III. — Premiers degrés de l'humilité
Vos saints, ô mon Jésus, nous enseignent différents degrés d'humilité, en expliquant votre enseignement et vos exemples. Je veux méditer leurdoclrine, qui renferme la vérité et la vie. Assistez-moi. J'ai confiance en vous.
Le premier degré , qui est plutôt le fondement et la règle de l'humilité, c'est de comprendre ce qu'on est devant Dieu; de voir clairement sa bassesse et ses misères, qui consistent en ce que, de nous-mêmes , nous sommes néant, pécheurs, remplis de défauts. Par celte connaissance distincte, nous arrivons à une conviction inébranlable et à une sorte d'évidence que nous sommes misérables au delà de toute expression, et que nous méritons toute sorte de mépris.
Le deuxième degré fait sortir de cette conviction 'spéculative une inclination effective à se mépriser soi-même. Celui qui est à ce degré ne se glorifie pas des avantages du corps ou de l'âme, naturels ou surnaturels, sachant n'avoir rien qu'il n'ait reçu de Dieu. Il ne rêve point de s'élever au-dessus des autres, et ne les méprise jamais à cause de leurs défauts de naissance, de talents, de qualités personnelles. Il regarde, au contraire, tous les hommes comme au-dessus de luimême, en considérant ses péchés, ses défauts, et les grâces que ceux-ci ont reçues ou recevront peut-être un jour de Dieu.
Arrivé au troisième degré, on renonce promptement à toutes les pensées de vanité et d'estime de soi-même, de présomption et de complaisance dans l'estime d'autrui. On regrette d'être loué, applaudi, honoré; on gémit aussitôt qu'on surprend dans le fond de son cœur le désir secret d'être exalté; on regrette aussi toute pensée de mépris qu'on éprouve
envers le prochain, tout soupçon et tout jugement téméraire sur sa conduite. Mais, loin de s'en décourager, on fait sortir de ces mouvements imparfaits des actes d'humilité plus vifs et plus fréquents.
Le quatrième degré exige qu'on ne dise à son propre avantage aucune parole d'orgueil et de louange, en vue d'être estimé des autres. Non content de se refuser à prendre plaisir dans les paroles flatteuses et dans les applaudissements, on s'en humilie intérieurement. On ne se permet aucun signe de raillerie, de mépris à l'égard de qui que ce soit : on voit avec déplaisir que d'autres succombent à ces faiblesses, et jamais on ne parle à son prochain avec hauteur, amertume ou rudesse.
Faites-moi la grâce, ô mon Jésus, de ressentir en moi tous les effets de la vertu d'humilité, afin d'imiter dans mes pensées, mes paroles et mes actions, les exemples que vous m'en avez donnés. Je reconnais que je n'ai pas cette vertu , même dans son premier degré, et que, pendant toute ma vie, j'ai été rempli de présomption, d'orgueil, de vanité, d'estime de moimême et de mépris pour mes semblables. Je vous en demande pardon. Faites- moi la grâce de pratiquer chaque jour quelques actes extérieurs et intérieurs d'humilité, et de m'examiner longtemps sur cette vertu, jusqu'à ce que je me sente enraciné dans le mépris de moi-même et confirmé dans l'unité de votre amour. Amen.