TROISIEME PARTIE, CHAPITRE IV III
querait une grande agitation dans le peuple et peut-être même une explosion. Mais le diable sait si, à la suite de la découverte de ce maudit dictionnaire, on ne l'arrêtera pas. De sorte que je serai probablement obligé de partir bientôt d'ici. Mais je n'ai pas le sou. Par conséquent, cher ami. fais encore un dernier eflbrt avec les amis. Réunissez à tout pj-ix cent francs et envoyez-les à M^e Bastelica. Sa, boulevard des Dames... Où irai-je ? Je n'en sais rien encore. A Barcelone ? ou bien à Gênes, pour retourner de là directement à Locarno ? Quel est votre avis, mes amis ? — bien entendu, seulement pour le cas où je serais forcé de méloigner d'ici, ce que je ne ferai qu'à la dernière extrémité '.
On a vu que Bakounine, dans sa cachette de Marseille, occupait ses loisirs forcés à écrire, coinnie suite aux Lettres à un Français, un nouvel ouvrage II eut aussi l'idée, dans l'intérêt de sa sécurité, d'écrire au vieux républicain socialiste qui avait accepté de remplir les fonctions d'administrateur supérieur des Houchcs-du- Rhône, Esquiros. Bakounine savait que ses ennemis, à Lyon et à Tours, le représentaient comme un agent secret de la Prus'^e, et il crut devoir se défendre '\ Il commeni,-a donc, le 20 octobre, une lettre à Esquiros, qu'il n'acheva pas, et qui ne fut pas envoyée (elle existe dans ses papiers) ; j'en cite un seul passage :
C'est un moyen si commode, n'est-ce pas, que de jeter aujourd'hui cette épithète de Prussien à tous les hommes qui ont le malheur de ne point pouvoir partager un enthousiasme de commande pour ces soi-disant sauveurs de la France dont l'incurie, l'incapacité et cette impuissance infatuée d'elle-même perdent la France. Un autre que vous, citoyen Fsquiros, aurait j)u me demander : « Qu'est-ce que tout cela fait à vous, qui êtes étranger ? » Ai-je besoin de vous prouver, à vous, que la cause de la France est redevenue celle du monde ; que la défaite et la déchéance de la France seront la défaite et la déchéance de la liberté, de tout ce qui est humain dans le monde . . Si la Prusse l'emporte, c'en sera fait de l'humanité européenne au moins pour cinquante ans ; pour nous autres vieux, il ne nous restera plus qu'à mourir.
Vers la lin de septembre, Sentinon, appelé de Barcelone par Bakounine, était parti pour la France, afin d'y prendre part au mouvement révolutionnaire. 11 s'était rendu à Lyon, où il arriva (piand tout était lini et que déjà Bakounine n'y était plus. 11 resta quehpie temps dans cette ville, dans l'attente d'un nouveau soulèvement ; il y fut rejoint par .Mroczkowski, venant de Londres avec la princesse Obolensky, et par Joukovsky, arrivé de Genève ^ Tous quatre se décidèrent, le aô octobre, à quitter Lyon,