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Extrait du Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan.
Les documents ne fournissent de renseignements sur le fonctionnement de l'instruction publique à Gorrens qu'à partir de la seconde moitié du XVI* siècle. Les délibérations communales y mentionnent la présence d'un maître des écoles, dont l'établissement remontait, sans doute, à une époque assez lointaine.
Ce maître était nommé, chaque année, par le conseil communal qui déléguait parfois ses pouvoirs à des commissaires spécialement désignés (1) ou simplement aux deux consuls (2). Il pouvait être prorogé dans ses fonctions, mais ces prorogations, qui soulevèrent parfois des protestations (3), furent assez rares au XVI® et au XVII® siècle r4i. Par contre elles devinrent la règle au XVIII®. Le conseil ne prit môme plus de délibération
qu'en cas de vacance. En 1784 cependant il fut décidé que le maître en exercice recevrait chaque année, comme par le passé une nouvelle investiture (5). Il ne semble pas qu'au XVI® siècle les candidats à la régence des écoles fussent assujettis à un examen. Ce n'est qu'en 1612 qu'il fut stipulé pour la première
(l) Séances des 17 octobre 1593, 3 août 1603, 8 octobre 1613, 13 septembre 1637, 16 jaiile 1645. — (2) Séances des 14 septembre 1569, 10 août 1636. — i3) Séance da 36 mai 1607. (4) Séances des SI septembre 1587, l«r août 1604, 13 juin 1605, 11 jain 1606, 30 jain 1610, 10 juillet 1633, 18 août 1&58. — (5) Séance du 31 mai 1784.
fois qu'un docteur en « saints décrets » et un docteur en droit leurs poseraient des interrogations (1). Ces mesures furent sans doute prises parce que les postulants devenaient plus nombreux. En 1648 môme la régence fut délivrée après une dispute ou concours (2). Le môme fait se reproduisit dans la suite. La dispute avait lieu aux frais des concurrents (3), qui par compensation choisissaient leurs examinateurs (4). Ce mode de nomination fut abandonné à la fin du XVII^ siècle. La dernière « dispute » eut lieu en 1677 (5). Parfois aussi les commissaires ou les consuls, chargés de « louer » un maître, devaient 'demander l'avis des pères de famille avant d'arrêter leur choix (6). Gomme les parents n'avaient pas toujours les mômes préférences, le conseil, pour mettre à couvert sa responsabilité, ne nommait pas de régent officiel (7). Quand c'était entre les conseillers que le désaccord existait, la môme solution était adoptée, afin de rétablir l'harmonie (8). Ce furent là d'ailleurs des cas exceptionnels.
Au XVI® et au XVII® siècle, le conseil communal semble avoir nommé les maîtres des écoles sans demander l'autorisation du pouvoir ecclésiastique. Au XVIII® siècle au contraire, les maîtres ne purent enseigner qu'après avoir été approuvés par l'archevôque d'Aix (9) qui s'arrogea aussi le droit de les révoquer (10). Auparavant, le conseil seul jouissait de cette prérogative. Il n'en usait que dans le cas d'insuffisance de la part du régent (11), prévenu, du reste, parfois, du malheureux sort qui l'attendait s'il était « incapable » (12).
Le conseil allouait aux maîtres de ses écoles des gages qui naturellement allèrent en s'accroissant. En 1566 l'allocation communale annuelle fut de 25 florins (13), de 30 à partir de 1573 (14), de 40 à partir de 1577 (15;. Portée è 30 livres en
(1) Séance du 5 août 1613. Cf. Séance da 10 août 1636. — (S) Séance da 6 septembre 1648. (éj Séance du 7 aoÂt 1650. — (4) Séance du l*' octobre 1663. — (5) Séance du 32 août 1677. Cr Séance du 10 août 1663. — (6) Séances des 1» juillet 1639, 9 août 1671. — ^7) Séance du 36 août 1613. — (8) Séance du 34 août 1614. — (9) Séances des 13 novembre 1707, 15 mai 1757, 9 août 1761. — (10) Séance du 4 décembre 1745. — (11) Séances des 33, 30 mars 1586, 39 décembre 1613, 17 mars 1614, 19 juin 1639, 31 août 1633, 11 octobre 1653. — (13) Séances des 6 mars, 8 33 mai 1583. - (13) Séance du 30 septembre 1566. -j (14) Séance du 9 août 1573. — (15) Séances dés il mai 1578, SI octobre 1583.
.1603 (1), elle atteignit 48 livres en 1618 (2), 100 livres en 1745 (3), 120 en 1753 (4), puis semble être retombée à 48 livres de 1757 à la Révolution (5).
Pour augmenter ces « gages » assez modiques^ les enfants étaient astreints à une rétribution scolaire. Au XVI^ et au XVII" siècle^ des commissaires nommés par le conseil^ les taxaient d'après renseignement qu'ils recevaient et en tenant compte de la condition de fortune des parents (6). Le trésorier communal était chargé de la perception (7); quelquefois, mais rarement^ le maître lui-même (8). En 1588, le conseil la fixa à 8 sous par mois pour les enfants qui apprenaient la « granmayre », à 4 sous pour ceux qui apprenaient à lire (9). Au commencement du XVII" siècle un nouveau système fut adopté. Le conseil détermina, en môme temps que la part contributive de la commune, le traitement total du maître des écoles et les enfants se cotisaient pour parfaire la somme fixée. En 1609^ 60 livres annuelles lui furent ainsi assurées (10); en 1613, 75 livres (11); en 1632, 144 livres (12). Puis on revint à l'ancien système. En 1746, la rétribution fut ainsi fixée : « de l'alphabet jusques au français », 5 sous par mois; du « français », 8 sous; « ceux qui écriront », 10 sous; ceux de 1* « ariméthique », 15 sous (13). En 1761, les mômes prix sont indiqués (14). C'était le maître qui percevait. Les enfants pauvres étaient admis à suivre gratuitement les leçons (15).
Pour favoriser le maître officiel, le conseil interdisait aux autres régents domiciliés en ville, de tenir des écoles particulières ou « chambrées » (16), à moins qu'ils ne fussent simplement « escripvains ou arimaticiens » (17). En revanche défense lui était faite de faire fonctions de précepteur particulier, pour
(1) Séauce da 31 septembre 1603. — (2) Séance du 3^ juillet 1618. — (3) Séance du 4 déceL.bre 1745.— (4) Séance du 7 octobre 1753.— (5) Séance du 7 janvier 1759.— [Q) Séances des 13 mars 1565, 6 janvier 1566, 11 janvier 1568, 36 novembre 1569. C août 1579, 15 octobre 1589. 15 avril 1605. SI janvier 1635. — (7) Séances des 90 mai 1576. 14 avril 1653. .- (8) Séances des 35 avril 1583. 39 décembre 1647.— (9) Séance du 33 octobre 1588. Cf. Séance du 11 juin 1713. — (10) Séance du SI juin 1609. — (11) Séauce du 34 février 1613 — (13) Séance du 36 septembre 1033. — (13; Séance du 19 juin 1746. — (14) Séance du 9 août r761. — (15) Séances des 4 novembre 1613, 15 septembre 16;?4, 39 septembre 1665, 90 septembre 1703. -i- (16) Séances du 33 juillet 1618, 10 novembre 16-i4, !•' novembre 1654. — (17) Séance du 10 août 1636
ne. pas augmenter les charges des autres écoliers qai auraient d^autant plus à payer qu'ils seraient moins nombreux (1).
Malgré tout^ les maîtres gagnaient péniblement leur vie. Cette situation, émut un prêtre de Correns, nommé Gàulier, qui légua au conseil une rente annuelle de 50 livres pour augmenter les gages du régent (2). Le conseil exécuta fidèlement l'intention du testateur.
Au XVI* et au XVII® siècle, les parents des écoliers nourrissaient le maître à tour de rôle, pendant un mois (3). 11^ avaient la latitude de s'affranchir de cette sujétion en lui payant une indemnité de 6 florins en 1609 (4), de 6 livres à partir de 1625 (5). Parfois le conseil stipulait que le maître ne serait pas nourri aux frais des parents (6). Cette coutunie tomba en désuétude au XVni« siècle.
Les textes relatifs à l'enseignement sont rares. En 1588, les écoliers apprenaient la « grammayre », la lecture et l'écriture (7); en 16Ô9, la « giffre et matematique » (8). Par grammaire il faut entendre, saiis doute, l'étude de la langue latine qui ne fut * enseignée qu'intermittemment. En 1654, il n'y avait pas d'enfants « grameriens » (9). En 1713 et en 1766, la langue latine était enseignée (10).
En 1746, la classe du matin cornmençait à 7 h. 1/2, de Saint- Michel à Pâques; à 6 h. 1/2, de Pâques à Saint-Michel. Elle se terminait à a la dernière sonnée de la dernière messe ». La classe de Taprès-midi commençait à midi et prenait fin à 4 h. (11).
Au XVIII® siècle le maître fut açtreint à conduire ses élèves à la messe tous les jours; au prône et aux vêpres le dimanche (12). Auparavant il avait été tenu, non seulement d'enseigner à lire ou à écrire, mais aussi les «aultres sivilUtés que doibt faire un maistre d'escoUe » (13). Que faut-il entendre par « sivillités »? Le
(1) Séance da 11 novembre 1639. — (3) Séance do 13 9vril 1762. — (8) Séances da 20 septembre 1566, 6 mars 1583, 2 septembre 1584, 20 jain. 9 sentembrc 16il, 19 juillet 1615, 20 décembre 1620, IHjaillet 1626, 28juin 1628.— (4) Séance do 21 juin 1609. -> (5) Séances des 13 juillet 162'>, 25 juillet 1629. 21 août 1633. — (6) Séances des 14 .septembre 1616 8 septembre 1631, 23 juillet 1634. 30 mai 1638. — (7) Séance du 23 octobre 1588. (8) Séance du 21 juin 1609. — (9) Séance du 25 octobre 1654. — (10) Séances des- 11 juin 171?t. 16 février 1766. ~ (li; Séance du 19 juin 1746. — (12) Séance du 30 septembre 1708. — aS) Séances des 26 juin, 9 septembre 1611, 21 août 1633. ,
conseil a probablement voulu dire par là que le régent devait s'occuper de l'éducation des écoliers comme de leur instruction.
Le nombre des régents , qui étaient tantôt laïques , tantôt ecclésiastique^, poiir la plupart originaires de C6i*'fens, varia suivant les époques. Au XVI« siècle il n'y eut qu'un maître d'école. Eîilél5, lé conseil décida de lui adjoindi^e un collaborateur (1), mais cette délibération ne fut, au XVII« siècle, que très irrégulièrement suivie d'effet. Au XVIII» siècle, il n'y eut jamais à la fois qu'un maître en exercice. Les renseignements sur le nombre des élèves sont très peu nombreux. En 1646, le régent avait 40 élèves (2); en 1661 , 60(3).
C'était une des salles de la maison commune qui servait de classe. Il en fut ainsi du moins au XVI* siècle et jusqu'au commencement du XVIII* siècle (4). En 1746, le conseil accorda au régent une indemnité de logement pour lui permettre de s'installer dans un local plus confortable (5). Elle fut supprimée en 1784 et l'on revint à l'ancien système (6).
En somme, l'enseignement que donnèrent les régéntô de Correns fut toujours très élémentaire. Le conseil essaya bien parfois d'élever son niveau , mais ses efforts furent vaihs. En 1627, par exemple, il autorisa deux prêtres à enseigner la jeunesse « en faison de l'ordre de l'Oratoire » (7); en 1642, il voulut favoriser rétablissement d'un collège dirigé par des Trinitaires (8) ; ces projets n'aboutirent pas.
Enfin, il est utile de mentionner que de 1752 à 1769 tout au moins, les filles eurent une maîtresse particulière qui reçut de la communauté 18 livres par an comme indemnité de logement (9).
(1) Séance dn 34 mai 1615. — (S) Séance da 11 novembre 1646. — (3) Séalice da I4 novembre 1661. — (4) Séances des 30 mars 1586, 14 novembre 1661. — (5; Séances des 9 octobre 1746, 10 août 1750. — (6) Séance du 4 juillet 1784. — (71 Séances des 16, 95 mai 1637. — (8) Séances des 31 aoAt, 14 septembre, ? octobre 164'i. — (9) Séance du 7 mai 1753. Cf. ce. Compt. trésor.