PREMIÈRE PARTIE
Il convient de faire connaître tout d'abord de quels principes généraux on s'est inspiré en écrivant les observations qui vont suivre.
Nous croyons à la liberté : nous la considérons comme indispensable dans toutes les manifestations de l'activité humaine ; nous avons une foi profonde en sa fécondité.
Elle n'est nulle part plus nécessaire que dans l'éducation .
La famille est le point de départ et le fondement do la société. Le groupement des familles rapprochées par le voisinage et la communauté des intérêts, a formé la tribu, à Tétat nomade, et la commune quand
la vie agricole et sédentaire a succédé à la vie pastorale. L'agrégation des communes a constitué l'État.
L'Etat n'existe donc point par lui-même, en dehors et indépendamment de la famille. Par suite, il n'a point de droits propres et inhérents à lui-même. Il a des droits, ou plus exactement des pouvoirs, qui lui sont délégués. pour la protection des intérêts communs. Si étendus que puissent être ces pouvoirs, l'État n'en demeure pas moins un mandataire qui ne saurait^ sans usurpation, se mettre au-dessus de ses commettants.
C'est par l'extension indéfinie des droits de l'État, personnifié dans l'Empereur, que les jurisconsultes romains avaient établi et consolidé le despotisme impérial. C'est en reprenant cette voie que les juristes du moyen âge transformèrent la royauté française en un pouvoir absolu. C'est en défendant les droits individuels et en les faisant prévaloir sur les prétendus droits de TÉtat que les Anglais fondèrent leur liberté.
Aujourd'hui encore, l'exagération des droits de l'Etat, que celui-ci se personnifiât dans une magistrature ou une assemblée, conduirait à un despotisme ; et pour différer, dans la forme, de ceux du passé, ce despotisme n'en aurait pas moins les mêmes vices et les mêmes conséquences : l'oppression des individuspar la destruction des libertés et des garanties qui leur sont nécessaires.
DE l'instruction PRIMAIRE. 3
Appliquons ces principes dont l'histoire a démontré la vérité.
Si la famille est le fondement de la société, Tenfant, espoir de la famille future, appartient à la famille présente, non à l'Etat. Il est sous la garde et la direction de la famille jusqu'au jour où, par le plein développement de ses facultés, il acquiert la libre disposition de lui-même.
La loi reconnaît au père de famille, jusqu'à ce que son fils ait atteint l'âge de vingt cinq ans, le droit de lui interdire le mariage; elle investit donc le père d'une autorité absolue dans une question où les sentiments les plus intimes et le bonheur même du fils, déjà devenu un homme, peuvent être engagés : sur quoi se fonderait- elle pour contester à ce même père de famille le droit de diriger l'éducation de son fils encore enfant, et de présider, par des maîtres de son choix, à la formation de son cœur et de son intelligence? A quel titre, prétendrait-elle substituer une autorité et une responsabilité quelconques à l'autorité et à la responsabilité du père de famille?
Cette autorité, inaliénable et imprescriptible, le père de famille ne peut l'exercer réellement qu'à la condition d'être absolument libre dans le choix des maîtres qui instruiront son enfant. La liberté du père de famille exclut donc nécessairement et absolument, tout monopole de l'enseignement, que ce monopole soit exercé directement par l'État ou, au nom do
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