‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 268 sur 314 · QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER

Section de propagande delà Ghaux-de-Fonds : Numa Brandt, horloger ;

Section centrale de Neuchâtel : A. Dupuis, serrurier ; James Guillaume, typographe ;

Section centrale du district de Gourtelary ; Henri Devenoges, monteur de boîtes ; Léon Schwitzguébel, guillocheur ;

Gercle d'études sociales de Sonvillier : Fritz ïschui, horloger ; Justin Guerber, graveur ;

Gercle d'études sociales de Saint-lmier : A. Scheuner, horloger ; Louis Gartier^ horloger ;

Section des graveurs et guillocheurs du district de Gourtelary : Gharles Ghopard, graveur ; Alfred Jeanrenaud, guillocheur ;

Section de Moutier : Ghristian Hofer, horloger. La Section de propagande et d'action révolutionnaire socialiste de Genève n'appartenait pas à notre Fédération, et le Gonseil général de Londres ne l'avait pas admise dans l'Internationale ; mais ses délégués, Jules Guesde, journaliste, et Nicolas Joukovsky, instituteur, furent reçus comme membres du Gongrès, car ils apportaient l'adhésion de leur Section à la Fédération nouvelle que le Gongrès avait pour mission d'organiser.

« Un certain nombre de membres des Sections les plus voisines assistaient au Gongrès, outre les délégués ; on pressentait qu'il devait s'y passer quelque chose d'important, et que le conflit interminable qui, depuis bientôt deux ans, mettait en péril l'Internationale en Suisse, allait recevoir une solution. » {Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 223.)

Auguste Spichiger, du Locle, fut élu président ; Gharles Ghopard, de Sonvillier, et Jules Guesde, de Genève, furent secrétaires.

Le premier objet qui figurait à l'ordre du jour était le rapport du Comité fédéral. « Ge rapport, présenté par le secrétaire du Gomité, Adhémar Schwitzguébel, constata, avec une entière franchise, le triste état de désorganisation où se trouvait l'Internationale en Suisse. Il en attribua la cause, d'une part, à la guerre franco-allemande et aux événements qui l'avaient suivie ; d'autre part, aux intrigues de la coterie genevoise et de ses alliés de Londres. La sincérité avec laquelle ce rapport mit le doigt sur les plaies dont souffrait l'Association en Suisse fut très remarquée, et produisit une excellente impression ; on y sentait l'accent résolu d'hommes qui se savent assez forts pour n'avoir pas besoin de déguiser la vérité. » {Mémoire, p. 22'3.) Le rapport constatait que les Sections de Bienne, de Saint-Biaise, du Val de Ruz, de Gortébert, de Gorgémont, avaient cçssé d'exister ; quant aux corps de métiers adhérents à notre Fédération : graveurs et guillocheurs du Locle ; menuisiers, graveurs et guillocheurs de Neuchâlei, monteurs de boîtes du Vignoble neuch;\telois ; monteurs de boîtes, grkveurs et guillocheurs de Bienne, ils continuaient à déployer une activité satisfaisante au point de vue corporatif, mais ils paraissaient se désintéresser de l'Internationale et n'avaient pas répondu aux circulaires du Gomité fédéral ; seule la Section des graveurs et guillocheurs du district de Gourtelary, restée intrépidement sur la brèche et constituée, non plus en société de secours mutuels, mais, depuis le mois de mars 1870 (t. L"", p. 286), en société de résistance, avait envoyé une délégation'. Le

\. Dans la brochuro Les prétendunt sciftaioiis, etc. (pafjos 32-;}i), Mar.x s'est livré à de lourdes plaisanteries au sujet de la diininution dos membres de nos Seelions et des constatations faites à cet (SiJtard dans le rapport du Comité iï'dérai. En plusieurs endroits, il a altéré le sens, et même le lexle, du ra[)port. Ainsi, à propos de la Section des f,'raveurs et t.'uilloclieurs du district de Gourtelary. il prétend (jue, d'après le rapport, r(>,lte Section s'est consiiUiée en société de résistani-c en ito/mni de l'hilcrmUioiHile (c'est Marx (]ui soiilif^ne) : or. Ir rapport ne dit niillt-menl (pic cette Section est « en deliors de llntcrnatiitnale », puiscju'il la place au contraire ilans l'éiuiméralion de celles qui sont li^slées des Sccti(ms actives de la Fédération, et qu'elle avait envoyé des ilélé(,'ués au Conjurés. He la Section centrale du district de Couite'ary, abusant, d'une expression dont il dénature la portée, il écrit (|u'olle a suspendu son nrliox, « ce qui ne l'empèclie pas tl'euvo.ver deux délétjués au Congrès » ; le rapport, lui, dit tout autre cliose : il constate que u la fédération

234 l'tnternationat-k

rapport traitait, en terminant, de la question de l'organisation et de la fédération des sociétés de métiers, de la question de la propagande, et, enfin, des rapports de notre Fédération avec celles des pays voisins et avec le Conseil général.

Le langage mesuré de ce rapport, l'élévation des vues qui y étaient exprimées, le sens juste et profond des réalités (jui s'y manifestait à chaque ligne, frappèrent vivement ceux des assistants ([ni se trouvaient pour la première fois en contact avec les ouvriers de nos Montagnes ; et la Révolution sociale, en reproduisant dans son n" 4 ce remarquable document, le caractérisa en ces termes (l'article est de Lefrançais) :

Nous nous garderons bien d'analyser ce ra])|)ort... ; nous laissons aux lecteurs de notre journal fie soin] d'en ai)précier la sincérité et la véritable valeur. Cette lecture donnei-a la mesure exacte de ce qu'on peut attendre de dévouement et dintelligence pratique de la part des adhérents à la Fédération jurassienne.

Marx, dans sa brochure Les pvétenduea scissions, etc. (pages 32 et 3^), a fait des gorges chaudes de cette phrase ; le « dévouement » et « l'intelligence pratique ))des ouvriers jurassiens ont servi de thème à ses aimables plaisanteries. J'ai souvent regretté que Marx n'ait pas eu l'occasion de venir — comme l'ont fait Bakounine, Lefrançais, Kropotkine, Gafiero et tant d'autres — faire personnellement la connaissance des populations ouvrières de nos Montagnes. Je suis persuadé que s'il avait séjourné quelques semaines parmi nous, ses préventions injustes se seraient dissipées; malgré les divergences théoriques, malgré les vues opposées sur la tactique, il aurait reconnu en nous les véritables propugnateurs du socialisme ouvrier ; il aurait rougi de s'allier avec nos adversaires, des Coullery, des Grosselin, des Henri Perret, des Outine, lorsqu'il les aurait vus à l'œuvre sur leur terrain d'opérations ; et les scandales du Congrès de la Haye auraient peut-être été évités.

Le Congrès nomma ensuite des commissions chargées de faire rapport sur chacun des points de son ordre du jour : la Conférence de Londres et les actes du Conseil général ; la réorganisation de la Fédération et la revision de ses statuts; le projet d'un Congrès ouvrier suisse. Sur la proposition des délégués de Genève, il ajouta à cet ordre du jour une question de plus, celle d'un organe à créer pour la Fédération. Puis la séance fut levée.

La commission chargée de rapporter sur les actes du Conseil général et de la Conférence de Londres avait été composée de trois membres : Hofer, délégué de Moutier, Joukovsky, délégué de Genève, et moi. Nous avions tenu à placer Hofer dans cette commission pour que le délégué de la Section de Moutier (Section que des influences adverses avaient déjà cherché à plusieurs reprises à séparer de nous) se trouvât associé, aux yeux de tous, à l'acte le plus important du Congrès, à celui par lequel nous allions lever le drapeau de l'insurrection contre les décisions de la

ouvrière du Val de Saint-Imier, ayant adhéré à l'Internationale, substitua, par ce fait, son action de piopagande et d'organisation à celle de la Section centrale » ; qu'en conséquence, celle-ci « suspendit son action, afin que ses membres pussent coopérer activement h l'organisation définitive et au développement des cercles d'études [de Saint-Imier et île Sonvillierl, des sociétés de métier et de la fédération ouvrière », mais que néanmoins « elle ne voulut pas se dissoudre », atin de pouvoir au besoin « remplaeer la nouvelle organisation si celle-ci devait dévier de la voie socialiste qu'elle s'est tracée ». Enfin, de la Section centrale de Moutier, Marx dit « qu'à en juger par son nom de centrale, elle n'est que le résidu d'autres Sections disparues » : hypothèse absolument contraire à la vérité, attendu que dans le Val de Moutier il n'y a jamais eu qu'une Section unique, qui s'est toujours appelée « Section centrale de Moutier » pour indiquer qu'elle groupait des membres appartenant A tous les corps de métiers, comme le faisaient la Section centrale de Genève, la Section centrale de Neuchàtel, etc.

Page 1