AVERTISSEMENT
J'avais composé, à l'usage de quelques jeunes personne* de Baie, une liste ou un cours de lectures prises dans tes auteurs classiques de la littérature française. D'autres personnes désirèrent avoir celte liàte; il s'en fit des copies; je là revis moi-même et l'augmentai; enfin, ayant dû plusieurs fois la prête* et la refaire, j'ai trouvé plus commode de l'imprimer, et plus agréable d'être utile, de cette manière , à un plus grand nombre de mères de famille et d'institutrices. Voilà comment s'explique cette publication. Mais je n'aurais atteint mon bat qu'imparfaitement si je ne faisais précéder de quelques observations cette espèce de nomenclature. Si mon temps me l'eût permis, c'eût été, au lieu d'une simple nomenclature, un catalogué raisonné , ou même une courte dissertation sur là matière. C'est un petit volume à écrire; peut-être un jour l'écrirâi-je.
lion travail est immédiatement destiné aux jeunes filles; ce qui ne signifie pas qu'il soit moins propre à des jeunes gens de l'autre sexe v mais seulement qu'on n'y trouvera rien qui ne convienne aune jeune personne et qui ne puisse l'intéresser. Les jeunes hommes, à quelque classe de la société qu'ils appartiennent , étendent bien davantage le champ de leurs lectures, je dis même de leurs lectures parement littéraires; mais il est un âge où il ne leur convient pas de dépasser de beaucoup les limites dans lesquelles ma liste se renferme ; dans tous les cas, ils ne feront pas mal, je le crois, de commencer par ma liste ; elle renferme un grand nombre et une assez grande variété de belles choses, et j'ose assurer (ceci soit dit pour les parents), qu'elle n'en renferme point de mauvaises.
Ce cours est même assez étendu pour que , selon les circonstances , on puisse encore choisir dans le choix que j'ai fait. Ceci suppose que les parents ou les institutrices l'examineront, l'étudieront même, pour l'adapter â leur usage et à leurs besoins. Quoique, sous un certain rapport, il convienne indistinctement à tout le monde, il est tel morceau, tel auteur, qui, selon la position et le degré d'intelligence de rélève, lui offrira plus ou moins d'intérêt. On ne doit d'ailleurs jamais oublier que ce qui n'est pas compris ne profite pas, et que ce qui ne profite pas nuit presque toujours. Il faut donc écarter ce qui, absolument ou pour le moment, n'est pas à la portée de la jeune lectrice, ou ne peut pas y être mis au moyen de quelques brèves explications. Ce dernier mot fait entendre que la mère ou l'institutrice commente , éclaircit , développe selon son pouvoir ce qu'elle fait lire. Du reste, j'aurai beaucoup obtenu si, à défaut de ces explications ou de ces notes orales, je puis espérer que l'on aura égard, dans le choix des lectures., à l'âge de rélève, à son instruction, aux études qu'elle a faites, à son degré de culture intellectuelle et morale.
H ne s'agit donc point de prendre cette liste et de la suivre servilement. J'aide et je veux être aidé. Les guides de l'enfant doivent choisir après moi, avec moi. Et même il est une tâche que je leur laisse presque tout entière : c'est celle de diviser en deux parties , convenables à deux périodes successives de la première jeunesse , le fonds assez considérable que je mets à leur disposition. Si je distingue par une étoile les morceaux qui me paraissent appartenir plutôt à la première période, ce n'est guère qu'un tâtonnement. Je conseille aux parents d'y regarder après moi, et .de se bien-souvenir qu'il n'y a point d'âge absolu , et que chacun est de l'âge de son esprit. Rien n'empêchera le» mères qui ont de l'instruction et du loisir, sinon de se passer de ma liste et de la faire elles-mêmes à leur gré, du moins de changer quelque chose au menu de ee banquet littéraire, 'de commencer plus bas, de terminer plus loin, d'intercaler, d'étendre, de supprimer. Une confiance implicite dans le choix que je présente n'est pas ce que je désire le plus.
On voudra bien ne pas oublier que ce travail est essentiellement littéraire. Faut-il que je m'explique mieux? Chacun des morceaux que j'indique est recommandable sans doute par le fond comme par la forme; il y a de l'instruction à tirer même des plus légers. Néanmoins, on aurait tort de prendre ce recueil sur le pied d'une petite encyclopédie en désordre, ou d'un Magasin pittoresque moins les gravures. Ce que ces lectures doivent enseigner à l'adolescent ou à la jeune fille, c'est principalement sa
propre langue , et c'est l'art de penser et d'écrire. Voilà dans quel sens J'appelle ce travail un travail littéraire. Ces lectures donc, en supposent à côté d'elles beaucoup d'autres d'une autre nature , qui , sans préjudice du but que je viens d'indiquer, ont pour objet essentiel et direct l'acquisition de connaissances spéciales. Ici nous n'avons en vue que l'instruction littéraire, je veux dire celle qui a surtout rapport à l'expression de la pensée ou aux jouissances de l'imagination. On n'apprené pafe cela sans apprendre autre chose, puisque enfin. personne n'écrit pour écrire , excepté ces arrangeurs de mots qui ont de l'adresse plutôt que du talent, et qui, si habites qu'ils puissent être , ne seront jamais comptés parmi les classiques. Les véritables beautés littéraires se refusent même à- ces- esprits frivoles ; la forme ne tient que sur un fond solide, comme fa couleur ne tient que sur une bonne étoffe; et parmi les écrivains réputés classiques, il n'en est pas un qui ne donne à penser et qui n'apprenne à. penser.
Au reste , ce qu'on appelle communément la littérature se rapporte réellement, comme toutes les autres classes d'écrits, à une connaissance spéciale, celle de la vie humaine. Cela ne veut pas dire précisément que la littérature nous apprend à vivre, mais quelle nous ouvre te spectacle de 1» vie. Tel est plus particulièrement l'objet ou du moins* le résultat de certaines productions littéraires dont l'homme est tle sujet, soit qu'il s'y agisse de l'homme en général ou de tel individu qui a figuré sur la- scène du* monde. La poésie , de quelque espèce qu'elle soit , nous découvre un monde dans le monde même , en nous élevant des faite à leur idéal , dont les faits, tels qu'ils se présentent à l'œil nu, ne sont qu'une expression très-imparfaite. Enfin, dans. le style seul , dans- la parole humaine, lorsqu'elle a reçu du talent toute sa force, l'homme se réfléchit involontairement , et le premier sujet de chaque écrivain, quelquefois, son sujet le plus, intéressant , c'est lui-même. L'analyse de L'expression est une étude de l'homme, la rhétorique est de la psychologie. Voilà le côté sérieux de la littérature , dans laquelle tant de lecteurs ne cherchent que Pamusement et la jouissance. Il importerait d'orienter les jeunes esprits dans cette belle étude, qui, pour la plupart d'entre eux, n'est pas une élude.
Il se pourrait que cet avantage, nous voulons dire cette initiation à la vie , cette présentation de l'homme à lui-même par la littérature, parût à quelques personnes un danger, et par conséquent une objection contre les études littéraires. Que leur répondre, quand il faut répondre en quelques lignes? Deux ehoses , ce me semble. L'une, que ces études veulent être gui-
dées, que cet apprentissage de la vie par les livres veut être graduel, et que leur objection, dont nous sentons l'importance, est précisément ce qui nous a suggéré l'idée de notre petit travail. L'autre, que ce qui est bon en littérature est vrai, que le feux n'a jamais été classique, et que le véritable danger n'est pas tant de connaître que de mal connaître. Au reste , il n'y a pas 4e culture sans littérature, il n'y a pas de littérature hors des livres ; un cours de rhétorique n'est pas de la littérature ; i| finit tout soupçonner et ne Eût rien voir. II fout donc que, sou* e> ****** gwde* > sous des inspirations chrétiennes, {e jeune homme, la jeune fille, pénètrent peu à peu dans cette région , et nous ne doutons pas que, bien dirigée, cette étude si fertile en nobles jouissances ne les. prépare utilement à la vie réelle. Quelle est une des, excellences et une des puissance» de la Bible , cette littérature ou cette bibliothèque de l'humanité? N'est-ce pas de donner de l'humanité même, et de la vie, une «page parfaitement vraie?
La liste suivante pourrait être envisagée comme une chrestomathie au .grand pied, où manque le texte seul. Cependant, je la considère plutôt comme un développement ou une extension de k ÇhrwtQmathie fremçaUfi que j'ai donnée au public. Ce dernjer ouyrajfe y est quelquefois rappelé, plus souvent sousrenteadu, lie eboi* est complet» si l'on veut, et peut se suffire à lui-même ; mais je pense qu'on fepa bien de l'enrichir des morceau^ que j'ai rassemblés f|aas les troi* volumes du recueil ci-dessus wnjionaé,
Lausanne, novembre 18&3,