans toutes les parties du monde pour procurer le Scdutdes âmes, par l'éducation chrétienne de l'enfance et de la jeunesse, comme aussi en favorisant les intérêts de la société civile, par la culture méthodique des intelligences.
Mais ces bienfaits, tout éclatants qu'ils sont, ne sauraient être agréables aujourd'hui au monde, qui tst tout à fait établi dans le mal, et entièrement adonné à la concupiscence de la chair et des yeux, et à l'orgueil de la vie, et désire, par conséquent, un tout autre genre d'éducation.
C'est pour cela que rien n'est omis pour parvenir à vous enlever les centaines de mille d'enfants et d'adolescents, que des parents chrétiens ont confiés à vos soins ; et quoique vous ayez eu à combattre déjà contre les ennemis de la religion chrétienne, pour les droits sacrés de l'enfance et de la jeunesse, il est possible que vous ayez à soutenir une lutte encore plus dure et plus périlleuse.
Prenez donc le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre les traits enflammés du très malin esprit ; prenez
le casque du salut et le glaive spirituel ; considérer ce qu'a coûte à Notre Rédempteur le salut des âmes, combien il fait pour qu'elles ne périssent point, et de quelle récompenseil rémunérera, par conséquent, ceux qui se dévouent pour les retirer du péril, afin qu'elles parviennent au salut. Employez donc tous vos soins et vos industries, pour en arracher le plus grand nombre possible à la mort ou au danger de leur ruine.
Que Dieu seconde vos travaux dans ce but, qu'il vous soutienne et vous fortifie par sa vertu, et qu'il vous comble de tous les dons célestes. En attendant, recevez comme gage de ses faveurs la Bénédiction Apostolique, que Nous donnons affectueusement, comme témoignage de Notre paternelle bienveillance, à vous, cher Fils, et à toute la congrégation que vous gouvernez.
Donné à Rome, le 13 janvier de l'année 1879, première de Notre Pontificat.
LÉON XIIIo, rp.
Tout l'Episcopat partage, à l'égard des disciples du Vénérable, la même estime, le même attachement, que les immortels Pontifes dont nous venons de citer les actes et paroles.
" Le peuple français, disait le cardinal Fesch, sera redevable aux soins des Frères de la régénération de ses mœurs et de la foi tie ses pères. "
*' Ce vénérable Institut des Frères, si précieux à l'Eglise, est, dit Mgr. Le Coq, comme l'incarnation du bien et d» dévoûment. Les Frères des Ecoles chrétieimes sont devenus les plus utiles auxiliaires des Evêques, des prêtres et des fervents catholiques. "
Dans une allocution adressée à un des Noviciats de l'Institut, Mgr. Bourret disait à son jeune auditoire : " Quelle merveilleuse vocation est la vôtre ! Nous autres, nous ne faî-
sons que moissonner sur la terre que vous avez ensemencée. Le séminaire où vous êtes est peut-être plus important que le séminaire de nos clercs. Vous travaillez à la première heure du jour. Vous travaillez dès l'aurore de la vie sur des âmes qui sortent toutes fraîchement façonnées des mains du Créateur. "
•' L'Institut dos Frères des Ecoles chrétiennes est, di*: le R. P. Fél'\-, une des plus grandes forces sociales de notre temps. Son enseignement est le remède le plus efficace contre l'antichristianisme qui menace à la fois la religion et la société. "
Nous pourrions multiplier ces témoignages de l'Episcopat, du clergé en faveur de l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes ; mais cela nous paraît superflu, car l'estime dont cette pieuse famille jouit dans l'Eglise de Dieu est suffisamment établie par la voix des deux Souverains Pontifes, des i8 cardinaux, des 80 archevêques ou évêques qui recommandent son recrutement, XŒtivre du Vénérable, et par les 153 cardinaux, patriarches, archevêques et évêques qui viennent d'adresser une supplique au Saint-Père, conjurant Sa Sainteté de hâter la béatification de son Fondateur, l'humble chanoine de Reims.
2° — Témoignage de quelques Souverains.
Voici venir d'autres amis : après les princes de l'Eglise, les princes de la terre.
Louis XIV ofifrit l'hospitalité à l'infortuné Jacques II, roi d'Angleterre. Une cinquantaine de jeunes seigneurs irlandais avaient préféré à l'esclavage dans la patrie l'exil de leur prince, (i) A qui Louis XIV va-t-il confier l'éduca-
(2) Parmi ces jeunes exiles se trouvaient les ancêtres du Maréchal de McMahon.
tion de cette brillante jeunesse ? — Au Vénérable de la Salle qui lui fut désigné par Mgr de Noailles comme l'instituteur le plus accompli pour une telle œuvre.
Louis XV délivra à l'Institut les Lettres-patentes qui lui confèrent la personnalité civile. " Nous avons, dit le Roi, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, approuvé, autorisé et confirmé, et par ces présentes, signées de notre main, approuvons, autorisons et confirmons l'établissement des exposants dans la dite maison de Saint- Yon, au faubourg de Saint-Séver de notre dite ville de Rouen, ainsi que l'acquisition qu'ils ont faite de la dite maison mentionnée au susdit contrat du 8 mars 17 18, lequel sortira son plein et entier effet. Voulons et nous plaît que les dits exposants continuent à faire leur demeure dans la dite maison pour y former non-seulement les sujets à tenir les écoles de charité pour envoyer dans différentes villes de notre royaume, mais encore pour y tenir l'école de charité, où ils enseigneront les principes de la foi catholique, apostolique et romaine aux pauvres enfants qui leur seront envoyés de la dite ville, faubourg et environs de Rouen, et montreront aussi à lire et à écrire, et l'arithmétique, le tout gratuitement, leur permettons de recevoir les pensionnaires de bonne volonté qui leur seront présentés, les sujets qui leur seront envoyés de notre part et pal* ordre de notre cour de parlement de Rouen pour mettre à la correction. Comme aussi accordons aux dits exposants le droit et faculté de pouvoir jouir et posséder tous les fonds et héritages dont on pourra leur faire legs ou donations, ou qu'ils pourront acquérir de leur chef, sans préjudice toutefois des droits, devoirs et indemnités dus à d'autres seigneurs qu'à nous desquels, à l'égard de ceux à nous appartenants, nous leur avons fait don et remise en entier, tant pour le présent que pour l'avenir. "
Napoléon \er se montra constamment le protecteur et le défenseur des Frères. Dans une séance du Conseil d'Etat, il répondit à quelques membres imbus de préventions contre l'Institut: " Je ne conçois pas l'esprit de fanatisme dont quelques personnes sont imbues contre les Frères ; ccst un véritable prcjug:. Partout on me demande leur rétablissement ; ce cri général montre assez leur utilité. " (Séance du 1 1 mai 1806). Ecrivant à M. de Fontanes, ministre de l'Instruction publique, il lui dit : "Choisissez les Frères de préférence à tous les autres instituteurs." En 18 12, Napoléon apprend qu'un frère vient d'être enrôlé sous le.-i drapeaux ; aussitôt, il écrit à son ministre : " Rendez ce frère à sa classe ; je pourrai toujours trouver un soldat, peut-être ne pourrais-je pas trouver un frère. "
Sa Majesté r Impératrice d' AllemagriC aimait les Frères comme une mère aime ses enfants. Le frère économe de Kemperhof étant tombé dangereusement malade, sa Majesté daigna aller le visiter et lui adresser quelques paroles d'encouragement. Toutefois la tendresse de la Souveraine pour les Frères ne put triompher de la fureur antireligieuse du tout puissant Bismark ; les Frères de Kemperhof et de Coblentz durent prendre le chemin de l'exil. Avant leur départ, ils reçurent de leur Impériale Protectrice une marque bien touchante de sollicitude. Voici comment la Volksaeituni;, de Coblentz, relate cet incident : " M. le maire Lottner s'est présenté hier, au nom de S. M. l'Impératrice Augusta, à l'orphelinat des Frères des Ecoles chrétiennes, dont Sa Majesté est la haute protectrice depuis vingt-huit ans, pour remettre aux chers Frères une lettre autographe d'adieux, ainsi qu'un christ en or, d'une grande valeur, à titre de souvenir. "
3° — Tcnioigiiagc de quelques Universitaires.
Portalis écrivait au premier Consul : " On m'assure que les Frères font partout le même bien, que partout il s'opère un changement remarquable dans la subordination des enfants. Pour rendre leur institution utile et leurs services durables, il importe qu'ils aient un point central de réunion ; tout y gagnerait : les finances, en ce que ces instituteurs se contentent du plus strict nécessaire et que leur enseignement est gratuit ; l'instruction des enfants, en ce que ces maîtres étant entièrement consacrés à cette intruction, ne sont point distraits par les soins d'une famille. "
M. de Fontanes ne fut pas moins dévoué aux Frères : ** M. de Fontanes, dit M. Poujoulat> ne laissa passer aucune occasion d'encourager les Frères ; il se conformait ainsi aux intentions formelles de Napoléon, qui protégea toujours l'Institut, qui autorisa les communes à voter des allocations pour fonder des écoles de frères, et qui recommandait les enfants du Vénérable de la Salle " de préférence à tous les autres instituteurs. " C'est son bon sens d'organisateur qui lui inspirait cette prédilection."
Le 30 novembre 18 10, M. Emery écrivait au Frère Frumence, Supérieur-Général : *' Personne plus que moi n'estime votre congrégation, et je vois avec plaisir que dans le Conseil de l'Université, il n'est jamais question des Frères des Ecoles chrétiennes sans éloge de leur ensciguement et de leur méthode. "
M. Villemain, grand maître de l'Université, disait au F* Philippe : " Je ne sais pas comment vous vous y prenez, mais les Inspecteurs ne disent que du bien de vos écoles. Tous ces cartons, ajoutait-il en lui montrant un côté de son cabinet, sont remplis de rapports élogieux à votre endroit. "
La Hollande, pays protestant, rend hommage à l'Institut et accepte ses méthodes. "Il est curieux, dit M. Cousin,, d'entendre à Amsterdam un ministre protestant, un Quaker et un philosophe s'accordant à faire l'éloge de ces pauvres ¥rhxts qui font tant de bien et qu un fatiatisnic dUin no7ivcan genre essaie en vain de flétrir du nom d'ignorantins. "
" A Dieu ne plaise que je puisse songer à exclure qui que ce soit de l'éducation populaire ! Loin de là, je chercherai à appeler à cette noble tâche tous les hommes de bien, tous les hommes éclairés, sans aucune acception de cultes et de méthodes. Mais, je l'avoue, ccst surtout aux Frères de la doctrine chrétienne qu'il me paraîtrait convenable de confier les écoles communales absolument gratuites, comme c'est surtout aux Sœurs de charité que nous confions le soin des malades dans les hospices. D'abord, ccst au service du peuple que les statuts des Frères les consacrent. Ensuite, par un retour naturel, le peuple aime les Frères. Le peuple est fier et il ne veut pas qu'on le méprise, et, avec les meilleures intentions du monde, les laïques peuvent avoir l'air de mépriser le peuple pour peu qu'ils aient des façons trop élégantes.
" Les Frères ne nous méprisent pa?, dit le peuple. La tournure simple et facile des Frères appelle à eux toutes les bonnes gens et les ouvriers des villes ci des campagnes. Leur prévenance, leur douceur, surtout leur pauvreté (car ils ne possèdent rien en propre), les rapprochent et les font bien voir du peuple, au milieu duquel ils vivent. Le fpeuple et l'enfance demandent une patience sans bornes. Quiconque n'est pas doué d'une telle patience ne doit pas songer à être maître d'école. Enfin, par leurs statuts, les Frères enseignent gratuitement : il leur est interdit de rien demander aux enfants, et ils se contentent de très peu de chose pour eux et pour leurs écoles. Voilà des gens qui semblent être faits tout exprès pour l'instruction primaire gratuite. "
M. Thicrs aimait à redire : " Les Frères et les Sœurs, voilà, à l'école et à l'hôpital, les vrais amis du peuple. " Il écrivait à M. de Mole: "J'ai été longtemps universitaire, systématiquement universitaire. Eh bien, je déclare aujourd'hui que je voudrais voir des Frères des Ecoles chrétiennes, non pas seulement dans tontes les villes, mais dans tons les bonrgs et dans tons les villages. " M. Thiers était, ne l'oublions pas, 7mivcrsitaire, systéviatiqncmctit nniversitaire, librepcnscnr, mai?, malgré cela, homme de bon sens ; c'est pourquoi il voulait des Frères dans tontes les villes, dans tons les bonrgs et dans tons les villages,
M. Duruy, qui a étudié à fond l'organisation du Pensionnat de Passy, et qui a cherché à la reproduire dans ses collèges industriels, déclare que si on avait suivi là voie tracée par le Vénérable, on aurait avancé de dcnx siècles V enseignement prof essionncl. M. Gréard opéra, en 1867, toute une révolution dans les écoles de Paris ; quel modèle voulut-il imiter ? les Congrégations religieuses. " Tandis que, dit-il, ancnne école coiig}'éganiste, S2i\xï à^ws., ne possédait moins de trois classes, quatre-vingts écoles laïques snr cent quatorze étaient restées avec une ou deux classes. Les partisans de l'enseignement mutuel ne se faisaient plus guère illusion. On ne le défendait plus : mais on continuait à le pratiquer. " — M. Buisson, nous l'avons dit, déclare que les Frères " ont transformé les méthodes de l'enseignement primaire, et que c'est à eux que revient l'honneur d'avoir les premiers, osé faire pénétrer dans les écoles primaires des procédés rigoureusement scientifiques. "
4° — Témoignage de l 'Armée.
Après l'Université, l'armée ; après les hommes d'afifaires, ies hommes de combat.
Drouot, surnommé le saint de Vannée, n'oublia jamais ses anciens maîtres, les Frères des Ecoles chrétiennes ; et, chaque fois que l'occasion s'en présentait, il allait leur offrir le tribut de sa respectueuse gratitude. ..; r: ,, ; M
Un jour, le Maréchal Niel donnait une réception à Toulouse. Il aperçut au fond du salon les Frères des Ecoles chrétiennes, modestement dissimulés derrière une foule d'autorités plus chamarrées et moins bienfaisantes. Aussitôt il les appela à lui : '* Approchez, leur dit-il, mes Frères, mes premiers maîtres, vous à qui je dois tant et de si bonnes choses. "
Après la guerre franco-prussienne, le Gouvernement français établit à Rambouillet, pour former des officiers, une école dite École de pupils de l'Armée. A qui va-t-il en confier la direction ? — Aux Frères des Ecoles chrétiennes.
Le général Barry disait dans une distribution de prix aux élèves des Frères des Ecoles chrétiennes de Perpignan. ** Ce qui fait la sûreté, le succès et la durée des Ecoles des Frères, c'est que l'enseignement religieux y est la base fondamentale et comme la préface obligée de toute instruction. Comme dans la famille d'autrefois, comme aujourd'hui encore dans les familles chrétiennes, avant d'apprendre à lire on apprend à prier Dieu, on apprend la morale, non pas • la morale scientifique et indépendante qui mène l'homme tout droit au gouffre sans fond du matérialisme, mais la morale de l'Evangile, la morale du Christ, la belle etj simple morale du catéchisme et de l'Eglise catholique.
" Et c'est ainsi que vos chers maîtres façonnent et préparent pour le pays et pour la société des hommes respectueux par principe de l'autorité et des lois, des hommes disciplinés sans contrainte, des hommes de devoir et de dévoûment, en un mot des hommes utiles et jamais dange-
reux ; et soyez certains d'ailleurs que ces hommes, que ces bons citoyens sortis des mains des pauvres Frères i^twrantins en ont appris et en savent au moins tout aussi long que les autres. Ils le prouvent chaque jour dans tous les concours et en toutes les circonstances. "
Dans une circonstance analogue, le général Ambert disait à Dreux: "Je ne vous parlerai pas de la supériorité de l'instruction et de l'éducation des maisons des Frères. Cette supériorité s'expliquerait tout naturellement par le parfum religieux qu'on y respire. Vos maîtres vous enseignent le respect, ils vous disent ce qu'est le devoir ; enfin ils vous pénètrent d'une grande vérité, c'est que Dieu n'a pas dit au pauvre : " Prenez, " mais qu'il a dit au riche : " Donnez. "
" Portalis, le comte de Maistre, M. Guizot, M. Thiers, esprits supérieurs et caractères indépendants, avaient, sur l'instruction et l'éducation de la jeunesse, les mêmes idées, les mêmes principes que les Frères des Ecoles chrétiennes.
" J'ai dit, mes amis, que les Frères donnent l'exemple du courage. Comprenez bien ce qu'est le courage. Vous pensez peut-être qu'il n'appartient qu'au soldat et ne s'exerce qu'à la guerre. S'il en est ainsi, vous êtes dans l'erreur.
" Le courage est une vertu civile autant que militaire. Le courage vit sous le chaume et dans l'atelier aussi pur que dans les châteaux ou dans les villes. Le courage consiste surtout à résister aux mauvais conseils et aux mauvais exemples, à ne pas suivre aveuglément la foule, enfin à savoir discerner le mal du bien et à repousser énergiquement le premier.
" Ayez le courage de résister aux conseils et aux mauvais exemples.
" Il est une vertu que vos maîtres ont plus que d'autres le droit de proclamer : c'est le patriotisme.
•' Si 'e n'avais dépassé les bornes que je m'étais prescrites, si je ne craignais d'abuser de vos moments et de donner à cette causerie plus d'importance qu'elle n'en mérite, je vous rappellerais une scène de la dernière guerre.
" Le 8 décembre 1870, on enterrait les morts de Champigny, de Petit- lîry et de Noisy. La terre en était couverte. Les corps, répandus dans la plaine, et cachés sous la neige, ijcmblaient enveloppés de linceuils blancs.
" Deux troupes nombreuses se rencontrèrent : d'un côté, les Frères des Ecoles chrétiennes, au nombre de soixante environ ; de l'autre, une centaine de soldats prussiens, commandés par deux capitaines.
" Les Frères creusèrent la grande fosse des Français ; les soldats prussiens creusèrent celle des Allemands. La nuit vint, et l'on alluma les torches. Les Frères apportaient sur des brancards les corps de nos pauvres soldats ; j'en comptai six cent quatre-vingt-cinq. Au fond de la fosse, les Frères recevaient les corps et les plaçaient les uns sur les autres. Les Frères étaient couverts de neige, de boue et de sang. Aucun d'eux n'avait pris la moindre nourriture depuis vingt heures.
" La nuit était froide et la terre dure comme la glace. Vers minuit, l'un des capitaines prussiens, avertit que la suspension d'armes allait cesser. On se hâta, et notre fosse fut recouverte de terre. Alors, je vis un Frère s'avancer, portant dans ses bras une grande croix de bois noir. Il planta cette croix sur la grande tombe, puis, se mettant à genoux, il pria. Tous les Frères s'agenouillèrent et prièrent aussi.
" Le vent de la nuit agitait la flamme des torches. Nous étions par moments dans une profonde obscurité ; puis, tout à coup, une lumière éclatante nous inondait.
" Pendant que les Frères priaient, une grande lueur se fit.
" Un silence solennel refînait. Tout à coup une voix se fit entendre. C'était l'un des capitaines prussiens, qui disait à haute^voix, en langue française : " Nous n'avons rien vu de semblable en France ! " L'autre capitaine répondit : •' Excepté les Sœurs de la charité. "
" Voilà donc ces hommes, qui dispersaient nos armées, incendiaient nos villes, foulaient aux pieds nos moissons, qui s'inclinent devant un Frère et une Sœur !
" Oh ! ne repoussez pas cet hommage, car il s'adresse à notre sainte Eglise catholique dont vous êtes les serviteurs fidèles.
" Les paroles qu'un vieux soldat vient de prononcer devant vous, mes enfants, s'effaceront de vos souvenirs, mais retenez deux mots, je vous en conjure :
Dieu et patrie ! "
Le général Lebrun s'exprimait ainsi lors de l'érection du monument du Vénérable :
" Aux bons Frères, à ces hommes de Dieu qui nous ont grandement honorés en nous conviant à nous asseoir aujourd'hui à leur table. A ces amis dévoués du soldat, comme ils sont les amis dévoués de l'enfant et du pauvre. A ces Frères, si simples, si humbles et pourtant si vaillants, à ces glorieux brancardiers du champ de bataille, ce nom dont on les a si justement décorés ce matin et qui leur restera. Ah ! je le sais bien, leur modestie se dérobe à tous les honneurs du monde ; et pourtant, qu'ils le veuillent ou s'y refusent, c'est bien à eux qu'appartiennent tous les honneurs de cette belle journée. Qu'ils en reportent la gloire au saint fondateur de leur Institut, le Vénérable de la Salle, c'est leur devoir, et je n'y contredirai pas ; mais ce que je pense d'eux, j'avais pour devoir d'oser le leur dire. Vous ne m'en blâmerez pas. "
" Il y a quelques jours, à Fontainebleau, le général Schnégans, commandant l'Ecole d'application entouré de son étatmajor et des jeunes officiers dont il dirige l'éducation militaire, conduisait à sa dernière demeure un sous-lieutenant d'artillerie, à qui la maladie avait enlevé prématurément une existence qu'il ciit voulu offrir à son pays sur le champ de bataille. Au milieu des uniformes, on apercevait les soutanes de deux religieux. L'un c'était cet illustre savant, parvenu à la gloire sans l'avoir cherchée, placé récemment par Monseigneur l'Archevêque de Paris à la tête de la Faculté catholique des Sciences, c'était le Père Joubert. Il avait instruit le futur officier à la rue des Postes ; il l'avait exercé aux difficiles études qu'exige l'Ecole Polytechnique. Il venait pleurer son cher élève. L'autre, c'était un frère des Ecoles chrétiennes, premier maître du pauvre jeune homme, premier ■ .' guide de sa jeune âme, et demeuré son frère spirituel. Ce fut à lui que le général s'adressa : " Notre camarade, dit-il, orphelin de bonne heure, fut élevé par les Frères des Ecoles chrétiennes, vrais soutiens de ceux qui n'en ont plus, et dont le dévoûment sublime est au-dessus de tout éloge. Aussi je tiens à vous remercier, mon frère, de la démarche que vous avez faite ce matin. C'était votre place. Vous avez appris à ce jeune homme à vivre et à mourir en chrétien. Encore une fois merci ! "
Terminons ces traits par une page délicieuse que le général Ambert a consacrée aux disciples du Vénérable de la Salle.
" Aux yeux du monde, leur dit-il, vous êtes des serviteurs, mais aux yeux de Dieu, vous prenez le caractère de protecteurs. Jean-Baptiste de la Salle était un patricien et un docteur. Il aurait pu vivre dans le luxe entouré des honneurs humains. Ne pouvant élever jusqu'à lui ceux qui l'entou-
raient, il descendit vers eux. Il vous a légué sa servitude volontaire. Mais les enfants que vous instruise/, et les parents que vous secourez, seraient bien ingrats s'ils pouvaient oublier votre origine et ne pas voir sans cesse le protecteur au-dessus du serviteur.
Depuis deux siècles votre souffle anime le.'; écoles de France et se fait sentir dans l'Iùirope et au delà. Les Jésuites planent dans des sphères élevées, mais votre part est plus large : si les hommes de science sortent de leurs mains, vous donnez à la patrie les hommes d'action. Ce sont vos enfants qui labourent nos champs, dirigent nos vaisseaux à travers les océans, et remportent les victoires. Vos enfants étaient près de Luxembourg à Steinkcrquc et à Nerwinde, près de Catinat à Staffardc et à Marsaillc, près du maréchal de Saxe à Fontenoy. Qu'on ne l'oublie pas, non plus, les volontaires de Valmy, aussi bien que les grenadiers d'Austerlitz sortaient de votre école.
Ces écoles là valent bien, à tout prendre. Voltaire et d'Alembert, Diderot et Marbly, Cond illacet Duclos, Helvétius et Champfort. De méchants livres ne sauraient être comparés aux belles actions.
Les Américains qui luttent contre la nature, abattent les forêts, et renversent les rochers, disent souvent que la culture est facile, que le défrichement seul est entouré de difficultés.
Vous êtes des défricheurs et votre œuvre est tellement surprenante que l'esprit ne saurait en embrasser l'ensemble. Le même jour et à la même heure, dans tous le? Etats de l'Europe, en Amérique, en Afrique, en Asie, sur les diverses parties du globe, il se trouve un groupe de petits enfants réunis autour d'un frère. Il leur enseigne la vie, car celui qui ne participe point à la leçon du frère, ne peut vivre dans le milieu où il est né. Les autres le dépassent et il succombe par son infériorité.
N'est-ce pas le tliifrichcmcnt universel des inteHij^enccs ? On se demande ce (jne serait devenue la portion inférieure de la société sans l'institution du Vénérable de la Salle. Voltaire eût été satisfait, lui qui voulait abandonner le peuple à l'ignorance. On répondra peut-être que les écoles laïques eussent suffi en se multipliant. Mais les disciples du Vénérable de la Salle n'ont mis aucun obstacle au développement des écoles, et cependant le nombre est insuffisant. D'ailleurs, chacun sait combien l'influence des Frères a contribué au perfectionnement des écoles laïques. Les Frères ont amélioré les méthodes d'enseignement et créé tout un système, imité par les maîtres qui cherchent vainement à rivaliser avec eux.
Cette grande légion qui se nomme l'Institut des Frères des Fcoles chrétiennes, ressemble à l'armée française qui renferme dans son sein des hommes éminents et des esprits naïfs. Aussi, ne faut-il pas se hâter de porter un jugement sur un frère. On s'exposerait à d'étranges erreurs. J'ai trouvé parmi eux des chimistes, des mathématiciens, des géographes, des grammairiens que l'Université serait heureuse de posséder ; j'ai vu des comptables remarquables, des dessinateurs prodigieusement distingués, et je n'oublierai jamais un homme de lettres fort modeste que les académiciens auraient salué avec respect s'ils n'eussent ignoré son existence.
Lorsqu'à la première révolution les disciples du Vénérable de la Salle furent dispersés, un grand nombre ^d ut entrer dans les différentes carrières. Plusieurs s'y distinguèrent. Deux au moins, engagés dans l'armée, parvinrent aux premiers échelons de la hiérarchie. L'un fut le général J***, l'autre le général C***. Le premier est mort pair de France et vicomte sous le règne de Louis-Philippe ; le second,
<lcvcnu baron, a administre l'une des principales villes de France. Parmi les meilleurs préfets du premier ICmpirc se trouvait un ancien frère des J-lcolcs chrétiennes. Les professeurs les plus remarquables des collèges libres sortaient des écoles fondées par Jean-Haptiste de la Salle. Dans les Ktats étrangers, on se disputait leurs leçons, et de grandes industries ont été dirigées par eux lorscjue leur Institut fut supprimé.
Un Français vint s'établir aux ICtats-Unis pendant la Révolution et se fixa dans l'Ktat de New-York. Ne possédant rien, il entra dans une c()iu[)agnie de bateaux qui desscr\'aient les deux rives du Mississipi. Il devint peu à peu capitaine de l'un des bateaux. Quelques années après se s débuts, cet homme possédait un navire, puis deux, puis vingt. Laborieux, économe, intelligent, il vit .--a fortune augmenter rapidement. Toujours prêt à rendre service, d'une discrétion à toute épreuve, fort habile en affaires, cet h.omme exerça bientôt une grande influence. Sa probité, sa délicatesse .surprenaient les Américains, qui le considéraient comme un personnage mystérieux. lùi effet, nul ne lui connaissait un seul parent, et sa vie, très sévère, était :ntourée de privations.
Après de longs travaux, cet homme de bien mourut en 1825, laissant dix-neuf millions de fortune. On trouva dans l'appartement qu'il louait depuis longtemps une petite malle en bois. Ce coffre renfermait un testament et le costume de frère des Ecoles chrétiennes. Les millions étaient entièrement consacrés à de pieuses fondations, l'as un centime qui ne fiit destiné à une œuvre de charité. Il avait accompli son vœu en consacrant sa vie au service des pauvres.
Il ne voulut pas même faire connaître son nom ou sa province. A ses débuts, il se nommait Jean-Pierre, et, de cet homme on ne sut jamais rien de plus.
l'ar SCS dernières volontés, il ordonnait que son corps fut revêtu de la robe noire des disciples du vcncrablc de la Salle. C'est ainsi qu'il fut descendu en terre. " (Les Frères dis Ecoles chrétiennes.)
Que pensent de ces faits MM. les accusateurs de Frères ? Voilà, il faut en convenir, des sujets qui n'ont pas été trop inhabiles, ni trop incompétents dans les affaires et dans les luttes de la vie. ., ; , , ,. i, -v
5°. — Témoignage de la Presse.
Sortons de la France et allons visiter les écoles confiées, dans les diverses parties du monde, aux Frères des Ecoles chrétiennes.
Aux Etats. — " Les Frères des Ecoles chrétiennes sont partout aimés. Dans les pays protestants aussi bien que dans les catholiques, leur dévoûment à la cause de l'éducation leur a mérité l'estime de tous les hommes intelligents, quelle que soit leur croyance religieuse. "
( The national quarte* ly revitw.)
Voilà pourquoi leurs collèges, leurs Académies et, en général, toutes leurs écoles, regorgent d'élèves appartenant à tous kd rangs de la société et à toutes les croyances religieuses.
Aussi le bruit s'étant répandu à New- York que le gouvernement français se proposait de chasser les Frères des Ecoles chrétiennes, la Tribune, journal protestant, s'est empressée de souhaiter, la bienvenue aux nobles proscrits.
" On prétend, dit-elle, qu'il va bientôt nous arriver de France des prêtres, des religieux et des instituteurs cléricaux^ autrement dit "des Frères"; disons leur par avance qu'ils seront les bienvenus. L'exode d'une partie du clergé français en Amérique ne pourra que nous faire plaisir. En 1793 nous avons reçu les prêtres français qui fuyaient la persécution ; ce n'est
pas en 1880 qu'on nous trouverait moins hospitaliers. L'arrivée des Frères enseignants nous causerait une satisfaction particulière : nos écoles sont biens tenues, mais les exigences des maîtres, des professeurs, des instituteurs et des institutrices deviendraient à la longue intolérables, et un peu de concurrence à bon marché ne serait pas inutile. Des hommes vêtus de bure, qui n'ont dans la vie d'autre but que d'enseigner la jeunesse, que les préoccupations de la famille ne rendent nullement exigeants pour les honoraires, et qui se contenteraient de 200 dollars par année, seront une trouvaille précieuse; et puis dans nos immenses territoires du Far- West, il y a encore bon nombre de tribus sauvages qu'il vaudrait mieux civiliser que détruire à l'aide de ces auxiliaires néfastes : la carabine et l'eau-de-vie. L'expérience a prouvé que personne n'égalait les prêtes catholiques dans l'apostolat civilisateur de ces tribus. Lorsqu'on 1847, après les victoires du général Scott et du général Tayrol sur les Mexicains, le colonel Kearney prit, pour nous, possession de la Californie avec une simple poignée d'hommes, comment se fait-il que les Indiens lui aient ofifert si peu de résistance } c'est grâce aux presidios, aux missions et aux Jésuites, ils se trouvaient naturellement disposés à recevoir les chrétiens comme des frères. "
A Halifax. — " Un publiciste protestant qui a visité ces écoles et qui a rendu compte, dans un journal d'Halifax, de ■ce qu'il a vu, fut émerveillé de la parfaite discipline des élèves, de leur silence absolu, de leur obéissance muette et prompte, de leur grande assiduité. Il remarqua dans la première classe ou classe commerciale, plusieurs élèves très avancés dans la science de la navigation, la bonne tenue et l'honnête physionomie de tous les écoliers, " catholiques ou protestants. " La courte prière à laquelle un coup de cloche
invite toutes les heures ne lui fait pas peur. '* Chaque enfant, dit-il peut répéter intérieurement les prières apprises sur les genoux de sa mère. " Mais ce que le visiteur ne cessait d'admirer dans la classe commerciale, c'étaient, sous la direction du frère Christian, " les exercices passablement difficiles en géométrie, en trigonométrie, en arpentage, en algèbre, en philosophie, en astronomie, en navigation, en histoire, en arithmétique, en géographie et en architecture. " Les " ignorantins " sont devenus effrayants de science, et il faut être effrayant d'ignorance pour appeler " ignorantins " de tels maîtres. " (Poujoiilat.)
Hong-Kong. — " Désormais, les enfants des Européens recevront avec l'aide du Gouvernement, une éducation du premier ordre, étant élevés par les Frères des Ecoles chrétiennes, dont la répiitatiofi est universelle. Je me souviens d'un rapport lu au Parlement anglais, dans lequel il était dit que la meilleure corporation d'instituteurs gui ait été à un titre quelconque chargés de donner V éducation dans le Royaume- Uni, était celle des Frères des Ecoles chrétiennes, parce qu'ils consacrent toute leur vie à cet objet. Si nous en jugeons par les résultats obtenus dans les concours annuels, les Frères des Ecoles chrétiennes de Hong-Kong sont parfaitement à la hauteur de la réputation dont leurs confrères jouissent dans le reste du monde. "
(Sir John Pope Henneny.)
Jérusalem. — On lit dans la revue des Deux-Mondes : " L'école des Frères de Jérusalem est un modèle d'installation, d'organisation et d'enseignement ; quoique fondée depuis peu d'années, elle compte déjà plus de trois cents élèves qui parlent tous français. Il faudrait des écoles de frères à Jaffa, à Bethléem, à Nazareth ; ce serait le moyen de donner à notre influence une grande et solide extension."
Les souhaits de Ja Revue se sont en partie accomplis, car le Tr^s Honoré Supérieur Général a envoyé des Frères à Jafîfa à la demande de M. Gambetta.
Alexandrie. — "C'est en 185 1 dit le Journal des Débats que les Frères se sont établis à Alexandrie, et en 1854 qu'ils ont fondé au Caire une maison. A cette époque, le gouvernement égyptien, très désireux de procurer aux populations dont il a la charge les bienfaits de l'instruction, accorda aux Frères des secours ; il leur donna divers immeubles ; il leur fournit des subventions qui s'élevèrent jusqu'à 300,000 francs ; grâce à ces libéralités, les Frères ouvrirent des écoles auxquelles les élèves ne manquèrent pas,
" A la distribution des prix, honorée de la présence de tout ce qu'il y a de distingué dans la ville, M. le Consul de France s'est exprimé ainsi: " La nation française suit avec une sollicitude toute spéciale le développement de l'instruction populaire en Orient ; elle est fière d'y contribuer pour sa part, grâce à l'activité de ces religieux de tous ordres, grâce au zèle infatigable des Frères des Ecoles chrétiennes. — L'un des membres les plus illustres de cette corporation, deux fois centenaire, a dit un jour : " Ce qui fait l'instituteur, ce n'est pas seulement le certificat de capacité, c'est avant tout l'esprit de dévoûment. — Or, cet esprit dont parlait le F. Philippe, vos professeurs le possèdent au plus haut degré. Et c'est parce qu'ils s'en inspirent sans cesse, que leur enseignement dans ces contrées a toujours été si efficace et si fécond. J'ajouterai qu'à l'abnégation d'eux-mêmes, les Frères ont su allier une largeur de vues qui a décuplé la puissance de leurs efforts. Les classes qu'ils dirigent sont ouvertes à tous, sans distinction de race, de nationalité ou de croyance ; ils apportent à tous avec une générosité éga'e, les fruits de leurs patientes études et de leurs connaissances pratiques.
Madagascar. — " Les examens des élèves des écoles de la capitale étaient présidés par le premier ministre en personne. La séance a eu lieu chez les Frères ; elle a duré environ cinq heures. De temps en temps le R. P. supérieur disait au premier ministre : " Excellence, nous allons abréger, si vous le voulez. — Non, non, répondait-il ; laissez faire, je suis content de tout voir et de tout entendre. "
" Lectures en malgache, en français, en latin ; traductions en ces diverses langues ; analyses grammaticales et logiques ; chefs-d'œuvre de calligraphie, comme on sait les faire sous la direction des chers Frères : tout a été hautement approuvé et admiré. Mais que dire du ravissement où nos chers enfants ont plongé leurs illustres examinateurs, en donnant des spécimens de leurs connaissances en arithmétique, en algèbre, en géométrie, en physique, en musique instrumentale et vocale, en dessin linéaire, dessin de tête, de paysage?...
" A l'issue des épreuves, S. Exe. le premier ministre paraissait on ne peut plus satisfait. Au nom de la reine, il a remercié vivement les pères et les chers Frères de la bonne éducation qu'ils donnent à la jeunesse. "... (Univers,)
Smyrne. — \J Agence Havas publie : " On écrit de Smyrne : Le nombre des enfants qui fréquentent les établissements placés sous la protection de la France augmente tous les jours. Ainsi, pour ne parler que de Smyrne, les deux écoles des Frères comptent plus de 400 élèves. Une de ces maisons, inaugurée il y a quelques mois, et située dans le quartier de la pointe, un des plus pauvres de la ville, donne l'instruction chrétienne à 120 enfants environ. Mais ce que l'agence ne dit pas, c'est que Mgr l'Evêque a commencé par inaugurer dans cette maison une statue de St Joseph, pour en être le spécial et puissant protecteur.
" La distribution des prix a été précédée de deux drames,
joués, l'un en français, l'autre en grec, et interprétés avec un plein succès. De petites scènes amusantes et des morceaux de chant très bien exécutés par les élèves, ont fréquemment provoqué les applaudissements de l'assistance. Une exposition de cartes géographiques et de dessins linéaires, entièrement dus au talent des élèves, attirait tous les regards. " Ces travaux, d'une exécution accomplie, dit un journal, ont mérité à leurs auteurs les félicitations les plus flatteuses." " Les bons Frères, continue le même journal, avaient aussi leur part dans cette admiration, et l'on se répétait à satiété quel fond de patience, de sollicitude et de sacrifice il fallait mettre au service d'un dévoûment inépuisable pour arriver à produire de pareils élèves, pris dans toutes les classes de la société. • Aussi, tout le monde s'associait de bon cœur à a pensée de M. le consul de France, qui, en leur offrant une si gracieuse hospitalité, avait voulu reconnaître et la popularité qu'ils répandent sur le nom français et les services éminents qu'ils rendent à notre ville."
Constatons que plus de quatre cents élèves reçoivent des Frères une éducation gratuite. Le programme de leurs études est plus étendu que celui des écoles primaires supérieures de France. En outre, on y enseigne le grec, l'anglais et le turc. On désire vivement qli'ils puissent ouvrir au moins une nouv. Ile école à Smyrne. D'autres localités les réclament aussi, mais il leur est impossible de faire face à toutes les demandes. " (Monde).
Caire. — L'établissement des Frères au Caire, se compose d'un internat et d'un externat; il comprend environ 120 internes et 150 externes. Ces derniers ne payent rien. Malheureusemet, l'exiguité du local où se trouvent les Frères ne leur permet pas de recevoir un plus grand nombre d'externes. Il faut se faire inscrire plusieurs années d'avance
pour entrer dans leurs classes, et les Frères sont obligés de refuser tous les ans au moins trois cents élèves qui ne savent où loger.
" Presque tous les employés des administrations égyptiennes sortent des écoles des Frères et parlent le français avec une remarquable perfection. Ils n'ont pas même un léger accent Quand on les entend pour la première fois, on a peine a croire qu'ils soient Turcs ou Arabes ; ils écrivent comme ils parlent, ou peu s'en faut. De là vient que la langue internationale officielle de l'Egypte est le français. Ce qui assure notre influence en Egypte, c'est presque uniquement cet avantage de la langue que nous avons conservé jusqu'ici."...
Mais une tolérance absolue règne dans les écoles congréganistes : des Musulmans, des Juifs, des Arméniens, des Grecs, des catholiques se rencontrent sur les mêmes bancs et font les mêmes devoirs, sans avoir jamais l'idée d'entrer en lutte au sujet de leurs cultes respectifs. Au contraire, il n'est pas rare de voir, chez les Frères, des musulmans étudier le catéchisme dans le seul dessein d'obtenir un prix de plus : le prix d'instruction religieuse ! Ces habitudes de tolérance et de connaissances mutuelles ne disparaissent pas au sortir de l'école ; elles contribuent à la douceur générale des mœurs religieuses. Les Frères jouissent chez les Arabes du Caire d'une véritable popularité, dit un homme qui les critique pourtant avec beaucoup de vivacité, Dor Bey, secrétaire général du ministre de l'instruction publique. Rien de plus vrai. A quelque race et à quelque culte qu'ils appartiennent il n'y a pas un de leurs élèves qui ne leur ait gardé une vive reconnaissance ; mais les Arabes ont pour eux un goût particulier, qui est bien justifié par les services que leur enseignement a rendus à un grand nombre d'entre eux. "
(Journal des Débats.)
Le dévoûment des Frères des Ecoles chrétiennes pour les Arabes a éclaté d'une manière admirable pendant la guerre qui, tout récemment vient d'ensanglanter l'F^ypte.
Citons quelques fragments de lettres datées du Caire.
"23 juin 1882. Jusqu'à ce moment notre communauté est en parfaite tranquillité. Nous faisons la classe comme à l'ordinaire. Aujourd'hui, vendredi, nous avons au pensionnat 143 élèves présents, et 213 à l'école gratuite... Ces chers enfants, ainsi que leurs parents et la population entière, sans distinction ont confiance en nous ; ils nous le témoignent plus que jamais. — Plus de 100,000 habitants du Caire ont quitté l'Egypte. Ceux qui restent ont les yeux sur nous. Notre départ décuplerait la panique. Arabi m'ofifre des gardes pour notre maison. Notre présence fait du bien à tous, particulièrement aux Arabes, qui nous prient de ne pas les abandonner. — A chaque instant du jour, je me trouve au milieu des 60 Arabes qui travaillent à l'achèvement de notre école gratuite. Voici ce qu'ils me disent sous mille formes : " Tu es notre père, ne nous abandonne pas ; et s'il y a du danger prends-nous pour te garder..." — Il y a des parents qui ont disparu sans nous avertir, et nous ont laissé leurs enfants... Pauvres petits... ils peuvent compter que nous les abandonnerons qu'à la mort. — Pour ce qui me regarde, je ne bougerai pas, et avec Jésus au tabernacle, je suis sans crainte. Malheureusement, les 160 que la peur a fait sortir du pensionnat n'ont pas réglé leur compte, et depuis plus d'un mois, nous ne recevons rien ; notre confiance est en Dieu, notre père.
8 juillet 1882. — Nous allons et venons dans les rues, et notre présence au milieu des Arabes est d'un excellent effet. ■Ce qui le prouve, ce sont les marques de sympathie qui nous sont prodiguées» — Depuis plus d'un mois la panique s'accen-
tuait chaque jour davantage. Accompagné de quelques
frères, je suis allé en voiture découverte faire une visite au
préfet de police et à d'autres personnages, afin de nous
entendre sur les mesures à prendre. La réception fut des
plus sympathiques. On nous remercia de nous montrer les
amis de l'Egypte ; on nous promit protection ; et, en effet,
on nous fait garder. — Nous étant rendus ensuite chez les
Sœurs italiennes, du Bon Pasteur et de Saint Joseph, nous les
trouvâmes résignées et remplies de foi : " Fuir, disaient-elles,
n'est pas chose possible ; nous ne pouvons pas abandonner
nos malades, nos négresses chrétiennes, nos orphelines, nos
enfants trouvés. — Nous serons martyres, s'il le faut; nous
sommes entre les mains de Dieu, il disposera de nous comme
il l'entendra, c'est son affaire ! " Si des dangers plus grands
se présentent, nous irons également chercher la sécurité sur
la mer. Le Seigneur semble m'offrir la couronne qu'il
m'avait refusée l'an dernier ! Quel plaisir vous me feriez si
vous vouliez me permettre de l'accepter. — Si malgré toutes
nos précautions, la palme nous est offerte, croyez que nous
la saisirons, ainsi que le faisait l'apôtre Saint André.
13 juillet 1882. — Le 10 de ce mois, M. le préfet de police m'a prié de recevoir chez nous quelques Européens qui se trouvaient encore au Caire. — Comme nos élèves sont en vacances, il nous a été possible de mettre les cours et les salles de classe et d'étude à la disposition de son Exe. ; 1 2 familles s'y sont installées. — Quelques gardes européens sont à la porte du collège. De temps à autre, nos chers frères leur portent des provisions, ce qui ne nuit en rien à l'exacte surveillance. — Le R. P. Placide, notre aumônier, est avec nous, remplissant avec zèle et piété toutes les fonctions de 5on saint ministère. Une lettre m'annonce que le contre- -coup de l'explosion des poudrières d'Alexandrie a été res-
senti à plus de 1 5 kilomètres sur mer. On peut encore circuler en ville, mais la prudence nous fait un devoir de rester chez nous.
Pendant les journées des 12 et 13, la troupe a été occupée à recruter tous les chevaux, mulets et ânes qu'elle a pu trouver. Deux de nos domestiques, ramenant de la campagne notre baudet attelé à la voiture, ont eu bien de la peine à empêcher la capture de la pauvre bête. Lorsque les gardes ont appris que le tout appart .-nait aux Frères, ils se sont retirés bien vite. Plus de 20 familles, sont réfugiées chez nous. Les cours et tout le rez-de-chaussée forment un village arabe de 160 personnes à peu près. Tous se croient en parfaite sécurité chez les Frères ; si nous pouvions accepter tous ceux qui viennent, c'est par milliers que nous compterions les hôtes de notre maison. L'ordre le plus parfait règne dans cette multitude ; chacun fait sa cuisine dans la cour. On va à la chapelle, on se confesse ; le frère Directeur est comme le supérieur général... Il règle toutes choses, et on lui obéit sans réplique, avec joie et simplicité.
Il y a là de vieux pécheurs, que le danger jette dans le Cœur de Jésus. Le retour de ces pauvres prodigues est comme un baume adoucissant, répandu sur les plaies du moment.
Ne croit-on pas lire un récit des premiers chrétiens se préparant joyeusement au martyre ? Les bons Frères, virent, en effet, la couronne de bien près : " L'incendie, le pillage, le massacre des Chrétiens, des Juifs, des Turcs, des Barbarins, tout cela était décidé pour le vendredi matin, lorsque les cheiks annonceraient la prière du haut des minarets. Chaque quartier était divisé d'avance ; un nombre déterminé de musulmans (40,000 dit-on) était désigné pour se ruer sur un quartier; tout était conçu avec un certain ordre, pour
que tout se fit à la fois et vite. Les Anglais sont arrives la veille (le jeudi), à 4 hrs. du soir. Quelques heures plus tard, ils auraient trouvé la ville en feu. J'attribue la conservation de nos Frères à une protection toute particulière du Cœur adorable de Jésus, à la T. Ste. Vierge, au bon St. Joseph : n'est-ce pas providentiel ?
Non-seulement l'influence des Frères retarda le massacre, mais elle arracha, par leurs élèves, un grand nombre de chrétiens à une mort imminente : " Hier, continue le narrateur que nous avons cité, je rencontrais un de nos anciens élèves, turc, qui dans les villages a sauvé une quarantaine de chrétiens ; je le félicitai de sa belle action. " Oh ! me répondit-il, je n'ai fait que mon devoir. " C'est beau pour un jeune homaie de 22 ans ! "
6°. — Témoignage des faits.
Ces faits sont de trois sortes : les succès des Frères dans les divers examens, — l'empressement des familles à leur confier leurs enfants, — et les sacrifices admirables au prix desquels elles soutiennent leurs écoles.
L'Institut, cet admirable instrument de civilisation^ ce chefd'œuvre de sagesse, ce type et modèle d'organisation, doit, grâce à son unité de direction, produire partout les mêmes œuvres, «pérer les mêmes merveilles. Recueillon» quelques-uns des lauriers qu'il a moissonnés dans toutes les contrées du monde. Nous connaissons ceux de Paris ; ils lui ont mérité un arrêt de mort. " Si nous avons des concurrents, avait prédit Mme Simon, nous serons vaincus. " MM. les laïques «nt voulu entrer en lice, et, malgré tous les avantages de la position d'un terrain choisi par eux, ils ont été vaincus. Sur 32 concours, 1560 bourses ont été obtenues, douze cent quarante-deux par les élèves des Frères et trois cent dix-
huit, par ceux des laïques. De 1872 à 1879, la moyenne pour cent des certificats obtenus a été de 4,871 pour les laïques qui comptaient 30,000 élèves, et de 4,990 pour les Frères qui n'en comptaient que 20,000; en 188 1, la moyenne a dté de 2,04 pour les laïques, et de 3,12 pour les Frères.
La défaite était complète, humiliante pour l'amour-propre qui l'avait maladroitement provoquée. Il n'y avait plus qu'un argument, celui de la force brutale préconisée par Mme Simon : " obliger les congre gdnistes à obéir et à se taire ; que les écoles libres succombent, qu'elles disparaissent ! "
Sortons de la capitale et parcourons la province ; voici le résultat de quelques concours pendant ces deux ou trois dernières années :
Présentés.
Reçus.
Villes.
Par les
Par les
des
des
l'rères.
laïques.
Frères.
laïques.
Rennes,
St. Chamond.
Roubaix.
Roanne.
Reims.
Marseille.
Nîmes.
Beaucaire.
Alais.
Quimper.
Rive-de-Gier.
Rouen.
Figeac.
Gourdon.
Nantes.
Lorient.
St. Dizier.
Chambéry.
Fourchambault..
St. Etienne.
Quimperlé
Bonnétable.
Belley.
Mans.
Felletin.
Plouguernau.
Béthume.
Péronne.
Albert.
St. Malo.
Brest.
Pau.
St. Etienne.
Valence.
(1) Nos. 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, etc.; — (2) les 10 premiers j — (3^ reçus avec addition de matières facultatives et félicitations académiques et ministérieHes ; — (4) les laïques ont deux fois plus d'écoles que les Frères.
A C/i(i/ûns-SNr- A fat fie, sur 36 lauréats, des 15 premiers, 12 élèves des Frères.
A Pontarlier, sur 20 lauréats pour le canton, les Frères en ont 9, parmi lesquels le 1er.
A Paray-lc-Monial, les F'rèrcs ont les 4 premiers ; les laïques en ont 2.
A La Tonr-dn-Pin, les Frères ont 10 lauréats, les 6 premiers.
A Annonay, pendant 5 ans, les Frères ont 144 lauréats ; les laïques, 32.
Divers Concours.
^ Lyon présente 13 élèves pour l'obtention du diplôme de l'enseignement spécial, 10 reçus.
En 1879, Marseille présente 8 élèves, le lycée 15 ; sur les 1 1 reçus, les Frères ont les 5 premiers ; en 1880, cette même ville en présente 7, 7 reçus, les Nos. i, 3, 4, S, 6, 8, 9 ; le lycée en présente 4, i reçu.
Clermont en a 20 reçus, dont 6 avec mention honorable.
Moulins obtient également 20 diplômes d'enseignement spécial.
St. Etienne obtient à l'école des mmes 12 admissions sur 28, entre autres les Nos. i, 4, 6, 7, 8, etc.
Passy^ 29 élèves admis aux écoles supérieures, 4 à l'Ecole centrale.
Le Mans, sur 19 admissions à l'emploi d'agent secondaire des Ponts-et-chaussées, en a 6, les Nos. i, 2, 3, 4, 8, 10.
Marseille présente 14 élèves pour l'école des arts et métiers, 13 admissibles, les 7 premiers.
Quimper, sur 20 sujets admissibles, 7 présentés par les Frères, 7 reçus et les 7 premiers.
St. Etienne, 13 présentés, 13 reçus.
Beaiivais obtient les plus brillants succès: i^ Y Institut
^j^.'icûlc, 6 brevets de capacité agricole ; 2*^ le coun ttormal,
46 'jrevets en deux sessions, 20 avec matières facultatives ;
-3° le Pensionnat fait recevoir 28 élèves à l'examen pour
le Volontariats
A \' Ile de la Réunion, dc^nh 10 ans un concours officiel avait lieu entre les école:i primaires. En 1878, sur 40 nominations, les Frères en ont 38, et les laïques 2, un prix et un accessit, quoique leurs écoles soient plus nombreuses ; — en 1879, les Frères remportent tous les prix et tous les accessits, et he laissent pas une seule nomination aux laïques ; — en 1882, le concours général a été supprimé ou plutôt restreint aux seules écoles de Saint-Denis ; tous les prix et 26 accès- ^sits sur 28 demeurent aux écoles des Frères.
Nous ne citons que des fragments de statistiques ; touteibis, ces échantillons établissent péremptoirement l'ignorance ou la mauvaise foi de ceux qui accusent nos bons Frères d'être incompétents à préparer des hommes d'affaites, des soldats pour les luttes de la vie.
Depuis plusieurs années la République française est en train de laïciser les écoles, c'est-à-dire d'en chasser Dieu et ses modestes et fidèles serviteurs. Promesses séduisantes, menaces réitérées, tracasseries mesquines, arbitraires, injustes, rien n'est épc»rgné pour assécher l'école congréjaniste et remplir l'école laïque, somptueusement meublée et largement pourvue de maîtres qualifiés ; néanmoins les populations demeurent inviolablement attachées aux bons Frères, des bâtiments sont construiti, des logements sont loués à grands frais, le traitement des maîtres est inscrit d'office au budget de la charité, et en face ou tout à côté du palais laïque vide d'élèves, on retrouve les Frères avec tous leurs joyeux enfants.
A Rouen, l'école annexe comptait, avec les frères, lôoélèves ; avec les laïques, elle en a 24.
A Saint-Amottr (Jura), les parents gardent chez eux leurs enfants pendant un mois en attendant la réouverture de l'école des Frères ; ce jour-là, trois élèves manquent à l'appel : ce sont les fils de trois malheureux employés qu'on a mis en demeure d'opter entre la perte de leurs enfants ou celle de lewrs places.
A Troyes, école St. Jean, les frères avaient 160 élèves; les 5 instituteurs laïques qui les remplacent en ont 9 ; — école St. Pierre, les frères ont 142 élèves ; les laïques en ont I.
A Béziers, 400 élèves demeurent à l'école libre ; 4 instituteurs laïques consacrent leurs loisirs à 12, qu'ils ont laborieusement recrutés.
A Montpellier^ tous les élèves des Frères entrent à l'école libre ; les laïques ont à peu près trois élèves chacun !
A VHorme (Loire) et à Milltau (Aveyron), pas un seul élève n'abandonne les Frères ; après plusieurs mois de laïcisation, aucun élève ne s'est présenté à l'école laïque et les maîtres sont là qui attendent l'arme au bras et la main au budget.
A Lyon, rue Vendée, l'école ne perd pas un élève ; — de même rue Grenette; celle de la xwcBoileau voit les siens s'élever de 180 à 206.
A Cambrai, les écoles congréganistes comptaient, avant la laïcisation, cinq mille cinq cents élèves ; leur nombre s'élève aujourd'hui à onze mille !
Pour abréger ces citations si éloquentes, terminons par un tableau des écoles libres de la Ville-Lumicre :