LES ENFANTS DÉSOBÉISSANTS ET INGRATS
— Paul, vous n’écrivez pas, pourquoi cela?
— Monsieur, c’est que j’ai mal à la main.
— En effet, vos doigts sont enveloppés d’un linge. Que vous est-il donc arrivé?... Eh bien ! vous ne répondez pas?
— Monsieur, c’est qu’il n’ose pas. Il m’a prié de vous raconter la chose. Son père lui avait défendu de toucher les morceaux de fer de la forge; Paul a voulu en prendre
d. Consulter le Di'oit usuel et l’Économie politique à l’École, par MM. Reverdy et Burdeau.
l’jnstruction morale a l’école
un, qui n’élait plus rouge, mais qui était encore brûlant.
— Vous le voyez, mon petit Paul. Je vous l’avais déjà dit plusieurs fois, car vous êtes un peu têtu: quand un eyifant désobéit, il peut lui en cuire. Heureusement, pour cette fois, le mal n’est pas grand, et ce ne sera qu’un avertissement. Profitez-en.
Il y a des enfants qui mettent leur orgueil à ne pas obéir. Ils se croient de bien grands personnages parce qu’ils n’en font qu’à leur tête. Mais comme cette petite tête n’en sait pas bien long encore, elle les conseille fort mal et ils ne réussissent qu’à faire des bévues dont ils souffrent tout les premiers, et qui les rendent ridicules.
D’autres sont comme Louis Grandet, qui ne voulait jamais obéir sans avoir raisonné un grand quart d’heure. L’autre jour, en passant devant la maison du boucher, son père lui disait de ne pas approcher du chien : Louis n’a pas voulu l’écouter sur-le-champ, il a demandé comme d’habitude des explications, et pendant ce temps-là le chien s’est jeté sur lui, lui a enlevé le fond de sa culotte, et peut-être bien un petit morceau de la peau avec.
Au lieu de demander le pourquoi de tout , il aurait mieux fait de se rappeler que la promptitude est le commencement de la vraie obéissance. Notez que, le plus souvent, ces jeunes raisonneurs ne seraient pas à même de comprendre, l’explication qu’ils demandent, parce qu’elle dépasse leur âge et leur esprit.
Voyez, dans l’armée, si le soldat demande' à l’officier les raisons des manœuvres qu’on lui commande en guerre? Voyez s’il exige qu’on discute avec lui le plan de campagne qui a été dressé par les généraux les plus expérimentés et les plus habiles? Non ; il marche de bon cœur, sans chercher des anicroches.
Et le malade? demande-t-il au médecin, avant de prendre un remède, qu’on lui en explique l’effet et qu’on lui en démontre l’utilité par des raisons savantes? Non,
LES DEVOIRS DES ENFANTS d’aI’RÊS LE CODE
car il aurait le temps de mourir avant. Ou bien alors, il ferait comme le malade imaginaire de Molière ^ qui pour mieux juger son médecin, étudie et se fait recevoir docteur lui-meme.
Enfin, quelques enfants — mais ceux-là sont pires — ne veulent pas obéir, sous le prétexte que leurs parents
Le chien s’est jeté sur lui.
sont moins instruits qu eux-mêmes , Il est vrai, en effets que vos parents n'ont pas tous eu le bonheur de commencer leur vie dans une époque éclairée comme la nôtre : mais ce qui fait leur honneur, c'est qu’ayant connu à leurs dépens les inconvénients de l'ignorance, ils ont courageusement entrepris de créer à grands frais des écoles, afin d'instruire leurs enfants et tous les enfants de France. Voilà ce qu’ils ont fait. Et il faudra en récompense qu’ils se voient reprocher leur malheur par leurs
1. Molière (Jean-Baptiste Poquelin, dit), né eu 1622, mort en 1673. Le plus grand poète comique français.
l'instruction morale a l’école
enfants! C’est là une indignité, et celui qui s’en rend coupable ne mérite pas l’instruction, puisqu’elle ne lui inspire pas des sentiments meilleurs et plus justes.
Un enfant qui a du bon sens comprend, au contraire, fort bien que chez les personnes d’âge, l’expérience et la sagesse naturelle suppléent souvent au savoir, surtout au petit savoir que peut contenir une jeune tête.
Et de même, il ne se mêle pas de décider si ses parents sont sans défauts, comme certains enfants qui découvrent des imperfections à tout le monde, et qui ne trouvent personne assez parfait pour être digne de les commander. ■Un enfant ne doit jamais juger personne.
DEUXIÈME LEÇON
LES DEVOIRS DES ENFANTS, d’aPRÊS LE CODE CIVIL
Les devoirs essentiels des enfants envers leurs parents sont reconnus par la loi : le législateur les a même inscrits en tête du code civil.
Dans les temps anciens, alors que les hommes étaient encore à demi barbares, l’autorité du père était beaucoup plus sévère qu’aujourd’hui. Ainsi, chez les premiers Romains, le père avait droit de vie et de mort sur ses enfants ; il pouvait les vendre comme esclaves, ou les exposer sur les grands chemins. L’enfant était une chose, une propriété entre les mains de son père.
Peu à peu, l’autorité du père a pu sans inconvénient devenir plus douce. Aujourd’hui elle est tout à fait modérée et raisonnable ; aussi n’en est-elle que plus digne de respect.
Jusqu’à l’âge de vingt et un ans révolus, la loi française appelle l’enfant un mineur; passé vingt et un ans, il est majeur. Toutefois, dès Tâgede dix-huit ans, il peut être émancipé si ses parents le jugent bon, et alors il a les droits d’un majeur.
LKS DKVOIRS DES ENFANTS d’aPRÈS LE CODE
L’enfant mineur est placé sous l’autorité paternelle : il doit obéissance à ses parents; il ne peut quitter leur maison sans leur permission.
Si, par sa mauvaise conduite, il leur donne des sujets de mécontentement graves, ses parents peuvent même le faire emprisonner dans une maison de correction : tant que l’enfant n’a pas seize ans, un ordre de son père suffit pour l’envoyer en prison un mois. De seize à vingt et un ans, le juge intervient pour examiner la faute de l’enfant ; et si cette faute est reconnue grave, alors ce n’est plus pour un mois, c’est pou7^ six mois que le coupable peut être enfermé.
C’est un droit redoutable que celui dont le père est ainsi armé. En le lui donnant, le législateur a voulu nous apprendre qu’m père est du-dessus de sa famille de la même façon quun magistrat est au-dessus de ses concitoyens, et que lui désobéir, c’est se révolter contre la loi elle-même.
TROISIÈME LEÇON