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Ce qui est vrai sur le plan mondial l'est aussi sur le plan national et nous verrons, au cours des pages qui vont suivre, comment la Presse, d'une part, la Forêt, de l’autre, ont cherché et réussi à imposer dans la solution d'un problème, rendu plus ardu par les difficultés d'adaptation d'une industrie très ancienne et très organisée, leurs vues particulières.
Nous allons, pour commencer, passer en revue les différents intérêts en présence :
1° Le propriétaire forestier, jusqu'à présent, s'était désintéressé de ce mode d'écoulement du produit de son sol.
Il était acquis, en effet, que les bois de France, qui sont des bois durs et de modeste venue, n'étaient pas aptes à la fabrication du papier journal. Le propriétaire forestier, qui, pendant toutes les années qui ont suivi la guerre, écoulait facilement son bois pour les usages mécaniques (bois d’œuvre et bois de feu), ne se préoccupait point des possibilités d'utilisation chimique du bois.
Enfin, les prix pratiqués en bois d'œuvre et bois de feu nettement rémunérateurs pour l'exploitant facilitaient la concurrence étrangère des bois de papeterie, qui revenaient beaucoup moins chers rendus usine que les bois français, dans la même région.
Aujourd’hui, la situation se trouve renversée. Le propriétaire forestier a vu les prix des bois diminuer constamment, ils sont descendus au-dessous des prix étrangers. Les marchés se sont tellement restreints qu’il n’est même plus assuré d’écouler, à des prix de misère, ses bois de différentes catégories.
Or, il voit qu'un marché reste encore ouvert à l'importation étrangère : celui des bois de papeterie. Il s’indigne — d'autant que le droit de douane sur ces bois n’est qu'un simple droit de statistique — et, sans discernement, par représailles, il demande la fermeture des frontières aux bois étrangers destinés à nos papeteries.
2° Le fabricant de pâtes. — La pâte à papier servant à la fabrication du papier-journal est de deux sortes : la pâte mécanique et la pâte chimique.
L'industrie du papier-journal utilise, en mélange, la pâte mécanique et la bâte chimique. L'une comme l’autre sont fabriquées en France et la fabrication de la pâte mécanique, notamment, a augmenté ces dernières années, du fait qu'un certain nombre de papeteries installées dans le Nord de la France possèdent des râperies avec lesquelles elles traitent des bois d'importation pour fabriquer elles-mêmes leurs pâtes mécaniques.
Maïs, avant guerre comme après guerre, la production française de pâtes mécaniques ou chimiques a toujours été déficitaire et, finalement, on importe toujours une quantité importante de pâtes mécaniques, et surtout de pâtes chimiques.
Les droits de douane sur ces deux catégories sont proportionnellement moins élevés que ceux qui grèvent à l'entrée en France les papiers étrangers.
Aussi les fabricants de pâtes réclament-ils à cor et à cri l'augmentation des droits de douane sur les pâtes — ils disent que l’industrie du papier a toujours été protégée préférentiellement, celle du papier-journal notamment, qu’elle a toujours bénéficié de droits de douane ou de contingents substantiels, que l’industrie des pâtes est une industrie nécessaire à la défense nationale et que notre industrie française de la papeterie n’est vationale qu'en apparence.
Notons toutefois que les fabricants de pâtes, en ce qui les concerne, s'alimentent bresque uniquement en rondins de bois russes. L'industrie des pâtes n'est donc, elle aussi, nationale qu'en apparence.
3° Les papetiers se divisent en deux catégories : les fabricants de Papier ordinaire, les plus nombreux, mais aussi les moins puissants au point de vue industriel, groupent ceux qui fabriquent toutes les sortes de papier, depuis le papier d'emballage jusqu'au papier destiné à l'imprimerie, y compris, bour certains, mais en très petite quantité, du papier journal. Leurs usines sont établies un peu partout en France, quelquefois à proximité de régions forestières. Certains utilisent pour une petite partie des pâtes de fabrication française — parfois même des pâtes provenant de bois français.
Les fabricants de papier journal groupent cinq ou six grosses entreprises fabriquant presque uniquement — nous signalerons tout à l'heure des exceptions — du papier journal. Leurs usines sont établies à proximité des ports ou des grandes voies d’eau. Ils utilisent des pâtes de provenance étrangère, ou fabriquent eux-mêmes leurs pâtes avec des bois étran gers.
De tout temps, des dissentiments existèrent entre les uns et les autres, en particulier sur la question de la protection douanière : les premiers obtinrent, par le moyen de droits de douane très élevés, la fermeture à peu près complète du marché du papier ordinaire; les seconds, en plein accord avec la presse, leur unique et puissant client, firent compenser l'insuffisance des droits de douane sur le papier journal par une prime spéciale à la fabrication du papier journal.
Cette prime fut combattue avec acharnement par les fabricants de papier ordinaire.
Finalement, le Syndicat des Fabricants de Papier Journal se détacha du Syndicat des Fabricants de Papier et Carton de France qui englobait tous les fabricants de papier français, et les relations entre les deux organismes devinrent de plus en plus tendues.
Pour rétablir l'accord entre eux, le Syndicat des Papetiers voit une solution dans la fermeture complète du marché français au papier journal étranger. Ainsi, disent-ils, la fabrication française du papier journal récupérera 47.000 tonnes (chiffre du dernier contingent) et ne viendra plus, pour compenser la baisse éventuelle de son chiffre d’affaires, concurrencer nos fabrications.
Cette solution, tout au moins dans cette partie, n’est pas pour déplaire aux fabricants de papier journal qui poursuivent depuis tant d'années, avec l'accord de la Fédération des Journaux Français, la conquête totale du marché français.
Ainsi, à chaque échelon, un droit de douane est réclamé par les intéressés, pour défendre le papier journal, les pâtes à papier, le bois de papeterie contre l'importation étrangère.
Enfin, dès le début de cette étude, il importe de noter deux phénomènes que nous retrouverons :
Entre la presse et la fabrication du papier journal, une connexité très étroite d'intérêts s’est créée en France, comme dans tous les autres pays.
En Angleterre, par exemple, la concurrence toujours accrue entre les grands journaux les a conduits à une concentration verticale dont la fabrication du papier est un des éléments. Ils ont investi des capitaux, non seulement dans les entreprises anglaises, mais aussi outre-mer.
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À l’origine du développement papetier de Terre-Neuve, qui s’est accru à une cadence remarquable dans les années récentes, on relève l'initiative d'un groupe de presse anglais. (1)
La France n’a pas échappé à ce phénomène.
En outre, il existe une autre connexité, qui présente une importance capitale dans l'examen du sujet que nous nous sommes proposés de traiter et qui explique bien des particularités du problème papetier.
L'outillage papetier, qui constitue l'élément majeur de toute installation et représente un capital toujours proportionnellement considérable est, en général, susceptible d'adaptation à des productions de sortes différentes de celles auxquelles il a pu être destiné à l’origine.
Cette possibilité d'adaptation, jointe à l'importance du capital investi dans les installations, explique comment, dans des périodes où certaines sortes étaient atteintes par une crise, l'outillage a permis de passer à des catégories voisines ou même assez différentes.
C’est pourquoi nous avons vu plus haut les fabricants de papier ordinaire redouter, dans leurs propres productions, la concurrence des puissants fabricants de papier journal.
Tels étaient, au mois d'octobre dernier, les différents intérêts en présence, telles étaient les connexions qui les liaient et les rivalités qui les divisaient.
Pour augmenter encore la difficulté du problème, il fallait ajouter à cela l'intervention nécessaire des pouvoirs publics : en l'espèce, le Parlement, en vue de l'attribution de Ia prime, dont nous avons parlé plus haut : prime de 10 fr. 50 aux 100 kilos de papier français consommé, versée je journaux et ristournée par eux à la Papeterie française pour permettre à celle-ci de se défendre contre la concurrence du papier étranger importé. |
Reste à situer, vis-à-vis des autres inférêts analysés plus haut, le point de vue de la Presse.
La Fédération des Journaux Français avait exprimé à l'unanimité le désir que ses représentants qualifiés développent une action efficace auprès des pouvoirs publics pour que la prime soit maintenue.
Malgré cela, la prime avait subi une première amputation par le fait des décrets-lois qui avaient réduit son taux de 10 %,, comme pour tous les paiements de l'Etat, la ramenant de 10 fr. 50 à 9 fr. 45.
Aussi, et bien que, pour elle, la prime se justifièt abondamment par le fait que les journaux français payaient le papier près de 50 fr. au 100 kilos de plus que les journaux étrangers, la Presse craignait-elle, à juste titre, de voir la question posée à nouveau sur le terrain parlementaire.
— D'un côté, droit de douane sur les éléments de la fabrication du papier journal ;
— De l'autre côté, suppression de la ristourne, en tout ou partie.
Tels étaient les deux objectifs sur lesquels les différents intérêts que nous venons de passer en revue allaient engager une longue et pénible bataille. Le principe d'une prime à la Presse fut supprimé avec le budget de 1936
(1) Rapport Charles Ettori, déjà cité.
et son quantum maintenu jusqu'au 22 avril 1936, afin de permettre la mise sur pied d’un nouveau régime qui devait s'inspirer de la nécessité d'aider la Forêt Française.
Un Comité, composé de hautes personnalités du monde économique et présidé par M. Rist, fut chargé d'étudier la question et, de ses délibérations, de la consultation des différents organismes inféressés, y compris la Presse ef la Forêt, naquit un statut nouveau qui est entré en ap- Plication à partir du 22 avril 1936.
Nous examinerons, dans une introduction, le processus général de la fabrication du papier et des pâtes de bois et la physionomie générale des deux industries correspondantes.
Nous consacrerons ensuite les premiers chapitres de cette étude à chacun des stades de la fabrication depuis le bois jusqu'au papier, et, en particulier, au papier journal.
Dans les chapitres suivants, nous analyserons le régime douanier ancien et nous passerons ensuite à l'examen plus approfondi du régime nouveau, à son élaboration et à son fonctionnement.
Notre conclusion s’efforcera ensuite de dégager l'avenir de la Forèt Française par rapport à la fabrication du papier, et envisagera comment on peut concilier, avec la création d’une industrie du papier nationale 100 %,, des intérêts de la Presse et le développement de la publicité, facteur de progrès commercial.