CHAPITRE XII
Les Protestants.
I. La Renaissance calviniste et le Pouvoir royal. II. Tourny et le Statut des Protestants. - III. L'Assemblée de Sainte-Foy et le Tolérantisme. IV. Nouvelles Assemblées, les Dragonnades.
/. — La Renaissance calviniste et le Pouvoir royal-
^.u sortir de la période douloureuse de la révocation de l'Edit de Nantes, au lendemain de l'émigration et des dragonnades, les protestants avaient eu, à l'époque de la Régence, un moment de répit. Les Jésuites, qui étaient leurs plus grands ennemis, n'étaient pas, il s'en faut, les amis du Régent. Quand le Régent eut chassé Lelellier de la Cour, quand il eut allié la France avec les puissances protestantes, les religionnaires français reprirent quelque espérance. Leur Eglise s'organisa, sous l'impulsion d'Antoine Court, que l'on a appelé le « Restaurateur du protestantisme dé
France L'œuvre d'Anloine Court lui considérable : il fonda un séminaire, convoqua des synodes, groupa les fidèles, ouvrit des
\ s nouvelles à la propagande, opposanl ainsi a l'organisalion
Je I Église calliolique une organisation assez analogue qui pouvait l.i conlrecarrcr. Eu même l •- 1 u | • -. . il eut In grande habileté de vouloir affranchir le prolcslantisme Irançais des visées politiques qui avaient trop longtemps compromis sa cause, cl d'aflinner, a chaque .p. .i-ii.ii son loyalisme ;i I égard du monan|uc, de la France et >!"• -.1 d) h islie
icureusemcnl pour les protestants, le gouvernement '!<• Louis \\ ne Pu i sa î I \>-*- <\<- distinction cuire les devoirs du Roi de France et ceux du l!"i très Chrétien. Prenant pour sienne, comme toujours, la cause de l'Eglise catholique, il réagit contre la Renais sance calviniste, de j> I n - en plus violemment.
Le |>"iiii de vue de la monarchie ne changeait pas I e proies lantisme n'était pas reconnu : depuis la révocation de l'Édit, on le considérait comme éteint, l'unité religieuse élanl officiellement restaurée Les calvinistes étaient réputés nouveaux convertis, une s'il n s avait en France que des catholiques. < >n lil dans une dépêche confidentielle du 31 juillel 1754, adressée à Tournj
Ouoi qu'on ne puisse se dissi 1er qu'il j ;i encore beaucoup
de religionuaires. . le Conseil attaché à l'ancien plan de ne recon naître qu'une seule religion existante en France et de répuler nouveaux convertis Loul ce qui reste de religionnaires, esl fort éloigné d'annoncer le contraire par la publicité d'une ordonnance '. ••
En conséquence, les protestants sont et demeurent hors la loi,
Elle n'existe pas | r eux* Des mesures d'exception leur sonl
seules applicables. Kli<-- -."ni reprises el aggravées, a chaque fois que I organisation de leur Eglise se manifeste par un progrès nouveau. Vntoinc Court avait organisé un premier colloque en I7L) Vprès avoir vu longtemps rei sser son projet de représailles, par Dubois cl par le Régent, l'évôq le Nantes, de
tressait, le lil enfin agréer pai le duc de Bourbon. Ce fui le terrible ••'lil du II mai 1724 Le cardinal Fleur} laissait en paix le9
I Sur l'histoire du protestantisme époque, n"m essentiellement
li île I ■■! . e, II tloirt i I iuIousi . 1880
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protestants, mais leur synode du 18 aoûl 1711 el celui de 17ls provoquèrenl des conlre-coups < ] i ■ i aboutirent à une, persécution nouvelle '.
La défense de la cause catholique appartenait tant aux intendants qu'aux parlements el aux évêques. Les prélats soutenaient la controverse el dénonçaient aux pouvoirs publics les réfractaires el les suspects, Landis que les Parlemenls leur appliquaient à la rigueur les dispositions des décrets, el que, investis de pouvoirs suprêmes, les intendants procédaient contre eux avec les dragons ou avec la maréchaussée, par l'emprisonnement, par l'envoi aux galères, par la déportation des entants, par le gibet et par les confiscations 2.
Dans la restauration du Protestantisme, une part revient à l'Eglise réformée de Basse-Guienne. Antoine Court n'avait fait que parcourir l'Agenais et le Condomois, mais il avait trouvé pour le suppléer dans la propagande un collaborateur émérile, quoique un peu indocile, en la personne de Grenier de Barmont. Ce jeune pasteur, dont l'activité fut exceptionnelle, assuma la tache de régénérer l'Eglise réformée dans toute la région. Bordeaux fut divisé par lui en vingt districts, dont chacun fut placé sous la surveillance d'un ancien. Les assemblées avaient lieu de nuit. Elles ne devaient comprendre en tout que vingt personnes. Elles étaient présidées, chacune à leur tour, par le pasteur qui les visitait une fois par mois. Les ressources financières restaient communes à tous les districts. En dehors de Bordeaux, Grenier de Barmont reconstitua les églises de Caslelmoron, de Grateloup, de Saint- Vincent, de Saint-Brice et d'autres encore, en faisant rayonner la propagande autour des anciennes places de sûreté du calvinisme, Sainte-Foy, Clairac et Tonneins 3.