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7. Outine <i arrachant le masque à Bakounine » ! N'est-ce pas grotesque ?

produisit sur elles (d'après les documents lus au procès de Leipzig en 1872), les observations suivantes : « Ce document est une communication personnelle de Marx aux Allemands, jointe par lui comme une annexe à la circulaire du 16 janvier qu'il était chargé de leur envoyer. C'est donc en sa qualité ofticielle de secrétaire pour l'AUemagne'que Marx agit ici : il rédige contre un membre de l'Internationale un pamphlet injurieux, écrit hâtivement, dans le ton plus violent, et fourmillant d'inexactitudes, et l'envoie en secret à Kugelmann, qui le donne à Bonhorst ; celui-ci le transmet à Liebknecht, qui en parle à Bebel et à Hepner; l'un (Bonhorst) y voit « la preuve des tromperies de Bakounine » [der Beweis der Bakunin'schen Schwindeleien], un autre (Hepner) « les intrigues de Bakounine » [die Bakunin'schen Intrig-uen]. Pendant de longues années, ces gens, donnant le ton dans la démocratie socialiste allemande, ont mené la campagne d'insultes contre Bakounine. On doit se réjouir qu'enfln, par la pubHcalion qu'un des leurs en a faite, la source première de toutes ces calomnies, la Confidentielle Mittheilung, ait vu le jour. On peut maintenant juger de la moralité des manœuvres de la coterie marxiste. » Je n'ai rien à ajouter à cette appréciation.

Je termine ce chapitre en reproduisant l'article par lequel, au moment où allait s'ouvrir le Congrès romand, j'exposais, dans le Progrès du 2 avril, la situation du socialisme à la Chaux-de-Fonds, en y joignant mon opinion motivée sur les trois questions placées à Tordre du jour du Congrès :

Le Congrès de la Chaux-de-Fonds.

Au moment où ce numéro paraîtra, les délég-ués des Sections romandes arriveront à la Chaux-de-Fonds pour y tenir leur second congrès annuel.

Ils y seront reçus par la Fédération ouvrière locale, qui comi>le une vingtaine de Sections, dont la plupart ' ont adhéré à l'Internationale.

La Chaux-de-Fonds a traversé heureusement cette longue crise qui a failli être si funeste à la propagande de nos princi^ies. Le socialisme s'y affirme plus paissant que jamais, et cette fois avec le double caractère scientifique et révolutionnaire qui est celui de l'Internationale.

Qu'il nous soit permis de i-ajjpeler ce qu'a été la crise dont nous parlons, son origine, ses phases, la manière dont elle s'est terminée. Il n'est pas inutile de faire connaître aux délégués l'hisloire inlime du socialisme à la Chaux-de-Fonds.

Lorsque la Section de la Chaux-de-Fonds fut fondée, voilà cinq ans. rinternationale était en(-ore au herceaii. L'idée socialiste, qui devait se tlégager d'une manière si éclatante de la discussion cl des expériences des travailleurs fédérés de tous les pays, n'apparaissait (|ue confusément à la plupart des intelligences. Clie/, nous, pour beaucoup, socialisme signifiait tout bonnenu?nt radicalisnw avancé : ou croyait qu'en prêchant hi paix, la fraternité, la morah^ en recommandant aux ouvriers l'épargne, aux [)ati'ons la générosité, on régénérerait le monde ; — ou plutôt on ne pensait pas qnc le monde pût

\. Ce mot (c la pluiiart » clait umi e.\as>'ralioii : j'iUais mal 1 i'nsci;;[ic.

3oo l'internationale

être véritablement régénéré ; on no songeait (ju'à atténuer des maux que l'on atlribuail aux l'aihlesses du co-ui- humain ; et l'idée de s'attaquer à la source incnK; du mal, aux institutions sociales, à la ])r()j)riélc individuelle, n^ nous était pas encore venue.

Les années inarclièrent, et l'expérience nous instruisit. Les socialistes neucliàtcdois n'avaient pas (uu-ore com[)ris le néant de ce (jue notre bourgeoisie a|)pell<; la politufue et f|ue iu)us appelons aujourd'hui la plus danf>c'reuse variété de Vexpluitation. Ils crurent (ju'en envoyant des j'ei)résentants au Grand-Conseil, ils arriveraient à opérer légalement et sans secousses les réformes sociales.

Les uns. pour (jui le socialisme était encore une nuance du radicalisme, un l'ejeton plus jeune, plus prcjgressif, cherchèrent à infuser le levain socialiste dans la vieille pâte radicales : ils lurent les dupes de leur bonne foi, et l'expérience leur apprit qu'il n'y avait rien à faire sur le terrain constitutionnel. Sur l'heure, ils renoncèrent complètement à lutter comme parti politique, et consacrèrent exclusivement leur activité à l'organisation de 1 Internationale, c'est-à-dire de la révolution.

Les autres — et ceux-là furent })rinci paiement ceux de la Chauxde-Fonds — avaient compris l'impuissance du radicalisme : mais ils crurent qu'en battant le radicalisme aux élections, qu'en modifiant la majorité du Grand-Conseil, ils serviraient la cause du socialisme ; et, dans ce but, ils eurent le tort de s'allier au parti réactionnaire. Qu'en arriva-t-il ? ils furent dupes de leur côté. Une partie d'entreux, reconnaissant la faute commise, se hâtèrent de la réparer, en donnant la main aux révolutionnaires et en renonçant à la politique cantonale ; le reste continua à faire fausse route. Un organe électoral, la Montagne, créé à l'origine par des socialistes, tomba entre les mains de la réaction ; ceux des internationaux de la Chaux-de-Fonds qui s'appelaient eux-mêmes les Coiillerj'stes se mirent à la remorque de la Montagne, et se déclarèrent en opposition ouverte avec les principes du Congrès de Bruxelles. On se souvient encore de la verte semonce qu'ils reçurent du Conseil général belge*, pour la manière déloyale dont ils avaient falsifié dans la Voix de l'Avenir le compte-rendu des délibérations de Bruxelles.

C'est cette situation de la Chaux-de-Fonds, partagée entre deux partis, les Internationaux révolutionnaii-es et les Goullerystes ou partisans de la Montagne, que nous appelons la crise.

Le Progrès fut fondé pour servir d'organe au parti révolutionnaire. Pendant quelque temps encore, le nouveau journal chercha sa voie ; mais le i'^" mars 1869, dans un article dont on se souvient, il arbora hardiment le drapeau du collectivisme et de la révolution. On se souvient aussi des injures dont l'accablèrent la Montagne et le Journal de Genève ; — la Montagne qui, découvrant enfin ses véritables tendances, fut successivement désavouée par l'Egalité, par la Liberté de Genève, par tous les organes socialistes qui connaissaient son existence.

Le meeting du Crêt-du-Locle, tenu en mai 1869 par les Sections

1. Il y a ici une erreur de rédaction. En octobre 1868, il n'existait pas encore de « Conseil général belge » : la Section bruxelloise remplissait les fonctions de « Section centrale pour la Belgique » (voir p. 84). Le Conseil général belge fut créé en décembre 1868.

de la Chaux-de-Fonds, du Locle et du Val de Saint-Imier, fit faire un pas à la crise. Le meeting reconnut les principes du Congrès de Bruxelles, et répudia la Montagne.

Eniln le Congrès de Bâle, qui confirma les résolutions de Bruxelles, posa la question d'une manière décisive. Le programme de l'Internationale l'ut nettement fixé, et il ne fut plus possible à personne de se réfugier dans l'équivoque ; il fallut, ou bien se l'allier au programme, ou bien, en se déclarant contre le programme, se placer soi-même dans les rangs des adversaires de la révolution.

Une fois la situation ainsi éclairée, les affaires à la Chaux-de-Fonds prirent une tournure nouvelle. La Montagne et ses hommes furent complètement délaissés, et les véritables socialistes purent, sur les bases indiquées à Bàle. travailler à l'organisation d'une fédération ouvrière locale. Cette œuvre a réussi, et, lors même que toutes les sociétés qui font partie de cette fédération ne sont pas entrées dans l'Internationale, nous n'en voyons pas moins dans ce résultat un triomphe de nos idées : car le fait même d'avoir compris la nécessité d'une fédération constitue une adhésion à notre principe.

Il nous reste à dire un mot des trois questions principales que le Congrès aura à traiter.

Sur la première, l'organisation des caisses de résistance, tout le monde est d'accord ; c'est-à-dire que tout le monde reconnaît que la caisse de résistance doit devenir, dans chaque corps de métier, le noyau autour duquel se forme la Section ; partout où il se crée une caisse de résistance, il se crée du même coup — que ce soit ou non l'intention des fondateurs — une Section de l'Internationale. Tout le monde reconnaît aussi que les caisses de résistance, pour acquérir une puissance capable de lutter contre l'action du capital, doivent être fédérées entre elles ; et dans un article publié dans notre numéro du 8 janvier dernier ', un de nos collaborateurs a très bien indiqué, à notre avis, la manière dont cette fédération doit être réalisée. Mais nous croyons qu'il est assez indilférent, en ce moment, que le Congrès se décide pour tel ou tel système de fédération ; en elTel, nous mancpions des expériences nécessaires pour prononcer sur ce point-là d'une manière scientifique ; lorsque le Congrès aura adopté un système, ce ne sera que pour en faire l'essai ; s'il fonctionne bien, c'est que nous serons, par bonne chance, tombés juste du premier coup ; s'il fonctionne mal, un nouveau Congrès le modifiera et le perfectionnera au moyen des lumières acquises.

Sur la seconde question, la coopéralion, nous ne pouvons mieux fairt; que de nous en référer aux réflexions du Conseil général belge à ce sujet — on les trouvi'ra dans ce numéro — et au remarquable rap]>oi't présenté [)ar De l*aei)e au Congrès de Lausanne en iNii^. U va sans (lii-e (jue la coopération, en soi. ne peut pas être condamnée, puisqu'elle est la fofnie du frarail (/ans l'avenir ; ce tiu'il l'a ut condamner, croyons-nous, c'est la tendance île ceux qui proposent la

1. L'article do. Uobin intituif^ : la libcric el la soUdaritc.

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coopération au ijrolctariat comme un moyen (V émancipât ion, — Inen plus, comme Vaiiu/ue moyen d'émancipation. « La coopération — pour noufi servir des lermes mêmes de l'Adresse du Conseil général belge aux travaillcnrs lyonnais — ne peut évidemment pas aboutir à transformer radicalement la société. Nous déclarons que nous ne considérons pas l'extension et la g'énéralisation des sociétés coopératives comme pouvant constituer la transformation sociale., comme devant réaliser V ajfranchissement intégral du prolétariat. » Enfin, sur la troisième question : Quelle doit être l'attitude des travailleurs dans la question politique et vis-à-vis des gouvernements, on connaît notre opinion. Les expériences que nous avons laites chez nous, et dont nous venons de parler, nous ont démontré que les travailleurs ne doivent avoir d'autre politique que l'organisation de rintei'nalioiiale et la propagande socialiste, et qu'ils doivent s'abstenir complètement de [)rendre part aux luttes des partis politiques bourgeois. C'est aussi l'opinion de nos amis belges, comme on a pu le voir par la première moitié de l'Adresse de leur Conseil général, qui a paru dans notre numéro passé. C'est aussi l'opinion des socialistes français, à Paris, à Lyon, à Marseille ; ils ont rompu avec la démocratie radicale, ils ont vu que les hommes de la gauche, ces soi-disant républicains, sont les pires ennemis des travailleurs, et qu'il n'y à rien à attendre des revendications parlementaires. C'est aussi l'opinion de nos amis espagnols, comme on l'a vu par la correspondance de Barcelone que nous avons publiée. C'est 1 opinion des Italiens, de ces courageux Autrichiens que le ministère libéral emprisonne, de ces socialistes russes que notre gouvernement suisse fait rechercher pour les livrer à leurs bourreaux ; c'est l'opinion enfin de l'immense majorité de l'Internationale. Nous espérons que ce sera aussi celle du Congrès romand.

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