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Quelle doit être notre conduite de chaque jour

Devoirs de rédaction pour le Certificat d’études

1. Montrez ce qu’était le paysan avant la Révolution française, quels droits pesaient sur lui, à quelles coutumes odieuses il était soumis, et à qui tout cela profitait. Concluez par quelques réflexions sur les bienfaits de la Révolution.

2. Comment s’exercaient les métiers avant la Révolution ? — Parlez des corporations , des maîtrises et des jurandes . — Par quels degrés fallait-il passer pour devenir maître dans une profession? — Faites voir, par des exemples, que la liberté du commerce et de l’industrie n’existait pas.

3. Faites le tableau de ce quêtait la justice avant la Révolution. — Montrez comment les peines étaient appliquées différemment, suivant que l’on était noble ou roturier.

4. C’est à la Révolution française que nous devons la belle devise : Liberté, Égalité , Fraternité. — Prouvez, par des exemples, que la France peut se l’attribuer aujourd’hui et l’inscrire sur ses* monuments. — Expliquez pourquoi les empereurs et les rois la faisaient effacer dès leur avènement au trône.

(3 Avril 1838-31 -Décembre 1882)

Mes enfants, écoutez bien la glorieuse histoire que je vais vous raconter. Tous aurez à en tirer plus d'un enseignement.

Le 3 avril 1838, un petit épicier de Cahors, nommé Gambetta, s’en allait à la mairie déclarer la naissance d’un fils, sous le prénom de Léon.

Le 2 janvier 1883, le gouvernement français décidait que des funérailles nationales seraient faites à un citoyen illustre qui venait de mourir. Quatre jours après, derrière le char funèbre, marchaient le Président de la République, les Ministres, le Sénat, la Chambre des députés, le Conseil municipal de Paris, les plus hauts dignitaires de la magistrature, de l’Université, des diverses administrations, les généraux chefs de corps d’armée suivis de deux mille officiers, l'Ecole polytechnique, plus de cent mille délégués de la plupart des villes de France, y compris notre chère Alsace-Lorraine, et par derrière une foule innombrable. Et cet imposant cortège défilait, sur la ligne immense des plus grandes rues de Paris, au milieu de plus d’un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, découverts, silencieux, consternés. La France entière portait le deuil du plus grand de ses citoyens, de Léon Gambetta, le fils du petit épicier de Cahors.

Pourquoi ce deuil, pourquoi ces honneurs inconnus jusqu’ici? Pourquoi l’armée inclinant ses drapeaux devant ce cercueil triomphal ? Pourquoi ce petit sac plein de terre d’Alsace déposé dans la tombe aux pieds de l’illustre mort? Ah ! la réponse était alors dans toutes les bouches : c’est que Gambetta avait été, pendant la guerre terrible, l’âme de la Défense nationale (v. p. 18), que nul n’avait plus puissamment que lui contribué à sauver f honneur de la France, et que c’étaât sur luL surtout.

que la France comptait pour hâter l’heure de la justice et nous faire rendre, de gré ou de force, nos concitoyens violemment ravis.

Le pauvre petit enfant de Cahors avait bien grandi ! En 1861 il arrive à Paris, et presque sans ressources, à force d’énergie, il parvient à se faire recevoir avocat. Bientôt, sa parole ardente, l’étendue et la variété de ses connaissances, sa générosité d’âme, une puissance secrète pour commander et pour se faire aimer, le placent hors de pair parmi ses contemporains. Une plaidoirie dans laquelle il a le courage, en plein Empire, de flétrir avec une éloquence extraordinaire le coup d'Etat du 2 Décembre (v. p. 78), le désigne aux suffrages de ses concitoyens. Nommé député en 1869, il ne fut pas moins remarqué à la Chambre qu’au barreau. Ses admirables discours faisaient grandir chaque jour sa popularité.

Soudain, un orage épouvantable éclate sur notre malheureux pays. Napoléon III déclare follement la guerre à l’Allemagne. En quelques semaines, malgré l’incomparable héroïsme de nos soldats, nous perdons batailles sur batailles : tout une armée est faite prisonnière à Sedan, les Allemands envahissent nos provinces de l’Est, investissent Metz, où Bazaine commande la seule armée qui nous reste, et Paris, enveloppé, est à peine en état de défense.

Le peuple s’indigne et s’irrite; le 4 septembre 1870, la République est proclamée, et Gambetta acclamé comme un des membres du Gouvernement de la Défense nationale. Voyant qu’à Paris ne manquent ni les hommes, ni les chefs, il part en ballon, traverse au milieu des coups de feu les lignes prussiennes, arrive à Tours, et assume toute la charge du Gouvernement, comme Ministre de Pintériçur et de la guerre (6 octobre 1870),

En quel état était alors notre pauvre pays!

« Plus d’armée, plus d’armes! Nos fusils sont dans Metz « et Strasbourg, qui vont être prises tout à l’heure; plus

« de capsules, pas même de papier pour les cartouches, « et, dans toute l’étendue de la France, six canons « attelés ! Quelques fuyards , quelques évadés réunis au- « près d’Orléans et dans le Nord. Voilà tout ce qui reste !

« Ah! c’est bien fini, n’est-ce pas? Qu’avez-vous à « opposer à ces masses d’hommes qui s’avancent, qui « entourent Paris d’un cercle si serré, que la France ne a sent même plus battre son cœur?...

«Eh bien, non! ce n’est pas fini! Des armées vont « sortir de dessous terre; elles sortiront improvisées, « innombrables, mal armées, mal équipées, mal enca- « drées, quelquefois, hélas! mal commandées. Et cepen- « dant ces héros disputeront pied à pied le sol de la « Patrie, balanceront la fortune et feront trembler les « vainqueurs (1). »

C’est à la prodigieuse activité de cet avocat de trentedeux ans, à son génie organisateur, à son patriotisme que rien ne pouvait effrayer ni décourager, que fut du ce prodigieux effort. A peine a-t-il pris terre, que tout se transforme, comme par magie.

Il découvre, on peut dire, Chanzy et Faidherbe, et leur donne les commandements où ils ont illustré leur nom et ramené à plusieurs reprises la victoire sous nos drapeaux. Une armée se forme en quelques semaines et bat les Allemands à Coulmiers. Mais le dernier espoir semble nous manquer . Bazaine trahit, livre Metz et ses soldats (voir p. 32). Gambetta n’est pas abattu : « Français, s’écrie-t-il, élevez vos âmes et vos résolutions « à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la « Patrie ! Il dépend encore de nous de lasser la mauvaise « fortune, et de montrer à l’univers ce qu’est un grand « peuple qui ne veut pas périr, et dont le courage « s’exalte au sein même des catastrophes ! »

Les troupes prussiennes laissées libres par la chute de Metz triomphent, malgré d’héroïques efforts, de notre

(1) Conférence faite au Trocadéro parM. Paul Bert, le 6 août 1882.

jeune armée. Gambetta ne désespère pas. Tandis que, dans sa retraite sur l’Ouest, Chanzy soutient pas à pas, avec une. indomptable ténacité, l’effort de l’ennemi, Gambetta organise une autre armée, et la lance à travers le Jura, au secours de Belfort, où tient toujours le colonel Denfert. S’il réussit, la retraite est coupée, et sus aux Allemands!

Mais, après la trahison des hommes, celle de la nature ! Les neiges d’un hiver extraordinairement rigoureux retardent nos bataillons, et lWllemand peut les envelopper de forces supérieures. Gambetta ne désespère pas. Il pousse chaque jour au combat des régiments nouveaux, des canons par centaines : « Ce que nous avions de che- « mins de fer encore libres le portait tour à tour à « Orléans, à Lille, à Lyon, partout où il y avait des « plans à exécuter, des courages incertains à raffermir, « des désordres à apaiser. » ( Vapereau ).

Le siège du gouvernement a dû reculer de Tours à Bordeaux. Un tiers du sol sacré de la France est foulé par l’ennemi, Chanzy est battu au Mans, Paris se rend : Gambetta ne désespère pas encore. Il veut lutter : les Prussiens s’épuisent, dit-il, l’Europe s’inquiète ;. nous avons encore 600000 hommes en armes, 2000 canons; des corps nouveaux vont entrer en ligne, les usines de guerre qu’il a fallu créer vont donner du matériel; il faut tenir encore, au printemps tout peut changer; l’âme de la France s’est réveillée d’ailleurs, et tout citoyen est maintenant un soldat. Qui osera signer le pacte qui livre à l’ennemi les plus français de nos frères, et ouvre notre frontière de l’Est? Mais en vain Chanzy soutient Gambetta; le sort en est jeté : l’Assemblée nationale conclut la paix de Francfort, et, au mépris delà liberté humaine, le sort des Alsaciens et des Lorrains est réglé par un marché, comme celui d’un troupeau.

Jusqu’au bout, Gambetta avait résisté. Et voilà pourquoi, enfants, on a placé dans sa tombe un petit sac plein de terre d’Alsace, avec cette inscription, symbole

de reconnaissance éternelle et d’espérance invincible: A Gambetta , V Alsace-Lorraine violée mais non domptée.

Certes, ces inoubliables services ne sont pas les seuls que Gambetta ait rendus à la Patrie. S’il n’a pu vaincre les Allemands, il a mené du moins la République à la victoire. Nul n’a contribué plus que ‘lui à l’établissement de ce régime de justice, dont je vous ai montré à admirer et à respecter les bienfaits. Vous apprendrez plus tard ce que nous lui devons pour ces luttes parlementaires, où son incomparable éloquence, son suprême bon sens et son grand cœur ont tant- fait pour le droit et la liberté ! Je ne puis ici vous en parler longuement : le domaine-de la politique récente m’est avec raison interdit.

Mais je dois vous dire qu’en politique comme à la guerre, il n’a jamais pensé ni à lui, ni aux siens, ni aux intérêts étroits d’un parti ou d’une secte. L’amour sacré de la Patrie remplissait cette âme généreuse. D’une bonté sans égale pour ses amis, il n’eut jamais pour ses pires ennemis une parole amère. Certes, la riposte était souvent facile. Mais « il ne faut jamais diminuer une seule des forces morales de la France , » me dit-il un jour.

Le deuil de la Patrie, les hommages de tout un peuple, vous sont maintenant expliqués, mes enfants. La France a pleuré Gambetta, non seulement parce que nul ne l’avait plus servie, mais parce que nul ne l’avait plus aimée.

Prenez exemple sur lui. Si jamais de nouvelles épreuves assaillent notre France, faites comme lui : ne désespérez jamais, et songez avant tout à sauver l’honneur. Si, comme j’en ai la certitude, la fortune qui nous a été si cruelle rend justice à votre courage, rappelez- vous qu’il a dit : « Ma seule ambition est cV avoir ma statue à « Strasbourg . »

Oui, faites comme lui, pensez sans cesse à la Patrie. Songez qu’en faisant le bien vous augmentez et qu’en faisant le mal vous diminuez sa grandeur .morale. Et quand le jour suprême sera venu, puissiez-vous avoir le droit de dire comme lui: « J’ai fait mon devoir... Pa - « triote avant tout! »

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