‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 312 sur 361 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

nouveautés, la singularilé en matière de religion; il nous inspire toujours une grande soumission à Dieu, à l'Église et à nos supérieurs, et une certaine facilité de se conformer aux sentiments des égaux dans les choses indifférentes. Il apporte une grande paix à l'âme.

Le sixième degré nous fait agir avec simplicité chrétienne, sans ostentation et sans confiance déréglée en nous- même, en nos lumières et en nos talents; on ne songe plus à faire la moindre de ses actions pour être vu et estimé des hommes, mais on les fait uniquement pour plaire à Dieu. On ne s'enfle de rien en s'acquittant exactement de ses devoirs d'état et en faisant quelque bonne œuvre. Si on est estimé, loué et honoré des autres, on rapporte tout à Dieu, l'auteur véritable du bien, et on demeure dans d'aussi bas sentiments de soi-même que si l'on n'avait rien fait. Enfin , on se regarde toujours comme un serviteur inutile, bien plus, comme un serviteur digne de condamnation, qui gâte par son amour- propre et par sa négligence le bien que la grâce voulait faire en lui ou avec lui.

Arrivés au septième degré, nous supportons avec douceur les humiliations qui nous arrivent chaque jour de la part de Dieu, des démons, des hommes et des autres créatures, les paroles piquantes et aigres qu'on nous dit, les manières hautaines qu'on a peut-être à notre égard, les préférences qu'on donne aux autres, la mauvaise humeur et le caractère pénible de certaines personnes, les maladies humiliantes, et les diverses afflictions de corps et d'esprit qui se rencontrent.

Le huitième degré nous conduit jusqu'au désir d'être méprisés de tous, et d'être connus tels que nous sommes, vils et méprisables, sans vouloir déguiser ou excuser nosfautes. Car l'homme aime naturellement que les autres soient de son sentiment; le vrai humble appliquant donc à propos cette inclination, et se méprisant sincèrement lui-même, désire être méprisé des autres, et préfère leur obéir que de leur commander.

Enfin le neuvième degré nous fait descendre encore plus bas, si c'est là descendre; il nous fait trouver une source de joie dans les mépris et les outrages des hommes. Ce degré est le plus parfait; et les plus grands saints l'ont pratiqué

tous d'une manière admirable. Ainsi les Af)ôlres, au sortir d'un tribunal inique, s'en allaient tout remplis d'allégresse d'avoir été jugés dignes de souffrir des affronts pour le nom de Jésus-Christ. (Act. v, 41.)

Gomme il faut que votre grâce soit puissante, ô mon Dieu, pour remplir de sentiments si héroïques ce cœur de l'homme, naturellement séduit et tyrannisé par l'orgueil 1 Et ces degrés si parfaits sont proposés par vos docteurs à tous les chrétiens ! Combien plus doivent-ils attirer l'attention et provoquer le zèle des âmes religieuses 1 Accordez-moi la grâce, ô Jésus, de tendre vers ce but avec persévérance. Que ni les combats ni les répugnances ne m'épouvantent point. Que mes défaites me fassent redoubler de vigilance et de courage. Plus j'avancerai, moins je me croirai près du terme; et je répéterai chaque matin, en pensant à l'acquisition de l'humilité, la parole du roi • prophète ; Je l'ai dit, c'est maintenant que je commence. (Ps. Lxxvi, 11.) Amen.

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