SAXE-ROYALE
La Saxe royale a obtenu à l’exposition universelle de Paris, en 4867, la médaille d’or pour l’organisation de ses écoles. Sous ce rapport, c’est le pays modèle de l’Allemagne. C’est que depuis la Réforme le gouvernement n’a cessé de s’occuper de l’amélioration de l’instruction publique. L’esprit de Luther et de Melanchthon continuant à vivre dans le pays, y a donné naissance à ces écoles, que les autres États de l’empire germanique ont imitées plus tard.
En 1580 parait un règlement général de l’instruction publique (Schulordnung) , et il n’est pas un prince saxon qui n’ait signé de nombreux décrets dans l’inlérêt de l’enseignement. Môme sous le roi Auguste de Pologne, et sous son fils Frédéric-Auguste II, qui accablèrent la Saxe de charges ruineuses pour soutenir un faste de cour imité de celui de Louis XIV, de nombreuses fondations furent créées en faveur des écoles et de l’université. — Une ordonnance de 4766 rend plus stricte l’obligation des parents d’envoyer leurs enfants à l’école. A la même époque, un nouveau règlement scolaire est décrété, et des écoles normales pour instituteurs sont fondées.
Un fait qu’on ne peut trop mettre en évidence, prouve à quel point on comprenait en Saxe la haute utilité de l’instruction. En 1813, entre les batailles de Lutzen et de Bautzen, quand le pays était occupé par d’innombrables légions de soldats, un rescrit parut, sur la proposition des États, créant une caisse centrale des écoles ( Schulkasse)\ c’est qu’on voyait dans la diffusion générale des connaissances élémentaires, le véritable moyen de relever la Saxe des désastres do la guerre, et les résultats ont montré qu’on ne s’était pas trompé. Les souverains, les chambres, les particuliers, tout le monde s’occupe de
l’instruction publique comme du premier intérêt de la nation, et il n’est pas jusqu’au paysan qui ne sache que son pays marche en tète des États européens, sous ce rapport, et qui n'en soit plus fier que d’un trophée do victoire.
L'enseignement primaire est encore actuellement réglé par la loi du 6 juin 1835, et par le règlement qui en détermine l'exécution.
Tout enfant doit fréquenter l’école pendant 8 ans, de 6 h 14 ans. Chaque année, huit jours avant la rentrée des classes, le pasteur fait lecture du haut de la chaire, de la liste des enfants qui, étant entrés dans leur sixième année, sont soumis à l’obligation scolaire ( Schul ztvang). C’est la conscription des intelligences pour combattre l’ignorance.
L’incapacité intellectuelle ou physique, constatée par un certificat de médecin, est le seul motif d’exemption. — Les parents peuvent faire élever leurs enfants chez eux ou dans une institution privée, mais sous Je contrôle de la commission de surveillance. — L’obligation est imposée môme aux acteurs ambulants et aux personnes sans demeure fixe.
Tout chef de famille qui n’envoie pas ses enfants à une école publique, ou qui ne leur fait pas donner une instruction suffisante, encourt une amende de 25 gros (3 fr. 12 c.) à 5 lhalers (18 fr. 75 c.), ou la peine de l’emprisonnement en cas de récidive.
Aucun enfant ne peut quitter l’école sans avoir reçu un certificat de confirmation.
Les fabricants qui emploient des enfants âgés de moins de 16 ans, doivent les envoyer à l’école ou créer une écolo spéciale dans leur établissement.
Autrefois le Schulzwang existait, mais il n'était pas rigoureusement appliqué. Depuis 1835 il l’est, mais ce n'est que dans les pre-, mières années qu’il a fallu punir. Bientôt, les parents se sont conv aincus que leurs enfants, en fréquentant régulièrement l’école, devenaient plus dociles, plus moraux, mieux élevés, et qu’ils feraient ensuite meilleure besogne. Aujourd’hui, envoyer les enfants à l'école parait une chose aussi naturelle, aussi nécessaire que de leur donner la nourriture dont ils ont besoin.
Dans les centres industriels comme à Chemnitz, par exemple, le système du demi-temps est adopté: pour ne pas enlever complètement à l’industrie les bras des enfants, ceux-ci vont à l’école la moitié du jour, et l'autre moitié à l’atelier.
Après que l’obligation scolaire a été sérieusement appliquée pendant quelque temps, avec l'appui de l’opinion et surtout du clergé, la contrainte disparaît: l’habitude la remplace.
Dès qu’une localité compte 60 enfants soumis à l’obligation sco-
ALLEMAGNE
laire, elle est tenue de fonder une écoleet d’y entretenir aulant de maîtres ou de sous-maltres, qu’il y a de fois 60 enfants qui la fréquentent.
Le pays est divisé en districts scolaires, et dans chaque district existe un comité ( Schulvorstand ) composé d’un pasteur et d’au moins trois conseillers communaux. Ce comité surveille l'exécution de la loi et des règlements, l’entretien des bâtiments etdu mobilier, et gère la caisse. L’inspection est exercée par des surintendants, qui rendent compte au ministre et qui nomment les instituteurs.
L’instruction primaire est à la charge des communes. Les frais sont couverts:
4° Par les rétributions des élèves;
2° Par une taxo proportionnelle à la fortune, que payent tous les habitants de la commune sans exception;
3* Par un subside de l’État, quand, exceptionnellement, la commune est trop pauvre pour faire face aux nécessités de l’enseignement. La dépense totale s’est élevée, en 1867, à environ fr. 5,625,000, ce qui, pour deux demi-millions d’habitants, fait 2 fr. 17 c. par tète; l’État n'avait contribué à la dépense que pour 190,000 fr. Le nombre des districts scolaires était d’environ 1,200; celui des écoles protestantes de 4,936, avec 3,400 instituteurs et 542 sous-maîtres; celui des écoles catholiques de 40, avec 54 instituteurs. Il n’y a dans le pays qu’environ 50,000 catholiques, soit 4 sur 50 habitants.
Le nombre des enfants èn âge d’école était de 400,299, ou 17 % de la population, qui tous fréquentaient l'école.
Le traitement minimum dans les campagnes est 150 thalers, (662 fr. 50 c.) et dans les villes, do 180 et de 200 thalers (675 et 750 fr.)
Des augmentations successives sont accordées, de 5 en 5 ans, aux instituteurs qui les méritent, de façon qu’après un certain temps de bon service, le minimum dans les campagnes même no peut être inférieur à 270 thalers (1 ,01 2 fr.)
La religion forme la base do l’enseignement et occupe toujours les premières heures du jour.
Viennent ensuite la lecture, l’écriture, le calcul, l'histoire sainte, la géographie, le chant, les principes é.éraentaires et pratiques de physique et l'histoire naturelle, et la gymnastique, même dans les écoles de Glles.
Pour conserver aux gymnasiarques Saxons la réputation dont ils jouissent dans toute l'Allemagne, le gouvernement a fondé une école normale de gymnastique avec trois professeurs de premier ordre, très-bien rétribués.
Il existe 10 écoles normales protestantes, 2 catholiques et une
pour institutrices. Dans ces écoles, le nombre de maîtres est de 120, celui des élèves de 1,300.
Le gouvernement saxon vient de proposer aux Chambres une nouvelle loi scolaire qui, presqu’en toul point, peut servir de modèle. Elle se contente, en général, de consacrer les institutions pédagogiques qui se sont successivement développées en Saxe. La principale innovation, est qu’elle rend obligatoire la fréquentalion de « l'école de perfectionnement » pendant les trois années qui suivent la sortie de l’école primaire. Cet enseignement se donne dans l’école, le soir, et on y consacre de 2 à 8 heures par semaine, d’après la décision du comité local [Schulvorstand) . Il est semblable a celui des Fortbildungschulen prussiens, dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent, o Le but de l’école primaire, dit le projet, art. 1er, est de donner à la jeune-se, par l’éducation, les bases de la culture morale et religieuse, ainsi que les connaissances générales et les capacités nécessaires à la vie sociale, » Les objets enseignés sont : la morale, la religion, l'allemand, lire, écrire, calculer, l’histoire, la géographie, la géométrie, les sciences et l’histoire naturelle ( Natargeschichte und ftaturlehre ), le chant, le dessin, la gymnastique et les ouvrages de main pour les femmes.
Toute école, même de 60 élèves et moins, doit être divisée en deux classes. Le maître d'école fait partie du comité local. Les devoirs des inspecteurs de canton sont très-étendus et strictement définis par la loi. Ils doivent posséder des connaissances professionnelles. Tout est à étudier dans ce projet de loi, qui résume l’expérience pédagogique du pays le plus avancé sous ce rapport.