‹ L'intelligence et le rythme dans les mouvements artistiquesChapitre 28 sur 38 · PLU · texte numérisé non relu

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et la vitesse se différencier comme si, tenant réellement des fils élastiques d’une fluidité extraordinaire entre les deux mains, chaque main était renseignée d'une façon absolue sur ce qui doit se passer dans l’autre. |

On peut dire que dans cette identification des sensations manuelles, l'éloignement qui à existé entre les deux hémisphères cérébraux lorsque les représentations visuelles, les sensations et les mouvements se sont produits en écho, disparait. Les deux hémisphères sont reliés comme les deux mains.

Il y a sans doute ici des influences des plus subtiles en jeu, dont on retrouve aussi les effets, notamment, dans les attitudes complémentaires justes où l’abaissement et le redressement des doigts maintenus un peu recourbés, s'effectuent sur une planchetle interposée. Car si Les doigts complémentaires gauches se redressent en s’abaissant, leurs mouvements prennent un caractère qui contraste avec celui des mouvements ascendants réalisés simultanément par les doigts droits. Il semble que, précisément, de ce contraste (si-les phénomènes cérébraux les enregistrent pour la conscience) naisse une harmonie parfaite des déplacements des doigts, dans lesquels on ne sent plus ni impulsion ascendante avec résistance à la pesanteur, ni impulsion descendante avec transmission de la pesanteur : il y a liberté absolue des mouvements en tout sens. On pourrait dire que les mouvements sont transformés comme s'ils étaient transmis dans une autre atmosphère, dans une atmosphère qui fait naître d'autres

processus physiologiques, parce qu’elle fait naître d’autres processus psychologiques.

Et corrélativement à cette transformation du redressement et de l'abaissement des doigts, les pressions en sens inverse suggèrent l’idée d’une autre atmosphère interne; atmosphère aussi différente de celle qu’on connaissait que l'atmosphère externe réelle de celle dans laquelle semblent se transmettre les mouvements en sens inverse.

En somme,sous l'influence de cette forme manuelle complémentaire, on se sent transformé comme si n'ayant connu et utilisé que les gros ressorts de son activité fonctionnelle, on en découvra't de petits qui soudain dévoilent un perfectionnement ignoré. On pourrait dire que ce perfectionnement se produit chaque fois que nos pressions manuelles allant en hauteur et en profondeur se pénètrent de manière à faire disparaître dans une certaine mesure de notre conscience l'idée de distance et l’idée de matière, pour les remplacer par la conception d'une nouvelle force qui n'est que mouvement.

On peut certainement reprocher aux idées exposées ici sous une forme bien sommaire, qu'elles sont toutes écloses du bout de mes doigts : mais c'est dans celte base physiologique qu'en semble résider la valeur.

Je me suis fait une éducation spéciale à la recherche d’une définition scientifique du toucher musical, mais à mesure que j avançais dans cette éducation, ce n’est pas seulement mon toucher musical mais toutes mes perceplions qui se sont

modifiées. Parce que je suis arrivée à sentir mes deux mains différemment, je touchais et je sentais non seulement différemment, mais je voyais aussi différemment. Je pénétrais pour ainsi dire dans un autre monde interne, à travers lequel le monde externe m'est apparu différent.

Mes idées ne tendent pas vers une philosophie esthétique nouvelle, elles signalent avec une grande insuffisance une vérité physiologique inconnue.

Un jour, peut-être, lorsque par le perfectionnement manuel et, par conséquent, intellectuel, cette vérité sera pratiquement explorée, les philosophies pâliront devant son épanouissement, parce que leurs rêves seront remplacés par des réalités nouvelles plus hautes que ces rêves.

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