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L'instruction publique dans la province de Québec [microforme]

Chauveau, qui a été pendant dix-huit ans à la tête du département de l’Instruction publique du Canada et de la province de Québec, publiait, il y a quelques années, sous le titre de Précis historique et statistique sur l'instruction publique au Canada, on trouve de précieux renseignements sur les développements de l'éducation dans toutes les provinces de la Confédération, en général, et dans la province de Québec, en particulier.

M. Chauveau fait remonter à l’année 1676 les premiers essais d'instruction tentés dans la Nouvelle- France. Les premiers, les Récollets essayèrent d'inculquer les éléments de l'instruction aux populations indigènes. A cette époque, le frère Pacifique Duplessis faisait l’école aux enfants sauvages des Trois- Rivières, leur enseignant la lecture et l'écriture, en

même temps que le catéchisme. Les relations du temps mentionnent aussi que vers 1632 les pères jésuites Lejeune et Lallemant faisaient l'école : le premier, aux sauvages et le second, aux enfants des premiers colons français qui fondèrent la colonie.

Dès 1637, un collège se construisait à Québec. Deux ans après, Mme de la Peltrie et la Mère de l'Incarnation fondaient dans la même ville le monastère des Ursulines, qui ouvrit la première école de filles dans la Nouvelle-France. D'un autre côté, M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, faisait venir en 1653, la sœur Marguerite Bourgeois, fondatrice, dans le Nouveau-Monde, de la Congrégation de Notre-Dame. Les religieuses de cet ordre, qui firent pour la première fois, l’école dans un hangar, en 1637, comptaient déjà, en 1747, douze maisons d'éducation de plus ou moins d'importance, établies dans les principales paroisses de la colonie. Puis, en 1663, Mgr de Laval, évêque de Québec, établissait dans sa ville métropolitaine, un grand séminaire auquel il adjoignait, cinq ans plus tard, le petit séminaire qui existe encore aujourd'hui. Dès avant 1740, les prêtres de St- Sulpice, établis depuis près d’un siècle (1647) à Montréal, y entretenaient des écoles de garçons ; plus tard, en 1773, ils fondaient leur collège.

Pendant assez longtemps, les progrès de l’instruction, ceux de l'instruction élémentaire surtout, furent

lents dans le Bas-Canada. En raison des difficultés qu'éprouvaient les promoteurs de l’œuvre à obtenir les subsides suffisants pour la soutenir, à cause surtout de la mauvaise organisation du système lui-même, le clergé catholique avait dû s'emparer de l'initiative et marchait la plupart du temps, avec ses propres ressources,

Cependant, lorsqu'en 1787 lord Dorchester chargea un comité du conseil exécutif de faire une enquête dans le but de porter remède à l'insuffisance de linstruction publique dans le pays, 1l y avait déjà de 24 à 30 personnes par paroisse qui savaient lire et écrire, et la plupart des villages quelque peu populeux, entre autres, ceux de l’Assomption, Boucherville, Laprairie, Terrebonne, avaient des instituteurs.

En 1801 le Parlement votait une loi intitulé ‘ Acte pour établir les éco'es gratuites et pour le progrès de l'Instruction,” autorisant le gouvernement à établir une corporation sous le nom 4” “ Institution Royale.”

L'Institution Royale fit faire peu de progrès à l'instruction publique, tant qu'elle en eut le contrôle, c'est-à-dire, jusqu’à ce qu’elle fût dissoute par l’Acie d'Éducation de 184r.

Comme les parents catholiques étaient généralement peu disposés à envoyer leurs enfants à des écoles sous le contrôle d’une institution dont l’évêque anglican était le président, et à laquelle l’évêque et le

clergé catholiques n'avaient jamais voulu donner leur concours, le parlement vota la loi dite “ des écoles de Fabrique ” qui autorisait le curé et les marguilliers à affecter un quart des revenus de leur corporation paroissiale au soutien d'écoles placées sous leur direction exclusive.

Une loi intitulée ‘ Acte pour l’encouragement de l'éducation élémentaire,” voté par la Législature, en 1829, établissait, entre autres choses, les synd cats d'écoles, et créait un fonds pour la construction des écoles. Quoique très incomplète encore, cette loi paraît avoir été le premier essai sérieux de législation fait pour l’organisation d’un système scolaire régulier.

Cependant, en 1836, le nombre des écoles primaires en activité n'était encore que de 1,321, et celui des élèves des deux sexes qui les fréquentaient de 30,000 environ. Néanmoins, M. Garneau, dans son histoire du Canada, porte à 57.000 le nombre total des élèves des maisons d'éducation de tout genre, à cette époque, ajoutant «ux élèves des écoles primaires ceux des écoles indépendantes, des colléges et des couvents.

Dans cet entre-temps, plusieurs collèges, devenus, depuis, de grandes maisons d'éducation supérieure, furent érigés, grâce aux efforts et au zèle des membres da clergé et d'un certain nombre de laïques qui s'étaient dévoués au succès de cette noie cause, Parmi ceux-ci, et en première ligne, se trouvait M.

Joseph F. Perrault,* protonotaire de Québec, ancien député à l’Assemblée Législative, qui consacra ses loisirs et une partie de sa fortune à cet œuvre éminemment patriotique. Ce philanthrope, qui mourut en 1844, à l’âge de quatre-vingt-onze ans, est l’auteur d’un grand nombre d'ouvrages sur l’histoire du Canada, l'éducation et l’agriculture.

Pendant la session de 1835-36, on s’occupa quelque peu de régulariser le système d’éducation très défectueux qui existait alors. Le Parlement vota même, pour être appliquée à ces fins, une allocation de sept mille six cent vingt livres sterling. Il décréta aussi l'établissement d'écoles normales à Montréal et à Québec, mais cette dernière loi n'eut pas d'effets immédiats,

Après l’union du Haut et du Bas-Canada, quelques réformes faites dans l’administration de l'instruction publique eurent l'effet de donner un nouvel essor à l'éducation dans la province française ; ainsi, tandis que le nombre des écoles primaires était, en 1847, de 1,613, ayant 63,28r élèves, un rapport fixe à 1,817 le nombre des écoles, et à 68,994 celui des élèves, en 1849. Les années suivantes, grâce aux lois que firent passer les gouvernements Lafontaine-Baldwin,

* Ja vie de M. J. F. Perrault a été publiée dernièrement par son petite fils, M. le Dr, P. Bender,

en 1850, et Hinks-Morin, en 1852, l'augmentation qui se manifestait devint encore plus sensible, car en 1854, le nombre des institutions scolaires était déjà de 2,795, et celui des élèves de 119,737.

M. le docteur Meilleur, nommé en 1842 surintendant de l’Instruction publique, doit être considéré comme le créateur du système d'Education actuel. Dans l’accomplissement de sa tâche, il eut longtemps à combattre le mauvais vouloir de la majorité de,la population d’alors, dont son énergique persévérance finit par triompher.

L’honorable M. Chauveau, qui lui succéda, et fut de 1855 à 1873 à la tête du département de l’Instruction publique, travailla ardemment à parachever l'œuvre de son prédécesseur.

C'est sous son administration qu’en 1857 trois écoles normales furent créées : deux catholiques et une protestante ; qu'un journal de l’Instruction publique, publié dans les langues française et anglaise. fut fondé et qu'une bibliothèque qui contint quinze à seize mille volumes, avant qu’une grande partie fut transférée au Parlement, fut installée dans les bureaux de l’Instruction publique.

De son côté, l'honorable M. Ouimet, tant comme ministre de l’Instruction publique que comme surin-

tendant, charge qu'il occupe depuis février 1876, * a su, par une administration intelligente et vigoureuse affermir notre système scolaire auquel il a fait subir plusieurs réformes utiles.

Dans son premier rapport comme ministre de l'Instruction publique (1874), l'honorable M. Ouïmet exprimait l'intention de fonder une école des Sciences appliquées aux Arts, et d: créer des bibliothèques publiques. A la session suivante, la Chambre votait le crédit nécessaire pour mettre ces deux projets à exécution. Depuis qu'il est surintendant, il s’est particulièrement occupé ce la refonte des lois scolaires, dont un projet a été soumis par lui, pour premier examen, aux membres de la Législature à la session de 1880.

* 4 Les socrétaires du Département de l'Education—dit alors l'honorable M. Chauveaun, dans son ouvrage sur l’Instructin publique au Canada ”’—le Dr Giard et le Dr Miles ont été confirmés dans leur charge. M. le Dr Giard exerce la sienne depuis vingt-huit ans, ayant été nommé sous l'administration du Dr Meilleur en 1848. Lorsqu'on connait les diticultés et les labeurs d’un poste semblable, on doit se faire une idée du mérite d: celui qui a pu l’occuper si longtemps. Le Dr Miles, ancien profs .seur de l'Université de Lennoxville, est avantageusement connu par plusieurs ouvrages scientifiques et une série d'histoires du Canada, en langue anglaise à l'usaze des écoles.”

C’est en 1876 que M. le Dr Giard recevait ces éloges bien mérités de celui qui fut pendant dix-huit ans son chef, ce qui porte à près de 34 ans ses états de services,

Ces deux secrétaires ont, depuis, pris leur retraite. Ie Dr Miles, le 23 mars 1881,et le Dr Giard, le 1er juillet 1882 ; le premier a été remplacé par M. Elson I. Rexford et le second par M, O:car Durn.

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