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INSTRUCTION PUBLIQUE SOUS LA DOMINATION ANGLAISE

Pendant les soixante-dix premières années qui suivirent la cession du Canada à l’Angleterre, qui eut lieu en 1763, les progrès de l’éducation, ceux

de l’instruction élémentaire surtout, furent lents dans la province de Québec. En raison des difficultés innombrables qu’éprouvaient les promoteurs de l’œuvre à obtenir les fonds suffisants pour la soutenir, à cause surtout de la mauvaise organisation des différents systèmes dont on tenta en vain l’application, l’instruction populaire fut laissée presque exclusivement à l’initiative ues corporations religieuses catholiques et protestantes, des fabriques paroissiales et de certaines sociétés philantropiques organisées pour cette fin.

Cependant, lorsqu’en 1787 le gouverneur du Canada du temps, lord Dorchester, chargea une commission de faire une enquête dans le but de chercher les moyens à prendre pour porter remède à l’insuffisance de l’instruction populaire dans le pays, il y avait déjà de vingt-quatre à trente personnes par paroisse qui savaient lire et écrire, et la plupart des villages quelque peu populeux, avaient des écoles à peu près régulièrement organisées.

Sur le rapport que fit cette commission, la législature votait, en 1801, une loi intitulée Acte pour établir des écoles gratuites et pour le progrès de l’instruction. Cette loi pourvoyait à l’établis-

dans la province; de; québe;c

sement d’une corporation permanente qui prit le nom d’ Institution Royale. Cette corporation avait pour mission spéciale d’établir et de faire fonctionner des écoles publiques. Mais, comme les parents catholiques étaient généralement peu disposés à envoyer leurs enfants à des écoles administrées par une institution exclusivement composée de protestants et à laquelle l’évêque et le clergé catholiques avaient positivement refusé de donner leur sanction, l’Institution Royale fit faire peu de progrès à l'instruction publique tant qu’elle en eut la direction, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle fût définitivement abolie par la loi d’éducation de 1841.

Des commissions nommées par le gouvernement pour s’enquérir des résultats obtenus par l’Institution Royale ayant établi qu’ils étaient à peu près nuis, pour la population catholique française, la législature vota, en 1824, la loi dite « des écoles de fabrique », qui autorisait le curé et les marguilliers à affecter un quart des revenus de leur corporation paroissiale au soutien d’écoles placées sous leur direction exclusive.

Pendant les années qui suivirent, des tentatives furent faites pour établir un système d’enseignement de nature à satisfaire les catholiques

comme les protestants. Plusieurs projets de loi adoptés à cet effet par l’Assemblée législative furent rejetés par le Conseil législatif composé de membres à la dévotion de l’Angleterre, sous prétexte qu’ils portaient atteinte aux privilèges de l'Institution Royale.

En 1829, une loi intitulée Acte pour l’encouragement de l’éducation élémentaire établissait, entre autres choses, des commissions composées de cinq membres chargées de l’administration des écoles de chaque paroisse, ainsi qu’un fonds spécial affecté à la construction des écoles et au paiement des traitements des instituteurs. Quoique très incomplète malgré les modifications qui y furent apportées les années suivantes, cette loi est le premier essai de législation sérieux fait pour l’organisation d’un système scolaire régulier.

Pendant la session de 1835-36, l’Assemblée législative s’occupa de réglementer le système d’éducation encore très défectueux qui existait alors; elle adopta une nouvelle loi et vota même une allocation assez importante pour cette fin. Malheureusement la législation nouvelle, qui plaçait les écoles sous le contrôle du député du comté où elles étaient situées, fut encore une fois rejetée

par le Conseil législatif. A cette même session on avait décrété l’établissement d’écoles normales à Montréal et à Québec, projet auquel il ne fut pas donné suite alors.

En 1836, le nombre des écoles primaires n’était encore que de 1,321, et celui des élèves des deux sexes qui les fréquentaient, de 30,000 environ. Néanmoins, dans son Histoire du Canada , M. Garneau porte à 57,000 le chiffre total des enfants recevant une instruction quelconque à cette époque, tant dans les écoles primaires du gouvernement que dans les écoles indépendantes, les collèges et les couvents.

Depuis le commencement du siècle, plusieurs collèges, devenus depuis de grandes maisons d’éducation supérieure, avaient été érigés, grâce aux efforts et au zèle des membres du clergé.

Un certain nombre de laïques distingués se dévouaient aussi à l’éducation du peuple.

Une loi adoptée par la législature en 1841, où se trouvaient les dispositions principales de celle qui régit actuellement la province de Québec, eut pendant longtemps à lutter contre la résistance opiniâtre de la presque totalité des habitants des

campagnes qui, par la législation nouvelle, se voyaient obligés, pour soutenir leurs écoles, de subir des taxes onéreuses, imposées par les conseils municipaux chargés de les administrer. Considérablement amendée plus tard par celles de 1846, qui établit les écoles séparées, et de 1849, elle eut l’effet cependant d’imprimer un essor considérable à l’instruction publique.

Ainsi, tandis qu’en 1847 ü n’y avait que 1,613 écoles, fréquentées par 63,281 élèves, on comptait déjà 1,817 écoles et 68,904 élèves en 1849.

Les années suivantes, grâce à des modifications heureuses ( 1 ) parmi lesquelles on doit compter l’établissement d’un système d’inspection régulier pour les écoles, le mouvement qui se manifestait devint plus accentué encore, puisque en 1854 le nombre des écoles était déjà de 2,795 et celui des élèves, de

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