‹ L'intendant Bigot [microforme]Chapitre 15 sur 44 · PERFIDIE · texte numérisé non relu

PERFIDIE

Selon l’ordre qu'il avait reçu, Sournois était venu, dans l'après-midi de cette même journée, donner à l'intendant des nouvelles de Mlle de Rochcbrune.

Le valet avait eu le temps de se remettre; et lorsqu'il se présenta devant Bigot,au palais de l’intendant, ce fut avec cet air rampant qui lui était habituel qu’il aborda son maitre.

—H6 bien! Sournois, dit Bigot, comment va ton nez? Il me produit l'effet d'être plus rubicond que de coutume, Garderait-il donc encore des mârques de ma mauvaise humeur d'hier matin ?

—Oh non! monsieur l’intendant ; d'ailleurs

ce n’est point la peine d'en parler, répondit le valet, qui, en blémissant, car sa face violacée ne savait plus rougir, porta machinalement la main à cette intéressante partie de sa figure.

Bigot soupçonna fortement son valet de chambre d’avoir mis à profit les deux jours de liberté qu'il avait eus pour visiter à son aise le cellier de Beaumanoir,

A vrai dire, ce jugement du maître était loin d’avoir rien de téméraire.

Afin, sans doute, d’avaler plus facilement la honte qu’il avait subie, Sournois avait depuis la veille absorbé une énorme quaatité de vins de toute espèce. Sauterne, Bordeau, Xérès, Rancio, Champagne et eaux-de-vie, il avait fait chanter les vins des meilleurs crûs sur tous les tons de la gamme du glouglou, en s’'accompagnant des doigts sur le col poussiéreux des bouteilles.

Car Sournois dédaignait de perdre son temps à remplir un verre, et buvait ordinâirement le goulot sur les lèvres.

—Comme cela, disait-il en s'essuyant la bouche du revers de sa manche, on ne perdait rien de ce divin arôme qui n'avait pas même un prétexte pour s’éventer.

Bigot, qui avait intérêt à lui faire oublier sa brutalité de la veille, ne fit aucune allusion à l'ivrognerie de son domestique ; mais chan.

geant le sujet de la conversation :

—Et comment se porte

Ma belle Rebelle?

réprit-il en chantonnant, j

—Euh ! comme ça, monsieur l'intendant.

—Qu'entends-tu dire ? :

—Que la petite a l'air bien désolée.

—Elle s'ennuie de moi, sans doute ; j'irai la consoler, dit Bigot d'un air suffisant sous lequel perçait une cértaine inquiétude qui n’échappa point à l'œil clairvoyant de Sournois,

—À vous dire vrai, monsieur l'intendant, je ne crois pas que votre retour la comble de joie. Car elle m'a parue bien heureuse quand je lui ai annoncé votre départ subit,

—Innocent| pourquoi lui dire cela?

—Damel monsieur ne me l'avait pas défendu.

—C'est vrail Allons! je vois qu'il me va falloir démasquer toutes mes batteries pour vaincre son obstination, Que le diable m’em.

porte si la fillette ne 8e rend pas avant deux jours |

—0h! oh! pensa Sournois, il paris de vaincre ! done, il a été repoussé l’autre jour. Décidément, je vais pouvoir me venger de ce coup de poing dont le poids m'est resté... sur le nez.

—Tu lui as poité régulièrement ses repas, Sournois ?

—Certainement, monsieur,

—Mange-t-elle ?

—Oui, mais si peu que ce n'est vraiment pas la peine d'en parler.

—Hum! et dire que je ne puis pas encore laisser la ville aujourd'hui! Enfin, il faut en prendre son parti; majs pm à Beau.

manoir, coûte que coûte. Quant à toi, ‘tu vas y retourner après m'avoir toutefois ; car il n’y a que toi qui saches le faire à mon goût,

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