‹ L'intérieur de l'étude; ou, Le procureur et l'avoué, comédie vaudeville, en un acteChapitre 17 sur 21 · DERVILLE, FRANVAL · texte numérisé non relu

DERVILLE, FRANVAL

DER VILLE

Je suis charmé. Monsieur, de vous retrouver encore chez moi ; j'avais été forcé de m'absenter!...

FRANVAL

Oui, Monsieur.... je çais pour quelle raison.... Vais vous

étiez ici dignement remplacé l'ai beaucoup appris dans la

conversation de votre maître clerc... et j'en ai fait mon profit....

DERVILLE

Oui; vous l'avez peut-être trouvé.... un peu craintif... un peu timide....

FRANVAL

Corbleu !... quelle timidité !....

DE R VILLE

A cela près, c'est un garçon en qui j'ai j'ai beaucoup de confiance.

FRANVAL

Je le crois bien ! Tel clerc... tel avoué.... Je vous disais donc, Monsieur....

derville, lui faisant signe de s asseoir.

Je sais de quoi il s'agit... On vient de me l'expliquer.... Puis-je vous demander d'abord qui vous a adresse à moi ?

FRANVAL, à part.

Qui, morbleu? {Haut.) Votre nom votre réputation.

DERVILLE

Monsieur... je vous remercie.... de cette marque d'estime... (A part, le regardant.) Allons, quoique brusque, il .'n'a l'air d'un brave homme Et il faut le traiter en conscience.... {Haut.) Je crois qu'en effet.... le bon droit est pour vous.... Mais faut il vous pailer avec franchise?....

franval, brusquement.

Si ça se peut.... pourquoi pas?...

DERVILLE

Il paraît que vous êtes dans le commerce, «pie vous êtes immensément riche....

FRANVAL

Cela ne fait rien à mon affaire.

DERVILLE

Si vraiment...

Air : Vaudeville des Amazones.

Quoiqu'avoué , vous me croirez , je pense j

Mais je vous suppose discret,

Et je veux Lien en conscience

Vous dire ici noire secret.

Etre vainqueur est. sans doute une gloire j

Mais en combats connue en procès , Ah ! croyez-moi , la plus belle victoire Ne vaut jamais un bon traite' de paix.

FRANVAL

Comment, Monsieur, c'est vous qui me conseillez un arrangement '(

COMEDIE. a9

DERVILLE

Oh ! vous allez jeter les hauis cris .. je le sais Mais calculons un peu!.... Que d'ennemis cette affaire va vous susr citer! Que de regrets vous vous préparez!.... Celui qui plaide, Monsieur, n'est plus !e même homme: son humeur, son caractère, tout change chaque jour, à chaque incident, de son procès; et pour une soixantaine de mille francs, dont vous n'avez pas besoin , vous allez sacrifier pendant deux ou trois ans votre bonheur, voire joie, votre tranquillité.... Mon , Monsieur.

AlR : Vaudeville de Turenne.

Vous m'en croirez à moitié , j'espère , Kous obtiendrons un hou arrangement.

FRANVAL

Quoi ! vous parlez d'arranger une affaire ! Qur de notre âge on médise à présent ! O siècle heureux ! siècle étonnant!

Cù le savuir avec l'esprit s'acoorde , Où nous voyons enfin à l'unisson

Les jeunes gens et la raison >

Lesprocuieuiset la concorde !

A moitié prix, c'est très bien; mais vous m'avouerez que sa3 crifier ainsi 3o,ooo francs!

DERVILLE

C'est moi qui les perds... C'est-à-dire moi et mes con« frères.... Car notre part allait là...

FRANVAL

Mais, vous qui parlez, Monsieur, à ce train de vie-là, vous devez vous ruiner.... Car enfin , vous venez de faire là une mauvaise affaire...

DERVILLE

C'est ce qui vous trompe; car je viens d'acquérir votre «s-j time, votre amitié et votre clientelle....

FRANVAL

Ma clientelle!....

Oui , Monsieur ; vous êtes négociant ; vous avez des procès ou vous en aurez... de ces procès qu'on ne peut pas éviter.... Vous viendrez à moi, j'en suis sûr... Vous me donnerez votre confiance. .. ou plutôt.... tenez.... je lis dans vos yeux.... je l'ai déjà...

3o L'INTERIEUR DE L'ETUDE,

F a AN val, lui donnant une poignée de main. Oui, Monsieur, vou^ Pavez, et j'aime mieux vous en croire vous-même.... que tous les rapports qu'on a pu me faire.

BERTILLE.

Vous avez raison... nous valons mieux que notre réputation... Vous le verrez, vous allez me donner le nomde quelques-uns de vos adversaires... j'ai ce soir une espèce de petit liai... je vais les inviter... j'espère que vous me ferez aussi le plaisir d'accepter un verre de punch... et nous commencerons à entamer notre affaire.

FRANVAL

Comment... au milieu d'un bal?

LER VILLE

Je n'en fais jamais d'autre ... Ce n'est pas dans le cabinet, c'esl dans le salon qu'on trane ses affaires... Vous croyez peutêtre que c'est pour mon plaisir que je \ais dans le monde... du lout , c'est ( ncorè une .spéculation... Le matin, où voulezvous que je rencontre mes «onfrères... pas un n'est chez lui , tandis que le soir... allez a un é(arlé, ils y sont tous. FRANVAL.

Je conçois... mais, vos conférences doivent vous revenir un peu cher... et j'ai entendu due que votre goût pour la dépense... pour la société ..

DER VILLE

ISeblâmez pas cet usage-là... L homme d'affaires dans son

cabinet est dur... intraitable. ... intéressé... C'est lhabi'ude du

monde, c est la société des femmes âûî !e rendent plus doux,

plus aimable , plus généreux... Les femmes, monsieur5, ont

sur nous une influence... tenez, les jours où je dois von celle

que j'aime... il me semble que je suis meilleur... que je suis

plus conciliant... j'arrangerais les affaires de tous mes cbens...

FRANVAL

J'entends... elle vient ce soir...

DLRVlLLE Vous l'avez dit, monsieur ! et vous la verrez, vous verrez comme mon Elise est jolie.... je suis sûr qu'elle vous plaira.

FRANVAL

Ah ça ! qu'elle n'aille pas vous faire oublier mon affaire.

DMIMLLE.

Soyez tranquille... le devoir d'abord, et le plaisir après.

COMEDIE. £x

FRAEVAL.

Tour.liez là, monsieur l'avoué... vous êtes un aimable jeune homme., et comme vous disiez tout à l'heure... je commence à croire que vous avez fait une excellente spéculation!

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