‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 288 sur 314 · A Cafîero : voir ci-dessus p · texte numérisé non relu

A Cafîero : voir ci-dessus p

2 Elle avait été envoyée de France à Malon par un socialiste indigné du langage que Serraillier s'y permeltHit.

3. Depuis le mois de mars, par la lettre d'Alerini, que Bakounine avait reçue le 26 février.

QUATHIEAIK PAllTIE, CHAPITRE IV agt

On lit ce qui suit à la page 322 du livre d'Anselmo Lorenzo. El Proletnriado militante : « Après mon retour de Londres.... dans une lettre particulière adressée aux amis de Barcelone, où je leur parlais de la Conférence, j'écrivis cette phrase : « Si ce que Marx a dit de Bakounine est vrai, ce » dernier est un infâme ; et si ce n'est pas vrai, l'infâme est Marx : il n'y a » pas de milieu, — tant sont graves les accusations que j'ai entendues ». Alerini et Farga transmirent ces paroles à Bakounine, et celui-ci répondit par une lettre très étendue où il se défendait, lettre qui me fut transmise par Alerini à une époque où je me trouvais déjà à Vitoria, après avoir donné ma démission de secrétaire général du Conseil fédéral résidant à Valencia ».

Ce fut l'une des lettres d'Alerini arrivées à Locarno le 2 et le 5 avril qui transmit à Bakounine le propos de Lorenzo qu'on vient de lire. Bakounine vit là une occasion d'obliger enfin le Conseil général à s'expliquer, et il résolut d'écrire à Lorenzo pour lui demander quelles avaient été, exactement, les accusations articulées contre lai devant la Conférence. Il existe, dans les papiers de Bakounine, un premier projet de lettre à Lorenzo (en français) assez court, portant la date du 24 avril ; il fut suivi de deux autres, qni restèrent inachevés; enfin la lettre sous sa forme définitive (en français) fut terminée le 9 mai, et reçut la date du 10 mai. Les jours suivants, Bakounine en fit une copie que, d'après le calendrier-journal, il m'envoya le 16'.

C'était à un ami de Fanelli, à un homme qui, en 1868, avait donné son adhésion au programme de l'Alliance, que Bakounine s'adressait. Il lui disait, en débutant :

Laissez-moi vous exprimer mon étonnement et mon regret, citoyen, qu'étant l'ami de mon ami Fanelli, qui a été le pi'cmier qui vous ait parlé de moi, vous n'ayez pas cru devoir lui demander îles explications sur mon compte, immédiatement après votre retour de Londres. De cette manière j'aurais eu connaissance des calomnies infâmes dont je parais avoir été l'objet à Londres et dont jusqu'à présent je ne connais pas encore la teneur... Je sais par notre ami Fanelli que vous êtes un homme loyal, juste, consciencieux et sincère. J'ai donc lieu d'espérer cjue vous voudrez bien me répondi'e avec toute la franchise iVaternelle que j'ai le droit d'attendre de vous.

Je regrette de ne pouvoir reproduire ici les principaux passages de cette longue lettre à Lorenzo; mais je transcris au moins quelques lignes relatives à Marx, dans lesquelles Bakounine rend justice, comme toujours, à celui qui le poursuivait de sa haine :

Je connais Marx de longue date, et, bien que je déplore certains défauts, vraiment détestables, de son caractère, tels qu'une poi'sonnalité ombrageuse, jalouse, susceptible et tro[) [)ortée à l'admiration de soi-même, et une haine implacable, se manifestant [)ar les plus odieuses calomnies et par une [)ersécution féroce, contre tous ceux qui, en partageant généralement les mêmes tendances (pxe les siennes, ont le malheur de ne pouvoir accepter ni son système particulier, ni surtout sa direction personnelle et suprême, cpie l'atloralion pour ainsi dire idolâtre et la soumission trop aveugle de ses amis et disciples l'ont liabilué à considérer connue la seule ralionnelh* et comme la seule salutaire, — tout en conslatant ces tléfauts qui gâtent souvent le bien qu'il est capable de faire et qu il fait, j'ai toujours

1. Ncttliiii a tluiinc io toxlo du projet du 20 avril, et tle.s Ira^MUOiU-s élt-iicUis do la lettre du 10 mai (pages 389-590, 58G-588),

aqy L'iM'KnxA'iioNAtj;

hautement apprécié, et — de nombreux amis pourront l'attester au besoin — j'ai toujours rendu une complète justice à la science et à l'intelligence vraiment supérieures de Mai'x, e1 à sou dévouement inaltérable, actif, entreprenant, énergique à la grande cause de rémancii>ation du prolétariat. J'ai reconnu et je reconnais les services immenses qu'il a rendus à l'Internationale, dont il a été l'un des principaux fondateurs, ce qui constitue à mes yeux son plus grand titre de gloire. Enfin je pense encore aujourd'hui que ce serait une perte sérieuse poui- rintcrnationale si Marx, frustré dans ses projets ambitieux et dans la réalisation d'idées prati((ues de la bonté desquelles sans doute il est convaincu, mais qui nous paraissent à nous très mauvaises, voulait retiier au développement ultérieur de notre grande Association le concours si utile de son intelligence et de son activité. Mais tout cela ne constitue pas une raison pour se faire l'instrument aveugle de Marx, et je n'hésite pas à déclarer que, s'il fallait choisir entre sa doctrine et sa retraite, je préférerais sa retraite.

Bakounine termine ainsi :

J'attends de aous toute la vérité et avec tous les détails possibles. J'ai le droit de vous la demander comme ami de Fanelli et comme allié. Je vous prie seulement de ne pas dire un seul mot de l'Alliance dans votre réponse, parce que l'Alliance est un secret quaucun de nous ne saurait ébruiter sans commettre une trahison \ Je vous prie donc de ne point m'appeler allié et de me parler comme à un simple membre de l'Internationale, dans cette réponse que j'attends de vous, car je crois devoir vous avertir que je m'en servirai conmie d'une base pour accuser mes calomniateurs à mon tour. Il est bien temps de mettre fin à toutes ces misérables et infâmes intrigues qui n'ont d'autre but que d'établir la dictature de la coterie marxienne sur les ruines de l'Internationale. J'attends votre réponse. Alliance et fraternité.

M. Bakounine -.

J'anticipe pour dire, dès maintenant, la fin de ce petit épisode. Pour des raisons que je n'ai pas connues, ou que j'ai oubliées, la lettre àLorenzo — qui ne lui fut pas envoyée direclemcnt — ne fut pas expédiée tout de suite en Espagne, ou bien les amis de Barcelone qui la reçurent la gardèrent un certain temps avant de la faire parvenir au destinataire : celui-

1. Il s'agit, naliirellemcnt,non point de l'Alliance internationale de la démocratie socialislo, association publique fondée en septembre t8()8 à la suite du Congres de Berne, mais de l'organisation secrète dont l'origine lemontait à 1864 (voir t. I", p. 76), qui avait porté des noms divers, et que Hakounine appelle ici l'Alliance. On voit que, par un malentendu provenant de l'emploi, par les Espagnols, du mot Alia7iza, Baliounine se figurait écrire à un memijre de l'organisation secrète internationale.

2. J'ai communiqué à Anselme Lorenzo, sur sa demande, au commencement de 1906. la copie des principaux passages du projet de lettre de Bakounine du 24 avril et de la lettre du 10 mai 1872 (Lorenzo avait oublié presque entièrement le contenu de celle-ci, dont Toiiginal envoyé en Espagne a été, ultérieurement, égaré ou détruit). 11 m'a écrit, le 3U janvier I9bt>, après avoir lu ces copies : ((Je reconnais que Bakounine avait raison de dire que mon lievoir eût été de m'adressera Fanelli: mon excuse pour ne pas l'avoir lait, c'est, en premier lieu, que, vu ma répugnance à me mêler aux luttes personnelli s, je ne donnai pas de publicité aux doutes qu'avaient fait nallie en moi les paroles d'Ûntine, et, ensuite, que l'adresse de l'anelli m'était inconnue. Je fus heureux de voir, par les paroles de Bakounine, que Fanelli m'avait honoré de son aiïeclion. »

ci avait quitté Valencia et on ignorait sa nouvelle adresse. Lorenzo s'était retiré en juillet chez son ami Manuel Gano. à Vitoria, et n'y reçut la lettre que le i5 août ; il y répondit le 24 août. Sa réponse, qui s'est conservée dans les papiers de Bakounine, est évasive ; il venait d'abandonner son poste au Conseil fédéral espagnol (voir plus loin), pour ne pas se trouver mêlé plus longtemps aux luttes intestines qui menaçaient de détruire l'Internationale en Espagne : il ne se soucia pas d'intervenir dans la querelle entre Marx et Bakounine en acceptant le rôle que ce dernier lui demandait d'assumer. Il répondit :

(( Compagnon Bakounine, ... Je ne puis préciser aucune des accusations dirigées contre vous par Outine. . . Ce que j'ai entendu sur vous a été dit dans les séances officielles de la Conférence, et se trouve dans des documents qui pourront être réclamés au prochain Congrès de la Haye : on y verra ce que vous désirez connaître, sans que j'aie à accuser personne au sujet de ce qui — à tort ou à raison, je n'en sais rien — a pu être dit contre vous ou contre d'autres ; j'éviterai ainsi de jouer le rôie de délateur... Je m'abstiens de discuter sur la question de principes. Je vous remercie de l'exposé que vous me faites de ceux que vous professez, parce que vous contribuez de la sorte à m'éclairer ; et je vous déclare à mon tour que mes principes, ou, pour mieux dire, ma conviction et ma conduite comme international consiste à reconnaître la nécessité de grouper, et à travailler à grouper, tous les travailleurs en une organisation qui, tout en constituant une force sociale pour lutter contre la société actuelle^ soit une force intellectuelle qui étudie, analyse et affirme par elle-même, sans nécessité de mentors d'aucun genre, et surtout de ceux qui possèdent une science acquise par les privilèges dont ils jouissent ou dont ils ont joui, quelle que soit leur prétention de se poser en avocats du prolétariat '. »

Il existe une lettre de Bakounine à Morago (en français) dont Neltlau a retrouvé et pu))lié plusieurs fragments (p. 283) ; le premier porte la date du 21 mai 1872 -. Cette lettre montre surtout couibien Bakounine avait été imparfaitement renseigné par ses amis de Barcelone sur ce qui se passait en Espagne ; il ne s'était pas du tout rendu compte du véritable caractère de la Alianza, association autochtone et nullement rattachée à une organisation secrète internationale. En s'adressant à Morago, auquel, il faut le noter, il écrivait pour la première fois, il évoque, comme il l'avait fait avec Lorenzo, le souvenir de Fanelli ; il parle à son correspondant de cette Alliance de 1868, au nom de laquelle Fanelli était allé faire de la propagande en Espagne et avait fondé la Section de l'Internationale de Madrid ; et dans un passage très intéressant, qu'on peut lire dans Neltlau, mais que je dois renoncer à reproduire, il expose la conception d'une organisation telle qu'avait dû être la Fraternité internationale.

L'attitude de Lafargue et de la Emancipacion eut pour conséquence qu'à Madrid la guerre se ralluma de p'us belle. Au commencement de juin, dans une séance de la Section des métiers divers, un membre, F^elipe

1. Nettlau, p. .o90. — Au sujet de cette réponse, dont j'ai enraiement envoyé copie à Ansehno Lorenzo sur sa fieinandc (il en avait oublié le contonul, celui-ci m'a écrit, le 3U janvier 190(3 : « .le retrouve bien dans celtr, réponse mes i)lirases habituelles, ce qu'on pourrait appeler mon style. Cette lecture m'a fini de la peine, parce que, sous l'impression des circonstances spéciales dans lesquelles je me trouvais, j'avais écrit avec une certaint» dureté, bien éloii,'née de l'admiration et du respect que m'a toujours inspirés ({iikounine. Déuiissinnnaire du Consi-il fédiTal de V^ilcncia. victime di's iaiii\illés et d(^s haini's (lu'avaicnt pcoiiuiles les dissidences, moi qui ai toujours fui le-> luttes pi>rsonnellcs. et me trouvant alors, par ces causes, isolé et triste, j'écrivis sur ce ton, «[u'aujourd'liui je reconnais injustf. »

2. Ce sont, nalurelicment. d(>s fratrmenls de la minute restée dfins les papiers do Bakounine. l^a lettre n'a peiit-élre pis été expédiée au destinataire. Le calendrierjournal nous fait voir Bakounine travaillant à une u grande » lettre;'» .Moratro les 18 et l'J mai, les 2, ',), l, 5 et 7 juin.

Martin', proposa d'exclure Mcsa, Pages et Lafargue, pour avoir publié des écrits el proi)agé des idées contraires aux asiiiratioiis de celle Section. L'expulsion lut votée, et conlirmée le 9 juin par la Fédération madrilène réunie en assemblée générale. Dans cette assemblée du 9, pour défendre les expulsés, ft divers membres de l'ancien Conseil fédéral dénoncèrent l'existence de la Alianza en Espagne, dévoilèrent sou organisation et l'accusèrent d'élre la cause de toutes les dissensions qui avaient surgi entre le Conseil local de Madrid et l'ancien Conseil fédéral » (Lafargue) ; Lafargue accusa Morago d'appartenir à une société secrète dont le but était contraire à celui de Tlnternationale, société « qui a son centre en Suisse, d'où viennent les titres d'alïiliation, les consignes elles instructions secrètes »; à l'ajjpui de l'accusation, on affirma que des cartes de membres de l'Alliance avaient été envoyées de Genève à Morago, à Côrdova y Lôpez et à Rubau Donadeu -. La Fédération madrilène chargea une commission d'enquête d'examiner l'accusation portée contre Morago, et de faire un rapport.

La « Circulaire privée » du Conseil général, Les prétendues scissions dans rinternationale (juin). — Le Conseil général convoque f 10 juillet) un Congrès général à La Haye. — En Belgique : projet de revision des Statuts généraux ; Congrès de Bruxelles /i^ juillet). — En Espagne : lettre d'Engels {:j^ juillet) ; dénonciation publique contre les membres de la Alianza (-jS juillet). — En Italie : Conférence de Rimini et constitution de la Fédération italienne (4 août). — En France : les proconsuls marxistes. — En Amérique : les deux Conseils fédéraux (Spring Street et Tenth Ward Hôtel). — Dans le Jura: Congrès de la Chaux-de-Fonds (iS août).

Au commencement de juin, on distribua en Suisse, dans les milieux où donnaient le ton les affidés de la coterie de Londres, des exemplaires d'un imprimé confidentiel (une brochure de quarante pages) dirigé contre nous. Celte brochure nous fut communiquée par des tiers, et le Bulletin du 8 juin annonça en ces termes l'apparition de ce triste écrit :

On nous communique un grossier libelle qui s'intitule Les prétendues scissions dans l'Internationale, circulaire privée du Conseil général de V Association internationale des travailleurs. Ce document est daté de Londres, 5 mars i8"2, et, entre autres signatures, il porte celles d'amis dont la bonne foi a dû être surprise, si réellement ces signatures sont authentiques \.. Nous y reviendrons.

Veut-on savoir l'histoire de « l'ignominieuse facétie qui figurera si honteusement dans les œuvi^es du penseur Marx à côté du beau livre Dos

\. Les auteurs du libelle L'Alliance ont prétendu (p. 3i) que Felipe Martin « servait le parti républicain comme agent électoral ». Ils portent la même accusation contre Miguel Pino, de Malaga, cet u apôtre » auquel, après trente ans. Anselmo Lorenzo a adressé l'hommage de son admiration (voir ci-dessus p. 274). L'imputation faite à Pino étant calomnieuse, il est probable qu'il en est de même de celle (jui concerne Martin. Ce dernier, du reste, n'a pas appartenu à la Alianza.

2. 11 était parfaitement exact que ces cartes, constatant que ces trois citoyens avaient élé admis comme membres de la Section de l'Alliance de Genève (reconnue comme Section de l'Internationale par le Conseil général de Londres), leur avaient été envoyées. Il eût fallu ajouter que F. Mora se trouvait en possession d'une carte identique.

3. « La brocliure portait les signatures de tous les membres du Conseil général... A ce qu'il paraît, l'usage s'était établi, au Conseil général, d'autoriser le sous-comité du Conseil à placer les signatures du Conseil entier au bas des documents émanant dudit sous-comité. » (Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 237.)

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