‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 257 sur 361 · QUATRIÈME PARTIE ÎÎ2S · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE ÎÎ2S

tous les changements que vous trouvez à propos, sans avoir besoin de rien changer à vos décrets éternels.

Lors donc que vous créez le monde , que vous le gouvernez , que vous détruisez presque tout le genre humain par le déluge, que vous punissez les pécheurs, que vous récompensez les justes et que vous faites tant de prodiges, il n'y a aucune vicissitude ni dans vos vues, ni dans vos déterminations, ni dans votre volonté, ni dans votre amour, ni dans votre plaisir, ni dans votre félicité.

Quand les anges et les hommes vous honorent, vous glorifient, vous servent, vous aiment, vous louent dans le ciel et sur la terre , cela n'augmente point votre bonheur ni votre gloire intérieure, dont la source et la mesure sont dans votre immuable perfection. Vous n'avez pas fait vos créatures pour en retirer quelque avantage nouveau; mais pour vous faire connaître, aimer, adorer et servir par elles, leur communiquer vos perfections et les faire participer à votre félicité éternelle : ainsi le soleil n'éclaire point la terre pour en retirer lui-même aucune augmentation d'éclat, mais pour le bien des créatures terrestres.

Daignez, ô mon Dieu, me faire participer en quelque chose à votre immutabilité, en me donnant une grande persévérance dans le bien, en sorte que je continue de vivre dans la pratique de la vertu, nonobstant les ennuis qui s'y rencontrent. Donnez-çûoi de pratiquer avec exactitude vos commandements, les vertus chrétiennes et les devoirs de mon état, en dépit de toutes les oppositions qui pourraient s'y rencontrer, puisque celui-là seul sera sauvé, qui persévérera jusqu'à la fin.

Accordez-moi, ô Seigneur, une grande constance dans votre service, afin que je surmonte toutes les difficultés qui viennent de la langueur et de la légèreté de mon naturel, des révoltes de mes passions, des tentations du démon, des contradictions des hommes. Faites que je devienne insensible aux attraits du plaisir, des honneurs et des richesses; que je demeure inébranlable devant la crainte des mépris, des tourments et de la mort même.

Donnez-moi, ô mon Dieu, une grande fermeté, qui me sou-

tienne dans les délaissements, les aridités et les angoisses qu'il vous plaira de m'envoyer pendant que j'accomplirai mes devoirs. Faites que je regarde ces épreuves comme des marques de votre amour; que je ne cherche que vous seul et non pas vos consolations; que je vous bénisse en tout temps et en tout lieu, dans l'affliction comme dans la consolation.

Puissé-je, ô mon Tout, ne m'attacher qu'aux biens immuables pour lesquels vous m'avez créé; puissé-je mépriser les biens de ce monde qui ne font que passer, qui sont incapables de contenter mon cœur et qui m'offrent souvent une occasion de vous offenser.

Je vous demande enfin, ô Dieu, le grand don de la persévérance finale, qui consiste dans le bonheur de mourir avec votre grâce. Ce don est un pur effet de votre miséricorde, et on ne peut le mériter. Mais vous êtes si bon, mon Dieu, que vous ne le refusez point à ceux qui ne s'en rendent pas indignes et qui persévèrent dans la pratique de la vertu pendant le cours de leur vie. Et quoiqu'on ne puisse pas le mériter, j'espère pourtant l'obtenir par de constantes prières, accompagnées d'humilité, de confiance, de ferveur. Une bonne vie est généralement suivie d'une bonne mort. Accordez-moi l'une, ô mon Dieu, et j'attendrai l'autre avec confiance. Je vous le demande par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen.

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