VII. — Motifs de patience
Nous avons tous à souffrir en ce monde, de tout côté et en tout, les bons aussi bien que les mauvais. Je veux considérer, ô Seigneur, ces diverses causes de souffrances, afin que, le jour des épreuves arrivant, je leur fasse l'accueil qu'on doit attendre de l'un de vos disciples.
1° Il faut souffrir de la part de Dieu, qui permet aux autres créatures de nous affliger, afin que nous ayons occasion d'expier nos péchés et de mériter le ciel, ou qui envoie quelquefois directement aux siens des aridités et des délaissements intérieurs, afin qu'il le servent pour lui-même, et non pas seulement pour ses consolations.
2° De la part des démons, qui emploient leur habileté et leur persévérance à soulever en nous toute sorte de tentations dans le corps et dans l'esprit.
3» Du côté des hommes, parles contradictions, les murmures, les persécutions; et de la part des créatures sans intelligence, par le dérangement des saisons, par le froid et le chaud , et par toutes les tribulations dont les choses matérielles peuvent être la cause.
4° Du côté de l'état que nous avons embrassé, par les peines qui sont inséparables de toute position humaine, et deviennent encore plus inévitables quand on veut s'acquitter fidèlement de devoirs aussi élevés que ceux de l'état religieux.
5" De la part de nous-mêmes, de noire humeur et de nos
passions qui nous rendent sujets aux inflrmilés du corps et aux afflictions de l'esprit.
Mais , ô mon Sauveur, vous êtes si miséricordieux, que vous n'abandonnez pas ceux qui veulent être à vous. Sur eux, vous répandez votre force et vos consolations, afin qu'ils supportent l'épreuve avec patience; vous les en délivrez quand vous le trouvez à propos, soit en les assistant durant leur vie, soit en leur réservant une mort précieuse. Plus vous les aimez, plus vous leur donnez part à vos souffrances, comme vous l'avez fait à l'égard de vos apôtres et de vos martyrs, qui ont eu les premières couronnes dans le ciel pour avoir été les plus généreux dans la tribulation. Ainsi s'est vérifiée en eux la parole de saint Paul: « La patience opère l'épreuve, l'épreuve produit l'espérance, et l'espérance ne sera point confondue. » (Ronr. v, 34.)
Failes-moi la grâce, ô Jésus très patient, de bien sanctifier mes souffrances à l'avenir, afin qu'elles me sanctifient ellesmêmes. Pour cela, je les endurerai par ces quatre grands motifs : 1° Par amour envers Dieu , dont c'est la volonté que telles peines nous arrivent, et qui fait servir, à notre salut tout ce qu'il ordonne ou permet, pourvu que nous le souffrions parce qu'il le veut, ce qui revient à faire un bel acte d'amour, en même temps que de patience.
2" En esprit de pénitence, pour expier nos péchés, qui nous ont attiré toutes ces peines et qui en méritent bien davantage.
3° Par conformité à Jésus-Christ, qui a souffert les plus grandes afflictions pour nous pendant toute sa vie, bien qu'il fût l'innocence même. Sans cette conformité avec Jésus-Christ, que produit l'union de nos souffrances aux siennes , nous ne pourrions pas être sauvés ni glorifiés, quelque grandes que fussent nos afflictions.
4° Pour mériter dans le ciel la possession de Dieu ; car les tribulations que nous endurons en ce'^monde, quoique légères et momentanées , nous procurent la gloire, si nous les acceptons par amour. « Bienheureux donc ceux qui souffrent des persécutions et des mauvais traitements dans ce monde pour la justice, car une grande récompense leur est réservée dans le sein de Dieu. » ( Matth. v, 10.)