‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 178 sur 314 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE III

« Que les Sections de l'Association internationale des travailleurs, dans tous les pays, excitent à l'aclion les classes ouvrières. Si elles désertent leur devoir, si elles demeurent passives, la terrible guerre actuelle ne sera que lavant-coureur de luttes internationales plus meurtrières encore, et conduira dans toutes les nations à un nouveau triomphe remporté sur l'ouvrier par les seigneurs de l'épée, de la terre, et du capital. Vive la République ! »

Puisque j'ai mentionné le manifeste du Comité de Brunswick- Woltenbûttel, je veux noter que les auteurs de ce maniCeste y avaient intercalé des fragments d'une lettre écrite « par un de leurs plus distingués anciens amis et collaborateurs de Londres » — qui n'élait autre que Karl Marx lui-même. Et dans cette lettre de Marx se trouvait ce passage significatif :

La guerre actuelle ouvre une nouvelle époque de l'histoire : elle a prouvé que, même avec l'exclusion de l'Autriche, l'Allemagne est capable de poursuivre son développement... Un but sérieux est atteint, et si la classe ouvrière allemande ne réussit pas à jouer le rôle historique qui lui est assigné, ce sera de sa faute. Cette guerre a transféré le centre de gravité du moiwement ouvrier continental de France en Allemagne '.

J'aurai à revenir plus tard sur la conception contenue dans cette dernière phrase. Je me borne, ici, à enregistrer cette parole de Marx à la date où elle fut écrite.

Au moment où Paris va se trouver, pour plusieurs mois, séparé du reste de la France, il faut rappeler quelle y était, au lendemain du 4 septembre, l'organisation des forces du parti socialiste et révolutionnaire. Le Conseil fédéral parisien de l'Internationale, qui avait son siège à la Corderie du Temple, fut immédiatement réorganisé ; à côté de lui siégeait, dans le même local, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières, sociétés non adhérentes h l'Internalionale, mais qui, dans toutes les circonstances importantes, concertaient leur action avec celle du Conseil fédéral -. En outre, il se constitua dans chacun des vingt arrondissements un « Comité de vigilance », formé d'hommes d'action appartenant aux diverses fractions du parti le plus avancé : ces vingt comités devaient former des espèces de municipalités révolutionnaires ; ils furent reliés entre eux par un « Comité central républicain des vingt arrondissements», qui s'installa, lui aussi, à la Corderie, devenue le foyer du mouvement à Paris. Dans ce Comité central se trouvaient surtout des membres de l'Internationale ; au bas de l'alliche rouge qu'il publia le 19 septembre pour demander la levée en masse, l'accélération de l'armement, et le rationnement, je relève les noms suivants : Avrial, C^h. Bellay, Briosne, Chalain. Combault, Camélinat, Chardon, Demay, Duval, Dcreure, Frankel, Ferré, Flourens, Johunnard, Jaclard, Lel'raii<;ais, Langevin, Longuet, Malou, Pindy, Pollier, Banvicr, Kigault, Serraillier, Tridon, Theisz, Vaillant, Jules Vallès, Varlin. Mais je n'ai pas à faire l'histoire de Paris pendant le siège. Durant près de cinq mois, nous allions nous Irouver

1. Dirser Kriey hat den Schweriniiikt (1er liontinentalen Arhciterheireuuntj voti Frunkreicli luicli DeuUchland verlcijl. — Plusieurs mois nvant qii'i>n piU pn^-oir la jiuerrc, et riirt^émonie momentanée ({u'cile allait assurer a l'Alleniai^ne, .Marx avait déjà écrit à Kngelmann, le 17 février ISTO : « Knlre nous soit dit. j'attends davantage, en somme, pour le mouveuit^nt social, de rAllemairne que de la Krame (Unler uns (jcsagt — luke ail m ail — ic/i eiuurle jur die nozialr KcncfjuiKj iin'hr von Dcutxclilaiid als von l-'ranicreich'' ».

2. T>a Chambre ft'-déralc avait d'ailleurs dans son sein plusieurs hommes qui, adhérents individuels de riulernalionale. comptaient parmi les militants les plus actifs de celle ci : Camélinat, l'indy, Ku^^ène Pottier, Tlieis/.. etc.

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presque complètement sans nouvelles de nos amis parisiens : le eonlact entre eux et nous ne reprit qu en lévrier 1871.

Dès le 4 septembre, ainsi qu'il résulte des mots écrits en marge de la p. 9() du manuscrit de la Lettre à un Français, Continuai ion, m (voir ci-dessus p. 82), Bakounine avait pris la résolution de partir pour Lyon. 11 fixa son déi)arl, on l'a vu, au mercredi 7, date à laquelle il substitua, le jour même, celle du vendredi 9. 11 écrivit le (J à son ami Adolphe Voj^t, ù Berne, un billet (en français) où il lui disait :

Mes amis les socialistes révolutionnaires de I^yon m'appellent à Lyon. Je suis résolu d'y porter mes vieux os et d'y jouer probablement ma dernière partie. Mais, comme ordinairement, je nai pas le sou. Peux-tu, je ne dis j)as me prêter, mais me donner 5oo ou 400, ou 3oo ou 200 ou même 100 francs, pour mon voyage? Si tu le i)eux, tu me les donneras ; si tu ne le peux pas, — naturellement tu ne me les donneras pas.

Tu m'as dit, à notre dernière entrevue, qu'en passant par Berne je pourrais m'arrèter chez toi. Je ne resterai à Berne qu'un jour. J'y arriverai le 10 au soir, et je partirai le lendemain pour Neuchàlel. Puis-je m'arrèter chez toi ? Gomme je i)ars d'ici le 9. vendredi soir, et comme tu recevras cette lettre au moins le 8. tu auras le temps de m'avertir par télégramme à l'adresse suivante : Locarno, Signora Teresa Pedrazzini, per la signora Antonia, si oui ou non. Si non, dis à Reichel que je m'arrêterai chez lui. Adieu et au revoir '.

Le II il arrivait à Neuchâtel. Notre entrevue eut lieu pendant la nuit du II au 12 (à cause de la surveillance policière dont j'étais l'oiijet) au Grand Hôtel du Lac, où il était descendu. Nous nous concertâmes au sujet de l'usage à faire du manuscrit dont il m'avait envoyé le commencement et dont il m'apportait les pages ii3-i25. 11 me demanda d'extraire de ces feuillets, qui, écrits au jour le jour, présentaient l'incohérence d'une improvisation désordonnée et parfois redondante, une courte brochure destinée à être répandue en France. Il fut convenu qu'elle serait imprimée sans nom d'auteur, et ({ue j'aurais plein pouvoir de tailler, de modifier, de disposer les matières dans l'ordre qui me paraîtrait le plus logique, et de supprimer ce qui terail longueur. Il n était pas question de se servir des premières pages envoyées à Genève dans les premiers jours d'août , la Continuation (24 pages) expédiée à Ozerof le 27 août, et qui m'avait été transmise, fut également laissée de côté, le contenu pouvant en être considéré comme périmé. Tout ce qui passa dans la brochure fut extrait des 81 premières pages du manuscrit intitulé Continuation, ni. Je restituai à Bakounine les pages 81 his-112, qu'il emporta ainsi que les pages ii3- 12,5, parce que le contenu ne m'en paraissait pas utilisable -. Comme l'imprimerie était hors d'état de faire crédit. Bakounine me remit cinquante francs à valoir sur le prix de l'impression. Puis nous nous fîmes un adieu ému : savions nous si nous nous reverrions jamais ?

Le 12 Bakounine était à Genève ; il y retrouvait deux amis, hommes sûrs et énergiques, que l'idée d'aller se battre remplissait d'aise. Ozerof et le jeune Polonais Valence Lankiewicz ' ; avec eux il partit pour Lyon, le 14 septembre au soir ''.

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