LUI
Les dinianclics cl les leles chômées claicnt les jours réguliers de congé : on y ajoutait le jeudi, a moins qu'il ne se rencontrât une fête dans la semaine. Quelquefois le congé hebdomadaire ne comprenait que l'après-midi.
Les classes se taisaient presque toujours le matin et le soir et duraient au moins deux heures h chaque fois. Le règlement de Colombiers veut que la classe de charité soit de trois heures, le matm seulement, et qu'elle commence 'a six ou a huit heures suivant la saison ; le maître consacrait l'après-midi 'a ses pensionnaires. A Laval, il était aussi loisible aux maîtres des écoles de charité de faire leur classe en une seule séance.
Les moyens disciplinaires employés pour maintenir l'ordre ou pour réprimer la paresse ne sont pas souvent indiqués, parce que le maître étant le représentant du père de famille qui lui déléguait ses droits, traitait l'enfant a l'école comme il l'était dans la famille, la férule remplaçant la main paternelle. Le règlement de la Baconnière nous apprend comment on usait de ce redoutable instrument qui a corrigé tant de grands hommes sans leur abaisser le caractère, ni les avilir : « Quiconque fera au contraire de ce que dessus, y est-il dit, aura pour la première fois deux coups de verge sur les deux mains, a la seconde quatre ou cinq coups sur les fesses, et s'il continue et ne veuille se déporter, il sera banni et chassé hors de l'école ».
Les grammairiens étaient soumis 'a un usage qui n'est pas très clairement expliqué, mais qui leur promettait un châtiment anaIo2;iie. « Sera observée et baillée la lérule aux ^ranimairiens, dit le texte, laquelle sera demandée deux fois |)ar jour l)ar le niaistre et quiconque sera trouvé l'asvoir et estre de fja/lico, il [)orrigera la main et aura sur ycelle un coup de verge, et deux incongruités vaukiront un de yallico ».
Il est recommandé au maître par le règlement de Vaiges de se borner le jdiis souvent aux menaces. Je n'ai vu nulle part
qu'il soit question de pensum sous forme de supplément de travail pour la main ou la mémoire, ni d'autres punitions corporelles.
La prière, avant et a|)rès la classe, était rigoureusement prescrite, et se faisait quelquefois a l'église. Dans les plus anciennes fondations, on trouve même imposée l'obligation du chant d'un salut ou de quelque antienne 'a la Sainte-Vierge, et quoique plus rare, cet usage se retrouve à toutes les époques postérieures. On peut encore regarder comme un article du règlement scolaire les prières demandées aux maîtres et aux écoliers pour les fondateurs et pour leur parents et amis défunts. Cet usage était légitime et moral et rien ne saurait le remplacer avantageusement. L'espérance que le testateur emportait avec lui qu'on garderait de .sa mémoire un pieux souvenir, qu'il jouirait du hénélice de la naïve et puissante prière des enfants était un des motifs les plus eflicaces pour porter aux dispositions charitables. Comme aussi l'obligation d'une prière quotidienne pour les bienfaiteurs rappelait les enfants et leurs familles au devoir de la reconnaissance ; devoir dont l'accom- . plissement, loin d'être une humiliation, créait entre le riche et le pauvre un lien mutuel au grand profit de l'union et de la paix sociale. Aujourd'hui, le pauvre, à qui l'Etat dispense aux dépens de l'impôt une instruction gratuite, n'en a de reconnaissance a personne, pas même à un gouvernement dont les représentants ne distribuent que des fonds où leur générosité personnelle n'a point de part. Ce sera toujours sagesse de favoriser les legs de bienfaisance en faveur des pauvres d'une localité et d'entretenir dans la j)Opulation le souvenir du bienfaiteur. Dans ce genre, rien n'égale l'institution de la prière demandée par le testateur et dont la perpétuité lui est garantie comme une dette sacrée. Proposez tous les ordres du jour, les insci'iplions louangeuses sur le marbre ou le bronze, toutes les autres inventions propres à flatter la vanité humaine, vous
lien retirerez jamais (luiiiKi iiilime partie des bienfaits qu'on |.eut attendre des niolil's d'un ordre pins élevé. L'Eglise a ce sens profond, cette intelligence du cœur de Thomme, aussi bien (|iiand elle fait prier l'enfant qu'on instruit que quand elle met sur les lèvres du pauvre qu'on nourrit à l'Hùtel-Dieu, après la bénédiction de la table, la prière pour le bienfaiteur (jui l'alimente.
Ecoles mixtes.
Les petites filles avaient encore bien peu d'écoles spéciales au XVII' siècle, mais elles pouvaient cependant s'instruire, et nous avons constaté a toutes les époipies antérieures leur présence dans les classes qui leur étaient communes avec les garçons. Dans ce cas c'était toujours un maître, presque toujours un prêtre, qui dirigeait l'école. En 1 570, deux prêtres de Cliâteau-Gontier, à qui le cliapitre de Saint-Just ne permettait pas d'ouvrir une école élémentaire en concurrence avec celle du collège, demandent à faire la classe aux petites filles. Au même temps, le curé de Saint-Martin de Mayenne fait une fondation en faveur des deux sexes. Le maître d'école de Pré-en-Pail fait, en 1616, l'éloge d'une de ses petites écolières et la liste des élèves de la Baconnière olfre trois noms féminins. Au milieu du XVII° siècle, l'école de Saint-C\T-en-Pail était encore mixte, mais déj'a les statuts diocésains proscrivaient cet abus sous peine d'excommunication. Bientôt il disparait dans le Maine, pour se conserver encore quelques temps dans la partie angevine du département. Quoique monseigneur lévéque d'Angers, en visite pastoralea Cbâteau-Gontier,ait porté sur ce point une défense expresse, en 1710, deux ans plus tard, le maître d'école de la Koë est encore pourvu en titre et en termes exprès pour enseigner les garçons et les petites lilles. Je ne sais où le
correspondant qui renseigne les auteurs du Diclionnaire de Pédagogie a vu que les sœurs de la Chapelle-au-Riboul faisaient quelquefois la classe aux petits garçons ; je n'en ai pas trouvé un seul exemple. A THuisserie seulement, quoique le curé ait fait a la fois deux fondations, une pour chaque sexe, la maîtresse laïque devait prendre les petits garçons jusqu'à dix ans. C'est un premier essai de salle d'asile, et le seul cas d'une école dirigée par une femme et accueillant les garçons.
On trouvera dans le corps de cet ouvrage plusieurs documents sur les écoles annexées aux hôpitaux. Cette partie des soins donnés a l'instruction des enfants recueillis dans les hospices n'a pas été signalée suflisamment par les auteurs qui ont traité la question hospitalière.
Le local scolaire.
Le plus souvent la maison vicariale servait d'école. On pourra relever c'a et la dans les notices paroissiales quelques détails sur l'état favorable ou précaire de l'installation matérielle des classes. En somme on peut dire que ce côté accessoire était plus négligé que la partie essentielle concernant l'éducation et l'instruction, parce qu'on ne se logeait pas, il va deux ou trois siècles, comme nous avons l'habitude de le faire. Les maîtres et les élèves de nos jours éprouveraient quelque répugnance ou déception en face du local scolaire d'une autre époque; nous n'en aurions généralement pas moins à habiter les maisons où vécurent nos pères. Quand la maison d'école paraissait trop délabrée, le curé se plaignait a l'archidiacre ou au doyen qui, lors de sa visite, ordonnait les réparations urgentes. A Brée, le curé lui-même fait les frais d'une installation plus convenable ; a Oisseau on prescrit de mettre aux fenêtres des châssis garnis de vitres ou de toiles huilées. Un seul document nous donne
pour la Mayenne le devis d'une maison décole au XVIII' siècle. Il est semblable pour les deux sexes. Je le prends a Tarlicle de Brécé. Les habitants donnent pouvoir a leur procureur fabricien de a l'aire faire et construire une maison de quarantetrois pieds de longueur sur vingt-deux de largeur de dehors en dehors, de dix pieds de hauteur a partir de la plante de la porte, les pignons et les cotières de deux pieds et demi d'épaisseur, deux croisées de cinq pieds de hauteur en pierre de taille et vitrage proportionnelles, deux portes, même pierre de taille. Laquelle maison sera couverte de bardeau, sur une charpente qui sera posée suivant les règles de l'art ». Le curé prit luimême à sa charge la construction d'une maison de même plan pour l'école des tilles. Ces deux maisons, suivant une disposition commune alors, n'avaient cpi'un rez-de-chaussée, et en supposant que la classe en occupât la moitié, elle pouvait avoir six mètres sur sept et une hauteur de plus de trois mètres. Ces deux écoles ne devaient pas faire mauvaise figure comparées aux habitations qui formaient alors le bourg de Brécé.
XHI
Les maîtres écrivains.
Les maîtres d'écriture formaient une classe a part dinstituleurs. On ne les trouve pas seulement dans les villes, mais dans les campagnes les plus reculées, où ils allaient do maison en maison, donnant aux garçons et aux filles, sous la surveillance des parents, des leçons de leur art. Labbé Fleury, dans ses Mémoires, nous: l'apprend pour la petite paroisse de Vieuvy, et celle de Landivy, qu'on dit avoir été si délaissée au point de vue de l'instruction, avait pourtant son n)aitre d'écriture. Les villes étaient encore mieux dotées sous ce rapport et l'on voit par plusieurs exemples cpi'eiles s'imposaient des sacrifices pouraltirer des maîtres capables. La ville de Château-
Gontier, où nous trouvons un maître écrivain cité parmi les notables au XIV siècle, en étant momentanément privée en l'année 1701, a ce point que les bourgeois envoyaient leurs enfants dans les petites villes du voisinage. Le corps de ville, après en avoir délibéré, fait des démarches auprès d'un sieur Fourmy, de Candé, et par des offres d'exemption de taxes et la perspective de nombreux écoliers, le fixe dans ses murs. Plus tard on le retient par l'appât d'un salaire pris sur ses élèves, quand la ville de Laval veut 'a son tour l'accaparer. Depuis ce temps, les maîtres d'écriture sont nombreux a Château-Gontier ; ils ne l'étaient pas moins 'a Laval, et d'une situation assez relevée. Tandis que l'école dépendait de l'autorité ecclésiastique ou d'une corporation religieuse, l'enseignement spécial de l'écriture était libre, livré a l'initiative privée ou, comme on le voit, soutenu et favorisé par les municipalités. Ces maîtres écrivains prenaient souvent des pensionnaires pour quelques mois, et joignaient l'enseignement de l'arithmétique 'a celui de leur art. Ce genre spécial d'enseignement a disparu; aussi n'y a-t-il plus aucune uniformité dans l'écriture moderne. Il est aussi impossible aujourd'hui de trouver deux hommes ayant la même main, qu'il est diflicile de ne pas confondre l'écriture de deux scribes au XV' siècle.
La Congrégation des sceurs de la Ctiarité de la Ctiapelle-au-Riboul.
Le diocèse du Mans eut l'avantage de voir surgir de son sein, au XVII' siècle, plusieurs congrégations de femmes qui se consacrèrent a l'instruction des jeunes fdles et au soin des malades. La plus importante eut pour lieu d'origine un humble village du Bas-Maine nommé la Chaj)elle-au-Riboul, au doyenné de.lavron. Nous devons remercier la Providence de cette fa-
veiir et témoigner notre reconnaissance a tons eenx qui contribuèrent a cette fondation dont les bienfaits sont inappréciables parmi nous depuis deux siècles. La plus grande part de mérite revient a « l'Institutrice » de celte pieuse famille de Filles de la Charité, suivant cette maxime que tout le bien produit par un ordre religieux est virtuellement contenu dans la vertu du fondateur, comme la plante dans son germe. C'est bien comme une plante en effet qua germé, s'est développée et a grandi Pœuvre de la sœur Tulard, sortie des plus minimes commencements pour croître et se répandre avec tant de fruits.
Mais il faut expliquer dans quelles conditions s'est fondé le nouvel Institut et quel milieu avait été providentiellement préparé |)our en assurer le succès. Cette digression ne nous fait point sortir de notre sujet, et les détails en sont inédits.
Par un prodige remarquable qui s'est produit 'a la fois sur nn grand nombre de points de la PVance, ce coin de notre province (pii avait Javron pour centre et comprenait, outre ce cbellieu du doyenné, les paroisses de Villaines, Saint-Cyr-en-Pail et la Chapelle-au-Riboul, ressentit presque immédiatement rinlluence des exemples et des leçons des grands réformateurs du clergé au XVII" siècle, les Bourdoise, les Olier, les Vincent-de-Paul. Plusieurs prêtres de ce petit pays étaient allés à Paris se mettre sous leur direction, puis, revenus au Maine, ils tentèrent d'établir une commimauté d'ecclésiastiques qui, cherchant d'abord leur édification mutuelle, s'exercèrent aussi avec succès a toutes les œuvres du zèle sacerdotal. Cette pieuse association s'étal)lit d'abord 'a Javron, et de la, passa 'a la Chapelle-au-Riboul, vers IG87. Monsieur Tulard, curé de cette dernière paroisse, Ijeau-frèrede la sœur Tulard, la future fondatrice, en était le supérieur et donna asile 'a ce rudiment de séminaire en sa maison presbytérale. C'était un sujet remarquable, formé lui-inèine ii l'école des saints prêtres dont nous
venons de parler, et qui méritait la distinction dont son évoque l'avait gratifié en le choisissant pour doyen. Il aida plus puissamment que personne la fondatrice des sœurs de la Ghapelleau-Ril)oul.
M. Jacques Jouannauil, issu dune Camille distinguée de Villaines, fut le plus zélé et le plus ardent auxiliaire des filles de Saint-Vincenl-de-Paul dans la Mayenne. Sa volumineuse correspondance donne une haute idée de sa vertu, de son humilité et de son absolu dévoûment à toutes les bonnes œuvres. Il a mis, dit-il, « la main et la langue a tous les établissements des Filles de la Charité dans la province ». Il aurait pu ajouter qu'il s'était dépouillé pour elles à ce point, qu'ayant fait admettre comme postulante sa petite nièce, dont le père était avocat, jeune fille de vingt-deux ans, « forte de reste, faisant la buée, boulangeant, servante et traine-balai de la maison », il proteste qu'il quêtera pour elle, ses parents ne voulant rien lui donner. Quand il s'agit d'établir les sœurs grises dans quelques paroisses, il ne connaît plus d'obstacles. En 1697, infirme et boiteux, il se rendra au Mans, s'il le faut, porter une lettre 'a Mgr l'évêque. H se traîne du moins à la Perrière, à Villainesla-Juhel où il est heureux de présenter les sœurs à sa Grandeur. C'est une de ses joies et dont il rend compte à la supérieure générale avec une satisfaction paternelle et enfantine.
« Priez toutes, écrit-il, le 8 septembre 1698, pour la conservation (Je Mgr l'évesque du Mans, qui est tombé si infirme en ces cantons qu'il avoit grand'peine 'a parler et n"a pu donner le saint sacrement de Confirmation à personne îi Villaines, où plus de deux mille âmesTattendoicnt. Nonobstant son infirmité. Dieu lui a fait la grâce de faire une exhortation toulo divine, pleine d'onction, a nos trois sœurs de la Charité, que je lui ai |)résentées pour recevoir sa bénédiction, ce qu'il a fait d'une manière angélifpie, leur mettant en main un louis d'or 'a son ordinaire. Si jeusso été h flautoville. où deux de nos
S(t'urs de Javron conduislreiil leurs écolières pour la Conlirmalion, j'aiirois lâché de leur procurer la mesme bénédiction, quoiqu'il fût ce jour la si inlirnie qui! ne put confirmer personne. C'est pourquoi M. le supérieur du Mans ne jugea pas a propos non plus de les présenter à sa Grandeur. Je vous supplie de demander pour moi à Dieu une parfaite contrition de mes péchés et innombrables offenses, et de mes négligences aux services de ses pauvres membres, dont j'appréhende plus de châtiments que pour péchés que j'ayc commis directement contre sa divine Majesté. » On voit partout qu'il s'inspire des sentiments de M. Bourdoise, son maître. La supérieure des sœurs de Saint-Lazare se plaint de la longueur diffuse de ses lettres ; en cela elle n'avait pas tort, et le saint homme se plaît a le reconnaître : «Pardonnez-moi encore une fois, ma bonne Mère, lui répond-il, si je ne m'explique pas clairement et en peu de mots ; c'est que je n'en ai pas l'esprit, ni les dons, ni les grâces que vous avez. Si j'avais davantage d'esprit, j'en userois, et perdrois la mémoire de mon néant, j'aime mieux perdre la mémoire de toute autre chose que de cette vérité. » Dans le même esprit, il demande qu'on prenne pour lui comme procureur 'a Paris « le plus pauvre homme du voisinage. »
Il procura un grand nombre de vocations pour les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ; mais aucune ne lui lit plus d'honneur que celle d'une jeune fille de la Chapelle-au-Riboul nommée Julienne Jouvin. Elle était la dixième entant de la plus pauvre famille. Dès ses premières années, elle donna des marques d'une vertu rare, que M. Jouannault cultiva avec prédilection. Des personnes charitables, madame Tulard probablement, prirent soin de sa petite enfance, et 'a l'âge de sa première communion on la confia aux sœurs de Villaines-la-Juhelcomme future postulante. Â quinze ans elle dirigeait, a l'admiration de tous, une nombreuse école a Javron, et bientôt, résistant aux instances de sa famille et à des propositions avantageuses, se
rendait au séminairede Paris. Elle fut élue deux fois supérieure générale de la Congrégation et honorée de Tamitié et de la confiance de Marie Leczinska, (|ni l'appela près d'elle à Versiilles. Elle y mourut en odeur de sainteté en 1741. M. Jouannnnlt, qui l'avait recommandée a ses débuts comme une enfant de bénédiction, d'une innocence intacte, put voir qu'il ne s'était pas trompé par les fruits de salut qu'elle recueillit dans ses diverses fonctions, et la sœur Tulard dut laproposercomme modèle a ses disciples.
Un autre vénérable prêtre, M. Pierre Saslin, prédécesseur de M. Tulard dans la cure de la Chapelle-au-Riboul, faisait partie, lui aussi, de la communauté ecclésiastique et ne faisait depuis longtemps « qu'un cœur et qu'une âme » avec M. Jouannault.
Enlin. le plus digne de mémoire des protecteurs de la communauté naissante des sœurs Tulardinesfut peut-être M. Henry de More, curé de Saint Cyr-en-Pail. D'une famille distinguée du pays, sa jeunesse sembla d'abord promettre plutôt un abbé de cour qu'un saint prêtre. Mais s'étant mis bientôt sous la direction de M. Jouannault, il devint son disciple docile et reçut de lui les maximes cl l'esprit dont il était pénétré. Par son entremise il obtint de M. de Catinat, abbé de Saint-Juliende-Tours, la cure de Saint-Cyr-en-Pail. Ce fut une bénédiction pour ce pays. On a écrit, dans la vie de M. de More, ce que ce saint prêtre fit pour sa paroisse, formant des ouvroirs où les jeunes filles, sous une direction vigilante, gagnaient un salaire honnête au travail de la dentelle, créant un bureau de charité pros[)ère, fondant et réformant les écoles. Il fit plus de bien encore par ses exemples et ses conseils. La réputation de sainteté du curé de Saint-Cyr le désigna 'a l'autorité diocésaine pour remplacer M. Jouannault dans la direction spirituelle des s(eurs de la Chapelle-au-Uiboul. Il s'acquitta de ces fonctions avec succès, de concert avec la fondatrice a laquelle il survécut six ans.
M. de Catinat, abbé de Saint-Julien de Tours et prieur deJavron, peut être regardé aussi comme un iusip;ne bienfaiteur de la même œuvre. Il prit M. Jouannault en atîeclion, le nomma son exécuteur testamentaire et, comme tel, le chargea de fonder a Javron une maison de sœurs de Saint-Lazare. M. Jouannault ajoute (|ue rinlenlion de l'abbé de Saint-Jnlicn était d"élablir à Tours « un séminaire de Filles de la Charité pour celles (pie réloignemcnt de Paris pourroit effrayer », Il voulait consacrera cette fondation une somme de 80,000 livres, et l'aire un don im|)ortant a M. Tulard pour ses œuvres, sans doute poiu- la comminiauté des so'urs Tulardincs dont il était supérieur.
Signalons enfin la famille Boulevraye toute entière pour la l)art qu'elle prit h la même fondation. M. René Boulevraye, curé de Gommer, appela les sci'urs dans sa paroisse du vivant de la su'ur Tulard par une riche fondation; son frère, cure de Marcillé, non content de rétablissement qu'il leur procura chez lui, fait un legs pour le recrutement du noviciat. « Je donne et lègue à toujours mais pour contribuer a la nourriture et entretien de quelques pauvres filles de la dite Chapelle, qui voudront se donner à Dieu et au service des jtauvres malades et insiruire les jeunes filles, eu devenant maîtresse ^d'écolle... ainsi que la sœur Tulard a fait et fait a présent et conformément au règlement de leur société, la maison et autres immeubles que j'ai acquis de François Pcllier au bourg delaChapelle », et diverses rentes s'élevant a 70 livres fl/li). Il demandait qu'on donnât la préférence a celles de ses parentes qui voudraient se dévouer ainsi et (jui auraient les (jualités re- (|uises et la vocation. Un troisième membre de la même famille, M' Jean Boulevraye, notaire royal, prêtait gratuitement le secours de son ministère pour tous les actes concernant la communauté. M. Jouannault le recommande a ce litre aux prières des .Sd'urs deSaint-Vincent-de-Paul.
Voila dans quel entourage vécut la fondatrice des sœurs de laChapelle-au-Riboul. Cette communauté, qui compte aujourd'hui plus de deux cents ans d'existence et de si nombreuses fondations, eut beaucoup de sainteté a sa racine ce qui explique les fruits qu'elle a produits et qu'elle donne toujours.
La famille de Pcrrine Brunet était nombreuse 'a la Chapelleau-Riboul 'a la fin du XVP siècle, date des plus anciens registres paroissiaux. Il serait facile mais superflu de dresser uine généalogie 'a celle que Dieu avait choisie dans la condition la plus humble et qui n'eut d'autre ambition que d'être servante des pauvres. Constatons seulement qu'elle tient par sa naissance et par une nombreuse parenté a cette petite localité dont elle reste la gloire la plus pure et la plus bienfaisante. Elle était fille de Jacques Brunet et de Jeanne Bouvier, demeurant au village de la Bigottière, qui avaient eu avant elle deux enfants, François et Marie, nés en 16i8 et 1652. Voici son acte de baptême :
« Le sixiesme du moys de novembre, l'an mil-six-cent-cinquante-quatre, a esté baptisé en l'église de Xoslre-Dame de la Chapelle-au-Riboul, par moy, vicaire du dit lieu, un enfant femelle, né du mariage de Jacques Brunet et de Jeanne Bouvier, sa femme, lequel a esté nommé Perrine par ses parrains et marraines, qui ont esté Jean Bouvier et Perrine Garnier » (Signé) : Cocquelin.
Nous ne savons de son enfance que les traits généraux rapportés plus tard sur des témoignages lointains comme indices de sa sainteté future. La seule particularité que relate son biographe est le soin pris par ses parents delà fiiire instruire chez une voisine, alors qu'il n'y avait pas d'écoles de filles dans la paroisse. C'était une préparation et une marque de prédestination a la vocation spéciale qui fut l'œuvre de sa vie. Malgré son inclination précoce pour la vie'religieuse, elle condescendit, a 19 ans, 'a la volonté de ses parents qui lui firent épouser un
riche parti, M. Pierre Tiilard, notaire royal, et frère du curé de la Chapelle au- Hil)oui. Malgré des recherches soigneuses dans les registres de plusieurs paroisses, je n'ai pu trouver cet acte de mariage. Cela tiendrait-il au mécontentement de la famille Tulard, partagé par le curé de la Chapelle, qui n'aurait pas permis d'inscrire sur ses registres un mariage qu'il voyait d'un mauvais œil ? Madame Tulard, pendantlessix ans que dura son union, fut heureuse par raffeclion de son mari, par sa soumission 'a la volonté de Dieu et par le fidèle accomplissement de ses devoirs d'épouse. A vingt-cinq ans elle resta veuve et sans enfants. Le premier usage qu'elle fit de sa liherté fut de consacrer son temps a instruire les enfants de la campagne Sans grandes ressources, « son zèle lui procura une école (pii devint si nomhreuse que, ne pouvant suffire seule, elle s'associa de j)ieuses filles qui se crurent heureuses de partager ses soins et ses mérites )>. Puis hientôt, craignant qu'une œuvre où elle se portait par son propre choix ne fût pas assez parfaite et assez durable, elle reprit son premier dessein de se renfermer dans le cloître. Mais au moment où elle ne songeait qu'à devenir religieuse comme toute autre, Dieu la choisit pour être fondatrice. M. Tulard, témoin des vertus de la jeune veuve, et inspiré par la vue du bien qu'elle produisait déjà, revint de ses préventions de famille. Il entra en relation avec elle, connut ses dispositions intérieures, et eut la confiance d'entreprendre avec son aide, dans une paroisse rurale, une fondation semblable 'a celles dont lui donnaient l'exemple les villes de Laval, Craon, Le Mans et Angers, car le même besoin se faisait partout sentir. De l'entente de ces deux âmes est sorti un nouvel institut consacré à l'instruction des jeunes lilles et au soulagement des pauvres malades.
Madame Tulard se laissa guider docilement « et, sm- la parole de M. Tulard, elle partit pour Saint-Vincent du Mans, afin d'y apprendre à tenir petites les écoles. De Ta, elle passa 'a