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TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE III

aiiiis de Paris S — pour achever l'organisation de l'Internationale en France, et pour préparer un vaste mouvement qui, avec la France, englobât l'Espagne, l'Italie, la Suisse et la Belgique : la guerre, déchaînée par deux gouvernements despotiques, était la ruine de nos espérances.

Quelques jours avant la déclaration de guerre, l'Internationale parisienne avait protesté par une Adresse publiée dans le Réveil du 12 juillet, et revêtue de nombreuses signatures -. On y lisait : « Frères d'Allemagne, au nom de la paix, n'écoutez pas les voix stipendiées ou serviles qui chercheraient à vous tromper sur le véritable esprit de la France. Restez sourds à des provocations insensées, car la guerre entre nous serait une guerre fratricide. Restez calmes, comme peut le faire, sans compromettre sa dignité, un grand peuple fort et courageux. Nos divisions n'amèneraient, des deux côtés du Rhin, que le triomphe complet du despotisme. » De Berlin vint une réponse signée, au nom des membres de l'Association internationale des travailleurs à Berlin, par Gustave Kwasniewski !", disant : « Animés de sentiments fraternels, nous unissons nos mains aux vôtres, et nous vous affirmons comme des hommes d'honneur, qui ne savent pas mentir, qu'il ne se trouve pas dans nos cœurs la moindre haine nationale, que nous subissons la force et n'entrons que contraints et forcés dans les bandes guerrières qui vont répandre la misère et la ruine dans les champs paisibles de nos pays ».

Au Reichstag, lorsque le gouvernement allemand demanda l'autorisation de contracter un emprunt de guerre de cent vingt millions de thalers, Bebel et Liebknecht s'abstinrent (21 juillet), en déclarant « qu'ils ne pouvaient pas voter en faveur de l'emprunt de guerre, parce que ce serait un vote de confiance envers le gouvernement prussien, qui par sa conduite en 1866 avait préparé la guerre actuelle; mais qu'ils ne pouvaient pas non plus refuser l'emprunt demandé, car leur vote pourrait être interprété comme une approbation de la politique déloyale et criminelle de Bonaparte ». Schweitzer montra une certaine crânerie, il vota l'emprunt.

Le Conseil général de Londres publia un Manifeste dû à la plume de Karl Marx, dont voici le passage essentiel, caractéristique du point de vue de son auteur : « Du côté allemand, cette guerre est une guerre défensive. Mais qui a mis l'Allemagne dans la nécessité de se défendre ? qui a fourni à Bonaparte l'occasion de lui faire la guerre ? La Prusse. . . Si la classe ouvrière allemande souffre que la guerre actuelle perde son caractère strictement défensif et dégénère en une guerre contre le peuple français, la victoire ou la défaite seront pour elle également désastreuses.. . A l'ombre de cette lutte homicide se dresse la sinistre figure de la Russie. Quelle que soit la sympathie que les Allemands peuvent réclamer dans une guerre de défense contre l'agression bonapartiste, ils se l'aliéneraient en permettant au gouvernement prussien de demander ou d'accepter l'aide du Cosaque. »

La Solidaritp publia dans son numéro du 16 juillet l'article suivant, où j'appréciais la situation en ce qui concernait la Suisse :

La guerre.

La guerre est déclarée ; les chassepots vont se mesurer avec les fusils à aiguille.

En présence du conllit franco-prussien, le gouvernement suisse a cru devoir faire mettre sur i)ied cinquante mille hommes pour border la frontière.

\. Voir la lettre de Varlin à Aubry du 2!» décembre 1869, t. \", p. 25H, note.

2. Parmi les noms qui li^juront au bas de cette ,\drosse ou des lettres d'adliésioa publiées les jours suivants, je relève ceux de Tolain, Murât, .Vvrial, Pindy, Tlieisz, A. Thoraachot, Tbomachot jeune, (^amélinat, (Ihauvière, LanKevin, Eugène Pottier, Landrin, Charles Keller, Malon, Combault, Lucipia, Jules Jofïrin, Chausse.

3. Cette Adresse, ijui fut puldiée aussi dans le Réveil, émanait du » Bureau central électoral du parti démocratique ».

l>. II. — 5.

C'est une mesure de prudence qui a son l)on côté : il vaut toujours mieux tenir les bellip;"crants le plus loin de soi possible.

Mais en même temps il faut bien se dire que cette guerre n'intéresse en rien nos libertés, qui ne sont aucimement menacées ; et nous croyons devoir mettre en garde les ouvriers appelés sous les armes contre les entraînements d'un enthousiasme irréfléchi.

Il en est, malheureusement, chez lesquels le seul l)ruit d'une fanfare belliqueuse suflit [)our réveiller ce sentiment d'un patriotisme aveugle et fanatique, qu'on avait pu croire entièrement détruit. Il en est qui, dès qu'il s'agit de faire une promenade militaire, oublient tout, la misère, l'exploitation, les grèves, les chômages ; pour eux il n'y a plus de question sociale, il n'y a plus que la stupide gloriole niilitaire .

C'est contre ce déplorable entraînement qu'il faut réagir.

Restez calmes et réfléchis, ouvriers. Quel rapport y a-t-il entre vos intérêts et ceux de vos maîtres ? Une campagne sur le Rhin résoudrat-elle la question sociale ? Rentrés dans vos foyers, ne serez-vouspas les mêmes exploités qu'hier ?

La bourgeoisie se frotte les mains, en pensant que tout ce bruit de guerre va faire diversion, et fera passer la question sociale à l'arrièreplan.

Déjouez ses calculs, en aftîrmant plus hautement que jamais qu'il n'y a, dans le monde civilisé, qu'une question à résoudre, qu'une lutte à soutenir : la question du travail, la lutte des exploités contre les exploiteurs.

Ce que disait la Solidarité se vérifia tout de suite : au nom des « intérêts supérieurs du pays », les «patriotes » suisses réussirent, grâce au prétexte que leur offrait la guerre, à « faire passer la question sociale à l'arrièreplan ». II n'était plus admissible, déclarèrent-ils, qu'à un moment où la concorde s'imposait, des ouvriers persistassent à faire grève : la commission de direction de la grève du bâtiment, à Genève, décida (i8 juillet) que le travail serait repris. « Grosselin et les meneurs de la fabrique s'écrièrent qu'en présence du danger de la patrie, tous les différends entre les citoyens devaient être oubliés, et qu'il fallait à tout prix en finir ; naturellement, pour arriver à ce résultat, ce furent les ouvriers qui durent céder, et non pas les patrons '. » Cependant il y eut des velléités de résistance aux injonctions de la commission, des actes d'indiscipline ; des querelles éclatèrent entre ceux qui voulaient rentrer dans les chantiers et ceux qui voulaient continuer la grève ; le 25 juillet, un gréviste fut tué d'un coup de couteau par un ouvrier qui avait repris le travail : le « patriotisme », employant de pareils arguments, finit par triompher de l'opposition des hommes clairvoyants i{\iQV Egalité appelait des « alarmistes » et des « critiques extravagants ».

On sait qu'après la déclaration de guerre, le gouvernement impérial expulsa de France tous les Allemands. Beaucoup de ces malheureux — la plupart étaient des prolétaires — qu'on chassait brutalement se réfugièrent en Suisse, ou traversèrent la Suisse pour regagner leur pays ; on les accueillit avec toute la sympathie que méritait leur infortune. A Neuchâtel, nous allions à la gare attendre les trains qui amenaient les convois d'expulsés, pour leur distribuer des secours. Je me rappelle avoir donné l'hospitalité à un ouvrier tailleur arrivant de Paris avec sa femme et son petit enfant ; la pauvre ouvrière ne cessait de se lamenter, parce que sa machine à coudre avait disparu, et j'entends encore ma femme la consoler, tout en

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