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LE PARLEMENT

— Votre grand-père n’avait pas raison, mon enfant; mais il est très vieux, et quand il était jeune on n’avait

pas le suffrage universel, qui ne date que de la République de 1848.

Il n y avait alors que les gens riches qui votaient ; mais aujourd’hui que tous les ouvriers votent aussi, s’ils ne lisaient pas les journaux, ou bien ils ne sauraient pas du

Il faut lire les journaux pour pouvoir voter avec intelligence.

tout ce qu'ils font, ou bien ils se laisseraient conduire par le bout du nez, ce qui revient au même. Il faut donc lire les journaux, pour savoir ce qui se passe en France et à l'étranger, quelles lois on vote à la Chambre, commenta voté votre député, et pour pouvoir apprécier les promesses que vous fait le candidat, ce qu’on appelle sa profession de foi. Il y a des gens qui promettent, de prendre la lune avec les dents. Pour ceux qui croient que la lune est grande comme un fromage, cela ne paraît pas impossible. Mais nous, qui savons quelle est un peu trop loin et un peu trop grosse pour cela, nous ririons au nez du prometteur.

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Eh bien, mes enfants, c’est pour tout comme cela ; si vous ne vous êtes pas instruits à l’école, si vous ne vous entretenez pas et ne vous perfectionnez pas quand vous serez grands, vous croirez ce que diront les candidats mangeurs de lune , qui vous flatteront et vous feront faire des sottises, c’est-à-dire vous feront voter pour eux.

Mais ce n’est pas tout de savoir ce qu’on veut faire, il faut encore être libre de le faire. Or, on nest pas libre quand on est violenté , menacé ou acheté. Aussi la loi électorale a pris toutes sortes de précautions sous ce rapport. D’abord il faut que l'électeur, s'il le désire, puisse garder son secret, sans que personne sache comment

Les élections. Lecture des professions de foi.

il a voté ; car sans cela bien des domestiques, ouvriers, fermiers, n’oseraient pas voter autrement que le patron. Pour cela, la loi ordonne à l’électeur de préparer son bulletin avant d’entrer dans la salle où l’on vote ; il Ta dans sa main, personne ne sait ce qui est écrit dessus. La loi lui ordonne encore de se servir de papier blanc ; et il ne doit y avoir sur ou dans le bul-

letin aucune indication qui permette de reconnaître celui qui l’a mis dans la boîte.

QUATRIÈME LEÇON

ON NE PEUT ENTRER ARMÉ DANS LA SALLE DW VOTE, NI MENACER OU CORROMPRE LES ÉLECTEURS.

— Ensuite, aucun soldat, ni gendarme, ni agent

de police, et en général aucun homme armé ne peut

— Tiens, petit, prends mon sabre, tu me le rendras en sortant.

entrer dans la salle du vote, ni même stationner aux alentours, si le maire ne le permet pas.

C’est pour qu’on ne puisse pas intimider les électeurs. 11 en est de même pour les gardes champêtres ; demandez plutôt à Guillaume. Je vous ai vu le jour du vote avec votre père, mon enfant. N’est-ce pas qu’il n’est pas entré dans la salle de la mairie avant six heures du soir?

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— Si, monsieur, pour voter.

— Ah! c’est juste. Eh bien, avant d’entrer, qu’a-t-il fait?

— Monsieur, il a ôté son sabre, et il m’a dit: «Tiens-le, petit, je le reprendrai en sortant. »

— Je le sais bien, et même vous ne l’avez pas attendu, car je vous ai rencontré vous pavanant avec le sabre en bandoulière, ce qui a dû vous procurer une correction très juste. Mais, vous voyez bien, avant d’entrer, le garde champêtre ôte son sabre ; il n’est plus garde

Il n’y a rien de plus honteux que d’acheter des voix, sinon de vendre la sienne.

champêtre, il n’a plus d’armes, il n’est dans la salle du vote qu’un simple électeur.

Enfin, si quelqu’un se permet de menacer un électeur pour le forcer à voter d’une certaine manière, il est très sévèrement puni. Il en est de même pour ceux qui achètent des voix, soit avec de l’argent, soit avec des .cadeaux, ou des festins, ou des promesses de places.

Il n’y a rien de plus honteux que d’acheter des voix, sinon de vendre la sienne.

Voilà comment se font les élections. Toutes les précautions sont prises, et, du reste, presque toujours les choses se passent bien. Mais s’il en est autrement, et cela s’est vu quelquefois, quand la Chambre des députés est réunie, elle examine et elle annule les élections où il y a eu de la corruption*, des menaces ou des violences : c’est ce qu’on appelle l’invalidation.

Enfin, si l’on s’est trompé, si l’on a voté pour un mauvais député, ou si celui qui a été élu ne vous plaît pas, il ne faut pas trop se lamenter: il n’y a que patience à prendre.

CINQUIÈME LEÇON

La CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — LE SÉNAT.

L’ élection n’est faite que pour quatre ans ; au bout de ce temps, c’est à recommencer; il faut que les députés rendent compte de ce qu’ils ont fait à la Chambre, et si l’on n’est pas content d’eux, on en est quitte pour en nommer d’autres à leur place.

Mais en voilà assez pour l’élection à la Chambre des députés. Sachez seulement qu’il y a 576 députés, dont 6 pour l’Algérie et 10 pour les colonies.

La Chambre des députés ne fait pas les lois à elle toute seule ; elles passent encore devant une autre Assemblée, qu’on appelle le Sénat. La nomination des sénateurs est bien autrement compliquée que celle des députés. Les sénateurs sont au nombre de 300.

Il y en a d’abord 2 au moins pour chaque département de France; quelques-uns en nomment 3, 4 et même 5; avec les 7 que nomment l’Algérie et les colonies, cela fait 225. Autrefois, les 75 autres étaient nommés par le Sénat et pour la vie : on les appelait les inamovibles. Maintenant le Sénat ne nomme plus de sénateurs. A mesure que meurt un des 75, on le remplace par un sénateur élu comme les autres, par un département.

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Les sénateurs élus par les départements le sont pour neuf ans, et l’on a divisé les départements par tirage au sort en trois séries, qui font alternativement les élections : de manière qu’i/ y a des élections sénatoriales, dans un tiers de la France , tous les trois ans.

Tous les citoyens français électeurs sont éligibles à la Chambre des députés à l’âge de vingt-cinq ans et au Sénat à l’âge de quarante ans.

Je ne connais rien de plus compliqué que les élections sénatoriales. Elles ne se font pas au suffrage universel comme celles des députés, et je suis un peu embarrassé pour vous les expliquer.

Il faut même que j’anticipe un peu sur une prochaine leçon, et que je vous dise, ce que vous savez peut-être déjà, du reste, qu’il y a, dans chaque commune, un conseil municipal, dans chaque arrondissement un conseil d’arrondissement, dans chaque département un conseil général. Tous les membres de ces conseils sont nommés par le suffrage universel.

Eh bien, voici quels sont les électeurs sénatoriaux d’un département : 1° les députés ; 2° les conseillers généraux; 3° les conseillers d’ar rondissement ; 4° des délégués nommés par les conseillers municipaux de chaque commune, en proportion de l’importance du conseil municipal.

SIXIÈME LEÇON

l’assemblée NATIONALE. — COMMENT ON VOTE UNE LOI.

— Tout ce que je viens de vous expliquer, le Sénat, la Chambre, etc., est réglé par la Constitution. Pour faire des changements dans la Constitution, il faut* un accord entre la Chambre des députés et le Sénat réunis en Assemblée nationale. Seule, l’Assemblée nationale peut, suivant l’expression

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