ET LA PERFECTION DE LA PAUVRETÉ ÉVANGÉLÏQUE ET RELIGIEUSE
ARTICLE I Avantages de la pauvreté évangélique.
La pauvreté n'est point par elle-même une vertu ; car si elle est forcée et involontaire, elle ne fournit qu'une occasion d'impatiences, de murmures, de plaintes, de larcins et de beaucoup d'autres péchés : Propter inopiam inulti deliquerunt. (Eccli. XXVII, 1.) C'est la pauvreté d'esprit qui est une vertu.
Il y a deux pauvretés d'esprit : l'une commune à tous les chrétiens, et qui est obligatoire; on l'appelle « pauvreté chrétienne ». L'autre est propre aux personnes religieuses; elle est de conseil et de perfection; on la nomme généralement « pauvreté évangélique ».
La pauvreté chrétienne consiste dans le détachement d'esprit et de cœur par rapport aux biens et aux richesses qu'on possède;; ou, sil'on n'en possède pas, dans une soumission
entière à la volonté divine, de sorte que, ne désirant rien icibas, on soit entièrement satisfait de l'état précaire où Dieu nous a mis. Cette pauvreté chrétienne est d'obligation et de précopte pour tous. Car Jésus-Christ a dit : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut pas être mon disciple. » Qui non renuntiat omnibus quœ possidet non potest meus esse discipulus. (Luc. xiv, 33.)
La pauvreté évangélique et religieuse ne consiste pas seulement dans le détachement d'esprit et de cœur par rapport aux biens de ce monde, mais aussi dans l'abandon effectif et dans le dépouillement entier des richesses qu'on possède ou qu'on pourrait posséder. On y renonce réellement par un vœu solennel , pour suivre le conseil que Jésus-Christ donna au jeune homme dont il est parlé dans l'Évangile et à qui il dit : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tous vos biens, donnez-les aux pauvres et suivez-moi. » Si vis perfectus esse, vade, vende universa quae habes et dapauperibus, et sequere me. (Matth. xix, 21.) Les avantages de cette pauvreté sont très grands. Elle est, en effet, le fondement de la perfection, la source de toutes les vertus , la cause du véritable bonheur en ce monde, le signe de notre ressemblance avec Jésus-Christ et avec les premiers chrétiens; enfin elle nous donne droit au bonheur éternel dans le royaume des cieux.
1° La pauvreté religieuse est le fondement de la perfection évangélique, qui est elle-même la fin de la vie religieuse. En effet, ce fut cette pauvreté que Notre-Seigneur, comme nous venons de l'entendre, conseilla au jeune homme de l'Évangile, qui aspirait à devenir parfait. Au contraire, l'avarice ou le désir de posséder des biens, et l'attachement aux richesses de ce monde, sont la racine de tous les maux. Radix omnium malorum cupiditas, comme dit saint PauL (I Tim. vi , 10.) Car ceux qui veulent devenir riches tombent dans les filets du démon et dans beaucoup de désirs inutiles et dangereux qui les conduisent insensiblement à la perdition. Cet amour déréglé des biens terrestres est un des plus grands obstacles au salut ; il entretient toutes les passions , trouble les villes et les royaumes, divise les familles les plus unies, soulève les en-