‹ L'instruction publique dans les états du nord: Suède--Norwége--DanemarkChapitre 61 sur 75 · Journal officiel du 3 juin · texte numérisé non relu

Journal officiel du 3 juin

à son choix se livrer à toutes les études qui lui sont nécessaires. Tel serait sans doute le résultat que l'on obtiendrait si, comme on en parle depuis quelque temps, on entreprenait de rétablir en France nos anciennes universités, ou du moins de créer certains centres où seraient réunies toutes les branches d'études. Mais, je l'ai dit ailleurs, je ne voudrais pas que l'enseignement de nos facultés des lettres s'asservît trop scrupuleusement à la méthode allemande, et qu'il n'eût pour but que de former des érudits et des philologues. Le nombre des étudiants qui cultivent la science pure sera toujours fort restreint, et rien n'empêche que des leçons spéciales ne donnent satisfaction à cette classe d'auditeurs. Je verrais sans peine que leur enseignement, conforme à toutes les exigences de la science, continuât à se distinguer par l'élégance de la forme et la netteté de l'exposition, qui sont un des mérites de l'esprit français. Je ne considère nullement comme l'idéal d'un cours d'enseignement supérieur une leçon, quelque savante qu'elle soit, dans laquelle un professeur d'allemand se borne à lire ou à dicter quelques pages d'un cahier ou d'un livre. Que nos facultés des lettres soient conservées dans l'état où elles se trouvent aujourd'hui ou qu'on les convertisse en autant d'universités complètes, il y aura toujours, je Tespère, deux ordres de leçons, dont les unes s'adresseront à de

vrais étudiants, et dans lesquelles pourront être mis en usage des procédés d'enseignement analogues à ceux qui sont appliqués dans notre École pratique des hautes études^ et les autres réuniront ces nombreux auditeurs parmi lesquels il est bon d'entretenir ou de faire naître le goût des études scientifiques, historiques et littéraires.

Les conditions dans lesquelles se trouvent les pays du Nord sont, il faut bien en convenir, bien différentes de celles de la France. « Le grand ennemi des hautes études, dit M. Cogordan, c'est l'esprit utilitaire, qui domine de plus en plus dans notre société moderne. On recherche aujourd'hui les connaissances pratiques, mais on est peu enclin à rechercher la science pour elle-même. C'est, du reste, le résultat inévitable de ce grand développement de l'industrie et du commerce qui , depuis le commencement du dix-neuvième siècle, a plus que doublé la richesse publique. La même tendance se manifeste aussi en Allemagne depuis quelques années. Tant que l'Allemagne a été la bonne et paisible Allemagne de madame de Staël, l'Allemagne gemûthlich^ les hautes études florissaient, et les étudiants se pressaient en grand nombre aux portes des universités. Aujourd'hui, ces brillantes universités présentent des symptômes évidents de décadence. Dans le sud de l'Allemagne principalement, on a peine à trouver des professeurs, et ceux*

ci ont souvent plus de peine encore à trouver des auditeurs. »

En Suède, il n'en est pas ainsi : la vie n'y est pas chère ; si ce n'est dans deux ou trois villes, le commerce et l'industrie sont relativement peu développés à cause de la grandeur du territoire et du petit nombre de ses habitants. Loin de décroître, les universités y sont en progrès et les hautes études fort en honneur. Tous les trois ans, on donne un diplôme de docteur en philosophie à environ 120 candidats. C'est la preuve que la science n'est pas près de périr dans le pays qui a vu naître Linné, Berzélius et tant d'autres érudits célèbres.

Une université libre est en voie de formation à Stockholm : ce sera probablement une institution analogue au Collège de France et dont les cours seront publics.

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