CHINE
En Chine le nombre des maîtres d’école est innombrable; mais il n’y a point d’ordinaire de bâtiments d'école. Les enfants se réunissent dans une maison particulière ou dans un temple. Ni l’État ni les villages ne payent rien pour l’enseignement; les parents doivent en faire tous les frais. Les garçons seuls fréquentent l’école ; les filles, en général, ne reçoivent point d'instruction. Malgré l'extrême difficulté qu’offre l’écriture chinoise, on affirme que beaucoup d'habitants du Céleste Empire savent lire et écrire. Ils apprennent à écrire, comme à dessiner, avec un pinceau. Les enfants doivent réciter énormément par cœur. La Chine est un pays lettré, où le goût de l'instruction est plus développé que dans la plupart des pays européens.
ILES HAVAI.
ILES HAVAI (Sandivich).
Les lies Sandwich, où Cook fut assassiné, sont tout à fait acquises à la civilisation européenne. Grâce à l’influence des États-Unis, l’enseignement y est très-répandu.
Le système de l’instruction gratuite et obligatoire prévaut dans l’archipel havaïen. Les parents sont tenus de faire apprendre à lire, écrire et compter à leurs enfants, au même titre qu’ils sont tenus de les nourrir, les loger et les vêtir. Dans chaque district, il y a une ou plusieurs écoles de filles et de garçons, suivant l’étendue du district. Ces écoles, faites de matériaux peu coûteux, sont construites moitié aux frais de la population, qui fournit d’ordinaire la main-d’œuvre, moitié aux frais du gouvernement. De même pour l’entretien du bâtiment. Chaque sexe a son école séparée. Le maître d’école est choisi au concours par une commission locale permanente, présidée, dans ce cas seulement, par l’inspecteur général, et composée du juge de paix du district, d’un citoyen notable nommé par le conseil suprême siégeant à Honolulu, et d’un père de famille élu à la majorité des suffrages par les parents mêmes des enfants. Cette commission locale surveille l’école, s'assure que les enfants assistent régulièrement aux leçons, et transmet tous les six mois un rapport détaillé au conseil.
Il est sans exemple dans les annales parlementaires havaïenncs que les Chambres aient jamais refusé, ou même réduit le budget demandé par le gouvernement pour l'instruction publique. Aussi la part faite dans le budget général aux dépenses afférentes à ce service s’élève-t-elle au cinquième des dépenses totales.
M. C. de Varigny, à qui j’emprunte ces détails, ajoute :
« Je retrouve dans mes notes le discours, aussi bref que sensé, que fit un jour, h la chambre, un indigène, riche propriétaire de file d’Havai. Le voici tel qu’il le prononça :
« Quelques-uns de vous, représentants, semblent hésiter à voter l’aug- « mcntation proposée pour l’instruction publique. Pour moi, je n’hésite pas, « je la voterai fût-elle double, et je vous dis : Votcz-la unanimement. « J’aime mieux payer l’instituteur que l'officier de police! ce dernier protège « ma propriété, l'autre en enseigne le respect. Prévenons le mal, cola vaut « mieux que d’avoir à le réprimer. Chaque dollar que nous payons pour u l’instruction est une prime d’assurance que nous acquittons pour l’avenir. « Ne regrettons pas plus cette dépense que celle que nous faisons pour « garantir nos maisons contre l’incendie. Additionnez ce que nous coûtaient « la police et les frais de justice il y a peu d'années, et ce qu’ils nous coûtent
» aujourd’hui. Nous payons moins sur ce dernier chapitre si nous payons « plus pour l’autre. Quund l’un monte l'autre baisse; cela, ce me semble, « doit vous décider. »
• En effet, le vote eut lieu & l'unanimité.
« L’inspecteur général est nommé par Je conseil et jouit d'un traitement relativement assez élevé outre ses frais de voyage. Ses fonctions consistent à visiter toutes les écoles de l’archipel, & présider les commissions locales en cas de nomination ou de révocation des instituteurs, et à prendre connaissance des réclamations diverses. Les observations ainsi que les rapports des commissions sont soumises au conseil suprême, qui statue en dernier ressort. Ce que la loi ne dit pas, mais ce que l'opinion publique, plus forte que la loi, consacre c'est l'importance, dans les commissions locales, du membre nommé par les parents eux-mêmes.
« L’instruction est complètement distincte de l’éducation religieuse. L’État, représenté par le conseil, n'intervient en rien dans cette dernière question, et il est rigoureusement interdit à tout maître d’école de parler religion ou d’enseigner aux enfants une religion quelconque. C’est aux parents, d’accord avec les ministres de leur culte, à y pourvoir. Le conseil met à leur disposition, en dehors des heures de classes, le local de l’école, à la condition pour les ministres de s’entendre entre eux quant aux jours et aux heures où ils pourront l’occuper sans se gêner. Ainsi, les écoles ouvrent à 9 heures du matin et ferment à 2 heures de l’après-midi. Le prêtre catholique peut y faire tous les deux jours son cours d’instruction religieuse pour les parents dont les enfants sont catholiques; le ministre protestant et le clergyman anglican peuvent de même y enseigner alternativement. L’État ne rétribue aucun culte.
« Les écoles de district sont essentiellement des écoles primaires. Au-dessus se trouvent les écoles d’enseignement secondaire. L’instruction qu’on y donne n’est gratuite que dans une certaine mesure, c'est-à-dire que la gratuité ne s'obtient qu’au concours et pour un nombre limité d'élèves. Les autres payent une faible rémunération. Au sortir do ces écoles un concours est ouvert pour l'admission à l'école normale de Lahainaluna, qui comprend environ 120 élèves C’est parmi ceux-ci.que se recrutent en majeure partie les instituteurs primaires.
« A côté de l’enseignement donné par l'État, il y a celui des écoles particulières : l’enseignement libre. Tout ce que l’on exige des parents c’est que l’enfant suive une école, et sache lire, écrire et compter.
* On ne trouverait pas dans tout l’archipel havaien dix habitants, hommes ou femmes, âgés de vingt ans, qui ne connaissent parfaitement ces premiers éléments. On en rencontre peu de très-instruits, on n’en voit pas de très-ignorants. Les Kanaques lisent beaucoup, surtout leurs journaux, dont le nombre, eu égard à la population, est assez considérable. Les deux principaux rédigés en langue indigène, et du format de nos journaux parisiens, se publient à Honolulu, capitale du royaume. L’un, le Kttokoa (l'indépendant), est l’organe de l’opposition. Son tirage est d’environ 5,000 exemplaires. L’autre, le -4u Okoa (l 'Ère nouvelle) représente surtout les idées d’indépendance nationale. Son tirage est à peu près le même que celui de