L'Internationale; documents et souvenirs (1864-1878)
Quelques mots seulement pour expliquer l'origine et le contenu de la présente publication.
Au cours de voyages faits en igoS et 1904 dans le Jura neuchàtelois et bernois (Suisse française) pour y revoir mes vieux camarades et faire la connaissance des militants de la nouvelle génération, j'avais dû constater que le véritable caractère du grand mouvement socialiste dont l'Internationale a été l'expression était généralement inconnu ou méconnu aujourd'hui, dans le pays même qui fut le théâtre d'une partie considérable de ce mouvement. Je crus qu'il pourrait être utile d'attirer l'attention des jeunes, dans la Suisse française, sur les idées de l'Internationale, et de leur en faciliter l'étude et la discussion, en recueillant et en publiant ce que j'avais écrit, de 1868 à 1878, dans des journaux qui sont maintenant presque introuvables : je résolus donc de réimprimer en un petit volume un choix d'articles parus dans le Progrès du Locle, Y Egalité de Genève, la Solidarité de Neuchàtel, et le Bulletin de la Fédération Jura^isienne.
On me lit observer que, pour restituer à ces articles leur véritable signification, il serait indispensable de les accompagner d'un commentaire historique, faisant connaître les circonstances à l'occasion desquelles ils furent écrits, le milieu dans lequel se sont produites les idées qu'ils exposent, et permettant surtout de bien c'onq)rendre l'évolution de ces idées. Je me préparai en conséqueme à rédiger de courtes notes explicatives.
Mais alors on me dit qu'au lieu d'un commentaire consistant cii simples notes impersonnelles, il serait préférable, en élargissant le cadre du livre, d'écrire une narration suivie, déposition d'un témoin sur les hommes et les choses de cette épo([ue ; «m me conseilla, en outre, d'ajouter aux articles de journaux d'autres pièces de diverse nature, lettres inédites, statuts, résolutions des Congrès, circulaires, etc. Le livre deviendrait ainsi à la fois une collection de docu-
VI L INTEHNATIONAI.E
iiiciils cl une collection de souvenirs, lorniant ma contribution — bien modeste — à l'histoire, que sans doute on écrira quelque jour, de l'Association international*; des travailleurs. Un ouvrage rcdigr sur (;e [)Ian s inlress(M-ait, non plus seulement aux habitants d«! la région où se constitua jadis la Fédération jurassienne, mais à tous ceux qui voudraient savoir ce que fut l'Internationale.
En accédant à ce désir amical, je ne me surs pas dissimulé l'ccueil de l'entreprise, et les critiques auxquelles devait m'exposer l'exécution de ma lâche. Conter ses souvenirs, ce n'est pas seulement parleide ses amis, c'est aussi parler de soi. El, pour transmettre l'impression exacte de la réalité, il faut ne pas reculer devant le détail minutieux, parfois devant la confidence intime. Je me suis décidé à affronter le {)éril, en m'eflbrçaiit de limiter la partie personnelle à ce qui était strictement nécessaire pour l'intelligence de la partie générale.
Je remercie les amis qui ont bien voulu m'aider à contrôler et à compléter mes souvenirs ; c'est à eux qu'est due, pour une bonne part, la sûreté et la précision des renseignements qu'il m'a été possible de réunir dans ces pages.
James Guillaume.
L'ouvrage devait s'appeler : Documents et Souvenirs, contribution à l'histoire de l'Internationale ; c'est à l'cditeiir qu'est dû le litre abrégé sous lequel il parait : L Internationale, Documents et Souvenirs {iSô^-iSyS). Il aura trois volumes. Le premier va de 1864 à la fin de mars i8;;o. Pour bien marquer le point de vue de l'auteur, spectateur placé dans la Suisse française et qui n'a voulu raconter que ce qu'il a vu, les deux parties de ce volume ont reçu des titres qui localisent le récit : Avant la Fédération romande (1864-1868) et La Fédération romande (1869-1870). Le second volume, qui pourra paraître au printemps de 1906. ira de i8;o à 1878 : la scission dans l'Internationale en Suisse, la guerre, la Commune, la Conférence de Londres (septembre 1871). la lutte entre le principe d'autorité et le principe d'autonomie dans l'Internafionale, le Congrès de La Haye (septembre 1872), enfin le triomphe du principe d'autonomie, — tel en sera le contenu. Le troisième et dernier volume traitera de l'Internationale après la suppression du Conseil général, et plus particulièrement de l'histoire de la Fédération jurassienne, de 1878 à 18-8.
La phototypie placée en tête de ce volume (portrait de Constant Meuron) est l'agrandissement d'une photographie faite aux environs de 1866. Le tome II contiendra un portrait de Michel Bakounine, reproduction de la photographie de 1868 dont il est parlé à la p. i33 du présent volume ; le tome III, un portrait d'Adhémar Schwitzguébel, reproduction d'une photographie faite vers 1875.